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Vision du couple futur en 1912. Avenir du mariage. Relations hommes femmes autrefois. Condition féminine. Féminisme et influence sur la vie de couple et la vie professionnelle - Histoire de France et Patrimoine


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L’Histoire éclaire l’Actu

L’actualité au prisme de l’Histoire, ou quand l’Histoire éclaire l’actualité. Regard historique sur les événements faisant l’actu


Le couple futur : interrogations sur
les rapports hommes femmes à l’avenir
(D’après « Les Annales politiques et littéraires », paru en 1912)
Publié / Mis à jour le mardi 10 mai 2016, par LA RÉDACTION



 
 
 
« Jamais on ne s’occupa plus passionnément qu’aujourd’hui des problèmes relatifs à la constitution et à l’avenir du mariage. On se marie plus vite et plus légèrement qu’autrefois ; mais ce lien est aussi plus fragile ; les facilités du divorce font de l’hymen une chose sans solidité, sans durée, et de peu d’importance », écrit en 1912 le directeur des Annales politiques et littéraires, qui s’interroge sur le couple futur.

Bientôt, ici même, explique Adolphe Brisson, Paul Bourget vous dira les dangers qui menacent la famille, les causes profondes de son affaiblissement. Jules Bois — qui venait alors de publier Le couple futur — apporte sa pierre au même édifice. Il énonce quelques vérités essentielles qui se rapportent au féminisme... il rejoint ainsi ses débuts.

Toujours ces questions le préoccupèrent. Ce fut en lisant un ouvrage de Raymond Lulle, un opuscule mystérieux où était annoncé l’avènement de la Femme incarnée en Messie, qu’il devint féministe, nous explique Brisson. Il l’est demeuré. Mais encore faut-il s’entendre sur la signification du mot. Jules Bois s’applique à le définir et c’est un des morceaux les plus piquants du Couple Futur.

Il y a plusieurs façons pour un homme d’être féministe. Il y a la façon traditionnelle et classique. L’homme traite la femme en poupée, il développe sa coquetterie, il l’enivre d’un encens qui l’hypnotise ; il lui parle comme à une idole ou à un enfant. Son but est de la conquérir, de la gagner à sa propre cause sous le prétexte d’embrasser la sienne ; il l’aime pour soi.

L’autre manière d’être féministe est très différente. Elle consiste, non plus à flatter la femme, mais à l’élever, à l’instruire de ses devoirs et de ses droits, à exciter son courage, à la seconder dans les belles initiatives, à l’armer pour la lutte, à la défendre contre les pièges de l’indépendance et de la révolte, aussi dangereux que les narcotiques de l’esclavage ; elle consiste à l’éclairer au lieu de l’opprimer ou de l’asservir, à la traiter en collaboratrice, en égale, à l’aimer pour elle-même. Cette méthode est la bonne, selon Jules Bois. Il s’y rallie. Et il trace un saisissant tableau de l’évolution féminine, depuis les origines du monde jusqu’au jour présent. Ce chapitre pourrait s’intituler : « Les Variations de la Femme à travers les Ages. »

D’abord, ce sont les temps barbares, l’animalité de l’anthropoïde et de la gynoïde, temps obscurs pareils à ceux de l’embryon, manifestations d’une existence purement physique et dominée par l’instinct. Puis, peu à peu, dans les femelles dégrossies s’éveille l’intuition du divin, le goût d’un idéal ; la famille, la tribu, la cité, se fondent ; l’Eve préhistorique cultive la terre et le feu, alimente la flamme, origine et centre du foyer. C’est la deuxième période, l’ère du Matriarcat.

Ensuite, la femme abuse de son influence, de son pouvoir ; elle commande, elle veut commander seule, comme Sémiramis et Cléopâtre. Aux sages douceurs du Matriarcat succèdent — c’est la troisième phase — les violences et le despotisme effréné de l’Amazonisme. Devant cette tyrannie, le mâle s’insurge. De tous les points du monde, il accourt pour détruire la domination des reines guerrières. Hercule, Thésée, Achille, Sarpédon, Dionysos, bien d’autres triomphent d’elles.

Les légendes et même les débris de l’art antique en témoignent. L’épée à la main, sur les ruines fumantes et devant un cortège de viragos domptées, ils imposent la loi de la force et de la raison masculines. Voilà la femme abaissée, subordonnée, reléguée au rang de serve. Ce règne dure depuis deux mille ans . Il est en train de finir. La femme, lasse de sa longue sujétion, frémit sous le joug ; on la devine impatiente de le secouer ; elle aspire à la liberté ; elle s’émancipe. Et c’est là que nous en sommes.

Qu’adviendra-t-il de ce mouvement ? s’interroge Adolphe Brisson. L’Eve de demain, en germe dans l’Eve actuelle (nous sommes en 1912), sera-t-elle la rivale de l’homme, son ennemie ? Lui disputera-t-elle avec âpreté la domination ? La trouvera-t-il sur son chemin dans les carrières où il déploie son activité ? Verrons-nous se multiplier les doctoresses, les avocates ? Verrons-nous naître les députées, les sénatrices, les ministresses ?

L’homme, conscient du danger, saura-t-il le prévenir, en accordant spontanément à sa compagne certains privilèges qu’elle réclame, en faisant d’elle une associée, en lui offrant de participer à ses travaux ? Jules Bois croit cet accord possible. II raconte, à l’appui de sa thèse, une charmante histoire. Un de ses amis, dénué de fortune, avait épousé une jeune fille élevée dans le luxe et l’oisiveté.

« — Que d’obstacles entre nous, lui disait l’ami dont il recevait les confidences. Intelligente, intellectuelle, mais habituée à une existence d’élégance et de confort, comment pourrait-elle se faire à mon existence rude, condamnée à être extérieure, à s’écouler hors de la maison ? Je le lui déclarai nettement :

« — Vous n’aurez pas votre mari auprès de vous. Je dirige, en ce moment, une grande revue, qui ne m’appartient qu’après des luttes, non encore terminées. Il me faut tenir tête et faire front. Je dois passer les journées dans les salles de rédaction ou d’administration et la nuit dans l’atmosphère de l’imprimerie.

« Loin de s’effrayer, elle me répondit avec douceur :

« — Mon ami, j’irai avec vous,

« Et elle me suivît, en effet. Peu à peu, grâce à sa persévérance, qui, malgré les fatigues, ne m’abandonnait pas dans une tâche souvent ingrate, elle parvint à m’arracher à des minutes mesquines où je me perdais... Car le mouvement inverse de ce que j’avais annoncé se produisit. Elle ne m’avait pas quitté au dehors. Je revins de plus en plus au foyer, où elle m’attacha. Elle infusait dans mon esprit et dans mon cœur cet apaisement, cette sérénité, cette unité de vue aussi, par lesquels nous planons sur les détails et passons des petitesses de l’escarmouche aux grandes lignes de la stratégie sociale.

« Elle a fait de moi, non par la révolte, mais par la docilité, non par la résistance, mais par le consentement, un autre homme, un homme nouveau, et, je puis dire sans crainte de me tromper, supérieur à l’ancien. Grâce à elle, j’ai passé d’un plan à un autre plan, en sautant d’un coup plusieurs échelons. Pendant mon célibat, mon caractère, vite enthousiaste, se dégoûtait vite aussi. Je manquais de fixité. Elle m’en a donné. Mobile et ardent, je le suis resté ; seulement, il y a désormais dans mon destin un axe permanent autour duquel évoluent mes efforts et les circonstances. Tout cela, je le lui dois. »

L’anecdote est significative, reprend le directeur des Annales politiques et littéraires. L’exemple de ce ménage étroitement uni dans le labeur quotidien, dans une communauté de pensée, d’ambition et d’efforts, nous donne peut-être, en effet, l’image de ce que doit être la condition du « couple futur ». Chacun coopérera, selon ses moyens, au bonheur de la maison. L’épouse apportera à l’époux tous les dons qu’elle tient de la nature ; elle les développera mieux, après en avoir pris conscience. L’époux, sans rien perdre de sa dignité, réservera à l’épouse la part qui lui est due, plus large qu’autrefois, moins étroitement bornée aux soins domestiques ; elle le conseillera, l’éclairera, l’assistera efficacement. Ce ne sera plus l’abdication ni l’abus d’autorité, une alternative de victoires ou de défaites, mais une succession de pactes, librement consentis, ou celui qui cède n’est ni humilié ni vaincu...

Voilà l’idéal que nous propose Jules Bois. Il indique les moyens d’y atteindre. Ici, je ne l’approuve pas complètement. Je fais mes réserves, conclut Adolphe Brisson. Je n’aime pas beaucoup certains développements de son livre, en ce qui touche particulièrement à la préparation matrimoniale des jeunes gens. Il glisse dans le système, le paradoxe et l’utopie. Je lui reprocherai encore, littérairement, d’abuser du lyrisme et d’errer un peu trop longtemps sous les arbres de la forêt de Brocéliande. Mais, somme toute, l’ouvrage contient d’excellentes choses ; il incite à réfléchir. Il mérite d’être lu. Il le sera.




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