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Jules Verne et la guerre aérienne du futur. Aviation et engins de combat imaginés par l'écrivain visionnaire. Voyages aériens. - Histoire de France et Patrimoine


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L’Histoire éclaire l’Actu

L’actualité au prisme de l’Histoire, ou quand l’Histoire éclaire l’actualité. Regard historique sur les événements faisant l’actu


Guerre aérienne du futur et engins
de combat imaginés par Jules Verne
(D’après « Bulletin de la Société Jules Verne », paru en 1936)
Publié / Mis à jour le samedi 6 septembre 2014, par LA RÉDACTION


 
 
 
Faisant montre d’une prescience des conséquences funestes où une technique et un machinisme trop poussés et trop perfectionnés pouvaient conduire l’Humanité, Jules Verne anticipa l’emploi massif des appareils plus lourds que l’air dans la guerre aérienne, évoquant notamment le lâcher d’obus chargés d’acide carbonique liquide congelant et asphyxiant tout être vivant, des guêpes, véritables torpilles téléguidées pour effectuer des « frappes chirurgicales », ou encore des avions décollant en hélicoptères et se transformant graduellement en planeurs...

Le 28 septembre 1873 Jules Verne participa lui-même à une ascension en ballon, fait peu connu ; ce fut avec le ballon Le Météore, piloté par Eugène Godard ; le ballon parti d’ Amiens redescendit à Longueau, ne couvrant par conséquent qu’un parcours en ligne droite de cinq kilomètres.

Mais Jules Verne, profondément impressionné par son premier et unique voyage aérien, en parla en termes enthousiastes et précis dans une lettre au directeur du Journal d’Amiens, Jeunet, lettre que celui-ci édita par la suite dans une mince plaquette intitulée Vingt-quatre minutes en ballon. Contrairement à l’opinion émise le plus souvent, Jules Verne a non seulement vécu assez longtemps pour être contemporain des expériences de son compatriote Clément Ader et de l’Américain Langley, mais aussi peu avant sa mort (24 mars 1905) des premiers vols mécaniques de quelque durée des frères Wilbur et Orville Wright (1903-1904) qui précédèrent les mémorables essais de Farman, de Santos-Dumont et de l’illustre Blériot.

L'Albatros
L’Albatros

Jules Verne a non seulement pressenti les appareils plus lourds que l’air qu’on emploie communément de nos jours, bien que dans sa fertile et puissante imagination il leur prêtât des aspects et des capacités assez différents de ceux des appareils qu’on connut plus tard et qu’un Albatros (hélicoptère idéal comportant un jeu de 74 hélices sustentatrices et deux plus grandes hélices propulsives) ou un Epouvante (orthoptère en même temps qu’automobile et sous-marin à roues, système Simon Lake), ne semblaient encore un demi-siècle après près d’être réalisés par nos ingénieurs. Il croyait fermement, avec son ami Nadar, au principe du plus lourd que l’air.

Quelle redoutable arme, en effet, a créée avec cet Epouvante Jules Verne et comme il s’en rend compte lorsqu’il fait écrire le Maître du Monde, qui n’est autre que Robur ivre d’orgueil et dément, sa fameuse lettre aux Gouvernements du monde entier : « Le mal qu’on voudrait me faire, je le rendrais au centuple !... Que l’Ancien et le Nouveau Continent le sachent, ils ne peuvent rien contre moi, et je puis tout contre eux !... »

Jules Verne a de même prévu, redouté même l’emploi néfaste et coupable que les hommes seraient tentés, hélas, d’en faire. Il a vu dans sa prodigieuse et quasi omnipotente imagination les horreurs de la future guerre aérienne, il en a averti ses contemporains. Jules Verne, esprit éminent, caractère doux, conciliant, ayant la chasse et la pêche en horreur, ne manquant jamais une occasion pour faire proclamer par l’intermédiaire de ses héros (Capitaine Nemo, Drr Clawbonny) son juste mépris du principe « tuer pour tuer », éprouva une répulsion aussi instinctive qu’insurmontable pour la guerre et à plus forte raison pour la guerre aérienne.

En effet, il qualifiait la guerre de « détestable passion » (Les Voyageurs du XIXe siècle). Pourtant il a écrit quelques romans où il est beaucoup question de batailles, révolutions, combats navals (Le Chemin de France, Famille sans Nom, l’Archipel en Feu) où il décrivit avec force mais n’exalta jamais ces barbaries ; tout au plus il les excusa ou justifia en montrant leur but parfois noble et élevé : liberté, indépendance d’un peuple, sécurité sur mer.

Il songea souvent à la guerre aérienne ; il en parle, il y fait allusion plutôt dans son Robur le Conquérant (1886) et dans son Maître du Monde (1904) ; on a prétendu même que vers la fin de sa vie, lorsqu’un douloureux pessimisme s’empara peu à peu de son esprit (état d’âme dont témoigne entre autres son magnifique Éternel Adam, ouvrage trop peu connu écrit en ces mêmes années) il ait dit à l’un de ses familiers : « Jamais je ne trouverai le temps pour écrire La Guerre dans les Airs ! »

D’ailleurs, d’autres devaient le faire pour lui : Pierre Giffard dans sa Guerre infernale (1908), magnifique épopée d’anticipation et illustrée par Robida et H. G. Wells avec son When the Sleeper wakes (1899) mais surtout dans son étonnant et terrifiant roman visionnaire The War in the Air (1908) qui devait se réaliser après coup de façon frappante pour notre grand et ineffaçable déshonneur.

L'Epouvante
L’Epouvante
Disons en passant que le problème de la navigation aérienne a toujours hanté Jules Verne. Dès sa nouvelle intitulée Un Voyage en Ballon (Musée des Familles, août 1851) il rappelle les services notables rendus par un aérostat militaire d’observation lors de la bataille de Fleurus (1794). Douze ans plus tard (1863) l’éditeur Hetzel accepte son premier roman scientifique Cinq Semaines en Ballon qui fit sensation, inaugurant ainsi magnifiquement cette longue série des Voyages extraordinaires qui devait se poursuivre jusqu’à... 1919 !

La randonnée du Dr Fergusson .avec son ballon, le Victoria (utilisant. les vents favorables et en quelque sorte dirigeable grâce à un ingénieux dispositif de montée et de descente) à travers les régions inexplorées de l’Afrique équatoriale, démontre déjà l’immense supériorité de l’aérostat sur tous les autres modes de locomotion terrestres et aquatiques, s’embourbant, se tamponnant, sombrant à qui mieux mieux. Et il a déjà raison des indigènes hostiles, des déserts calcinés par un soleil implacable, des fleuves et chutes infranchissables, des lacs infestés d’hippopotames et de crocodiles.

C’est au cours de ce passionnant récit de découvertes que l’auteur met dans la bouche de l’intrépide Dr Fergusson ces paroles mémorables et tristes suscitées par un spectacle repoussant de carnage contemplé de la nacelle du ballon : « Si les grands capitaines pouvaient dominer ainsi le théâtre de leurs exploits, ils finiraient peut-être par perdre le goût du sang et des conquêtes ! »

Un quart de siècle plus tard, en passant par une évasion mouvementée en ballon (L’Ile mystérieuse, 1875) et un saut en montgolfière de la comète Gallia dans l’atmosphère terrestre (Hector Servadac, 1877), en 1886 il fait encore sensation avec son nouveau roman prophétique et symbolique : Robur le Conquérant, le triomphe du principe du plus lourd que l’air et dans lequel il décrit le magnifique et quasi parfait navire aérien de l’avenir, le super-hélicoptère Albatros, mû à l’électricité que l’ingénieur Robur emmagasine dans des accumulateurs de confection secrète, après l’avoir soustraite à l’air ambiant. N’insistons pas sur la description détaillée de cet appareil mirifique et sur le tour du globe involontaire et fantasmagorique que Robur impose à ses passagers récalcitrants, partisans indéracinables du plus léger que l’air (ballons sphériques et dirigeables) et arrivons enfin là où nous voulions arriver : la guerre dans les airs.

Rapprochons quelques images : Quelle frappante analogie entre le bombardement aérien d’une farouche tribu du Dahomey (s’apprêtant à un sauvage holocauste de prisonniers de guerre) par l’aéronef Albatros au moyen de cartouches de dynamite et d’un petit canon installé à son bord lançant des boites à mitraille et les dessins de témoins oculaires ou les photos que publiait naguère la presse illustrée représentant des avions de bombardement fonçant comme des éperviers et semant la terreur dans les rangs de leurs adversaires terrestres et hors d’état de se défendre avec efficacité.

Cette prévision de Jules Verne d’événements aussi atroces prouve une fois de plus que le romancier était prophète eu toutes choses et s’il a prévu des inventions aussi charmantes qu’inoffensives telle la correspondance par phonogrammes (Les Tribulations d’un Chinois en Chine, 1879), il a hélas vu non moins juste quand il s’agissait des inventions diaboliques de notre ère éclairée.

Dans Les 500 Millions de la Bégum (1879) il décrit par avance un canon gigantesque lançant des obus chargés d’acide carbonique liquide : « La chute détermine l’explosion de l’enveloppe et le retour du liquide à l’état gazeux. Conséquence : un froid d’environ cent degrés au-dessous de zéro dans toute la zone avoisinante, en même temps mélange d’un énorme volume de gaz acide carbonique à l’air ambiant. Tout être vivant qui se trouve dans un rayon de trente mètres du centre d’explosion est en même temps congelé et asphyxié... » En 1935, l’ingénieur Jacobson démontrait cependant que Jules Verne avait surévalué l’action de son projectile (Je sais tout, décembre 1935).

L'Etonnante Aventure de la Mission Barsac
L’Etonnante Aventure de la Mission Barsac
Dans l’Etonnante Aventure de la Mission Barsac (ouvrage posthume paru d’abord en 1914 en feuilleton au Matin, puis en volume chez Hachette en 1919) il décrit des guêpes : torpilles aériennes mues à l’aide d’hélices suspensives et propulsives, remplies de mitraille et conduites par la télémécanique là où l’on désire les faire délester leur charge mortelle ; dans ce même roman, sombre et cruel, il décrit des avions qui décollent en hélicoptères et se transforment ensuite graduellement en planeurs. Leur vitesse : 400 km à l’heure. Leur rayon d’action : 5 000 km sans ravitaillement. Leur moteur est mû par l’air à l’état liquide.

Rappelons encore l’avertissement solennel qu’adresse Robur à la foule des spectateurs enthousiasmés à l’issue du duel Go Ahead-Albatros, paroles qui témoignent du peu d’illusion qu’il se faisait (et que Jules Verne se faisait) des abus qui accompagneraient la conquête des couches atmosphériques, « cette Icarie aérienne que des milliers d’Icariens peupleront un jour ! » Cette harangue de Robur constitue peut-être le plus saisissant exemple du don prophétique de l’auteur. En voici les phrases finales, les plus significatives :

« Citoyens des Etats-Unis, dit-il, mon expérience est faite ; mais mon avis est dès à présent qu’il ne faut rien prématurer, pas même le progrès. La science ne doit pas devancer les mœurs. Ce sont des évolutions, non des révolutions qu’il convient de faire. En un mot, il faut n’arriver qu’à son heure. J’arriverais trop tôt aujourd’hui pour avoir raison des intérêts contradictoires et divisés. Les nations ne sont pas encore mûres pour l’union.

« Je pars donc, et j’emporte mon secret avec moi. Mais il ne sera pas perdu pour l’humanité. II lui appartiendra le jour où elle sera assez instruite pour en tirer profit et assez sage pour n’en jamais abuser. Salut, citoyens des Etats-Unis, salut ! »

Et de toute évidence l’admirable invention est en effet venue trop tôt car à côté de signalés services rendus par les avions pour le transport rapide des voyageurs, du fret ou de la poste, pour les explorations et les sauvetages polaires, pour la police contre des brigands et des gangsters, pour le transport rapide des malades ou blessés en danger de mort, etc., nous constatons l’abus effarant dont la grandiose invention est sujette par le bombardement à l’aide de bombes à mitraille, de torpilles ou de bombes chargées de gaz asphyxiants : les plus avancés de nos savants ne méditèrent-ils pas plus tard de charger leurs bombes des microbes du typhus, de la peste, du choléra et de la fièvre jaune ?

De cette façon, l’homme, si fier d’autre part de ses conquêtes humanitaires et salutaires, se dégrade au-dessous de l’animalité la plus abjecte et la plus apte à susciter un immense et juste dégoût pour des soldats survolant une population paisible et inoffensive et semant (souvent la nuit pour éviter autant que possible le feu de l’artillerie anti-aérienne) la mort par l’incendie, l’explosion, l’asphyxie et prochainement la maladie parmi les citadins et villageois, des enfants, des femmes. des vieillards n’ayant pu trouver nulle part un abri sûr contre ces vautours à formes humaines qui sont nos modernes chevaliers de l’air.

Jules Verne est mort bien avant les malheurs de la Grande Guerre. S’il eût pu voir tout cela il eût été assurément très, très affligé en voyant ses secrètes appréhensions réalisées si vite et si complètement ; il regretterait aussi d’avoir créé, ne fût-ce que par la pensée, des appareils volants au demeurant si admirables tels que l’Albatros et l’Epouvante et d’avoir poussé involontairement à leurs expériences des chercheurs comme Charles Richet et Santos-Dumont, de même qu’Alfred Nobel, ce savant chimiste si pacifique entre tous, doit avoir amèrement regretté par moments d’avoir inventé, la dynamite, cause de tant de bien... et de mal.




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