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Légendes, croyances, superstitions. Enervés de Jumièges. Clovis II et Bathilde. Tombeau et abbaye - Histoire de France et Patrimoine


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Légendes, Superstitions

Légendes, superstitions, croyances populaires, rites singuliers, faits insolites et mystérieux, récits légendaires émaillant l’Histoire de France


Enervés de Jumièges ou le destin des
fils rebelles de la reine Bathilde
(D’après « La Mosaïque », paru en 1839)
Publié le lundi 27 mai 2013, par LA RÉDACTION


 
 
 
 
Un roi, Clovis II, fils de Dagobert, voulant entreprendre un voyage en Terre-Sainte et laissant le gouvernement de ses états à son épouse Bathilde, jeune et belle Danoise que ses deux fils aînés projettent d’écarter du pouvoir : il n’en fallait pas plus pour donner corps à la légende des Enervés de Jumièges, où l’invraisemblance côtoie une réalité cruelle...

Sauvages et couvertes de forêts, les rives de la Seine dans la Normandie offraient, au VIIe siècle, de profondes retraites à ceux que leur ferveur religieuse portait à fuir le monde, pour aller pratiquer au désert les austérités de la vie monastique.

Presque au même moment où saint Wandrille jetait sur les bords du fleuve, à quelque distance de Rouen et tout auprès de Caudebec, les fondements de sa célèbre abbaye, la presqu’île de Jumiéges, située non loin delà, voyait saint Philibert poser la première pierre d’une autre abbaye, qu’attendaient de non moins éclatantes destinées. Dagobert Ier fit concession à saint Philibert de la plaine marécageuse où l’ermite et ses disciples avaient bâti leurs cellules autour d’une chapelle dédiée à saint Pierre. L’abbaye de Jumièges prenait déjà un rapide essor, lorsqu’un événement remarquable, dont elle fut le théâtre, vint hâter ses progrès.

Les Enervés de Jumièges
Les Enervés de Jumièges

Clovis II, fils de Dagobert, régnait alors sur une partie de la France ; voulant entreprendre un voyage en Terre-Sainte, il laissa le gouvernement de ses états à la reine Bathilde, jeune et belle Danoise, qu’il avait achetée à des pirates et dont il avait fait sa femme. A peine était-il parti que ses deux fils aînés formèrent, avec quelques seigneurs, un complot pour le détrôner ; le roi, averti à temps, revint sur ses pas et conduisit une armée contre ses fils, qui l’attendaient à la tête d’une troupe nombreuse. Il s’ensuivit une grande bataille, dans laquelle les rebelles furent mis en déroute ; les deux princes et leurs principaux adhérents tombèrent entre les mains du roi.

Bonne et prompte justice fut faite des seigneurs coupables, mais le conseil que Clovis avait rassemblé refusa de se prononcer sur le sort des deux princes ; leur père fut chargé de les juger. Le roi, trouvant ce devoir trop pénible à remplir, le déféra à la reine Bathilde, dont les lumières et la piété étaient en grande considération. « Alors, dit le chroniqueur de Jumièges, la royne Bathilde, inspirée de l’esprit de Dieu, qui ne pouvoit laisser un tel excez impuni, aimant mieux que ses enfants fussent châtiez en leur corps, que d’estre réservez aux supplices éternels, par une sévérité pitoyable (compatissante), et pour satisfaire à la justice divine, les déclara inhabiles à succéder à la couronne.

« Et d’autant que la force et puissance corporelle, qui leur avoit servi à s’élever contre leur père, consiste aux nerfs, elle ordonna qu’ils seraient coupez aux bras et aux jambes. Ainsi rendus impotents, elle les fit mettre dans une petite nasselle avec vivres, sur la rivière de Seine, sans gouvernail ou avirons, assistez seulement d’un serviteur pour leur administrer leurs nécessités, remettant le tout à la providence et miséricorde de Dieu, soubs la conduite duquel ce bateau dévalla tant sur la rivière de Seine, qu’il parvint en Normandie, et s’arrêta au rivage d’un monastère appelé des anciens Jumièges, commencé à fonder par le roi Dagobert. Dont saint Philibert, qui en étoit le premier abbé, en estant adverty, les alla trouver, et, accompagné de ses religieux, sçut qui ils étoient et la cause de cet événement, et admirant leur contenance et maintien tout auguste, les reçut gracieusement elles mena eu son monastère, où, par ses prières, recouvrèrent la santé, et furent instruits à la discipline monastique et à la vie spirituelle.

« Cependant lu roy et la royne, advertis de cet heureux succez, vinrent en toute diligence au monastère de Jumièges, où ils reçurent une grande consolation et contentement, et rendant grâces à Dieu, consentirent que ce sainct propos et volonté de leurs enfants fût accompli, croyant fermement que Nostre Seigneur les avoit destinez pour vivre et mourir au lieu où leur grand-père Dagobert avoit déjà consacré son âme et son affection. »

Les deux jeunes princes, ainsi énervés et devenus moines, passèrent le reste de leurs jours dans l’abbaye de Jumièges, et à leur mort ils furent inhumés dans l’église de Saint-Pierre ; leur séjour était devenu une source de prospérités pour le monastère, que Clovis et la reine Bathilde dotèrent avec magnificence.

Ce récit ne supporterait sans doute pas une discussion rigoureuse, et par exemple on s’expliquerait difficilement comment Clovis II, mort à vingt-trois ans, aurait pu avoir des enfants assez âgés pour se révolter contre lui ; cependant il paraîtrait qu’il était fondé, quant à l’ensemble, sur quelque événement authentique, car on trouve, à une date presque contemporaine, des preuves à l’appui de cette aventure de deux princes qui auraient été énervés et qui auraient terminé leur vie dans l’abbaye de Jumièges.

Quand l’église de Saint-Pierre fut détruite par les Normands au milieu du IXe siècle, elle renfermait une tombe déjà vieille, désignée sous le nom de tombeau des Enervés. Transporté dans la nouvelle église, construite environ deux cents ans après, sur les ruines de la première, par Guillaume Longue-Épée, fils de Guillaume le Conquérant, ce mausolée était encore parfaitement conservé au moment de la révolution française. Il se composait alors d’un massif de pierres sculptées, que décoraient deux rangs de colonnettes superposées, travaillées avec goût, et formant des arcades élégantes.

Ruines de l'abbaye de Jumièges
Ruines de l’abbaye de Jumièges
Sur les faces planes, comprises entre les colonnes du bas, étaient figurés en demi-relief deux personnages enveloppés de longues robes, que leurs chevelures flottantes couronnées d’un diadème faisaient reconnaître pour des princes de la première dynastie. Quelques-uns des ornements sculptés appartenaient à des époques évidemment postérieures au VIIIe siècle, mais d’autres parties laissaient voir tous les signes d’une longue vieillesse.

Ces différents caractères, en indiquant des travaux faits dans des siècles différents, prouvaient que la tradition était de vieille date, et qu’elle avait été admise avec foi d’âge en âge. Au XIIe siècle on avait imaginé d’appliquer à tout le monument une couche de peinture bleue, et de semer çà et là sur ce champ d’azur de royales fleurs de lys, peintes en couleur d’or : on avait en outre gravé au-dessus du mausolée quatre vers latins qui racontaient sommairement la vie et la mort des petits-fils de Dagobert.

Malgré ces pièces justificatives, la matière était trop favorable à exploiter pour que la controverse archéologique ne s’en emparât pas ; les fils de Clovis devinrent d’abord ses frères, puis des petits-fils de Charles Martel, puis des ducs de Bavière : ces diverses opinions n’étaient guère plus abondamment fournies en preuves que celle qu’elles tendaient à détruire.

Le tombeau des Enervés a subi sa part de profanations, et les révolutionnaires de 1793 ont attenté aux dépouilles mortelles des malheureux fils de Clovis II et de sainte Bathilde, comme ils ont jeté au vent le peu de poussière qui avait été le cœur d’Agnès Sorel, et qui reposait aussi en paix sous les voûtes de l’abbaye de Jumièges. Cependant quelques fragments avaient échappe aux dévastateurs, et les têtes couronnées des jeunes princes apparaissaient encore sur les débris de leur sépulture ; mais un dernier danger les menaçait.

Lorsque, après la Restauration, les curieux d’outre-Manche envahirent la France, ils explorèrent les ruines de nos anciens monuments, et en achetèrent les débris à prix d’or. Le tombeau, à moitié détruit, d’Agnès Sorel fut vendu et démoli pièce à pièce, et chaque pierre numérotée passa le détroit pour aller reprendre sa place sur l’autre rive ; ainsi c’est en Angleterre que s’élève le monument funèbre consacré à la mémoire d’une femme qui contribua, par le généreux usage qu’elle fit de son influence sur Charles VII, à l’expulsion des Anglais vers le milieu du XVe siècle.

Le tombeau des Énervés fut aussi mis aux enchères, mais le marché ne reçut pas son entière exécution ; les restes de la vieille sépulture, que recouvrent le lierre et la mousse, sont aujourd’hui encore une des plus précieuses richesses de l’abbaye en ruines, et les souvenirs pleins de mélancolie qui se rattachent au nom des enfants de Clovis se marient bien à l’aspect désolé des lieux où la superstition populaire prétend que leurs ombres reviennent errer.

L’histoire du monastère de Jumièges est, à quelques incidents près, la même que celle de l’abbaye de Saint-Wandrille. Après deux siècles de prospérité, Jumièges subit les invasions normandes ; ses cloîtres, ses églises disparurent sous le fer et le feu des Barbares : puis sa fortune se rétablit peu à peu, mais pour déchoir de nouveau, de siècle en siècle, à mesure que l’esprit religieux allait s’affaiblissant.

Enfin sa dernière heure sonna, à l’instant suprême de tant d’abbayes, à l’époque de la révolution. Les beaux jours de son ancienne splendeur étaient revenus un moment pour l’abbaye de Jumièges, lorsque Agnès Sorel, qui habitait un château voisin, la prit sous sa protection, et attira sur elle la faveur de Charles VII : les anciens édifices furent réparés, de nouveaux bâtiments s’élevèrent, et le monastère, détourné de sa destination primitive, devint accidentellement un château royal.

Ce rapide passage de la cour de Charles VII à Jumièges a laissé des traces qui répandent sur les ruines de l’abbaye un double intérêt. Si les flèches aiguës de l’église, si les voûtes hardies, si les colonnes gigantesques, si les cours des cloîtres rappellent la sévérité et la grandeur monastiques, une somptueuse et élégante salle des gardes, en évoquant les souvenirs d’Agnès Sorel, réveille des pensées de solennités et de pompes toutes mondaines.

 

 


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