Histoire de France, Patrimoine, Tourisme, Gastronomie, Librairie

AJOUTER

Dons

Fil RSS

Facebook

Google +

Twitter

Blog

Videos
Histoire France, Patrimoine, Gastronomie, Tourisme

« Hâtons-nous de raconter les délicieuses histoires du
peuple avant qu'il ne les ait oubliées » (C. Nodier, 1840)



Romans d'aujourd'hui. Médiocrité, décadence littéraire. Littérature et types d'écrivains modernes - Histoire de France et Patrimoine


Vous êtes ici : Accueil > L’Histoire éclaire l’Actu > Roman d'aujourd'hui : de sa médiocrité

L’Histoire éclaire l’Actu

L’actualité au prisme de l’Histoire, ou quand l’Histoire éclaire l’actualité. Regard historique sur les événements faisant l’actu


Roman d’aujourd’hui : de sa médiocrité
observée au début du XXe siècle
(D’après « Le Carnet historique et littéraire », paru en 1904)
Publié / Mis à jour le lundi 24 juin 2013, par LA RÉDACTION



 
 
 
Jamais à aucune époque on n’a tant écrit de romans qu’aujourd’hui, et cependant, on peut dire que le genre est en pleine décadence, lance en 1904 l’écrivain et journaliste angevin Guy de Charnacé, qui ajoute que cette décadence tient à deux causes : les maîtres ne se donnent plus la peine d’être littéraires, les élèves et aussi ceux qui n’ont pas de maître font du roman comme le boulanger fabrique des pains d’un sou...

Et encore dans les petits pains y a-l-il un certain art, une forme que n’ont pas ces centaines de romans qui s’entassent chez les libraires, jusqu’au jour prochain où celui-ci les relègue à la cave, pour faire de la place aux nouveaux venus, poursuit notre journaliste.

Autrefois un homme, une femme qui publiaient un roman étaient du métier ; de ce fait ils appartenaient à la littérature. Aujourd’hui, un jeune homme qui vient de manquer ses examens, ou même d’obtenir un diplôme, se dit : « Puisque je n’ai pas de position, pas de carrière, je vais écrire un roman. » Il en est de même des femmes. La femme du poète, l’amie d’un écrivain veulent écrire ; ceux-ci ont leurs entrées dans les journaux, dans les revues, et elles y entrent, quelques-unes avec un certain fracas, et le roman devient innombrable — un mot employé par l’une d’elles sans rime ni raison.

Trois groupes se forment dans cette foule : le groupe des prétentieux, amateurs de néologismes, d’épithètes nombreuses, cherchées, affectées, et qu’on ne trouverait pas dans le dictionnaire. Chez eux, fleurit l’inversion, lés mots mal placés ou détournés de leur sens. Il en est aussi qui mettent à la ligne le mot à effet, ou qui le font imprimer avec des caractères différents de ceux du livre, voire même avec une autre encre, de l’encre rouge ! Si je voulais citer des noms et des exemples, renchérit Guy de Charnacé, on rirait un brin, mais je n’ai pas de goût pour la moquerie, laissant à chacun le droit de se reconnaître ou de dire : Un Tel ou Une Telle.

Puis vient le groupe des écrivains sans imagination, sans psychologie et sans observation. Ce groupe y supplée par le paysage ; il a ses clients. Le roman débute par un coucher de soleil, où l’artiste peint le lieu où va se passer la première scène. Ce préambule est long, très long, un véritable cours de peinture qui se répète souvent. On nous montre la ville ou la maison de campagne à toutes les heures du jour et de la nuit. Un romancier tristement célèbre a donné le modèle du genre, en nous montrant Paris le matin, à midi et le soir.

C’est un joli morceau de littérature qui serait mieux à sa place dans un manuel que dans un roman, où il fait longueur et détourne l’attention de l’action. A ce groupe ne parlez pas de sobriété : il se plaît dans le délayage des couleurs, et si bien qu’on ferme le livre, où le roman proprement dit tient tout entier dans cinquante pages.

Enfin, vient le groupe des inconscients, de ceux et de celles qui nous racontent l’aventure qui leur est arrivée, aventure sans intérêt, le plus souvent ; de ceux ou de celles, et ils sont légion, qui n’ont ni talent, ni syntaxe, ni orthographe. Ce groupe se recrute, le plus souvent, chez les décadents qui, partout, s’efforcent de mériter le nom qu’eux-mêmes se sont donné. Pour celte fois, ils ont vu juste ; ces prétentieux appartiennent à la décadence, et jusqu’à la personnifier.

Comme on le pense bien, je passe sous silence le groupe des pornographes.

Au nombre des jeunes romanciers restés bien Français, je n’en vois guère qu’un dont le nom mérite d’être signalé. Par sa naissance, il appartient à une vieille famille angevine, par son talent à nos vieux conteurs, et aux philosophes de tous les temps par la profondeur des idées. M. René Boylesve joint à tous ces dons une originalité de bon aloi, que son dernier roman met hors de pair. Son titre, seul, est un peu cherché et assez mal trouvé : L’Enfant à la Balustrade.

Mais quelle fine observation, quelle aimable philosophie, quelle discrétion dans les termes, quelle légèreté de main, une main qui n’appuie jamais et qui, cependant, accuse suffisamment tout ce qui doit être dit. Dans tout le récit, apparaît une honnêteté de pensée qui n’a d’égale que l’honnêteté de la forme. C’est parfait, c’est exquis. Je croyais ce vieux nom de ma province éteint. Un roman vient de s’élancer du vieux tronc, et avec quelle verdeur et avec quel charme ! J’en suis tout fier pour l’Anjou, bien que M. Boylesve semble avoir planté sa tente en Touraine, une bonne voisine, où se plaisait Balzac.

On me demandera, peut-être, à quelle école il faut le rattacher ? Il ne se soucie guère des écoles ; il est Français et tout à fait lui-même et pas d’autre. Je ne vois, chez lui, aucune évolution ; il y aurait, plutôt, régression vers l’auteur de la Comédie humaine. J’entends un retour à la simplicité, au bien-dire sans afféterie, enfin une protestation tacite contre le mauvais goût, contre la décadence.

Certes, il en est parmi nos romanciers qui n’en sont pas atteints. M. Paul Bourget montre dans l’Étape et dans la petite nouvelle qui annonçait cette magnifique étude de sociologie, un talent sain, vigoureux, une observation très nette, très aiguë et d’une logique serrée qui l’ont placé très haut dans la pléiade des grands romanciers de tous les temps et de tous les pays. Il se sent si bien assis sur un trône que personne, aujourd’hui, ne saurait lui disputer, qu’il s’y met, à mon gré, un peu trop à l’aise.

M. Bourget n’est point un maître styliste, poursuit Charnacé, il ne prétend pas à cette place et même il s’en tient trop éloigné dans ses dernières nouvelles. Il ne se surveille plus du tout et devient trop familier avec ses lecteurs. Tout de suite après l’Étape, je placerai : La Terre qui meurt, encore une très belle page de sociologie, où les caractères sont tracés d’une main ferme, par un esprit solide qui connaît son sujet et le terrain sur lequel il marche.

Cette vue profonde des choses de la terre, familière à M. Bazin, la poésie dont il enveloppe ses paysages et, cette fois, il n’en fait pas abus, la psychologie du paysan vendéen dont personne ne récusera la justesse, tous ces mérites accompagnés du respect pour la langue de nos pères, mérites qu’on retrouve dans l’exode de Donatienne, dans le Guide de l’Empereur, rattachent leur auteur à ses meilleurs devanciers, en y ajoutant un goût très prononcé pour la nature en plein épanouissement, dans un récent volume, où les paysages qu’il traverse sont traités dans un joli sentiment.

Comme on le voit, s’il y a décadence, et le fait ne me paraît pas contestable, on ne rencontre aucune trace d’une « évolution des genres », une doctrine nouvelle professée par M. Brunetière. D’après le savant critique, les genres littéraires seraient des « espèces » qu’on pourrait comparer aux espèces végétales et animales. Si je comprends bien, M. Brunetière ne serait pas éloigné d’adhérer au transformisme, en disant que les espèces se transforment. Et il en déduit que, comme les espèces, les genres littéraires se transforment, qu’ils évoluent.

Quant à moi, je n’aperçois aucune évolution littéraire, de même que je nie absolument, avec preuves à l’appui, l’évolution des espèces végétales et animales. La comparaison de M. Brunetière ne pourrait donc se soutenir. Sur ce terrain, j’attends les affirmations du directeur de la Revue des Deux Mondes, conclut notre écrivain.




Histoire de France :
l'indispensable pour devenir incollable

2000 ans d'Histoire de France en 150 pages
Présentation / Commande : CLIQUEZ ICI
 
 
 

 

 

 

 

 

Prolongez votre voyage dans le temps avec notre
encyclopédie consacrée à l'Histoire de France

Choisissez un numéro et découvrez les extraits en ligne !

 

 

 

 Mutilation de l'Histoire de France : détruire le passé pour glorifier le monde nouveau
 
 Des anciennes boutiques aux grands magasins : naissance d'un commerce nouveau
 
 Hydromel et hypocras : les heures de gloire de boissons ancestrales
 
 Choix d'un prénom jadis et avènement des registres le consignant
 
 Vertes-Velles (Les) : étranges créatures recueillant l'âme noire du sorcier de Noirmoutier
 
 L'ENCYCLOPÉDIE du temps jadis
    > Cliquez ici
 
BON À SAVOIR
 Dans le doute, abstiens-toi
 
 Va-t'en voir s'ils viennent, Jean
 
MANIFESTATIONS
 Boire : exposition au musée des Maisons comtoises de Nancray (Doubs)
 
 
 
 

 

 


Les plus récents
 
 Abstention : un âne blanc appelé Nul brigue les suffrages non exprimés
 
 Finance, Politique et Presse : Trinité sans contrôle présidant au destin de la France ?
 
 Slogans électoraux : recette sans plus d'emprise sur un public blasé
 
 Français : pourquoi fut-il adopté comme langue diplomatique dans toute l'Europe ?
 
 
Et puis aussi...
 
 Impôt sur l'oisiveté pour combler le déficit budgétaire ?
 
 Quel lien entre la mort de Louis XVI, l'instauration de la République et la loi Macron ?
 
 Guerre aérienne du futur et engins de combat imaginés par Jules Verne
 
 Société (La) de l'avenir : un monde de déracinés oubliant de vivre ?
 
 
Plus d'articles...
 
 Voir les 151 ARTICLES

 

 
 
Pinterest FrPittoresque
 

 

Vous pouvez opter pour un montant libre
Votre don nous est précieux : EN SAVOIR +

 

 

     

 

Retrouvez toute L'HISTOIRE DE FRANCE avec l'Encyclopédie du temps jadis

 
Copyright © 1999-2017 LA FRANCE PITTORESQUE
Tous droits réservés. Reproduction interdite. N° ISSN 1768-3270. N° CNIL 824 842. N° Siret 481 246619 00011. Code APE 913E

La France pittoresque et Guide de la France d'hier et d'aujourd'hui sont des marques déposées.
Site déposé à l'INPI, la SGDL et l'APP (infos légales)
 
Audité par Xiti et Hit-Parade | Optimisé pour Internet Explorer et Firefox
 
Recommandé notamment parMAISON DU TOURISME FRANÇAIS dès 2003Maison de la FranceALLIANCE FRANÇAISEAlliance Française
 
Mentionné notamment parSIGNETS DE LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE FRANCESignets de la Bibliothèque Nationale de FranceMINISTÈRE DE LA CULTUREMinistère de la Culture
 
 
 
Librairie : contes et légendes Librairie : coutumes et traditions Librairie : vie d'antan
 
LA FRANCE PITTORESQUE : 1 - Guide en ligne des richesses de la France d'hier et d'aujourd'hui depuis 1999 : Histoire de France, patrimoine historique et culturel,
gîtes et chambres d'hôtes, tourisme, gastronomie. 2 - Magazine d'histoire 36 pages couleur depuis 2001, une véritable encyclopédie de la vie d'autrefois


Magazine

Encyclopédie

Blog

Facebook

Google +

Twitter

Pinterest

Tumblr

YouTube

Paris pittoresque

Prénoms

Citations latines

Contacts, Publicité, Services