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Villes phosphorescentes pour des économies d'énergie ? Projet futuriste éclairage rues et maisons - Histoire de France et Patrimoine


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Inventions, Découvertes

Inventions et découvertes dans les domaines des sciences et des arts. Origine des travaux de recherche ou des trouvailles fortuites.


Villes phosphorescentes
pour des économies d’énergie ?
(D’après « La Revue des journaux et des livres », paru en 1887)
Publié / Mis à jour le vendredi 2 septembre 2016, par LA RÉDACTION



 
 
 
Il eût été bien étrange que l’homme, qui tire parti de tout, depuis les microbes jusqu’au soleil, ne songeât pas à utiliser le mystérieux phénomène de la phosphorescence...

Les créoles de Cuba se servent, dit-on, en guise de veilleuse, d’une luciole indigène, sorte de ver luisant gigantesque, préalablement enfermée dans une lanterne à parois transparentes, de verre ou de papier mince. Telle a été, sans doute, la première appropriation industrielle de la phosphorescence. Mais ce n’était encore là que l’enfance de l’art.

Il a fallu bientôt faire mieux et davantage. On n’a pas tardé à s’apercevoir que, dans cet ordre d’idées comme dans les autres, il était beaucoup plus avantageux d’aider la nature que de s’en tenir à ses présents spontanés. Au lieu de prendre où ils se trouvent, dans le règne animal, le règne végétal ou le règne minéral, les objets ou les êtres doués d’une phosphorescence naturelle, on a créé de toutes pièces une phosphorescence artificielle, autrement intense et précieuse.

Le Palais de l'Électricité lors de l'Exposition universelle de 1900 à Paris
Le Palais de l’Électricité lors de l’Exposition universelle de 1900 à Paris

On sait aujourd’hui, dans les laboratoires, par la combinaison d’un sulfure et d’une petite quantité d’eau avec un métal alcalin quelconque, le baryum, par exemple, le calcium, le strontium surtout, fabriquer des préparations étranges, qu’il suffit d’exposer à la lumière, même diffuse, lumière solaire, électrique ou autre, pour que, pendant un temps assez long, elles manifestent leur pouvoir éclairant. Ce sont ces préparations qui servent de base aux enduits lumineux.

Elles n’étaient pas plutôt entrées dans le commerce à la fin du XIXe siècle, que l’idée venait d’en recouvrir les objets que l’on a besoin de discerner dans les ténèbres : bobèches, boîtes d’allumettes, numéros de maisons, boutons de portes, trous de serrures, cadrans de montres ou de pendules, seaux à incendie, etc. Mais tout cela était plutôt amusant que pratique.

On avait des « articles de Paris », des jouets... d’adultes, de la bimbeloterie scientifique, – rien qui fût réellement d’utilité courante. Des audacieux voulurent lancer un journal imprimé en caractères phosphorescents : après une vogue d’une semaine, la tentative échoua piteusement. Elle ne répondait pas à un besoin effectif. Une expérience plus sérieuse a consisté à revêtir de vernis phosphorescent le plafond des wagons de chemins de fer : de cette façon, on obtient une clarté douce, suffisante pour lire la huit, sans le secours des affreux quinquets, clignotants et fumeux.

Voici qu’on parle de se servir des enduits phosphorescents à la guerre... Pas une découverte, si pacifique qu’elle paraisse, dont, les hommes de fer et de sang ne fassent immédiatement leur affaire !... Le cordon phosphorescent pour les travaux de nuit a été adopté par le génie britannique. Ce cordon peut servir, soit de tracé pour le contour des travaux à exécuter, soit de fil conducteur aux hommes de corvée, qui le déroulent en s’éloignant du camp et le relèvent en rentrant. Ce que c’est que le progrès, et comme la fable se métamorphose avec le temps : Voilà maintenant qu’Ariane s’est faite physicienne et chimiste !...

Au grand profit, au surplus, de l’art de surprendre et de tuer le pauvre monde : pas besoin, en effet, d’être grand clerc en stratégie pour comprendre combien il importe parfois, en campagne, d’opérer par les nuits sombres sans déceler sa présence par le moindre rayon de lumière. Le vernis phosphorescent sert encore à la construction de compas de marine à cadran lumineux et de « lampes d’Aladin » pour l’inspection intérieure des chaudières des machines à vapeur.

Mais tout cela n’est rien à côté de séduisants et prestigieux projets. Il ne s’agirait de rien moins que de détrôner tous les systèmes d’éclairage généralement quelconques, depuis l’humble pétrole jusqu’à la superbe lumière électrique, pour les remplacer par l’emploi – en grand – des phosphores artificiels. On parle aux Etats-Unis de forcer tous les propriétaires à badigeonner leurs maisons avec le vernis phosphorescent. Les façades, éclairées pendant le jour par les rayons du soleil, emmagasineraient assez de puissance lumineuse pour dispenser les municipalités de faire des frais de becs de gaz, de bougies Jablochkoff, ou de brûleurs Edison !

Vous voyez d’ici l’avenir que ce projet nous réserve ? La machine à vapeur nous restitue déjà la force que le soleil a, pendant des siècles et des siècles, enfouie, sous forme de combustibles variés, dans les entrailles de la terre. L’enduit phosphorescent va mettre, par-dessus le marché, à notre disposition une partie de la lumière que l’astre répand si libéralement à travers les solitudes de l’espace !

Le projet – est-il besoin de le dire ? – est encore à l’étude. On a depuis bel âge, dans certaines villes américaines, réussi à rendre les affiches publiques lumineuses par le même procédé. C’est d’un excellent augure. Pourquoi n’utiliserait-on pas ce même phénomène de la phosphorescence pour faire à la coque de tous les navires, – hormis, toutefois, les torpilleurs, qui, pour leur besogne de destruction et de mort, ont besoin d’être vêtus de deuil –, paquebots, steamboats, etc., une sorte d’armure de lumière, comme la sélection naturelle en a mis une à ces poissons des gouffres sous-marins ? On éviterait ainsi bien des abordages, bien des catastrophes, sans compter que le pittoresque n’y perdrait rien...

Et songeons au féerique aspect que présenteront les cités du vingtième siècle, lorsqu’on se sera décidé à « allumer » non seulement les façades et les portes des maisons, les affiches, les enseignes et les bouches d’incendie, mais encore les parapets des ponts, les balustrades des quais, les bordures des trottoirs, les roues des voitures, les sabots des chevaux et les képis des sergents de ville ; quand nous aurons le cirage phosphorescent, la pommade Fiat lux et la poudre de riz lumineuse... Il est vrai que cela ne fera l’affaire ni des compagnies de gaz, ni des rôdeurs de nuit.




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