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6 août 1666 : première représentation du Médecin malgré lui - Histoire de France et Patrimoine


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6 août 1666 : première représentation
du Médecin malgré lui
(D’après « OEuvres complètes de Molière avec un travail de critique
et d’érudition » (Tome 4) par Louis Moland, édition de 1863)
Publié / Mis à jour le jeudi 4 août 2016, par LA RÉDACTION



 
 
 
Molière ayant été obligé de suspendre son chef-d’œuvre du Misanthrope, qui fut si froidement accueilli dans sa naissance, le rendit quelque temps après au public, accompagné de la charmante pièce du Médecin malgré lui. Sans cette adresse, le Misanthrope devenait la victime de l’injustice ou de l’ignorance. Alceste passa à la faveur de Sganarelle. Le Médecin malgré lui soutint le Misanthrope.

Le Médecin malgré lui n’était pas, à ce qu’il semble, une pièce tout nouvellement composée. Ce sujet faisait probablement partie des canevas, imités de la commedia dell’arte, que la troupe de Molière avait rapportés de province et qu’elle exploitait encore de temps en temps à Paris.

Ainsi nous voyons une farce inscrite sur le registre de La Grange, sous le titre du Fagotier, le 14 septembre 1661 ; sous celui du Fagoteux, le 20 avril 1663 ; sous celui du Médecin par force, le 9 septembre 1664. Tous ces titres désignent, selon toute apparence, une seule facétie qui était au répertoire, et que Molière se borna sans doute à arranger, compléter et écrire pour en faire le Médecin malgré lui.

Le Médecin malgré lui est composé de deux parties distinctes, puisées chacune à des sources différentes. Il y a d’abord l’idée du rustre à qui sa femme, pour se venger, joue le tour de le faire passer pour un habile médecin dont le zèle a besoin d’être stimulé par des coups de bâton, lequel rustre, une fois préconisé docteur par ce moyen énergique, s’acquitte supérieurement de son rôle et accomplit des prodiges. Il y a, d’autre part, l’idée de la fille muette ou soi-disant muette, à qui l’on rend l’usage de la parole, et qui en abuse tellement qu’on regrette aussitôt l’infirmité qu’elle n’a plus.

Gravure de l'édition de 1719
Gravure de l’édition de 1719

Cette dernière plaisanterie est un vieux thème de farce qui avait cours au XVIe siècle et peut-être auparavant. Rabelais, au chapitre XXXIV de son IIIe livre, rappelle un divertissement de ce genre qui avait eu lieu dans sa jeunesse à Montpellier, et auquel il avait pris part comme acteur : « Monsieur nostre maistre, vous soyez le très bien venu, fait-il dire à un de ses personnages, je ne vous avois oncques puys veu que jouastes à Montpellier avecques nos antiques amys Ant. Saporta, Guy Bouguier, Balthazar Noyer, Tollet, Jan Quentin, François Robinet, Jan Perdrier et François Rabelais, la morale comédie de celluy qui avoit espousé une femme mute. Le bon mary vouloit qu’elle parlast. Elle parla par l’art du médicin et du chirurgien, qui luy couppèrent un encyliglotte qu’elle avoit soubs la langue. La parolle recouvrée, elle parla tant et tant, que son mary retourna au médicin pour remède de la faire taire. Le médicin respondist en son art bien avoir remèdes propres pour faire parler les femmes, n’en avoir pour les faire taire ; remède unique estre surdité du mary, contre cestuy interminable parlement de femme. Le paillard devint sourd, par ne sçay quelz charmes qu’ilz feirent.

« Puys, le médicin demandant son salaire, le mary respondist qu’il estoit vrayement sourd, et qu’il n’entendoit sa demande. Le médicin luy jecta au doz ne sçay quelle poudre par vertus de laquelle il devint fol. Adoncques le fol mary et la femme enragée se rallièrent ensemble, et tant battirent les médicin et chirurgien qu’ilz les laissèrent à demy morts. Je ne ris oncques tant que je feis à ce patelinage. »

La première idée est plus ancienne encore. On la trouve dans un fabliau du XIIIe siècle, intitulé le Vilain mire, c’est-à-dire : « le rustre médecin », mais comme le mot rustre ne rend lui-même qu’imparfaitement le mot vilain qui désignait à la fois la bassesse de condition et la rudesse de mœurs, nous conservons ce dernier mot dans notre traduction ; il suffira d’avoir rappelé ici que son acception au Moyen Age était fort différente de son acception moderne. Le Vilain mire est un spécimen assez fidèle de nos innombrables fabliaux. Nous ne voudrions pourtant pas affirmer que Molière eût découvert dans les manuscrits gothiques le texte du Vilain mire, et qu’il eût été peut-être assez embarrassé de lire. Mais les inventions des trouvères s’étaient conservées à travers les âges, et, sous forme d’anecdotes, répandues un peu partout, non seulement dans les conteurs, mais dans les moralistes, les chroniqueurs, les sermonnaires, etc.

Ainsi, dans un recueil latin de la fin du XVe siècle, la Mensa philosophica, attribuée à l’Irlandais Thomas Anguilbert, on trouve l’ancien conte résumé en trois lignes : Quaedam mulier percussa a viro suo ivit ad castellanum infirmum, dicens virum suum esse medicum, sed non mederi cuique, nisi forte percuteretur ; et sic eum fortissime percuti procuravit (Une femme maltraitée par son mari alla trouver le châtelain malade, et lui dit que son mari était médecin, mais qu’il ne guérissait personne s’il n’était battu. C’est ainsi qu’elle trouva le moyen de faire rendre à son mari les coups qu’elle en avait reçus. »

Molière, selon toute apparence, avait eu connaissance de quelque imitation plus directe et plus prochaine. L’auteur d’une Vie de Molière écrite en 1724, parlant du Médecin malgré lui, raconte « qu’il tenait d’une personne fort avancée en âge que Molière avait pris l’idée de cette pièce dans une histoire qui réjouit beaucoup Louis XIV, et qu’on disait arrivée du temps de François Ier, qui lui-même y aurait joué un rôle. » La destinée des fabliaux était, en effet, de vivre ainsi dans la tradition, et il n’est pas impossible que Molière eût entendu raconter sous le règne de Louis XIV une histoire dont les trouvères égayaient les contemporains de Philippe-Auguste. Mais il n’est guère probable que ce fût en présence du roi que Molière entendit pour la première fois cette histoire, puisqu’il était sans doute en possession du sujet du Fagotier avant d’avoir pris pied à la cour.

Pour les détails du dialogue, il y aurait un grand nombre de rapprochements à faire avec la farce du Médecin volant. Ménage et Brossette ont prétendu découvrir dans Sganarelle le perruquier Didier l’Amour, que Boileau fit plus tard figurer dans le Lutrin. « Didier l’Amour, dit Brossette, perruquier qui demeurait dans la cour du Palais, et dont la boutique était sous l’escalier de la Sainte-Chapelle, était un gros et grand homme d’assez bon air, vigoureux et bien fait. Il avait été marié deux fois ; sa première femme était extrêmement emportée... Molière a peint le caractère de l’un et de l’autre dans son Médecin malgré lui. »

Molière n’avait certes pas eu besoin de modèles déterminés pour peindre Martine et Sganarelle. « Sganarelle, dit Auger, est l’image fidèle et plaisante d’une espèce d’hommes assez commune dans les derniers rangs de la société, de ces hommes possédant un fonds naturel d’esprit et de gaieté ; fertiles en quolibets et en reparties grivoises ; fiers de quelques grands mots mal appris et plus mal employés qui les font admirer de leurs égaux ; docteurs au cabaret et sur la voie publique ; aimant leurs femmes et leur donnant des coups ; chérissant leurs enfants et ne leur donnant pas de pain ; travaillant pour boire et buvant pour oublier leurs peines ; n’ayant ni regret du passé, ni soin du présent, ni souci de l’avenir, véritables épicuriens populaires, à qui peut-être l’éducation seule a manqué pour figurer, sur une plus digne scène, parmi les beaux esprits et les hommes aimables. »

Molière
Molière

Voici une anecdote qu’on raconte ordinairement à propos du Médecin malgré lui : Peu de jours après la première représentation, le président Rose, se trouvant avec l’auteur chez le duc de Montausier, l’accusa, au milieu d’un cercle nombreux, de s’être approprié, sans en faire honneur à qui de droit, le couplet que chante Sganarelle :

Qu’ils sont doux,
Bouteille jolie,
Qu’ils sont doux
Vos jolis glougloux !
Mais mon sort ferait bien des jaloux
Si vous étiez toujours remplie ;
Ah ! bouteille, ma mie,
Pourquoi vous videz-vous ?

Molière soutint qu’il était de lui ; Rose répliqua qu’il était traduit d’une épigramme latine, imitée elle-même de l’Anthologie grecque ; Molière le défia de produire cette épigramme ; Rose la lui dit sur-le-champ :

Quam dulces,
Amphora amœna,
Quam dulces
Sunt tuae voces !
Dum fundis racrum in calices,
Utinam semper esses plena !
Ah ! cara mea lagena,
Vacua cur jaces ?

Molière restait confondu, quand son ami, après avoir joui un moment de son embarras, s’avoua enfin pour l’auteur de la chanson latine.

La comédie du Médecin malgré lui fut représentée pour la première fois à Paris, sur le théâtre du Palais-Royal, le vendredi 6 du mois d’août 1666.




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