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Légendes, croyances, superstitions. Chats parlants de Féternes. Grotte aux trois fées. Rupert d'Arbigny - Histoire de France et Patrimoine


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Légendes, Superstitions

Légendes, superstitions, croyances populaires, rites singuliers, faits insolites et mystérieux, récits légendaires émaillant l’Histoire de France


Chats parlants de Féternes
et pouvoir des trois fées
(D’après « La Tradition », paru en 1887)
Publié / Mis à jour le mercredi 22 juillet 2015, par LA RÉDACTION


 
 
 
C’est du pouvoir originellement détenu par trois fées vivant au château de Féternes, en Savoie, qu’un mécréant du nom de Rupert d’Artigny qui en hérita au XIIIe siècle, tenait une puissance d’autant plus redoutable qu’elle était occulte, jusqu’à la date du 28 juin de l’an 1290 où, selon la légende, un brave chevalier y mit un terme en décimant une armée de chats parlants...

Il y a longtemps, bien longtemps... rapporte la tradition, des années avant le règne de Teutobochus, lequel n’a jamais existé au dire d’aucuns, des siècles avant l’invention de la poudre à canon par les Chinois dont l’empire s’étendait sur le globe avant l’apparition de l’homme dans l’Eden, au dire de l’historien Koung-Fu-Tsée et du poète Li-Taï-Pé, trois sœurs vivaient en Chablais, dans la vallée d’Abondance.

Elles se nommaient Danaë, Marianne et Germeline. On les disait filles d’un elfe et d’une fée ; le peuple les accusait de se livrer à la magie, d’étudier la Kabbale et de pactiser avec l’ennemi de tout bien.

En forêt de Féternes
En forêt de Féternes

Ces trois sœurs bâtirent un manoir au pied d’un rocher inaccessible dans lequel était creusée une salle immense, soutenue par des piliers de diamants dont les piédestaux étaient de rubis, dallée d’émeraudes et dominée par une coupole faite dans une seule escarboucle. Cette salle servait à leurs enchantements.

Marianne et Danaë disparurent un beau jour. Elles étaient mortes, car elles ne participaient nullement de l’immortalité de leur mère. Germeline vécut la vie de dix hommes. Elle se maria et vit mourir avant elle quatre générations. Il lui restait un arrière petits-fils, le seigneur de Lucinge, qui vivait au château des trois sœurs, qu’on nommait le « château de Féternes » ou des Trois-Fées. Lorsqu’elle vit que sa fin approchait, elle remit à son descendant une clef et un parchemin.

La clef ouvrait le passage qui faisait communiquer le manoir avec la grotte merveilleuse ; le parchemin contenait la conjuration écrite qu’il était nécessaire de lire pour que la clef fit son office. Ayant ainsi légué sa puissance aux aînés de la maison de Lucinge, Germeline rejoignit ses sœurs au tombeau.

Ce pouvoir magique était échu vers le milieu du XIIIe siècle à un vieillard débile et presque idiot, marié à la plus belle, à la plus fière, à la moins vertueuse des châtelaines d’alentour qui brûlait d’être maîtresse du fatal secret. Le vieillard eut la faiblesse de lui en faire part et peu de temps après il mourait.

Cette veuve, nommée, par des traditions incertaines, Aurore de Lescales, cette veuve prit le deuil en satin couleur de rose. Elle donna à ses gens juste le temps de remplacer les tentures noires qui avaient servi aux funérailles de la chapelle de Féternes par de blanches draperies et des guirlandes de fleurs. Puis elle épousa en grande pompe un pauvre gentilhomme, Rupert d’Arbigny, mécréant dont le seul nom faisait trembler montagnards et paysans à trois lieues à la ronde. Ce mesquin sire, initié au secret de la caverne, posséda bientôt une puissance d’autant plus redoutable qu’elle était occulte.

A cette même époque vivait en la province de Chablais, un gentilhomme cadet, de la maison de Blonay, qui descend des rois de Neustrie, lequel avait nom Raoul et venait d’épouser la fille unique du seigneur de Maxilly que lui avait long disputée Rupert d’Arbigny. Il avait pris pour devise : « Toutes servir, toutes honorer, pour l’amour d’une. »

Et, il vivait heureux en son manoir, faisant le bien, aimant l’Église, veillant au bonheur de ses vassaux. Le 28 juin de l’an 1290, Raoul de Blonay fut appelé en toute hâte au château de Féternes, bien qu’il fût en petite amitié avec le méchant sire d’Arbigny. Il partit néanmoins, promettant à sa gente épouse, dame Alix, d’être de retour le même jour.

Mais la dame d’Arbigny, après l’avoir toute la journée entretenu de prouesses guerrières, de son mari et des splendeurs de sa maison, le voulut retenir, pour la fête de nuit qu’elle donnait, disait-elle, aux fées ses bonnes cousines. Ce fut en vain, et comme Raoul prenait congé de ses hôtes, madame Aurore lui dit avec un sourire malicieux : « Sire chevalier, vous pourrez avoir à vous en repentir ! »

Il ne se soucia nullement de cette menace plaisante, se mit en selle et s’en fut ; il n’atteignit qu’à la nuit close sa forêt de Maxilly. Au beau milieu du carrefour de l’Etoile, il se vit tout à coup entouré d’une multitude de chats. Il y en avait de blancs, de noirs, de gris, de jaunes, de tigrés, de toutes couleurs et de toutes tailles... Dix mille ! cent mille, peut-être.

Mais le bon chevalier avait guerroyé en Palestine ; il ne craignait rien, hors l’éternel Ennemi du genre humain. Assuré qu’il y avait, en ce fait extraordinaire, un sortilège, il recommanda son âme à Dieu, tira son épée et se mit à frapper d’estoc et de taille, sans trêve et sans relâche. Un affreux concert de miaulements faillit l’assourdir. Mais, il batailla tant et si bien que la terre se couvrit de cadavres.

Enfin, il atteignit un chat énorme, roux, velu, aux yeux scintillants, d’un superbe coup d’estramaçon ; l’animal creva en poussant un hurlement lamentable ; il eut le crâne fendu... Aussitôt les chats demeurés vivants, s’enfuyant dans toutes les directions, disparurent, et le sire de Blonay entendit des milliers de voix humaines crier, gémir, hurler, glapir : « Rupert est mort ! »

Le chevalier se hâta se traverser la forêt, sonna du cor, fit lever la herse et baisser le pont, et il courut au retrait de dame Alix qui l’attendait, inquiète, et lui raconta ce qui lui était arrivé dans le carrefour de l’Étoile. Un mignon matou blanc couché sur un pliant auprès de la châtelaine, dressa les oreilles au récit de cette aventure, et lorsque le chevalier narra de quelle belle estocade il avait navré le chat roux, le chat blanc s’écria avec un accent de violente surprise : « Rupert est mort ! » Puis il sauta par le fenêtre et disparut.

Au même instant, la forêt que le lit d’un torrent desséché séparait seule du castel, s’embrasa. D’effroyables miaulements retentirent, et pendant quatre mortelles heures, on put croire que le ciel était aux prises avec l’enfer. Ces faits seraient constatés par un acte notarié, dressé le même jour et signé par plus de deux mille témoins. Mais où est l’acte ? Où est le notaire ?

« Or, vers ces temps, dit la chronique, advint l’aimable accommodement des différends survenus entre très haut et très puissant prince, monseigneur Loys de Savoie et l’évêque de Lausanne ; et fut, le dit accommodement, fait et conclu en la tour d’Ouchy, mon dit seigneur de Savoie ayant pour siens pleiges donné à l’évesque, Jehan de Mont, messire Thomas de Gruyère, Raoul de Montricher, Pierre de Valliens, Pierre du Pont, Guillaume Ghastonnay, le vidame de Moudon et Pierre de Blonay. Or donc, ayant fait leur office, tous gens de plume, et les susdits huit seigneurs s’étant engagés, foi de gentilshommes et par écrit envers l’évesque, bien fallut festiver, jusqu’à nuit close avec le prélat, lequel leur fit bonne chère en sa tour d’Ouchy. »

Vers la fin du repas, Pierre de Blonay, qui était le frère aîné de messire Raoul, vit l’incendie de la forêt de Maxilly jeter un sanglant reflet sur le lac Léman. De toutes parts on criait : « Au feu !... » L’aîné de Blonay se jeta dans une barque et arriva, un peu avant minuit, au port d’Évian. De là, il courut à Maxilly, tout d’une haleine, et fut effrayé, lui qui n’avait jamais eu peur, de ce sinistre spectacle. Une foule immense contemplait, muette d’effroi, le gigantesque embrasement : ces arbres dévorés par les flammes, ce brasier d’où s’échappaient des gerbes d’étincelles.

Messire Pierre pressa de questions les tenanciers, grangers, et les métayers de son frère. Tous lui répondirent avec un accent d’épouvante ahurie : « Rupert est mort ! — Bon ! répondit le chevalier, peu m’importe que Rupert soit mort ou vivant ! Qui est-ce Rupert ? Qu’ai je à faire de Rupert ? Pourquoi n’allez-vous pas au secours de mon frère, vous, ses serviteurs ? »

Les hommes firent semblant de s’empresser, mais les femmes gémirent lamentablement : « Rupert est mort ! » Blonay « tout esbouriffé de colère » traversa le torrent, passa le pont-levis, la barbacane extérieure, et fit irruption dans le manoir. Dans la cuisine il vit, accroupie près de l’âtre, dame Gothon, la suivante de sa belle-sœur. Il l’interrogea courtoisement. La bonne vieille ne lui laissa pas le temps d’achever et s’écria croassant comme une corneille de cimetière : « Rupert est mort ! »

Devant la chapelle, le chevalier rencontra dom Pacifique, le chapelain, qui murmura, d’une voix sourde : « Mortuus est Robertus ! » Dans la salle des Aïeux, il vit le petit page, Myrtil, à cheval sur la balustrade d’une fenêtre, jambe de ci, jambe de là, les cheveux au vent, la mine effronté et hardie.

L’enfant écoutait le pétillement des flammes, le bruissement du vent, le grondement de la multitude, et paraissait se divertir infiniment du spectacle de l’incendie. Il jeta un regard moqueur sur le frère de son maître, fit claquer ses doigts au-dessus de sa tête, montra ses dents blanches en un joyeux éclat de rire, et chanta d’une voix claire : « Rupert est mort ! »

Puis, comme deux heures sonnaient au beffroi du manoir, un éclair livide s’étendit comme une bannière dans les airs, laissant lire ces mots dessinés en flammes bleues dans l’espace : « Rupert est mort. » Le coq chanta. Une clameur formidable composée de mille cris aigus, effroyables, stridents, retentit soudain. Une voix qui paraissait sortir des entrailles de la terre vociféra d’un ton lugubre : « Rupert est mort ! »

Et tout retomba dans le silence ! Et les flammes s’éteignirent sans avoir rien consumé, laissant aux arbres leurs feuilles, aux fleurs leurs pétales, à la terre son manteau d’herbe. Après quoi messire Pierre et messire Raoul furent tous deux très heureux, et eurent tous deux beaucoup d’enfants.

Rupert d’Arbigny, qu’on trouva le crâne fendu au carrefour de l’’Étoile, dans la forêt de Maxilly, fut enterré, sans cérémonie, au pied d’un chêne. La veuve de ce réprouvé prit le voile en quelque monastère du pays de Savoie, et jamais plus on ouït parler d’elle.

Quant au secret de cette légende, qui n’a ni commencement ni fin, il est sans doute enfermé avec les merveilleux trésors des fées, au fond de la grotte de Féternes que tous les touristes des bords du Léman vont visiter.




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