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29 juin 1610 : obsèques du roi Henri IV - Histoire de France et Patrimoine


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29 juin 1610 : obsèques du roi Henri IV
(« Lettres de Malherbe à Nicolas-Claude Fabri de Peiresc » édition de 1822
et « Henri IV et sa politique » (par Charles Mercier de Lacombe) paru en 1860)
Publié / Mis à jour le vendredi 26 mai 2017, par LA RÉDACTION



 
 
 
Dans son Journal, Pierre de l’Estoile note que « le mardi 29 juin, jour de Saint-Pierre, le corps du feu roi fut porté du Louvre à Notre-Dame, avec les pompes, solennités et cérémonies accoutumées d’observer aux obsèques et enterrements des rois de France. Il y eut si grand concours et affluence du peuple à le voir passer, que le monde s’y entretuait ».

Les archers de la ville, divisés en trois compagnies, commencèrent la pompe, et furent suivis de toute sorte de religieux pauvres, prêtres de paroisses, chanoines de Notre-Dame, de la Sainte-Chapelle, et autres ; l’Université, le Châtelet, les hautbois et douze tambours de la chambre, la caisse couverte d’étamine, battant fort lamentablement ; maîtres de camp et capitaines des gardes, grand prévôt et ses archers, Suisses de la garde-du-corps, les deux compagnies des cent gentilshommes, officiers de la maison du roi, commençant par les moindres et finissant par les maîtres d’hôtel, qui se trouvaient les plus prochains du chariot au côté droit de la rue, et au côté gauche étaient messieurs des comptes, des aides, des monnaies, du trésor, et autres officiers de finances ; et cela était jusqu’au chariot d’armes.

« Ce chariot, où était le corps du roi, était traîné par six coursiers couverts de velours noir, avec de grandes croix de satin blanc ; le chariot, couvert d’un drap de même matière et croisé de même, semé de vingt-quatre écussons de France et de Navarre. Devant le chariot était M. de Rodes à cheval, portant une bannière qui s’appelle panon, et dit-on que c’est l’enseigne de la maison du roi ; et de fait, quand, à l’enterrement qui se fit le lendemain, le héraut, étant dans la fosse où était le corps du roi, appela ceux qui avoient des charges, il cria : M. de Rodes, premier valet tranchant, apportez le panon dont vous avez la charge.

Buste en cire d'Henri IV réalisé par Michel Bourdin d'Orléans au début du XVIIe siècle
Buste en cire d’Henri IV réalisé par Michel Bourdin d’Orléans au début du XVIIe siècle

« Derrière le chariot marchaient à pied les capitaines des gardes-du corps ; après venaient, la tête nue, douze pages de la grande écurie, vêtus de robes de velours noir, et montés sur douze coursiers couverts aussi de housses de velours noir, tellement que rien n’en paraissait que les yeux ; les housses étaient croisées de satin blanc. Après venaient les honneurs, à savoir, les éperons, les gantelets, l’écu, la cotte d’armes, le heaume timbré à la royale ; les quatre premiers portés par quatre écuyers de la grande écurie, et le dernier par M. de Liancourt, premier écuyer de la petite écurie.

« Après marchaient force abbés et aumôniers du roi ; puis quatorze évêques à pied, mitrés ; puis les ambassadeurs de Savoie, de Venise et d’Espagne, à cheval, et vêtus de grandes robes à queues pendantes à terre, et portées par de leurs estafiers. Les nonces du pape, l’ordinaire et l’extraordinaire, suivaient, conduits par des archevêques, évêques, montés sur des mulets, entre lesquels je vis MM. d’Aix et d’Embrun, avec des chapeaux bordés de vert ; après eux venaient MM. les cardinaux de Joyeuse et de Sourdis, vêtus de robes violettes, avec des chapeaux rouges ; puis venait le cheval d’honneur, tout couvert d’une housse de velours violet semé de fleurs de lis d’or ; puis M. le grand écuyer, à cheval, vêtu de deuil, en forme et sa queue portée ; il portait l’épée royale, qui a un fourreau de velours violet semé de fleurs de lis d’or, pendu à un baudrier de même ; les écuyers de la grande écurie le suivaient à pied avec les valets de pied du roi.

« Après marchait la cour du parlement en robes rouges, et au milieu d’eux l’effigie du roi, telle qu’elle était dans la salle quand on allait donner de l’eau bénite au corps ; elle était portée par de certaines gens que l’on appelle anouarts, qui portaient des bonnets de Mantoue et des sangles couvertes de velours noir, en écharpe : outre ceux qui la portaient, j’en vis neuf qui ne portaient rien, et étaient là pour relayer ceux qui portaient.

« MM. les présidents portaient les coins et côtés du drap d’or qui était sur l’effigie. Devant l’effigie immédiatement étaient deux huissiers de la chambre du roi, et devant, eux M. l’évêque de Paris, et M. l’évêque d’Angers, représentant le grand aumônier. Cette place de M. de Paris fut fort disputée par MM. du parlement, qui le voulaient envoyer auprès du corps comme curé du roi ; toutefois ayant été cette cérémonie regardée aux livres qui ont été imprimés des obsèques des rois Charles IX et Henri II, qui étaient différentes, on suivit celle qui faisait pour M. de Paris.

« Après venait un dais de drap d’or, porté par des archers de la ville ; puis les princes du sang et autres, qui étaient MM. de Conti, de Soissons, de Guise, prince de Joinville, et M. d’Elbœuf, à cheval, vêtus de robes de deuil à queues portées par grand nombre de gentilshommes. Après marchaient MM. les ducs d’Espernon et de Montbazon, leurs queues portées chacune par un gentilhomme seul. Après suivaient neuf ou dix chevaliers de l’ordre, à pied, avec des robes de deuil, et environ quatre-vingts ou cent gentilshommes de la cour, vêtus de même ; puis onze pages de la chambre, avec des saies et bonnets de velours noir levés au côté ; et enfin les quatre compagnies du corps : tout cela vêtu de deuil depuis un bout jusqu’à l’autre, hormis les religieux, qui n’avoient que leurs habits, et MM. du parlement, qui avaient leurs robes rouges.

« Les rues, depuis Notre-Dame jusqu’à la porte, étaient tapissées de serge noire ; et devant, à chaque maison, une torche allumée ; et de toise en toise un écusson des armes de France et de la ville, mais elles étaient presque toutes de la ville. Cet ordre fut gardé jusqu’à Saint-Lazare, qui est au bout du faubourg de la porte Saint-Denis ; et les uns s’en revinrent à Paris, les autres allèrent coucher à Saint-Denis ; les uns en carrosse, les autres à cheval, comme bon leur sembla.

« Le lendemain se fit l’enterrement, que je ne vis point, pour ce que, hormis la cérémonie de mettre les honneurs dans la fosse, il ne s’y fit rien qui vaille la peine de prendre une mauvaise nuit, et puis on le verra dans les discours qui s’impriment. M. le chevalier de Guise marcha comme grand chambellan, au lieu de M. d’Aiguillon, qui était absent, et portant l’oriflamme, bannière de France. M. le comte de Saint-Pol marcha comme grand maître, au lieu du comte de Soissons. M. de Termes marcha comme premier gentilhomme de la chambre.

« Le roi [Louis XIII, successeur de Henri IV] partit de l’hôtel de Longueville, lorsqu’il alla donner de l’eau bénite au feu roi ; son deuil est formé de serge violette à cinq queues, dont la plus longue était portée par M. le prince de Conti ; les deux autres plus courtes, celle de la main droite par M. le comte de Soissons, et de gauche par M. de Guise ; les deux plus petites par MM. de Joinville et chevalier de Guise : tous ces princes avaient des gentilshommes qui portaient leurs queues.

Henri IV, roi de France et de Navarre, exposé sur son lit de mort
Henri IV, roi de France et de Navarre, exposé sur son lit de mort

« Il suivait après Monsieur, qu’on portait avec son deuil noir, sa queue portée par M. le comte de Curson ; et après M. le duc [d’Anjou], qu’on portait aussi : je ne sais qui portait sa queue. Devant le roi marchaient les gardes et tous les officiers de la maison du roi. »

Soixante ans plus tard, on se souvenait encore de l’inexprimable douleur causée par la mort du monarque, et Bossuet retraçait ainsi ce sentiment à Louis XIV : « Il est arrivé souvent qu’on a dit aux rois que les peuples sont plaintifs naturellement, et qu’il n’est pas possible de les contenter quoi qu’on fasse. Sans remonter bien avant dans l’histoire des siècles passés, Sire, le nôtre a vu Henri IV, votre aïeul, qui, par sa bonté ingénieuse et persévérante à chercher les remèdes des maux de l’État, avait trouvé le moyen de rendre les peuples heureux et de leur faire sentir et avouer leur bonheur.

« Aussi en était-il aimé jusqu’à la passion, et, dans le temps de sa mort, on vit par tout le royaume et dans toutes les familles, je ne dis pas l’étonnement, l’horreur et l’indignation que devait inspirer un coup si soudain et si exécrable, mais une désolation pareille à celle que cause la perte d’un bon père à ses enfants. Il n’y a personne de nous qui ne se souvienne d’avoir ouï souvent raconter ce gémissement universel à son père ou à son grand-père, et qui n’ait encore le cœur attendri de ce qu’il a ouï réciter des bontés de ce grand roi envers son peuple, et de l’amour extrême de son peuple envers lui. »




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