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Décadence française et étatisme républicain. Fonctionnarisme, budget, essor de la nation, économie. Fonction publique - Histoire de France et Patrimoine


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L’Histoire éclaire l’Actu

L’actualité au prisme de l’Histoire, ou quand l’Histoire éclaire l’actualité. Regard historique sur les événements faisant l’actu


Étatisme (L’) coupable : la France en meurt
et le système politique en vit
(D’après « Le Gaulois », paru en 1906)
Publié / Mis à jour le samedi 1er août 2015, par LA RÉDACTION



 
 
 
Dénonçant en 1906 le dépérissement progressif d’une France jadis puissante mais aujourd’hui gouvernée par une caste n’ayant pourtant « à la bouche que les mots retentissants de liberté, de progrès et d’émancipation », le journaliste et député Jules Delafosse y voit l’œuvre de l’étatisme régnant en maître, mainmise de l’État sur toutes les manifestations de l’activité humaine, héritage de la Révolution française privilégiant une fonction publique budgétivore au détriment des initiatives individuelles et favorisant des responsables politiques qui, mangeant au râtelier du pays, sont directement coupables de sa ruine

Il y a quelques mois, un jeune Français qui faisait un voyage d’étude et d’agrément autour du monde trouva, dans le salon du bateau qui le transportait de Yokohama à San-Francisco, un atlas américain. C’était le grand atlas universel de Gram, aussi répandu aux États-Unis que peut l’être celui de Vidal-Lablache chez nous.

La carte de chaque nation était accompagnée d’une notice. Notre jeune compatriote eut la curiosité de savoir ce que l’on pensait en Amérique de notre pays, et voici ce qu’il lut : « Lorsqu’on observe les événements et que l’on connaît la marche de l’humanité, il est impossible de ne pas pressentir la décadence imminente de l’État français et de sa population. Les symptômes sont nombreux et indéniables. »

Il y a des atlas et des géographies qui sont des œuvres de polémique nationale. Cela s’est vu et cela se voit encore, par exemple, en Allemagne et en Italie. C’est une façon très adroite et très efficace d’imprégner l’âme des jeunes générations de ce que l’on veut y mettre, de créer en elles un état d’esprit qui les associe d’avance et les prépare aux revendications futures. Mais c’est un souci qu’on ignore aux États-Unis. On n’y connaît personne qui nourrisse contre la France de mauvais sentiments ou de mauvais desseins. On pourrait même dire que les Yankees, s’ils étaient capables de s’intéresser à une autre nation que la leur, seraient plutôt enclins à une vague sympathie pour nous, renchérit Jules Delafosse. Ils se souviennent de l’aide chevaleresque que prêta la France aux insurgents de la guerre de l’Indépendance, et ils la célèbrent à l’occasion.

Ils admirent du mieux qu’ils peuvent nos artistes et paient royalement leurs œuvres. Ils sont pleins de prévenances pour nos littérateurs en tournée de conférences. Il n’est point de folie qui les arrête lorsqu’il s’agit de faire fête à nos comédiens et à nos comédiennes. Il ne faudrait pas se méprendre, d’ailleurs, sur le caractère de cette admiration : elle se tempère d’un peu de pitié. C’est la pitié instinctive qu’éprouvent tous les êtres vigoureux et puissants, en pleine force et en plein essor, pour les grandeurs déchues. C’est évidemment sous cet aspect que l’auteur de la notice envisageait la France et les Français de notre temps. Et il le disait avec le sans-façon qui caractérise ses compatriotes, sans y mettre ni hostilité ni malice, poursuit Delafosse.

Village de Bonnieux. Aquarelle de Robert Lépine
Villages de France : Bonnieux. Aquarelle de Robert Lépine

Lorsque le jeune voyageur fut de retour en France, il s’aperçut que chaque dimanche nos ministres se dispersaient aux quatre coins de l’horizon pour aller inaugurer une statue, un lycée de filles ou un lavoir. Et chacune de ces cérémonies était l’occasion de discours ostentatoires où l’on célébrait avec une triomphante impudence la puissance, la beauté, la grandeur, le rayonnement, la gloire même de la France démocratique et républicaine. Les ministres de la République parlent de la France comme l’auraient pu faire ceux de Louis XIV ou de Napoléon, c’est-à-dire à des époques où la France exerçait sur le monde une hégémonie incontestable et incontestée. Ils sont ses ministres et se contemplent amoureusement en elle. C’est leur propre génie qu’ils célèbrent, et ils sont assez contents d’eux-mêmes pour embrasser l’univers entier, dans le témoignage d’admiration qu’ils se décernent.

Malheureusement cette infatuation est un thème abondant pour la gouaillerie des autres, et ils ne s’y épargnent guère. On dirait qu’ils se vengent de notre longue supériorité et de l’envie recuite qu’il nous ont si longtemps portée par l’injurieux affront de leurs dédains. Quiconque a passé la frontière et s’est enquis de l’opinion de l’étranger sur notre compte, suivant les manifestations diverses et multiples qu’on en peut saisir dans les journaux, les revues, les livres, le théâtre et même les conversations, y reconnaît, sous des formes variées qui vont de l’insolence à la pitié, que le jugement sommaire du géographe américain sur la France répond à cet état d’opinion à peu près universel. La France est une nation qui s’éteint, parce qu’elle n’a plus la force de vivre.

On incline généralement à croire que les nations vieillissent de la même façon que les individus. Or, nous sommes, après la Chine, la plus vieille nation de la terre, je veux dire l’État dont la formation remonte le plus loin. Si donc la décadence nationale était une loi de nature, notre fortune de peuple serait désespérée. Mais cette conception est absurde. En fait, il n’est de peuples ni vieux ni jeunes, puisque les individus qui les composent se renouvellent incessamment.

Un Français de vingt ans est aussi jeune qu’un Américain du même âge. Les générations d’une même année, de ce côté-ci comme de l’autre côté de l’Atlantique, comportent, à dose égale, les mêmes puissances physiques, les mêmes aptitudes intellectuelles et les mêmes virtualités. Cependant, il est certain que la génération américaine sera merveilleusement féconde en œuvres de toute sorte, tandis que la génération française restera lamentablement stérile, assène Jules Delafosse.

Pourquoi ? Parce qu’il y a de vieilles habitudes, de vieilles routines et de vieux moules, et que les peuples qui laissent enfermer leur jeunesse dans ces vieilleries sont voués fatalement à l’ankylose, à l’atrophie et au dépérissement. Et ce sont là précisément les symptômes de la vieillesse. C’est en cela, et par cela que certains peuples sont vraiment vieux, alors que d’autres, soumis à d’autres disciplines, sont jeunes. C’est aussi de cette façon que la Chine a vieilli. Elle s’est figée au cours des siècles dans l’étroitesse des moules archaïques et rituels où l’oligarchie mandarine avait cloîtré son activité. On peut noter chez nous les mêmes phénomènes d’appauvrissement, dus à des causes sensiblement analogues. Mais ce ne sont point des fatalités. Il dépend de nous de nous rajeunir. Seulement il faudrait pour cela casser beaucoup de moules.

Le cadre d’un article de journal est beaucoup trop étroit pour embrasser une pareille réforme dans son ensemble, poursuit Jules Delafosse. Il y faudrait un livre. Je me contenterai de dénoncer, parmi ces moules à détruire, celui qui est à la fois le plus banal et le plus nuisible, je veux dire le « fonctionnarisme ». Le mot est barbare, mais il dit bien ce qu’il veut dire. Le fonctionnarisme doit s’entendre à la fois de l’abus des formalités administratives et de la multiplicité croissante des fonctions publiques.

Tout le monde sait, pour en avoir souffert, ce qu’est la paperasserie administrative. Comme l’État français a mis la main sur toutes les formes de l’activité individuelle ou collective des citoyens, il faut, pour travailler, commencer par lui demander sa permission. Or, cette formalité comporte une procédure administrative interminable, avec enquêtes, rapports, communications de bureau à bureau, de ministère à ministère, et stations prolongées à chaque étape ; si bien qu’au bout de six mois ou deux ans, l’État a dépensé une tonne de papier pour une affaire qui ne comportait pas même une minute d’examen.

Mais la paperasserie bureaucratique, toute exaspérante qu’elle apparaisse, est de beaucoup le moindre vice du fonctionnarisme. Ce qui fait de lui le grand fléau de notre nation, c’est l’effroyable consommation d’hommes qu’il fait. La bureaucratie française dévore plus d’existences humaines qu’une guerre permanente, et la perte qui en résulte pour la société est incalculable. Pour s’en rendre compte, il faut savoir comprendre que tout homme, qui entre à vingt ans dans une fonction publique, est une force irrémédiablement perdue. Sa jeunesse, son activité, sa puissance créatrice, ses facultés physiques et morales sont, à l’heure même, frappées d’une paralysie professionnelle qui les rend à jamais stériles. II passe à l’état de parasite, vivant de la substance des autres et ne produisant jamais.

Supposez, par contre, que cet homme jeune, actif, vigoureux, intelligent, n’ait pas trouvé une fonction publique où se caser : qu’eût-il fait ? Je n’en sais rien. Mais je sais bien qu’il eût été forcé pour vivre de faire quelque chose, et ce quelque chose, si peu que ce fût, aurait augmenté d’autant le patrimoine général de la nation. Industriel ou commerçant, il aurait produit, au lieu de consommer ; colon, il aurait contribué à mettre en valeur nos colonies inutiles ; émigrant, il aurait servi l’influence française, le commerce français, à l’étranger, dans la mesure de ses moyens ; il aurait fait ce que font les émigrants allemands, qui multiplient les relations de leur pays avec toutes les contrées du monde. En un mot,. il serait une force féconde, au lieu d’être un parasite.

C’est ce que font les jeunes Anglais et les jeunes Américains. Ils seraient humiliés qu’on offrît à leur jeunesse ardente une place de 1 800 francs, avec perspective d’un traitement final de 3 000 francs et la retraite, ajoute Delafosse. Une pareille destinée leur paraîtrait ignominieuse. Ils se sentent faits pour tirer d’eux-mêmes leur propre fortune, et non pour vivre au râtelier. Et c’est aussi pour cela que l’Allemagne, l’Angleterre, les États-Unis sont des nations de plein essor, alors que la France, stérilisée par le parasitisme d’État, s’isole, s’étiole, se ratatine et meurt de dessèchement. Et ce phénomène de dépérissement sénile s’accomplit sous la tutelle de gens qui n’ont à la bouche que les mots retentissants de liberté, de progrès et d’émancipation !...

C’est la République qui a donné aux fonctions publiques cette extension meurtrière. L’administration générale de l’État coûte aujourd’hui cinq ou six cents millions de plus que sous l’Empire, non compris les budgets de la marine et de la guerre. Il faut en chercher la cause dans le népotisme de parti qu’elle cultive comme un jardin. Tout sénateur et tout député ministériel traîne après lui une bande de clients électoraux dont on paie les services ou la parenté en grugeant le budget. C’est pour cette marmaille budgétivore qu’on a élargi les cadres, multiplié les emplois, et tout cela mange au râtelier de l’État. La France en meurt : mais le régime en vit.

On parle de réformes. En voilà une, et des plus pressantes qui soient au monde. Réduire des trois quarts les fonctions publiques, quelle économie d’argent ! s’exclame Delafosse. Et surtout quelle économie d’hommes ! Quelle magnifique rénovation d’activité et d’énergie pourrait s’ensuivre ! Malheureusement ce n’est pas du régime actuel qu’il faut l’attendre. Son idéal est tout contraire ; c’est l’étatisme, c’est-à-dire la mainmise de l’État sur toutes les manifestations de l’activité humaine.

C’est pour cela qu’il songe à racheter les chemins de fer, à exproprier les Sociétés minières, à créer des monopoles d’État qui se substituent à l’industrie libre. Son rêve est de faire de la République une nourrice universelle dont la fonction essentielle sera de donner la becquée à un peuple d’infirmes ou de mineurs éternels. Et ces gens-là s’appellent des prophètes du progrès ! O misère !... conclut Jules Delafosse.




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