Panier de
commande
Histoire de France, Patrimoine, Tourisme, Gastronomie, Librairie

AJOUTER

Favoris

Fil RSS

Facebook

Google +

Twitter

Blog

Videos
Histoire France, Patrimoine, Gastronomie, Tourisme

« Hâtons-nous de raconter les délicieuses histoires du
peuple avant qu'il ne les ait oubliées » (C. Nodier, 1840)


 
Histoire France, Patrimoine, Gastronomie, Tourisme

Découpage administratif, départements et mémoire anciennes provinces. Musées d'ethnographie - Histoire de France et Patrimoine


Vous êtes ici : Accueil > L’Histoire éclaire l’Actu > Découpage (Un) administratif en (...)

L’Histoire éclaire l’Actu

L’actualité au prisme de l’Histoire, ou quand l’Histoire éclaire l’actualité. Regard historique sur les événements faisant l’actu


Découpage (Un) administratif en départements
éradiquant la mémoire des provinces
(D’après « Le Petit Journal illustré », paru en 1932)
Publié le samedi 16 février 2013, par LA RÉDACTION


 
 
 
 
En 1932, arguant que le progrès moderne constitue une « formidable machine qui nivelle à tort et à travers », Jean Lecoq, du Petit Journal, nous explique l’importance de créer des musées d’ethnographie populaire au sein de chaque ancienne province, la division en départements, imposée en 1790 avec l’idée d’effacer les traces du passé, étant peu compatible avec les besoins administratifs modernes et apparaissant « plus que jamais illogique et arbitraire »

Car l’histoire de nos provinces, de leurs mœurs et de leurs coutumes particulières, des industries spécifiques à chacune d’elles, des arts qui y furent ou qui y sont pratiqués, l’histoire des modes locales et régionales, des dialectes et des patois, en un mot de tout ce qui constitue le caractère et l’originalité de chaque province, combien est-il de Français qui se soucient de tout cela ? s’interroge le journaliste.

Combien, même, est-il de Français qui aient quelques lumières sur l’histoire de leur propre province, de leur ville ou de leur village d’origine ? On ne l’enseigne pas aux enfants ; et l’on a tort. Ils aimeraient mieux leur petite patrie s’ils la connaissaient mieux. Or, l’amour de la petite patrie n’a jamais nui à l’amour de la grande, au contraire. Et le fait de bien connaître et de bien aimer sa province n’empêcherait aucun Français d’aimer la France plus que tout.

L’idée de Mistral
Le progrès moderne se présente à nous sous l’aspect symbolique d’une formidable machine qui nivelle à tort et à travers, fauche au hasard tous les souvenirs du passé, détruit les monuments, abolit les vieux langages, les vieilles mœurs, les costumes pittoresques et prétend unifier les usages et les intelligences. Je ne veux point médire du progrès : sa marche en avant est réglée par une inéluctable fatalité. Bien fol serait celui qui voudrait barrer le chemin. Mais on peut bien regretter qu’if fasse tant de ruines sur son passage et qu’il sacrifie impitoyablement les traditions les plus anciennes et les plus respectables.

On peut bien aussi tenter de sauver quelque chose de ces traditions qui firent l’orgueil de nos pères ; et d’en garder à tout le moins le souvenir. C’est cette pensée, pieuse qui guida Mistral lorsque, en 1896, il émit, dans son journal — L’Aïoli —l’intention de créer, à Arles, un musée ethnographique du pays de Provence. Ce musée, qu’il créa, en effet, l’année suivante, avait été la pensée de toute sa vie : je crois bien, ajoute Jean Lecoq, que c’est, de toutes ses œuvres, celle qu’il chérit avec le plus de ferveur.

« On y trouvera, disait-il alors, des collections de poupées représentant les filles d’Arles dans le costume national de diverses époques ; des collections de bijoux des Arlésiennes et des œuvres artistiques de l’orfèvrerie d’Arles. Viendront ensuite les meubles d’Arles : garde-robes, panetières, pétrin, buffet ; et aussi tous les objets de harnachement des gardiens de manades de chevaux et taureaux de la Camargue, et les ustensiles des bergers des troupeaux de- moutons de la Crau.

« Le musée, ajoutait-il, contiendra aussi des objets de ménage et des ustensiles des grands mas de la Camargue, des faïences et poteries anciennes et des modèles en miniature des anciennes allèges et barques de la glorieuse marine d’Arles, au loin connue, et disparue aujourd’hui... »

Or, le Museon Arlaten contient tout ce que Mistral souhaitait y voir, tout cela et maintes autres choses encore, poursuit Lecoq. Les touristes, les artistes ne manquent jamais de le visiter, car ils savent qu’ils trouveront là les documents les plus précieux et les plus pris sur la vie, les mœurs, les goûts et le caractère de cette race provençale, race vivante entre toutes. Le succès couronna l’œuvre du poète.

En 1905, la fortune lui vint. Mistral ayant reçu le prix Nobel résolut d’en consacrer la plus large part à son Museon Arlaten. Tous ceux qui, dans nos vieilles villes de France,. ont au cœur l’amour du coin de terre natal, devaient trouver là un enseignement.

Musées d’ethnographie populaire
Toutes nos régions de France, en effet, ont eu naguère, de même que la Provence, leur vie intense et personnelle, leurs mœurs particulières, leur originalité dans l’art et dans l’industrie ; toutes peuvent évoquer des souvenirs glorieux et montrer des preuves d’intelligence, d’énergie et d’activité.

Avec leurs spécialités artistiques et industrielles, avec les témoignages de leur passé historique, toutes peuvent constituer les collections les plus remarquables. Et un certain nombre d’entre elles n’ont pas manqué de le faire. A Saint-Jean-de-Luz, à Honfleur, à Niort, à Quimper, à Nancy, à Tulle furent créés des musées régionaux. Saint-Omer a aussi un musée local organisé de toutes pièces par un collectionneur de la ville, M. Dupuydts. A Beaune, dans les salles du vieux beffroi, un musée d’antiquités bourguignonnes a été installé.

Orléans possède un « Musée historique de l’Orléanais ». Dans la maison dite d’Agnès Sorel, on a rassemblé nombre de souvenirs qui rappellent les hommes illustres, les us et coutumes, les arts et métiers du vieil Orléans, voire de l’ancienne « province orléanoise » et du duché d’Orléans.

Nîmes a son musée de souvenirs locaux sur le modèle du Museon Arlaten de Mistral. Les documents de l’histoire de Nîmes et du Bas-Languedoc y sont conservés précieusement à côté des ustensiles locaux, de vieux plans de la ville, d’armes anciennes provenant des remparts disparus, de moulages et de reproductions des monuments romains de la ville.

Grenoble a son musée historique et ethnographique dauphinois. Les coutumes locales y sont représentées par des collections réunissant tous les objets de nature à ressusciter et à conserver les vestiges du passé de la province : céramiques, costumes, ustensiles en bois et en métal encore en usage dans les chalets montagnards : tous documents qu’il était grand temps de recueillir, car ils se faisaient plus rares de jour en jour.

Et j’allais oublier, ajoute notre chroniqueur, le musée du « Vieux Marseille » qui est, avec la bouillabaisse, une des gloires de la grande cité phocéenne. Sans doute, j’en oublie d’autres. Il est de ces musées ethnographiques, locaux ou régionaux, qui ne sont pas assez connus. Mais, malheureusement, il est encore un certain nombre de provinces qui n’en possèdent pas.

Le passé vivant
Or, chaque région de France devrait tenir à honneur d’avoir son musée d’ethnographie et d’art populaire, dont les collections seraient les leçons de choses du passé, et comme le reflet de la vie matérielle et intellectuelle d’autrefois. On y trouverait les meubles particuliers à la contrée, les grès, les porcelaines, les faïences, les verreries, les cuivres, les bijoux, les pièces d’orfèvrerie, châsses aux reliques, services commandés par les magistrats communaux et les dentelles et les tapisseries.

A côté de ces œuvres de l’art industriel du passé, une partie du musée devrait être réservée à l’histoire locale : objets rappelant des événements fameux ; trouvailles faites sur les champs de bataille voisins ; bannières des villes, des corps d’artisans, des confréries d’archers, d’arquebusiers, d’arbalétriers, de bombardiers, portraits des illustrations locales, costumes spéciaux à la province ; outils des métiers. Puis un coin pour les réjouissances populaires processions patronales, cavalcades, foires et francs marchés. Et combien d’autres choses encore qui, toutes, porteraient en elles un peu de l’existence, un peu de la gloire du pays, écrit Jean Lecoq.

Il faut constater que, sur ce point, comme sur tant d’autres, hélas ! l’étranger nous a dès longtemps devancés. Munich, Zurich, Bâle, beaucoup d’autres villes suisses ou allemandes possèdent des musées d’ethnographie populaire. A Stockholm, le musée du Nord, fondé par le docteur Hazélius, renferme une série de reconstitutions d’intérieurs suédois, norvégiens, lapons. A Bergen se trouve un musée spécial et bien local, entièrement consacré à la reconstitution d’un comptoir de la Ligue hanséatique.

Dans ces pays du Nord (Suède, Norvège, Danemark), on a même fait des musées en plein air, sortes de villages où les objets sont exposés à l’intérieur de maisons construites sur des modèles anciens, c’est-à-dire dans leur cadre naturel.

Province ou département ?
Ce n’est pas d’aujourd’hui qu’on déplore, en France, les méfaits de la centralisation excessive, et la funeste attirance de Paris, « la ville tentaculaire ». En dépit de cette indéniable émigration vers la capitale, il n’en est pas moins vrai que tout Français des provinces reste toujours attaché, de quelque façon, au coin de terre natal. Je n’en veux pour preuve, ajoute le chroniqueur du Petit Journal, que le grand nombre de sociétés qui se sont fondées à Paris entre originaires d’une même région. Tous, tant que nous sommes, nous avons toujours là-bas quelque attache sentimentale ; nous ne sommes jamais complètement « déracinés ».

C’est assez dire avec quel intérêt et quelle sympathie serait accueillie l’organisation d’une exposition des provinces. Tout ce que nous venons de dire de la constitution des musées d’ethnographie populaire montre que les éléments ne manqueraient pas pour une telle exposition. Déjà, dans la plupart de nos provinces, on s’efforce, depuis quelques années, de faire revivre les costumes anciens. Les jeunes filles ne dédaignent plus les coiffes de leurs aïeules, écrit encore Lecoq en 1932 : elles s’en parent volontiers aux jours de fêtes. Et c’est une marque de plus du mouvement de rénovation provinciale qui gagne de proche en proche par tout le pays.

Ce mouvement se manifeste même à d’autres points de vue. On n’hésite plus, aujourd’hui, à reconnaître que le morcellement administratif de la France, établi le 26 février 1790 par la Constituante, n’est plus en harmonie avec les progrès réalisés et les besoins présents de la société française.

Depuis cette époque, nous avons eu les chemins de fer, le télégraphe, le téléphone, l’automobile et même l’aviation, qui ont modifié profondément les conditions de la vie sociale et aussi de la vie administrative. La division en départements apparaît plus que jamais illogique et arbitraire. En l’établissant, les hommes de 1789 croyaient effacer toute trace du passé, faire disparaître jusqu’aux derniers vestiges des divisions de l’ancienne France. Ils se trompaient : l’esprit provincial devait survivre.

Et ce n’est pas seulement l’âme des races, c’est la science géographique elle-même qui l’ont voulu, renchérit Jean Lecoq. Il se trouve, en effet, que les grandes régions physiques de notre pays correspondent presque toutes aux divisions par provinces de la France d’autrefois. Pour l’étude de notre sol, de nos montagnes, de nos plaines ou de nos fleuves, la Provence, le Dauphiné, la Champagne, la Normandie, ont un sens et forment un tout harmonieux et coordonné. Le Calvados, la Haute-Marne oit le Var ne sont que des mots vides de sens qui ne représentent qu’une fastidieuse litanie de préfectures et de sous-préfectures.

Ainsi, la science confirme et renforce les raisons d’ordre économique et d’ordre sentimental qui militent en faveur d’une révision de l’œuvre de la Constituante. Une exposition des provinces aurait le double avantage d’amener au premier plan de l’actualité ce problème de la réforme administrative — problème capital pour l’avenir du pays — tout en offrant aux foules des reconstitutions pittoresques.

 

 


  Pas de commentaires

 Réagir à cet article

 

Soutenir l'association La France pittoresque, c'est prendre part à
la conservation et la transmission de la TRADITION, de notre IDENTITÉ,
de notre HISTOIRE, de notre PATRIMOINE,
des US ET COUTUMES de nos aïeux, du SAVOIR-FAIRE à la française
 
 
Ne bénéficiant d’aucune subvention ni d’aucune aide privée ou publique,
La France pittoresque compte exclusivement sur la générosité et la confiance de ses
lecteurs lui offrant de préserver son indépendance et sa liberté éditoriale
 
Le paiement peut également s’effectuer par chèque à l’ordre de :
La France pittoresque, 14 avenue de l'Opéra, 75001 PARIS
(association loi 1901 à but non lucratif fondée en 1997)

 

Prolongez votre voyage dans le temps avec
notre magazine d'Histoire de France...

Choisissez un numéro et découvrez les extraits en ligne !

 

 
 

 

 Hôtellerie et restauration jadis : de l'auberge du Moyen Age au grand restaurant du XIXe siècle
 
 Ménagerie politique (La) : l'ancien président Jules Grévy comparé à un macaque en 1890
 
 Premier billet de banque (Le) moderne naît en Nouvelle-France
 
 Fleurette : premier amour du futur Henri IV âgé de 12 ans
 
 « L'État m'a tuée » ou la France en souffrance
 
 MAGAZINE N°44 > Cliquez ici
 
BON À SAVOIR
 Payer les violons
 
 Arriver comme marée en Carême
 
MANIFESTATIONS
 
 
 


Duc d’Anjou (roi Louis XX)
L’héritier du trône de France s’exprime au sujet de la découverte de la tête d’Henri IV
14 juillet 1789 : prise de la Bastille et mensonge historique
Contrairement à la légende des manuels, la prise de la Bastille n’est pas un haut fait d’armes
Permaculture : agriculture respectant la Nature
Débarrassée d’un modèle industriel intrinsèquement nuisible à l’Homme
Histoire de France (Bainville)
CHAPITRE 3 : Grandeur et décadence des Carolingiens
+ de vidéos "Histoire France"+ de vidéos "Patrimoine"

 


Les plus récents
 
 14 juillet : Fête antinationale ? Ou comment liberté, égalité, fraternité sont des concepts dévoyés
 
 Véhicule électrique (Le) : promis à gagner la capitale et à remplacer la voiture à pétrole en... 1900
 
 Baccalauréat : diplôme considéré comme dangereux et inutile en 1905
 
 Gouvernance européenne : volonté ancienne d'élites prônant l'avènement supposément salvateur d'un « ordre nouveau »
 
 
Et puis aussi...
 
 Cri d'alarme au sujet de la dette publique et défaut de politique visionnaire
 
 Démagogie fiscale (La) de l'impôt progressif sur le revenu dénoncée en 1909
 
 Perte d'identité de nos régions due au nivellement par la centralisation ?
 
 L'étatisme coupable : la France en meurt et le système politique en vit
 
 
Plus d'articles...
 
 Voir les 102 ARTICLES

 

 

 


 
Pinterest FrPittoresque

 


 

 

 

     

 
 
Copyright © 1999-2014 E-PROD
Tous droits réservés. Reproduction interdite. N° ISSN 1768-3270. N° CNIL 824 842. N° Siret 481 246619 00011. Code APE 913E

La France pittoresque et Guide de la France d'hier et d'aujourd'hui sont des marques déposées.
Site déposé à l'INPI, la SGDL et l'APP (infos légales)
 
Audité par Xiti et Hit-Parade | Optimisé pour Internet Explorer et Firefox
 
Recommandé notamment parMAISON DU TOURISME FRANÇAIS dès 2003Maison de la FranceALLIANCE FRANÇAISEAlliance Française
 
Mentionné notamment parSIGNETS DE LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE FRANCESignets de la Bibliothèque Nationale de FranceMINISTÈRE DE LA CULTUREMinistère de la Culture
 
 
 
Librairie : contes et légendes Librairie : coutumes et traditions Librairie : vie d'antan
 
LA FRANCE PITTORESQUE : 1 - Guide en ligne des richesses de la France d'hier et d'aujourd'hui depuis 1999 : Histoire de France, patrimoine historique et culturel,
gîtes et chambres d'hôtes, tourisme, gastronomie. 2 - Magazine d'histoire 36 pages couleur depuis 2001, une véritable encyclopédie de la vie d'autrefois


Magazine

Blog

Facebook

Google +

Twitter

Pinterest

Tumblr

Second Life

YouTube

Paris pittoresque

Prénoms

Citations latines