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Place des Vosges échappe à des transformations au début du XXe siècle. Place Royale. Place d'Indivisbilité. Plans par Henri IV. Préservation - Histoire de France et Patrimoine


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Anecdotes insolites

Petite Histoire de France et anecdotes, brèves et faits divers insolites, événements remarquables et curieux, événements anecdotiques


Place des Vosges (La) de Paris
échappe au début du XXe siècle
à des transformations controversées
(D’après « Les Annales politiques et littéraires », paru en 1910)
Publié / Mis à jour le mardi 13 septembre 2016, par LA RÉDACTION



 
 
 
Remontant au XIVe siècle puis entièrement remaniée par un Henri IV ayant pris moult précautions visant à s’assurer que nul ne saurait, à l’avenir, avoir raison de son esthétique symétrie, celle qui « excita l’admiration de l’univers » et prit successivement les noms de place Royale, puis d’Indivisibilité, et enfin des Vosges, échappe, au début du XXe siècle, à des transformations que d’aucuns estiment alors de nature à porter atteinte au respect des vieux murs

Je me réjouis fort d’un jugement qui vient d’être rendu à la requête de la Ville de Paris, écrit en 1910 Adolphe Brisson, directeur des Annales politiques et littéraires. Dans le cas où il vous aurait échappé, je vous le signale, poursuit-il, car, si l’on y tient la main, il peut être gros de conséquences, et de conséquences heureuses. Voici le fait.

Un des propriétaires de la place des Vosges avait altéré la façade de sa maison, en abattant les allèges de deux lucarnes, en modifiant deux oeils-de-boeuf, en coupant la corniche du couronnement. Ayant constaté cette faute, qui constituait un véritable crime architectural, la Ville de Paris poursuivit le délinquant. Les juges l’ont condamné à démolir, à rebâtir la façade.

Place des Vosges en 1610 (Paris)
Place Royale (future place des Vosges, Paris) en 1610

Dieu merci ! s’exclame Brisson, ce lieu illustre, si plein d’histoire, ne sera pas défiguré, déshonoré. Les arguments invoqués par l’avocat de la Ville, et qui ont déterminé le tribunal, sont des plus suggestifs. Notre confrère Pierre Nolay, qui assistait au procès, nous les révèle.

Ce sont des arguments vénérables, étayés sur trois siècles d’usages et de traditions. Vous savez comment fut établie cette place fameuse. Elle remonte au XIVe siècle... Pierre d’Orgemont, chancelier de France, y édifia d’abord, en 1390, le superbe palais des Tournelles. En 1402, le duc de Berry, frère de Charles V, l’acheta quatorze mille écus d’or. Charles VI en fit sa maison ; il l’occupa en compagnie du duc de Bedford, régent. Ce dernier acquit de nombreux terrains aux alentours ; des constructions nouvelles y furent élevées et le palais des Tournelles éclipsa, par les fêtes somptueuses qu’on y donnait, l’arrogant hôtel Saint-Pol, sis en face...

Pendant près d’un siècle, il demeura la résidence de nos rois. Louis XI y logea ; Louis XII y mourut ; ils ne le délaissèrent qu’à la suite du duel tragique qui coûta la vie à Henri II... Ce fut Henri IV qui imprima à la place sa physionomie actuelle. Les textes relatifs à ce projet sont intéressants à relire. Henri veut une place commode pour le commerce et, en même temps, propre aux divertissements : « Ayant délibéré, pour la commodité et l’ornement de nostre bonne ville de Paris, d’y faire une grande place bastye de quatre costés, laquelle puisse estre propre pour ayder à établir des manufactures des draps de soye et loger les ouvriers que nous voulons attirer en ce royaume le plus qu’il se pourra et par mesme moyen puisse servir de promenades aux habitants de nostre ville. »

Il décida que les façades seraient construites symétriquement. Pour cela, il céda le terrain à des particuliers ; il n’exigea d’eux que la redevance d’un écu, mais à la condition expresse de « bastir, sur la face des dictes places, chacun ung pavillon ayant la muraille de devant de pierres de taille et de briques, ouverte en arcades et des galleryes au dessoubs avec des boutiques pour la commodité des marchandises, selon le plan et les ellevations qui en ont été figurées tellement que les trois costés qui sont à faire pour le tour de la dicte place, devant le dict logis des manufactures, soient tout bastis d’une mesme ciméttrie pour la décoration de nostre dicte ville ».

Place des Vosges (Paris)
Place des Vosges (Paris)

L’ordonnance est donc formelle, le contrat précis. Le roi, poussant plus loin encore les précautions, et désirant assurer dans l’avenir la durée de son oeuvre, prescrivit que les maisons de la place Royale ne pourraient jamais se partager entre des cohéritiers et qu’elles demeureraient indivises.

Ces volontés furent obéies... La place Royale excita l’admiration de l’univers, renchérit Adolphe Brisson. « Les Grecs et les Romains n’en ont jamais eu de semblable », écrivait Sauval, cent ans plus tard. Henri IV l’avait, en quelque sorte, dessinée lui-même, surveillant les maçons, mettant la main à la pâte. Ses successeurs (lisez la monographie du savant Georges Cain dans les Coins de Paris) l’embellirent ; Richelieu y érigea une statue à Louis XIII ; Louis XIV l’entoura d’une grille de fer précieusement ciselée ; Marion Delorme y avait son hôtel voisin de celui de Ninon de Lenclos. Victor Hugo l’habitait à la veille d’Hernani.

Sous la Révolution, elle changea de nom, s’appela place de I’Indivisibilité, puis, sous le Consulat, elle devint la place des Vosges, qu’elle n’a plus cessé d’être. A travers les désastres publics, nonobstant les guerres civiles et les barricades, elle resta intacte, inviolée. Et voici que l’impertinence ou la négligence d’un homme d’aujourd’hui abîmerait tout cela, dérangerait cette harmonie, anéantirait des accords mutuellement consentis et consacrés par les siècles !.. s’insurge le directeur des Annales politiques.

Non, s’il vous plaît. Une telle audace ne saurait se souffrir. Ce qui me stupéfie, c’est qu’on l’ait eue, c’est qu’il se soit trouvé quelqu’un d’assez épais, d’assez sot, pour contrevenir aux ordonnances du bon roi Henri, fulmine encore Brisson. Je ne connais point le propriétaire dont un jugement avisé vient de réprimer l’intolérable fantaisie ; mais sa mentalité me paraît extraordinaire, incompréhensible. Quelle turlutaine l’a pris ? Il lui en coûtait aussi cher de modifier sa façade que de l’accommoder selon la règle commune. Alors, pourquoi agissait-il de la sorte ? Quels pouvaient être ses mobiles ?... Taquinerie ?... Indiscipline ?... Revendication de sa liberté individuelle ?...

Place des Vosges (Paris)
Place des Vosges (Paris)

La liberté m’est chère ; toutefois, j’estime qu’elle doit se subordonner au bien général... Une place comme la place des Vosges est un monument d’art national qui appartient pécuniairement à quelques-uns et moralement à tout le monde, poursuit Brisson. On a le droit et le devoir d’en assurer la conservation. Nos villes françaises ne sont pas assez jalouses des beautés qu’elles renferment ; elles les laissent détruire ou mutiler ; je pleure quand je vois d’anciens quartiers pittoresques, évocateurs du passé, brutalement anéantis, et, sur leur ruine, des rues bêtement alignées au cordeau, de banales maisons modernes.

Fi l’horreur ! Les étrangers, les Allemands, les Anglais, plus malins, ont soin de ne pas détruire l’aspect pittoresque de leurs cités, sachant que c’est ce qui y attire les visiteurs et que la piété se double ici d’un calcul intelligent et pratique...

J’approuve donc la Ville de Paris ; je l’engage à se montrer très vigilante, et, surtout, à faire exécuter fermement, promptement, la décision des magistrats... Dernièrement, il fut ordonné qu’un hôtel, qui se dresse insolemment au-dessus des immeubles de la place de l’Etoile, serait abaissé. Ce jugement est resté lettre morte. Pourquoi ? J’espère que, en ce qui concerne la place des Vosges, nous n’aurons pas à déplorer la même mollesse et que la Commission du Vieux Paris, aidée par la presse, y veillera...




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