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Coutumes et traditions. Fête des Rois, Gâteau des Rois. Le Roi-Boit. Part du pauvre - Histoire de France et Patrimoine


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Coutumes, Traditions

Origine, histoire des coutumes, traditions populaires et régionales, fêtes locales, jeux d’antan, moeurs, art de vivre de nos ancêtres


Fête des Rois, Gâteau des Rois
et part du pauvre
(D’après « La Semaine des familles », paru en 1860)
Publié / Mis à jour le dimanche 5 janvier 2014, par LA RÉDACTION



 
 
 
La fête des Rois a une double origine, une origine païenne et une origine chrétienne ; et on peut dire qu’elle vient de l’une ou de l’autre de ces deux sources si contraires, selon l’esprit de ceux qui la célèbrent, la fête patriarcale commandant, elle, de ménager au sein du gâteau parfumé et sucré « la part du pauvre »

S’agit-il d’un banquet épicurien où l’on ne songe qu’à goûter les plaisirs de la bonne chère, où les mets se succèdent, où le vin coule à pleins verres, au milieu de la licence d’une conversation échauffée par les libations bachiques, et du tumulte d’une joie profane excitée par ces cris sans cesse répétés : le Roi boit ! le Roi boit ! sans aucun retour vers la fête que célèbre l’Église : alors plus de doute, cette fête des Rois vient du paganisme et des saturnales.

Le Gâteau des Rois. Peinture de Jean-Baptiste Greuze (1774)
Le Gâteau des Rois. Peinture de Jean-Baptiste Greuze (1774)

Les saturnales, en effet, commençaient en décembre et se prolongeaient jusque pendant les premiers jours de janvier, c’est-à-dire jusqu’à l’époque où nous célébrons la fête des Rois. Elles avaient été fondées, s’il faut en croire la tradition romaine, en mémoire de la liberté et de l’égalité qui régnaient parmi les hommes au temps de Saturne : Saturnia regna. Pendant ces fêtes, les rôles étaient comme intervertis : les esclaves s’asseyaient à table et les maîtres les servaient. Affranchis pour un moment de la servitude de toute une année, les esclaves pouvaient tout dire, les maîtres devaient tout entendre, et, tandis que les uns se reposaient ainsi de leur autorité, les autres se reposaient de leur obéissance.

Pendant ces fêtes, les tribunaux étaient fermés, les écoles chômaient, les affaires s’arrêtaient pour faire place aux plaisirs. Point d’exécutions capitales, point de déclaration de guerre, point d’entreprises d’aucun genre, point de délibérations du sénat : c’était comme une trêve universelle, et il n’y avait que les salles de banquet qui restassent ouvertes. Les chefs de famille envoyaient des gâteaux à leurs amis et les mangeaient avec eux. Suivant l’usage antique, on élisait un roi du festin en consultant le hasard des dés, et Lucien assure que le grand plaisir des convives était de boire, de s’enivrer, et de faire retentir la salle du banquet de folles clameurs. Ce sont probablement ces souvenirs et les rapprochements qu’ils font naître qui ont inspiré à un auteur du commencement du XIXe siècle l’ouvrage qu’il a publié sous ce titre assez singulier : Discours ecclésiastique contre le paganisme du Roi-boit.

Mais la fête patriarcale qui, depuis de longs siècles, se célèbre dans les familles chrétiennes, n’a rien de commun avec les saturnales païennes. L’Église, qui connaît le cœur de l’homme, sait qu’il ne peut rester longtemps sous le coup des mêmes impressions, et elle a mêlé, dans l’année, les fêtes joyeuses aux fêtes douloureuses. La fête des Rois, qui rappelle le souvenir des mages venant apporter la myrrhe, l’or et l’encens à la crèche, est au nombre des premières. Le moment où les anges chantent Gloire à Dieu et paix aux hommes de bonne volonté n’est-il pas bien choisi pour se livrer à la joie ?

Il faut rappeler comment, dans notre ancienne France, la fête des Rois était célébrée. Dans chaque maison, un banquet était préparé : la famille, les convives, les domestiques, qu’on regardait alors comme membres de la famille, étaient rangés à l’entour de la table. Le plus jeune enfant de la maison allait se placer sous la table, sur laquelle on déposait un magnifique gâteau bien sucré et bien parfumé ; le chef de la famille le partageait en parts égales.

Quand ces préliminaires étaient accomplis, au milieu de l’attente générale, le maitre de la maison, renouvelant l’ancienne formule des Romains, disait : Phoebe, et l’enfant répondait : Domine ; puis il désignait successivement et comme il l’entendait toutes les personnes présentes autour de la table. C’était la formule païenne ; le catholicisme avait quant à lui introduit dans l’ancien usage un usage d’un symbolisme profondément moral : la première part que l’enfant nommait s’appelait la part de Dieu, et celle part de Dieu était celle du pauvre.

Fête des Rois. La part du pauvre
Fête des Rois. La part du pauvre

Attendez ! quand le tirage du gâteau des Rois sera fini, quand le Roi désigné par la fève trouvée dans la part favorisée et la Reine désignée par le choix du Roi seront assis à la place d’honneur et que les vivats retentiront pour célébrer, au choc joyeux des verres, leur royauté à courte échéance, tout à coup une main inconnue ébranlera la cloche. Les rires s’arrêtent, le bruit tombe, les verres sont posés sur la table, on fait silence, tous les regards se tournent vers l’entrée de la salle du banquet.

Qui vient là ? C’est Dieu qui réclame sa part ; Dieu, c’est le pauvre qui a faim, et que la charité nourrit ; qui a soif, et que la charité désaltère ; qui tremble de froid, et que la charité réchauffe, « La part à Dieu ! » dit-il en entrant. Levez-vous, enfant, et rendez cette fête agréable au ciel, en allant porter au pauvre qui sonne à la porte de votre père la part de Dieu, qui vous rendra en bonheur et en bénédictions l’aumône que vous y joindrez !

Dans cette participation du pauvre au festin du riche, il y a un sentiment élevé des enseignements donnés par la crèche où le Christ a voulu naître pour les humbles et les petits, comme dans l’élection de cette royauté éphémère qui dure l’espace d’un festin ; il y a une leçon cachée sur la brièveté des choses de ce monde. La vie elle-même n’est-elle pas un banquet ? Ne nous y asseyons-nous pas, convives d’un moment, comme les convives du banquet du jour des Rois, sans pouvoir choisir la part qu’une voix inconnue nous assigne ?

On trouvait aussi dans les anciennes réjouissances qui accompagnaient la fête des Rois des usages qui rappelaient le souvenir de l’égalité humaine, que la crèche a consacrée de nouveau au milieu des inégalités sociales. Ce jour, dans les villages de l’ancienne France, il y avait un échange de présents et de bons offices. Chaque paysan tuait un porc devant sa porte, et allumait ensuite un feu de paille pour en brûler les soies. On dépeçait la bêle sur place ; le paysan pauvre s’associait avec un, deux ou trois autres paysans, pauvres comme lui, pour partager le porc par moitié ou par quart, et alors il disait modestement qu’il tuait deux pieds ou un pied de cochon.

La chaumière envoyait ensuite au manoir ou au château voisin sou présent de boudin, et le château ou le manoir, à son tour, rendait un présent analogue à la chaumière ; mais il avait soin de ne rendre que la quantité qu’il avait reçue pour ne pas blesser la délicatesse de ceux qui l’avaient prévenu et ne point éclipser par de fastueux présents les modestes largesses de ses voisins indigents.

Il y a certains pays catholiques où la fête des Rois a fait naître des usages assez bizarres. Ainsi, nous savons qu’en Bavière, au XIXe siècle, les jeunes gens pauvres des petites villes et des villages se rassemblent par groupe de quatre personnes. L’un d’entre eux porte au bout d’un long bâton une étoile en carton couvert de papier doré, souvenir de l’étoile qui guida les sages d’Orient vers la crèche de Bethléem, et derrière le dos une hotte destinée à recevoir les présents que ces mages de contrebande, qui demandent au lieu d’offrir, espèrent obtenir de la générosité des personnes aisées. La caravane, qui remonte probablement aux anciens acteurs du Moyen Age qui jouaient les mystères, se compose donc du porte-étoile et des trois mages, Melchior, Gaspard et Balthazar.

Dans un costume qui cherche à devenir oriental, les quêteurs se dirigent vers les maisons habitées par les autorités, et ensuite chez les plus riches fermiers. Celui qui porte l’étoile est le chef et l’orateur de la bande, et, en se présentant sur le seuil de la maison, il commence par dire : « Voici les trois rois avec leur étoile, ils boivent, ils mangent et ne payent pas. » Les mages bavarois tiennent à honneur de ne s’écarter en rien du texte de leur programme. L’usage veut qu’on reçoive le porte-étoile, et qu’on lui donne du vin, de l’argent ou un prestelle, sorte de gâteau qui remplace nos gâteaux des Rois. Quand les trois mages ont ainsi fait leur collecte, fidèles à l’usage allemand qui veut que la musique soit de toutes les fêtes, ils jouent ou chantent un air en signe de reconnaissance et de joie.

Cet usage est bien ancien : souvenons-nous que Martin Luther, étudiant, chantait devant les maisons pour gagner son pain, comme faisaient alors beaucoup de pauvres étudiants en Allemagne. C’est lui-même qui l’a raconté : « Que personne, a-t-il dit, ne s’avise de mépriser devant moi les pauvres compagnons qui vont chantant et disant de porte en porte : Panem propter Deum ! Vous savez, comme dit le psaume, les princes et les rois ont chanté. Et moi aussi, j’ai été un pauvre mendiant, j’ai reçu du pain aux portes des maisons, particulièrement à Eisenach, dans ma chère ville. » Eh bien, en Bavière, les mages du jour des Rois chantent encore de porte en porte comme chantait Luther, mais ces joyeux compagnons ne songent pas à détrôner le pape et à faire une révolution dans l’Église. Leur seul but est de faire une bonne collecte en argent et eu nature, et puis tous les groupes reviennent le soir, et mages et porteurs d’étoile se réunissent dans un grand banquet, auquel président la bonne humeur et la gaieté.

Deux mots encore sur l’époque de la fête des Rois. Dans les premiers siècles de l’Église, cette fête se célébrait le même jour que celle de Noël, au moins en Orient, c’est-à-dire le 6 janvier. Au commencement du cinquième siècle, l’église d’Alexandrie sépara ces deux fêtes et fixa celle de Noël au 25 décembre. Vers la même époque les églises de Syrie suivirent l’exemple des Occidentaux, qui paraissent les avoir de tout temps séparées.




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