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Jeanne d'Arc : vocation, mission, mort de l'héroïne. Grandes étapes de sa vie selon la légende. Son épopée - Histoire de France et Patrimoine


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Personnages : biographies

Vie, oeuvre, biographies de personnages ayant marqué l’Histoire de France (écrivains, hommes politiques, inventeurs, scientifiques...)


Jeanne d’Arc : sa vocation, sa mission
et sa mort d’après la légende
(D’après « Jeanne d’Arc. Sa vocation, sa mission, sa mort », paru en 1866)
Publié le lundi 6 janvier 2014, par LA RÉDACTION


 
 
 
 
En 1866, Augustin Labutte publie un petit opuscule intitulé Jeanne d’Arc, s’efforçant de faire tenir dans le cadre étroit de quelques pages le drame « à la fois touchant et sublime » de la Pucelle, y consignant les grandes lignes et ne s’arrêtant qu’aux « principales étapes de la vie si courte et si glorieusement remplie de l’héroïne ». Frappé au coin d’une légende dont les historiens du XXIe siècle sont encore loin d’avoir percé tous les secrets, ce récit conte l’épopée de Jeanne sauvant la France et mourant pour l’avoir sauvée...

La mort de Charles V avait ouvert pour la France une ère de calamités épouvantables. La démence de Charles VI, son successeur, les divisions des princes du sang royal, l’assassinat du duc de Bourgogne, le plus puissant d’entre eux, le désastre d’Azincourt, le soulèvement des populations des villes et des campagnes, un roi d’Angleterre recevant la couronne de Hugues Capet dans la vieille abbaye de Saint-Denis, tout enfin inclinait les cœurs les plus vaillants à désespérer de la patrie, dont, à chaque instant, la dernière heure semblait prête à sonner.

Jeanne d'Arc ayant la vision de l'archange saint Michel
Jeanne d’Arc ayant la vision de l’archange
saint Michel. Peinture d’Eugène Thirion (1876)
Elle fut sauvée néanmoins : Charles VII, le roi de Bourges, comme l’appelaient ironiquement les envahisseurs et les traîtres, après avoir été sacré dans la basilique qui avait vu le baptême de Clovis, releva son sceptre humilié et chassa du royaume jusqu’au dernier des Anglais.

Mais cette espèce de miracle, ce ne fut point le nonchalant héritier du pauvre et fatal insensé qui l’accomplit. Ce ne fut point davantage la noblesse, qui avait perdu tout son prestige dans les accablantes défaites de Crécy, Poitiers et Azincourt. A peine, d’ailleurs, quelques débris de la dernière de ces trois formidables catastrophes militaires entouraient le fils de Charles VI aux jours de son abaissement, et alors que lui-même, doutant de son droit, paraissait tout prêt à l’abdiquer.

Ce ne fut point non plus la bourgeoisie qui l’entreprit, cet immense et glorieux labeur de la délivrance du pays tombé sous le joug étranger. Indignés contre les nobles qui s’étaient laissé vaincre trois fois par un emportement de courage déréglé, et dont la rançon avait coûté à leurs pères et à eux-mêmes jusqu’à leur dernier écu, les bourgeois, accablés sous le poids des calamités publiques, avaient honteusement abdiqué leur nationalité en livrant Paris aux Anglais.

Seuls, ceux d’Orléans s’étaient montrés plus grands que la fortune, et, au centre de la France asservie, ils tenaient haute et ferme la noble bannière, symbole de nos vieilles gloires. Aussi, la patriotique cité, dernier boulevard de notre indépendance, était-elle serrée de près par l’ennemi, haletante, affamée, ayant perdu presque tous ses défenseurs : elle semblait condamnée. Qui pouvait la sauver, en effet ? Le peuple ? Mais y avait-il encore un peuple ? N’avait-il pas succombé depuis longtemps sous le poids de ses misères ? Non, le peuple n’était pas mort, et de ses rangs viendra le secours qui délivrera Orléans et la France.

Au village de Domrémy, dans le duché de Bar, duché vassal de la couronne, et compris aujourd’hui dans le département des Vosges, vivait alors une jeune fille nommée Jeanne d’Arc. Elle était née – les historiens, dans leur majorité, avancent aujourd’hui la date du 6 janvier 1412 – de parents de bonne vie et renommée et attachés de cœur à la cause nationale. Son père, Jacques d’Arc, était un simple laboureur.

Depuis cinq ans, elle avait des visions dans lesquelles des saints lui ordonnaient de délivrer son pays des Anglais. A partir du siège d’Orléans, ils la pressaient, disait-elle, plus fréquemment encore, lui commandant de le faire lever et de conduire le roi à Reims afin qu’il y soit sacré. Préoccupée de ces avertissements extraordinaires, elle ne cessait de prier et de multiplier ses bonnes œuvres, afin de se bien convaincre que les voix qu’elle croyait entendre étaient véritablement des voix du ciel.

Or, un jour qu’elle se trouvait seule dans le jardin de son père, il lui sembla voir briller, près de l’église du village, une lumière éblouissante, du sein de laquelle lui apparaissaient des figures angéliques, et entendre distinctement ces paroles : « Jeanne, va au secours du roi de France et tu lui rendras son royaume. – Et comment le pourrais-je ? répondit-elle toute tremblante ; je ne suis qu’une pauvre fille ; comment pourrais-je chevaucher et conduire des hommes d’armes ? – Va, répondit-on, vers le commandant de Vaucouleurs, il te fera conduire au roi : sainte Catherine et sainte Marguerite viendront t’assister. » Elle hésita encore, mais plusieurs fois depuis, la même voix lui ayant fait entendre les mêmes paroles, son courage s’affermit et sa résolution fut prise. Alors, pleine de foi dans sa mission, ne doutant plus qu’elle ne lui fût donnée par Dieu même, elle se rendit à Vaucouleurs, village voisin de Domrémy, et se présenta au commandant Baudricourt, le requérant de la conduire au roi.

« Il faut, lui dit-elle, que je sois devant lui avant la mi-carême, dussé-je user mes jambes jusqu’aux genoux pour y aller ; car personne au monde, ni roi, ni duc, ni aucun autre ne peut relever le royaume de France : il n’y a de secours qu’en moi. » Baudricourt, la croyant folle, se refusait à l’écouter davantage ; mais deux chevaliers convaincus par la candeur de son langage s’offrirent pour l’accompagner. Malgré les larmes de ses parents, elle partit, suivie de son frère et des deux chevaliers, au milieu des bénédictions des habitants de Vaucouleurs, qui connaissaient sa vertu et sa piété.

De Vaucouleurs à Chinon, où se trouvait le roi, le voyage était long et plein de dangers, les campagnes étaient couvertes d’Anglais, de Bourguignons, leurs alliés, de routiers et de bandits de toutes sortes. Néanmoins la petite caravane échappa presque miraculeusement à tous les périls et arriva à Chinon. Mais là, il restait encore bien des obstacles à surmonter, car on doutait de Jeanne, et elle fut soumise à plus d’une épreuve avant d’inspirer confiance en sa mission.

Charles VII, quand elle fut introduite devant lui, s’était mêlé à dessein à la foule des chevaliers, sans porter aucun signe qui le distinguât du dernier d’entre eux. Mais elle ne s’y trompa pas, et quoiqu’elle ne l’eût jamais vu, allant droit à lui, elle lui dit : « Gentil Dauphin (elle l’appelait ainsi, parce qu’il n’était pas encore sacré), Dieu a pitié de vous et de votre peuple : si vous me donnez des hommes d’armes, je ferai lever le siège d’Orléans, et je vous mènerai sacrer à Reims, car la volonté de Dieu est que les Anglais s’en aillent dans leur pays et que le royaume vous demeure. »

En vain Charles VII prétendit qu’il n’était pas le roi et lui désigna pour tel un de ses seigneurs, Jeanne répartit avec assurance : « Eh mon Dieu ! gentil prince, vous l’êtes et non un autre. » Enfin, répondant à une grande inquiétude secrète du roi, et dont il avait été préoccupé le matin même pendant sa prière, inquiétude dont la cause était trop délicate pour qu’il en eût jamais fait confidence à qui que ce fût, elle lui dit à voix basse, comme si elle lisait dans sa pensée : « De la part de Dieu tu es vrai héritier de France et fils du roi. »

Charles VII était gagné. Cependant, comme il voulait convaincre à son tour ceux qui l’entouraient, il la fit interroger par des docteurs, dont un lui ayant demandé en patois limousin quel langage parlaient ses voix, en reçut cette réponse : « Meilleur que le vôtre. – Croyez-vous en Dieu ? insista-t-il. – Mieux que vous, répondit Jeanne. » Un autre lui ayant objecté la nécessité d’un signe qui témoignât pour elle : « Je ne suis point venue pour faire des signes, dit Jeanne obsédée, mais menez-moi à Orléans avec si peu de gens qu’on voudra et je vous montrerai les signes pour lesquels je suis envoyée. » Enfin le roi lui fit donner une armure complète, un intendant, un chapelain, des pages, en un mot tout l’équipage d’un chef de guerre.

La France entière, en apprenant ces choses, reprit espoir et confiance. Le peuple se sentit renaître. Il se reconnaissait dans l’envoyée sortie de ses rangs. Jeanne établie chef de guerre, on lui confia un convoi de vivres qu’il s’agissait de faire entrer dans Orléans. Elle se mit en tête accompagnée des deux fameux capitaines La Hire et Xaintrailles. Elle portait son étendard blanc semé de fleurs de lis d’or avec une figure du Christ. Une petite armée la suivait. A son approche sous les murs d’Orléans, les Anglais, pris d’une terreur panique inexplicable, abandonnent leurs bastides du midi, et c’est de ce côté que Jeanne, ainsi qu’elle l’avait annoncé, pénétra dans Orléans avec l’armée et les vivres (29 avril 1429).

Rien ne saurait être comparé à l’enthousiasme qui se manifesta sur son passage dans les rues de cette cité si courageuse et si française. Chacun reprenait confiance à son aspect, mais elle, ne cessait de répéter qu’il fallait mériter la délivrance : « Les hommes d’armes batailleront, disait-elle, et Dieu donnera la victoire. » Le charme de son visage angélique, son humilité, sa pure simplicité la faisaient aimer et admirer des grands et des petits. Son rôle militaire se borna toujours à se lancer dans la bataille et à entraîner tout à sa suite. On peut dire qu’elle avait la passion de la France. La vue du sang français la mettait hors d’elle-même. « Jamais, répétait-elle souvent, je n’ai vu de sang français que les cheveux ne me soient dressés sur la tête. »

Jeanne d'Arc
Jeanne d’Arc

Un jour qu’on avait commencé l’attaque sans l’avertir : « Ah ! méchant garçon, cria-t-elle à son page, méchant garçon, qui ne me disiez pas que le sang de France fût répandu !... Mon cheval ! mon cheval ! » Et elle s’élança au galop au plus fort de la mêlée. Blessée d’un trait à l’attaque de la bastille des Tournelles, elle revient à l’assaut, ranime le courage des siens et les entraîne à un dernier effort en poussant son cri de guerre : En avant ! en avant ! tout est vôtre, en avant ! Les Anglais épouvantés battent en retraite, et Talbot, leur général, frappé de stupeur, lève le siège, abandonnant tous ses canons et tous ses bagages ! (8 mai 1429)

A ce spectacle de leur délivrance, présage de la délivrance de la patrie, les Orléanais font retentir les airs de leurs cris de joie ; les cloches des églises sonnent à toute volée, et dans une procession triomphante improvisée par l’enthousiasme, où Jeanne a la place d’honneur, ils remercient Dieu de leur avoir envoyé l’ange libérateur auquel ils doivent la victoire. Le siège d’Orléans levé, comme elle l’avait promis, Jeanne se rendit à Tours où se trouvait le roi, pour l’engager à marcher immédiatement sur Reims. « Gentil Dauphin, lui dit-elle, ne tenez plus tant et de si longs conseils, mais venez au plus tôt à Reims pour recevoir votre digne couronne. »

A cette époque, dans l’opinion du plus grand nombre, le sacre seul faisait la royauté. « Je ne durerai qu’un an, ajoutait la généreuse enfant, il me faut bien employer. » Mais de Tours à Reims, il y avait quatre-vingts lieues de pays à parcourir à travers une foule de garnisons anglaises : on ne voulut donc pas se rendre à son conseil avant de s’assurer au moins de Meung, Jargeau et Beaugency, où Talbot avait versé ses troupes après la levée du siège d’Orléans. Elle se soumit à cette décision du conseil royal, et en huit jours, elle chassa les Anglais de leurs trois dernières places de refuge sur la Loire.

« Avez-vous de bons éperons ? » avait-elle demandé aux hommes de guerre qui l’accompagnaient. Et comme ils s’enquéraient pourquoi elle leur faisait cette question et si c’était pour fuir qu’ils avaient besoin d’éperons : « Non, certes, répondit-elle, ce sont les Anglais qui vont fuir, et il nous faudra de bons éperons pour les rejoindre. » Elle ne s’était pas trompée, les Anglais prirent la fuite et Talbot resta notre prisonnier. Après ces dernières victoires, le roi, cédant au cri populaire, aux supplications des capitaines qui avaient vu Jeanne d’Arc à l’action, se décida enfin à se mettre en route pour Reims.

Une armée de douze mille combattants l’accompagnait. Jeanne marchait à l’avant-garde avec le glorieux étendard d’Orléans. On arriva sous les murs de Troyes. La ville, qui avait garnison anglaise, refusa d’ouvrir ses portes. L’armée royale manquant de vivres et étant dépourvue des principaux engins indispensables pour un siège, la perplexité fut grande autour du roi. On ne parlait de rien moins que de battre en retraite, c’était même l’opinion du conseil, lorsque Jeanne y pénétra tout à coup et parvint à obtenir qu’il serait sursis jusqu’au lendemain avant de prendre un parti.

Au lever du soleil, elle se présente devant les soldats, leur ordonne de tout préparer pour l’assaut ; ils l’écoutent comme si Dieu lui-même eût parlé, comblent les fossés, appliquent les échelles et, au redoutable cri de guerre de l’héroïne En avant ! en avant ! ils se disposent à escalader les murailles, quand les habitants épouvantés ouvrent les portes. Les Français pénètrent dans la ville par un côté, tandis que les Anglais sortent de l’autre ; ainsi cette victoire ne coûta pas une seule goutte de sang.

Enfin, on arrive à Reims. A la vue des forces royales, et en apprenant que Jeanne est à leur tête, les Bourguignons, ces traîtres qui tenaient la campagne pour le roi anglais, décampent au plus vite, et la vieille cité de saint Rémi reçoit le roi de France avec une patriotique allégresse. Le lendemain, il fut sacré dans l’antique cathédrale. A la place la plus honorable, en avant des pairs de France, au pied même de l’autel, se tenait Jeanne, son étendard à la main. Son père, sa mère et ses frères étaient accourus et furent témoins de son triomphe. Tout le peuple était dans la joie, et chacun remarquait que, du jour où elle avait quitté son village jusqu’à celui où Charles VII recevait l’onction royale, trois mois à peine s’étaient écoulés !

Après la cérémonie, la noble fille, se jetant aux pieds du roi, lui dit : « Gentil roi, maintenant est exécuté le plaisir de Dieu qui voulait que vous vinssiez à Reims recevoir votre sacre, en montrant que vous êtes vrai roi et celui auquel le royaume doit appartenir. Maintenant, laissez-moi retourner près de mes père et mère pour garder leurs moutons et bétail. »

Sa mission était accomplie, ainsi qu’elle le répéta plusieurs fois au brave chevalier Dunois, qui avait toujours eu pour elle autant d’admiration que de respect. Charles VII refusa de la laisser partir. Elle lui obéit, mais de ce moment elle n’eut plus en elle la même foi qu’auparavant, et tout en gardant son intrépidité, elle était troublée, inquiète et irrésolue.

Après avoir essayé, sans succès, un coup de main sur Paris, elle retourna sur la Loire à la suite du roi, qui s’obstinait à guerroyer de ce côté au moment même où ses villes du nord chassaient leurs garnisons anglaises. Dans la tentative pour reprendre la capitale, Jeanne d’Arc était encore à la tête des troupes. « Je veux, disait-elle, voir Paris de plus près que je ne l’ai vu. » Elle le vit de très près, en effet, mais ne put y entrer.

Ayant reconnu la place, elle se jeta dans les fossés du côté de la porte Saint-Honoré, suivie des plus braves : elle franchit le premier fossé, qui était à sec ; mais au revers, il y en avait un second rempli d’eau qu’elle essaya de faire combler malgré la grêle de traits des assiégés. Malheureusement, au moment où tout semblait favoriser cet assaut improvisé, elle reçut une flèche qui lui perça la cuisse, de sorte que ses soldats remportèrent malgré elle, et quand un dernier effort allait triompher du dernier obstacle. Le lendemain, le roi lui fit défense de recommencer l’assaut.

Elle resta quelque temps, suivant la cour et prenant part à une foule de petits combats obscurs dans les contrées situées vers la Loire ; puis, brûlant de reparaître sur le véritable théâtre de la grande guerre, elle reprit le chemin du nord. Elle se porta d’abord à Lagny-sur-Marne, et bientôt manœuvra de manière à faire lever le siège de Compiègne.

Arrivée devant cette ville, elle traversa les lignes ennemies, et y pénétra suivie de quatre cents combattants. Le lendemain, elle fit une sortie, se plaçant selon son habitude au poste le plus périlleux ; mais bientôt entourée d’une force écrasante, elle fut contrainte de battre en retraite. Au moment où elle se disposait à rentrer dans la place, l’infâme qui en était le gouverneur fit lever le pont, de sorte qu’indignement trahie, elle se trouva à la discrétion des assiégeants. Acculée à un fossé et se défendant avec intrépidité, l’héroïque Jeanne refusait de se rendre à merci lorsque, tirée violemment à bas de son cheval par des Bourguignons, qui se disputaient à qui la ferait prisonnière, elle dut cesser toute résistance.

Les misérables qui l’avaient capturée se hâtèrent de la vendre aux Anglais. Le prix du sang fut fixé à dix mille livres ! Quand les envahisseurs de nos provinces eurent entre les mains celle qui les avait forcés à tant de marches honteuses, ils ressentirent une joie cruelle. Vaincus par une femme, et, par conséquent, à jamais déshonorés dans leur défaite, ils la tenaient enfin cette femme ! Elle était bien à eux ! ils en avaient payé le prix dix mille livres : « Ce n’était pas, dit un historien moderne, trop payer le droit de la brûler comme sorcière, et de démontrer clairement que des maléfices seuls avaient pu faire tourner le dos aux vaincus d’Orléans ! »

Statue de Jeanne d'Arc à la cathédrale de Reims (statue de Prosper d'Epinay, 1901)
Statue de Jeanne d’Arc à la cathédrale de
Reims (œuvre de Prosper d’Epinay, 1901)
Conduite du château de Beaulieu à celui de Beauvoir, d’où elle s’élança d’une tour de soixante pieds de haut, puis une fois guérie de cette chute qui aurait dû la briser, transférée au château d’Arras, elle en fut tirée et amenée enfin à Rouen, où les Anglais lui firent l’indigne procès qui a pour toujours flétri ses misérables juges.

Tant qu’il dura, elle resta enchaînée par les pieds sous la garde insultante de soldats rudes et grossiers. Elle ne quittait sa prison, épuisée par la faim et l’insomnie, que pour comparaître devant un tribunal où ses regards ne rencontraient que des ennemis qui avaient soif de son sang. Là il lui fallait répondre à la stupide imputation du crime de sortilège que des accusateurs qui n’y croyaient pas avaient inventée pour la perdre.

A ce propos, ils lui adressaient une foule de questions odieuses ou subtiles auxquelles elle répondit toujours avec un bon sens, une candeur et une loyauté courageuse qui déconcertaient sans cesse tous les plans de ces fourbes sans conscience et sans cœur.

– Dieu hait-il les Anglais ? lui demandaient-ils.
– De l’amour ou de la haine que Dieu a aux Anglais, je ne sais rien, répondait-elle, mais je sais bien qu’ils seront jetés hors de France, excepté ceux qui y mourront, et que Dieu enverra victoire aux Français contre les Anglais.
– N’avez-vous pas dit que les étendards faits à l’instar du vôtre portaient bonheur à vos soldats ?
– Non, je disais seulement : Entrez hardiment parmi les Anglais, et j’y entrais moi-même.
– Mais votre étendard, pourquoi fut-il porté en l’église de Reims, au sacre ?
– Il avait été à la peine, c’était bien justice qu’il fût à l’honneur.
– Ton roi est hérétique et schismatique.
– Par ma foi, je vous ose bien dire et jurer sous peine de ma vie, que c’est le plus noble chrétien de tous les chrétiens, et qui mieux aime la foi et l’Église.
– Jeanne, croyez-vous être en état de grâce ?
– Si je n’y suis pas, Dieu veuille m’y mettre ; si j’y suis, Dieu veuille m’y tenir.

Souvent elle se taisait, mais quel éloquent silence ! « En vain on la presse sur le signe mystérieux qui a persuadé Charles VII ; elle ne trahit point ce secret de pudeur nationale, elle résiste aux insinuations comme aux menaces. » Mais que pouvaient l’innocence et l’héroïsme sur des bourreaux se donnant des apparences de juges ? En vain, pour échapper aux insultes et aux violences des soldats anglais, elle fit une déclaration qui la fit passer aux prisons de l’Église ; elle n’y gagna rien, car bientôt abandonnée au bras séculier, les Anglais la reprirent pour la seconde fois.

Enfin la lugubre tragédie eut son dénouement. Elle finit par un jugement qui condamnait la noble fille à être brûlée vive. En apprenant cette odieuse sentence, l’infortunée se prit à pleurer. « Hélas ! me traite-t-on si horriblement et cruellement, disait-elle, qu’il faille que mon corps net et entier, qui ne fut jamais corrompu, soit aujourd’hui consumé et réduit en cendres ! »

Bientôt, néanmoins, elle ne pensa plus qu’à Dieu, et après s’être confessée et avoir reçu la communion, elle fut conduite au supplice. Pendant le trajet elle demanda les prières des assistants. Le peuple était indigné et pleurait, mais les soldats anglais le contenaient.

Le frère Isambard de la Pierre, religieux dominicain, qui l’assistait à ses derniers moments, alla sur sa demande chercher une croix dans une église voisine. Elle lui recommanda de la « tenir toute droite devant ses yeux jusqu’au pas de la mort, afin qu’elle fût perpétuellement devant sa vue. » Ce prêtre courageux resta auprès de la martyre jusqu’au moment où le feu le gagnant, elle l’invita à descendre de l’échafaud ; mais il demeura constamment au pied, élevant la croix très haut devant elle.

Au moment où le feu commença à l’atteindre, elle déclara de nouveau que sa mission venait de Dieu. Un instant après elle prononça distinctement le nom de Jésus, et baissant la tête, elle expira (30 mai 1431).

Alors on écarta les tisons ardents afin que les Anglais puissent contempler leur ouvrage. Ils durent se rassurer en présence du spectacle qu’ils avaient sous les yeux : le corps de celle dont la voix seule les faisait fuir était consumé, excepté le cœur, qui se trouva entier. Les bourreaux ne voulurent s’épargner aucune honte ; les cendres de Jeanne d’Arc furent jetées à la Seine !

La lâche vengeance des ennemis était assouvie. Elle appela sur leurs têtes toutes les malédictions de ceux qui n’avaient pu sauver la victime. Sa mort servit encore la France qu’elle avait tant aimée, car l’exécration dont elle couvrit le nom anglais fut sa rédemption. Jeanne, sortie des rangs du peuple, lui apprit ce qu’il valait et comment on souffre, on se dévoue et on meurt pour la patrie.

« C’est, dit un contemporain, la renommée la plus pure et la plus touchante de l’histoire ! C’est l’être en qui le sentiment national a été le plus profond ! C’est la France elle-même, la France incarnée ! Et si les témoignages de cette merveilleuse histoire n’existaient pas, rassemblés même par la main des Anglais, on pourrait croire que Jeanne d’Arc n’est que l’idéal poétique de la France ! »

A peine ses cendres étaient-elles dispersées au courant du fleuve, que les habitants de Rouen se montraient du doigt ses juges maudits, et notamment l’odieux Cauchon, évêque de Beauvais, à qui elle avait dit : « Évêque, je meurs par toi. » Les jugements de Dieu ne tardèrent pas, au surplus, à se manifester sur eux. Cauchon mourut quelque temps après sa victime ; un autre fut atteint de la lèpre ; un troisième mourut subitement, et le corps d’un quatrième fut trouvé dans un égout.

 

 


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Alain VAUGE ... 6 janvier 2012 - 13 mai 2012
14 mars 2012 19:51

... 6 janvier 2012 - 13 mai 2012...
Puis, il faudra attendre 2031 pour le 600e anniversaire de sa mort et 2112 pour marquer le 700e de sa naissance. Je crains de n’être présent ni à l’un ni à l’autre. Alors il faut écrire, dire, raconter, expliquer. Voulez-vous une anecdote fort peu connue et pourtant authentique et significative de la personnalité de Jeanne (qui ne s’entendit jamais appeler "Jeanne d’Arc") ?
24 mai 1430, sous les murs de Compiègne, environ 18 heures. Jeanne, à la tête de sa petite troupe de deux cents ou trois cents hommes, vient d’attaquer par surprise la petite position bourguignonne de Margny, à huit cents mètres des remparts de Compiègne et de l’Oise. Il faut très vite se replier car les garnisons anglaises et bourguignonnes proches ont été alertées par le tumulte et viennent couper la retraite. Tous les soldats de Jeanne se précipitent vers la ville et sont saufs. Jeanne chevauche un magnifique cheval pommelé gris, brandit son étendard fétiche. Elle n’est plus entourée que par sa "garde personnelle", un carré de fidèles. Ruades, volte-faces, galops effrénés, ruptures : rien n’y fait, les compagnies anglaises et bourguignonnes encerclent les isolés, les repoussent vers le bord de l’Oise toute proche.
Il faut absolument rejoindre l’entrée du fortin (le "boulevard") qui mène au pont et à la ville assiégée. C’est une question de minutes, à peine.
Perceval de Cagny rapporte ce que lui a dit Jean d’Aulon, fait prisonnier avec la Pucelle (graphie originale).
D’Aulon à Jeanne : "Mettez paine de recouvrer la ville, ou nous suymes perdus !"
Réponse de Jeanne, dans la fureur du combat : "Taisez-vous ! Il ne tendra que à vous que ilz soient desconfiz. Ne pencez que de ferir sur eulx".
Cagny ajoute : "Pour chose qu’elle dist, ses gens ne la vouldrent croire et a force la firent retourner droit au pont"
Mais il était trop tard ... Encerclée, Jeanne fut désarçonnée par un soldat qui tira plus fort que les autres sur sa "huque vermeil brodée d’or" (un parement au-dessus de l’armure). Engoncée dans son armure rigide, elle ne pouvait pas se relever et ses compagnons ne parvinrent pas à la remettre en selle. C’en était fini de l’épopée johannique. Une cruelle année l’attendait en détention. Mais ceci est une autre histoire ...

Alain VAUGE
auteur de "J’ai nom Jeanne la Pucelle, Journal d’une courte vie" qui vient de paraître. Editions Bénévent.

 
 
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