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Proverbe, expression populaire : Boire à la santé de quelqu'un. Origine, signification - Histoire de France et Patrimoine


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Expressions, Proverbes

Proverbes et expressions populaires d’usage courant : origine, signification d’expressions proverbiales de la langue française


Boire à la santé de quelqu’un
Publié / Mis à jour le lundi 21 novembre 2011, par LA RÉDACTION


 

Cette expression, en usage partout et de tout temps, n’a pas besoin d’explication pour être comprise. La coutume de boire ainsi à la santé les uns des autres remonte à la plus haute antiquité, car les Assyriens, les Egyptiens, les Hébreux et les Perses se plaisaient à l’observer. Chez les Grecs et les Romains on avait fait de cette coutume une cérémonie consacrée par la religion, l’amitié, la reconnaissance ou bien encore l’admiration, soit en l’honneur des dieux, des hommes célèbres ou des événements glorieux.

A Rome, on vidait les coupes qu’on appelait Pocula salutatoria ou Pocula bonae salutis. On saluait les Grâces par trois rasades et les Muses par neuf, d’où le proverbe : Aut ter aut novies bibendum, ce qui veut dire : il faut boire trois fois ou neuf fois, phrase que le poète Ausone a développée dans ce distique :
Ter bibe vel toties ; sic mystica lex est,
Vel tria potanti vel ter tria multiplicanti.

dont voici la traduction : Bois trois fois ou trois fois trois : telle est la loi des mystères qui impose de boire trois fois ou trois multiples de trois.

Arrivait ensuite le tour des convives. Celui qui voulait en saluer un autre lui disait avant de boire : Propino tibi salutem qui signifie : Je bois à toi le premier ou Bene te, bien à toi ou bien encore, Dii tibi adsint, que les Dieux t’assistent. On entendait par là que la personne à l’intention de laquelle on vidait sa coupe devait user de réciprocité et, dans certains cas, on lui transmettait cette coupe, après en avoir goûté le liquide, afin qu’elle l’achevât.

Quand on portait la santé d’une maîtresse de maison, la politesse exigeait que l’on bût autant de cyathes qu’il y avait de lettres à son nom, témoin ce vers de Martial : Omnis ab infuso numeretur amica Falerno, qui peut se traduire ainsi : Que le nom de chaque amie soit épelé en rasades de Falerne. Les cyathes avaient la contenance d’un demi-décilitre de manière à pouvoir être avalés d’un seul trait.

Les premiers chrétiens, dans leurs agapes, faisaient, en buvant, des vœux pour le bonheur de la vie future et pour la santé du corps. Malheureusement, ces agapes, après plusieurs siècles, dégénérèrent en abus et tournèrent à l’ivrognerie au point que plusieurs conciles les condamnèrent. Charlemagne les prohiba même par un article de ses Capitulaires. Cet empereur fit plus, car il défendit à ses soldats de boire à la santé les uns des autres, parce qu’il en résultait des querelles et des combats entre les buveurs et ceux qui ne voulaient pas leur faire raison. Au Moyen Age les moines fêtaient les anniversaires des personnes qui leur avaient laissé quelques legs. Ils appelaient pocula charitatis, les pots de la charité, les grandes bouteilles qu ils vidaient en l’honneur des donateurs, dans des assemblées gastronomiques appelées charitates vini ou consolationes vini.

Les anciens Danois se servaient dans leurs festins solennels de diverses coupes dont chacune était affectée à un usage spécial et était nommée selon son usage. Ils avaient la coupe des Dieux qu’ils prenaient pour demander des Grâces au Ciel ; une autre s’appelait la coupe de la mémoire et était présentée à l’héritier de la couronne qui, après l’avoir bue, montait sur le trône. C’était une espèce de sacre par la boisson.

Dans le temps des Vaudois, les inquisiteurs éprouvaient la foi d’un chrétien suspect en lui ordonnant de boire à saint Martial parce que saint Martial était le patron des buveurs.

Des historiens dignes de foi rapportent que les Ecossais n’élisaient jamais un évêque sans s’assurer qu’il était bon buveur, ce qu’ils faisaient en lui présentant le verre de Saint-Martin qu’il devait vider d’un trait, quoique celui-ci fût d’une grande capacité. L’accomplissement de cette formalité était regardé comme un présage certain de bonheur pour l’épiscopat. Parny, poète du XVIIIe siècle, nous a laissé sur ce sujet ces deux vers :

Le vin ne tourne à ma santé
Qu’autant que je le bois moi-même.




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