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Endormeurs des hôtels et des trains. Voleurs, usage de soporifiques pour détrousser leurs victimes. Narcotiques, produits opiacés, opium, cigare - Histoire de France et Patrimoine


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Anecdotes insolites

Petite Histoire de France et anecdotes, brèves et faits divers insolites, événements remarquables et curieux, événements anecdotiques


Endormeurs (Les) des hôtels et des trains
détroussent leurs victimes
à l’aide de narcotiques en 1906
(D’après « Le Grand illustré », paru en 1907)
Publié le mardi 10 décembre 2013, par LA RÉDACTION


 
 
 
 
Au début du XXe siècle les journaux se font l’écho de la recrudescence d’ « endormeurs » sévissant dans les hôtels et les trains : observant et isolant avec soin leur future proie, ils la détroussent après l’avoir plongée dans un profond sommeil, non à l’aide de ce chloroforme bien connu de tous, mais en usant notamment de narcotiques non facilement décelables...

Endormeurs... Cette qualification, qui désigne une classe particulière de malfaiteurs, est prise au positif et non au figuré, précise d’emblée le rédacteur du Grand illustré. Elle s’applique aux voleurs qui, sans violence, tout à la douce, plongent leur victime dans un sommeil foudroyant dont ils profitent pour la dévaliser et déguerpir. Combien de vols ont été ainsi commis au moyen de narcotiques adroitement administrés ?

Le dieu des Voleurs et de l'Eloquence prend la fuite
Le dieu des Voleurs
et de l’Eloquence prend la fuite
Il ne se passe presque pas de semaine que les journaux ne signalent des actes de ce genre accomplis soit dans les chemins de fer, soit dans les salons d’hôtel ou dans les cabinets de restaurants. Dans l’après-midi du 31 décembre 1906, un homme de mise élégante choisissait, chez un bijoutier de la rue de la Paix, une riche parure ornée de brillants dont il voulait, disait-il, faire cadeau à sa maîtresse au cours d’un souper de fin d’année offert à ses amis dans un grand restaurant parisien.

Après avoir prescrit quelques modifications peu importantes, il partait en recommandant au négociant de faire livrer le bijou à minuit précis. A l’heure exacte, le commis joaillier se présentait muni du précieux écrin. Conduit dans un salon particulier, il trouvait son acheteur en compagnie de deux hommes et d’une jeune femme eu toilette de soirée. Après un petit compliment accompagné de bons souhaits, la parure était extraite de sa gaine et placée, séance tenante, au cou de la jolie fille qui poussait des cris d’admiration et se jetait dans les bras de son généreux ami.

Le commis assistait muet à cette scène attendrissante mais, discret par profession, il n’apportait aucune hâte dans la présentation de la facture. Pendant ce temps, un convive débouchait une bouteille de champagne, remplissait les coupes et proposait un toast auquel il priait l’employé de s’associer. Celui-ci sans défiance, d’autant plus qu’il voyait son client remuer des billets de banque dans un portefeuille, vidait son verre, mais presque aussitôt s’effondrait sur une banquette envahi par une torpeur insurmontable. A son réveil, les convives avaient disparu après l’avoir allégé de sa facture et de son argent.

Tout récemment, un garçon de recettes, nommé Roux, qui avait accepté d’un inconnu une pastille soi-disant pectorale devant calmer ses excès de toux, s’endormait sur une banquette du Comptoir d’Escompte ei se faisait dérober une somme de 8000 francs qu’il venait d’encaisser. Enfin la semaine dernière, un aventurier connu dans le monde des rastaquères sous le nom de Prince Rodolphe Tchillendo, était arrêté à la suite de plusieurs vols importants commis au préjudice de riches étrangères qu’il endormait de la façon la plus galante.

Ces exemples doivent donner à réfléchir aux personnes qui se montrent trop facilement disposées à lier conversation avec le premier venu ou à agréer de petites obligeances derrière lesquelles peut se dissimuler le piège qui leur est tendu. Par le récit des journaux, on croit, généralement, que le seul narcotique employé pour donner un sommeil rapide et profond est le chloroforme. On voit le criminel inonder un mouchoir de ce terrible produit et le maintenir violemment sur le visage de sa victime jusqu’à ce que celle-ci tombe foudroyée.

Combien grande est cette illusion et que ceci est vieux jeu ! D’abord, les préparatifs et l’odeur caractéristique du liquide ne manqueraient pas de mettre sur ses gardes la personne menacée ; un brusque mouvement suffirait à détourner de sa figure le linge imbibé ; enfin, il se pourrait que, pris à son propre piège, le voleur ne s’endormît lui-même pour ne se réveiller que dans les bras des gendarmes.

Nos bandits modernes ont suivi avec intérêt les progrès de la science ; ils ont trouvé dans les nombreux dérivés de l’opium, morphine, codéïne, dionine, héroïne, narcème, narcotine, ainsi que dans certains composés chimiques tels que le bromure d’étvle, le bromoforme, le nétrite d’amvle, l’amylyne, etc., de précieux auxiliaires pour anesthésier presque instantanément ceux qu’ils se proposent de détrousser.

Toujours élégamment vêtus, afin d’inspirer confiance, leur arsenal peu encombrant comprend : une petite boîte en carton renfermant quelques ampoules de produits stupéfiants, une bonbonnière remplie de dragées ou de fondants savamment préparés, un étui à cigares dans lequel se trouvent de purs havanes ou des cigarettes saturées d’extrait d’opium. A l’heure des grands express, ils se placent dans les gares à proximité du bureau des tickets ; observant les voyageurs isolés qui s’y présentent, ils expertisent rapidement, pendant le règlement du prix de la place, le contenu de leur portefeuille ainsi que les bijoux dont ils peuvent être nantis.

Dès qu’ils ont choisi leur homme, ils ne le quittent plus d’une semelle. Muni d’un billet pour une station intermédiaire, l’un d’eux le suit sur le quai, prend place dans son compartiment où ses compères s’arrangent pour qu’il demeure seul jusqu’à ce que le signal du départ soit donné. Au bout de quelques instants, la conversation engagée sur un sujet banal prend un caractère plus précis, on se félicite de n’avoir pas comme compagne de route une de ces belles dames dont les parfums trop violents procurent la fâcheuse migraine ; le voleur dit ne pouvoir supporter que l’odeur discrète de la lavande ou de tout autre plante inoffensive et pour en faire juge son voisin, il sort de sa poche un fin mouchoir qu’il lui passe sous le nez.

L'occasion fait le larron
L’occasion fait le larron

Au moment où le monsieur se penche, le voleur brise entre ses doigts, dissimulés par le linge, une petite ampoule de narcotique et le tour est joué ; le voyageur imprudent sent tout à coup ses yeux s’obscurcir et perd subitement connaissance. S’emparer du contenu de ses poches, de ses bijoux, valise, sacoche, etc., n’est plus que l’affaire d’un instant ; le mouchoir maintenu sur son visage prolonge le sommeil aussi longtemps qu’il est nécessaire pour arriver au premier arrêt où le voleur descend. A son réveil, la tête lourde, les souvenirs confus, la victime ne peut donner que des renseignements très vagues et ne se rappelle souvent pas les circonstances dans lesquelles elle s est endormie.

Lorsqu’il s’agit d’une dame, le procédé prend une tournure plus galante. Tenant à la main un petit bouquet qu’il semble respirer avec délices et dans lequel est caché un tube de somnoforme ou de bromure d’étvle, il engage ainsi la conversation. « Si l’odeur de ces fleurs vous importunait, Madame, je m’empresserais de les jeter ». Dénégations polies de la voyageuse. « Ce qui me fait vous dire cela, continue l’individu, c’est que ce bouquet contient une orchidée dont le parfum quoique très agréable est cependant un peu fort et susceptible, à la longue, de fatiguer les personnes nerveuses ».

Tout en parlant, il présente les fleurs à la dame et, au moment où celle-ci aspire largement leurs effluves, il brise, comme pour le mouchoir, le tube de l’ampoule dissimulée par des feuillages. Si la voyageuse n’est pas seule, si elle est accompagnée d’une dame ou d’un enfant, le filou a alors recours à la bonbonnière remplie de dragées ou de fondants dans lesquels il a introduit auparavant du véronal, du sulfonal, du hvpnal ou du canalies indica, toutes substances ne se dénaturant pas sous l’action du sucre et dont le goût n’a rien de désagréable.

Quelques minutes après la distribution des friandises, tout le monde dort et il est maître de la place. Il y a encore d’autres moyens. Ils ont le coup du cigare ou de la cigarette qui est des plus efficaces et des plus faciles à pratiquer. Prétendant avoir reçu ces cigares introuvables en France, ils offrent à leur victime un magnifique havane, que celle-ci allume et dont elle tire une fumée délicieuse, mais au bout de peu d’instants, ses yeux se ferment et ses membres se paralysent sous l’action d’un sommeil des plus profonds, car le cigare a été chargé d’extrait d’opium, soit à l’aide d’une petite seringue, soit en marinant dans un bain d’alcool saturé de ce narcotique.

Les cigarettes que l’on accepte avec tant de facilité peuvent offrir le même danger si le tabac avec lequel elles ont été fabriquées a été trempé dans une dissolution volatile fortement opiacée.

De tout ce qui vient d’être dit, on doit tirer un enseignement : c’est que, dans n’importe quelle circonstance, on doit se tenir réservé et ne pas accepter quoi que ce soit des personnes qui vous sont inconnues.

 

 


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