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Légendes, croyances, superstitions. Saint Ombilic, Saint Nombril, Saint Prépuce de Jésus-Christ. Châlons-sur-Marne, Saint-Jean de Latran à Rome - Histoire de France et Patrimoine


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Légendes, Superstitions

Légendes, superstitions, croyances populaires, rites singuliers, faits insolites et mystérieux, récits légendaires émaillant l’Histoire de France


Saint Ombilic du Christ :
un parcours mouvementé le menant
à Châlons-en-Champagne ?
(D’après « Anecdotes et curiosités historiques
sur les accouchements », paru en 1892)
Publié / Mis à jour le vendredi 3 avril 2015, par LA RÉDACTION


 
 
 
« Voltaire a dit qu’on possédait autrefois à Châlons-sur-Marne [actuelle Châlons-en-Champagne] le prépuce de Jésus-Christ ; c’est une erreur fondée sur ce que, dans le pays, on donne ordinairement le nom de Saint Prépuce à cette relique, qui n’était que le nombril, et que l’évêque Noailles fit disparaître », rapporte Collin de Plancy en 1821 dans son Dictionnaire des Reliques, qui consigne les pérégrinations supposées du Saint Ombilic, un temps conservé par Charlemagne qui le transmet bientôt au pape Léon III

Nous tirerons là-dessus quelques détails curieux d’une lettre publiée au quatrième tome de l’histoire critique des pratiques superstitieuses du P. Lebrun, écrit Collin de Plancy. Cette lettre a été écrite à l’occasion de la visite du saint nombril, faite le 19 avril 1707.

Jospeh et l'enfant Jésus. Peinture de Guido Reni vers 1635
Jospeh et l’enfant Jésus. Peinture
de Guido Reni vers 1635
« Vous saurez donc, monsieur, qu’il y a, dans notre ville de Châlons, une paroisse appelée Notre-Dame-en-Vaux, où l’on prétend conserver depuis plusieurs siècles, une partie du saint nombril de Notre-Seigneur Jésus-Christ. – Quoi, en a-t-il eu un, vous récriez-vous d’abord ?... Patience, ce n’est pas de quoi il s’agit. Je sais ce que les anciens pères ont pensé sur la maternité de la Sainte-Vierge, sur sa virginité, sur la naissance de son fils notre sauveur. La manière pure et miraculeuse dont ils ont cru qu’il était venu au monde, fait juger qu’ils n’eussent pas été extrêmement crédules sur cette relique ; mais ne nous engageons point dans des disputes, je ne veux que vous rapporter des faits.

« Mais comment cette relique a-t-elle été apportée à Châlons ? L’histoire en est curieuse, il faut la reprendre de plus haut. Cette parcelle attachée à la chair de Jésus-Chist lui étant tombée comme aux autres enfants, la sainte Vierge la ramassa, dit-on, avec beaucoup de révérence et de foi ; elle la garda chèrement toute sa vie, je ne sais même si elle ne la portait pas toujours sur elle. Après la mort de son fils, elle devint la source de sa consolation. Elle donna, en mourant, ce précieux dépôt à Saint-Jean l’évangéliste, comme à celui que son amour pour la personne de Jésus-Christ en rendait le plus digne ; saint Jean, établi évêque d’Ephèse, le laissa à ses successeurs ; de ses successeurs il passa successivement par plusieurs mains en celles de Charlemagne. – Eh ! Comment ? – Tout comme il vous plaira. – Nous le lui enverrons, si vous voulez, par l’impératrice Irène, en reconnaissance de ce qu’il avait chassé les Sarrasins de l’Empire ; ou par Aroun, roi de Perse. Que si ce moyen vous paraît trop naturel pour une relique si miraculeuse, nous la lui ferons porter exprès par un ange, comme l’assure l’auteur des Annales ecclésiastiques de Châlons.

« Charlemagne ne crut pas déplaire à l’ange en se défaisant de son présent au profit d’un tiers : il eut pu en enrichir son royaume et sa capitale, mais il aima mieux la porter à Rome, et en fit un présent au pape Léon III. Cette relique, qui semblait être destinée d’abord pour la France, y est revenue ensuite en partie ; elle a établi son siège dans la ville de Châlons ; et la paroisse de Notre-Dame-en-Vaux se fait une grande gloire de la posséder. Elle aurait raison, s’il était véritable qu’elle la possédât en effet. On ne l’y vénère pas seulement, on l’y adore, on la porte en procession sous un dais, et on en donne la bénédiction avec les mêmes cérémonies que si c’était le corps de Jésus-Christ.

« Que si vous me demandez des preuves authentiques de ce que j’avance, je vous répondrai, monsieur, avec le respect que je vous dois, que vous n’êtes pas assez crédule, et que vous ne feriez pas plaisir à messieurs nos Châlonnais d’être si curieux. Nous la possédons d’un temps immémorial, vous diront-ils : que cela vous suffise, et si vous me poussez à bout par vos questions indiscrètes, je vous renverrai à la rue des Marmousets, à l’enseigne des trois pigeons, demander à Haymald-Robert, de Limoges, jadis clerc licencié ès-lois, ensuite domestique d’un cardinal, depuis soldat, demeurant à Paris dans cette auberge, « homme d’honnête condition et de bonne façon, comme il paraissait à l’extérieur, et qui avait maintes connaissances », s’il n’est pas vrai qu’il a vu à Rome, dans le trésor où se gardent les saintes reliques et précieux joyaux avec les papiers de l’église romaine, et où sa qualité de domestique d’un cardinal lui donnait apparemment plein pouvoir de fouiller, je vous renverrai, dis-je, demander à ce savant critique s’il n’a pas vu certaines lettres apostoliques en forme de bulle, portant qu’une partie du saint nombril est à Châlons. Si vous pouvez en douter après cela, je n’ai plus rien à vous dire pour forcer votre incrédulité.

Statue-reliquaire de l'Ombilic du Christ
Statue-reliquaire de l’Ombilic du Christ, provenant de
l’église Notre-Dame-en-Vaux de Châlons-en-Champagne.
Actuellement au musée de Cluny
© Musée de Cluny
« Ainsi se conservaient l’origine et la succession du saint nombril, lorsqu’en 1407, Charles de Poitiers, évêque de Châlons, à l’instance des paroissiens de Notre-Dame, changera cette relique de place et la mit, sans la regarder, dans un autre reliquaire plus beau que le premier, sous la bonne foi seule de trois habitants de cette paroisse, qui l’assurèrent de ce que leur avait rapporté le Limousin de la rue des Marmousets. On a continué depuis ce temps-là à lui rendre les honneurs dont je vous ai parlé ; on y est venu en pèlerinage de fort loin ; on dit même qu’il s’y est fait des miracles, ce qu’il n’est pas impossible de croire.

« Or, le cinquième dimanche de carême dernier, dixième avril, Messire Gaston Jean-Baptiste-Louis de Noailles, frère et successeur de Monseigneur le cardinal en ce siège, commença sa première visite épiscopale dans la paroisse de Notre-Dame, avec les solennités ordinaires. Comme les comptes qu’il eut à recevoir, et la multitude des affaires qui se présentèrent ne lui permirent pas de les terminer toutes, il indiqua plusieurs assemblées dans son palais, où il invita les paroissiens, et où se trouvèrent tous ceux qui voulurent y assister. Vous connaissez le mérite du prélat ; on doit certainement lui rendre cette justice qu’il est très éclairé et très zélé pour ne souffrir dans son diocèse non seulement aucun abus, mais rien de ce qui peut en approcher ; et les affaires qu’il a soutenues jusqu’à présent pour la discipline et dont il est venu glorieusement à bout, font bien voir qu’il n’y a pas encore moins de fermeté que de lumières.

« Il avait ouï parler depuis longtemps de sa relique en question, mais les affaires de son diocèse, ses visites, ses infirmités l’avaient empêché de s’en instruire à fond par lui-même. Il ne pouvait ignorer ce que les goûts différents en faisaient penser aux divers esprits ; il savait que les uns l’adoraient, que les autres n’y avaient aucune foi, que d’autres en parlaient d’une manière peu édifiante. Il savait, d’un autre côté, combien un évêque doit être exact à ne proposer au peuple, pour objet de son culte et de sa foi, que des choses indubitables. Ces considérations portèrent notre prélat à dire à messieurs les chanoines de Notre-Dame et aux paroissiens assemblés dans son palais, qu’il était résolu de faire la visite de la relique. Il crut qu’il était de sa piété, d’autoriser le culte qu’on lui rendait si elle se trouvait véritable, ou de le régler au moins, si par hasard il s’y était glissé quelque abus.

« Jour pris, monsieur l’évêque, en rochet et camail, se transporte à Notre-Dame, avec presque tous les chanoines de cette église, et le peuple qui voulut l’y suivre ; il se fait apporter une image en ronde bosse de vermeil, représentant la sainte Vierge tenant Jésus-Christ, son fils, au nombril duquel est un cercle d’argent, avec cette inscription autour : De umbilico domini Jesu-Christi. Le prélat se met à genoux, animé d’une sainte hardiesse, et persuadé qu’un évêque qui a l’honneur de consacrer le corps de Jésus-Christ et de le tenir tout entier dans ses mains, ne doit pas craindre à la vue de son nombril prétendu, principalement quand il n’est poussé que par un esprit de zèle et de religion.

Détail de la statue-reliquaire de l'Ombilic du Christ
Détail de la statue-reliquaire de l’Ombilic
du Christ. © Musée de Cluny
« Sa prière finie, il ordonna à son orfèvre d’approcher, lequel, sans autre secours que celui de la pointe de son couteau, enlève le cercle et ôte le cristal. Je ne vous dirai pas, monsieur, si, depuis la translation que fit Charles de Poitiers du prétendu saint nombril, on n’a pas touché à ce reliquaire, et si la curiosité n’y a pas porté les yeux ou les mains : la facilité qu’on eut l’ouvrir le pourrait faire soupçonner. Ce que je sais, c’est que M. de Châlons en ayant tiré, en présence de tous les assistants, ce qui y était enfermé, il vit trois morceaux de taffetas rouge usés et percés, enveloppés les uns dans les autres, dans lesquels il ne trouva que trois petits morceaux de pierre, dont l’un était lisse, comme du gravier, de même couleur et de même dureté, les deux autres comme des éclats d’une pierre jaunâtre, graveleuse et friable, avec d’autres de très petit volume, de même qualité et de même couleur.

« Vous jugez bien, Monsieur, quelle fut la surprise et la consternation des assistants, quand ils virent, qu’au lieu d’une relique précieuse, d’un sacré dépôt, comme ils l’appelaient, ils ne trouvèrent qu’un peu de gravier. On eut beau recourir aux lunettes, les objets purent être grossis, mais ils ne changèrent pas pour cela de nature, et on reconnut que l’oracle de la rue des Marmousets n’était pas infaillible. On n’en demeura pas là ; on fit venir sur-le-champ le sieur Chèvre qui, par sa profession d’accoucheur, et d’accoucheur habile, pouvait mieux connaître les parties du corps humain et la nature des vaisseaux ombilicaux ; il assura, en pleine assemblée, que ce ne pouvait être ni n’avait jamais été un nombril d’enfant, et il satisfit si solidement à toutes les questions qu’on lui proposa, que tous les assistants, et même les chanoines, furent désabusés, souffrirent sans la moindre opposition, que monsieur l’évêque emportât ce gravier dans une boîte d’argent, et le reconduisirent avec les mêmes honneurs qu’ils lui avaient rendus en le recevant. Néanmoins, les notables Châlonnais, paroissiens de Notre-Dame-en-Vaux, et le clergé de la paroisse firent au prélat une remontrance imprimée. Ils redemandaient leur sainte relique. Cette affaire fit beaucoup de bruit, un peu de scandale : malheureusement la relique n’a pas reparu depuis. »

Mais il existe à Rome des débris de cette précieuse relique : une partie à Saint- Jean de Latran et l’autre, moins importante, à Sainte-Marie du Peuple. Il est vrai que cette relique ne fut découverte que huit cents ans après la naissance du Christ.




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