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Légendes, croyances, superstitions. Sorcière en Rouergue. Marie Trébas à Rodez. Sorcellerie, maléfices, sabbat - Histoire de France et Patrimoine


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Légendes, Superstitions

Légendes, superstitions, croyances populaires, rites singuliers, faits insolites et mystérieux, récits légendaires émaillant l’Histoire de France


Sorcière (Une) en Rouergue
ou Marie Trébas terrifiant Rodez
(D’après « Revue du traditionnisme français et étranger », paru en 1911)
Publié / Mis à jour le samedi 22 août 2015, par LA RÉDACTION



 
 
 
Un magistrat consigna en 1870 quelques faits remarquables d’une sorcière vivant à Rodez cinquante ans plus tôt, redoutée de tous et qui, jetant un jour son dévolu sur un enfant malade, se trouva confrontée à l’ire des habitants lui faisant regretter d’avoir jeté quelque maléfice. Lorsqu’elle dut quitter ce bas monde, il lui fallut transmettre son pouvoir...

Vers 1830 vivait à Rodez, près de la promenade des Prêtres, une sorcière que l’on nommait Marie Trébas. Elle méritait, au reste, sous tous les rapports, le nom qu’on lui donnait, affirme notre magistrat, et son aspect extérieur, comme sa vie et ses actes, concouraient à la faire regarder justement comme une véritable trèbe ; elle n’était vêtue que de sales haillons dont les couleurs disparates, et tranchant les unes sur les autres, lui donnaient un aspect étrange ; sa tête était recouverte d’une vaste coiffe noire, d’où s’échappaient quelquefois des mèches de cheveux gris en désordre, et au-dessous des plis de laquelle on voyait briller deux yeux noirs encore vifs et perçants.

La sorcière de Rodez. Céramique attribuée à Marie Talbot et exécutée en 1841
La sorcière de Rodez ?
(Céramique attribuée à Marie Talbot et exécutée en 1841)
L’hiver, elle mettait au-dessus de sa robe un vaste manteau noir couturé qui la recouvrait tout entière, et elle portait toujours à la main un bâton noueux sans lequel on ne l’avait jamais vue. Son visage inspirait une sorte de terreur ; son nez aquilin et crochu semblait vouloir rejoindre le menton, et sa bouche était toujours crispée d’un sourire satanique. Ses mains étaient osseuses et décharnées, et l’on prétendait que ceux qui l’avaient approchée de près avaient vu que son pied se terminait en fourche.

Son logis était une espèce d’écurie où étaient entassés pêle-mêle une foule d’objets, et dans un coin de laquelle on remarquait un vaste amas de chiffons. C’était là, disait-on, que Marie Trébas fabriquait le mystérieux onguent de pé dé fuelho avec lequel on n’a qu’à se frotter la paume de la main, et de crier trois fois : pé dé fuelho, pé dé fuelho, pé dé fuelho, après s’être mis à cheval sur un manche à balai, pour se sentir emporter à travers les airs, jusqu’au lieu où se tient le sabbat.

Vous comprenez qu’avec tous ces antécédents, Marie Trébas n’était pas en odeur de sainteté dans Rodez, et les enfants, dès qu’ils l’apercevaient ou qu’ils passaient devant sa petite échoppe située au milieu de la côte pavée, couraient se cacher au plus vite ou s’accrochaient au tablier de leur mère sans oser même lever les yeux. Ajoutez à cela que Marie Trébas était méchante, et qu’elle jetait des maléfices sur ceux qui ne voulaient pas l’écouter, et vous aurez la mesure de la crainte qu’inspirait la sorcière.

Un jour que Marie Trébas était assise ou plutôt accroupie à son ordinaire, devant sa petite boutique de mercerie, et que son visage exprimait encore plus de méchanceté, s’il est possible, il passa devant elle une femme portant un jeune enfant de quelques mois. Cet enfant qui s’appelait Josépou était malade, et on l’apportait de Pont Viel à Rodez pour le faire guérir à M. Anglade. A la vue de cet enfant, Marie Trébas fut saisie d’une noire pensée, et, s’adressant à la femme :

— Voyons, dit-elle, laissez-moi voir cet enfant.
— Vilaine sorcière du diable, lui fut-il répondu, occupe-toi du sabbat, et de ce qui te regarde, et laisse-moi tranquille.
— Prenez garde, reprit Marie Trébas, si vous ne voulez pas le laisser voir, il lui arrivera malheur.
— Tais-toi, tu m’ennuies.

Alors un éclair de méchanceté jaillit des yeux de la sorcière et on lui entendit marmonner entre les dents des paroles bizarres et confuses. Quand je dis entre ses dents, je me trompe, rapporte le magistrat nous contant cette anecdote, car elle n’en avait qu’une, la canine gauche, qui, descendant sur la lèvre inférieure, ne ressemblait pas mal à une défense d’éléphant.

Ces paroles que la vieille prononçait, c’était un sort qu’elle jetait sur l’enfant, et, en effet, quand le petit fut revenu à Pont Viel, il fut agité d’une maladie inconnue, étrange, qui ne lui laissait pas un instant de repos. Il criait toujours, ne voulait pas prendre le sein de sa mère, et tous les remèdes que l’on tenta furent inutiles. Ce fut alors seulement que l’on se souvint du sort jeté par la vieille. Il fallut aviser aux moyens de lever ce sort, et après avoir consulté les plus anciens habitants de Pont Viel, et avoir rassemblé dans une chambre les commères, voici comment on s’y prit.

Après avoir fermé les portes, on prit un foie de lièvre récemment tué, et une poignée de guingassous qu’on était allé acheter la veille à Rodez. On mit tout cela sur le feu à la poêle, et à trois reprises différentes on y versa du vinaigre. Quand ce fut un peu cuit on mit le tout dans une assiette, on posa ensuite le foie de lièvre sur la table, et on enfonça un à un les guingassous dans ce foie. Or il faut savoir que quand on accomplit toutes ces cérémonies, le sorcier ou la sorcière qui a jeté le sort ressent dans ses fesses la même douleur que si on lui enfonçait les guingassous dans cette partie du corps. La sensation le fait alors venir et on le force à lever le sort.

C’est ce qui arriva en effet et à peine trois ou quatre guingassous avaient-ils été enfoncés dans le foie, que l’on entendit des pas sur le chemin en même temps que quelques marmonnages confus. C’était Marie Trébas qui arrivait au galop, en portant la main à son derrière et en disant :

— Vous n’avez pas besoin de me faire tant de mal... pourtant c’est trop fort...
— Allons, vieille Belzébut, lui dit-on, lève de suite le sort, autrement...
— Ne soyez pas si inquiètes... vous m’avez fait du mal.
— Voyons, dépêche-toi.
— Oui, mais...

Voyant qu’elle ne voulait pas se décider on enfonça un autre guingassou dans le foie. La vieille jeta un cri de douleur, porta vite la main à son derrière, et, après avoir levé le sort, repartit vite. L’enfant fut guéri.

Quand Marie Trébas mourut, on fit un grand feu de joie de toutes ses hardes, et on se garda bien d’y toucher de peur d’être ensorcelé. Au moment de mourir, elle avait une nièce à côté d’elle, et tourmentée par les souffrances, elle la priait de venir lui toucher la main.

— Viens, lui disait-elle, viens me donner la main, ne me refuse pas ce plaisir, c’est le dernier que tu me rendras.
— Non, non, disait la nièce, je sais que quand un sorcier meurt il lui faut communiquer la sorcellerie à quelqu’un. Vous voudriez me la donner.
— Oh ! viens, viens, car je souffre beaucoup.
— Non, mais vous avez là un balai, touchez-le.

Et elle lui lança un balai ; la vieille le toucha. Alors le balai fut ensorcelé, il vola çà et là par la chambre en faisant mille sauts et gambades et il finit par s’envoler par la cheminée. Alors Marie Trébas mourut.




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