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Métiers anciens / oubliés

Histoire des métiers, origine des corporations, statuts, règlements, us et coutumes. Métiers oubliés, raréfiés ou disparus de nos ancêtres.


Fripiers, chinchers, brocanteurs de Rouen
(D’après « Histoire des anciennes corporations d’arts et métiers
et des confréries religieuses de la capitale de la Normandie », paru en 1850)
Publié le vendredi 31 décembre 2010, par LA RÉDACTION

 
 
 
 
Le préambule de l’édit de Louis XV, portant confirmation des nouveaux statuts des fripiers, nous apprend que leur corporation remonte à une haute antiquité à Rouen

« Louis, par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre, à tous présents et à venir, salut : Nos amés les marchands fripiers de la ville, faubourgs, banlieue de Rouen, nous ont fait exposer que, depuis très longtemps ils forment une communauté policée et disciplinée par des statuts qui leur furent accordés, et qu’ils ont depuis obtenu plusieurs sentences et règlements, pour maintenir le bon ordre dans l’exercice de leur profession, et pour empêcher les contraventions qui se commettent journellement ; que, néanmoins, ces statuts n’ont pas été suffisants pour arrêter les abus et les entreprises de ceux qui, sans aucune qualité, s’arrogent le droit de travailler dudit métier ; que, dans la vue de réprimer plus efficacement ces abus, ils ont fait réformer ces anciens statuts, et en ont fait rédiger de nouveaux, lesquels nous confirmons et autorisons par ces présentes lettres ».

Les premiers statuts des fripiers de Rouen remontent à 1419, sous Charles VI, qui les leur accorda. En 1539 nous les voyons occuper, comme corps légalement constitué, une portion des halles, qu’ils tenaient à loyer des échevins de la ville. François Ier confirma, en 1544, leurs statuts, dont ils s’efforcèrent de corroborer l’autorité par toutes sortes d’arrêts et de sentences du Parlement.

La nature de leur commerce, consistant dans la vente et l’achat des vieux habits ou des anciens meubles de tous genres, et même des neufs, pourvu qu’ils provinssent de seconde main, leur fit susciter une guerre perpétuelle et acharnée, non pas seulement de la part de quelques corporations, mais de presque toutes. Les fripiers résistèrent énergiquement à toutes les tentatives, et généralement ils furent assez heureux dans la défense de leurs privilèges. Nous trouvons un exemple de cette opposition rivale des autres corps, dans la vive répugnance qu’ils témoignèrent lors de l’enregistrement des nouveaux statuts des fripiers en 1727 : tous les artisans combattaient contre les fripiers ; on en peut juger par les lignes suivantes, extraites d’un arrêt long de trente grandes pages in-octavo, rendu par le Parlement, à cette occasion :

« Sçavoir faisons que cejourd’hui, onze mai, la cause dévolute en notre cour, entre les maîtres et gardes fripiers, demandeurs en requête, d’une part ; et, d’autre part, les tapissiers-courtepointiers opposants à l’enregistrement des lettres-patentes et statuts des dessus nommés ; les ouvriers sergers, aussi opposants ; les tailleurs, aussi opposants ; les menuisiers-ébénistes, pareillement opposants ; les selliers-carrossiers, aussi opposants ; les balanciers, également opposants ; les miroitiers-lunetiers, les merciers, les drapiers, tous opposants au-dessus dit enregistrement ».

Revendeur de vieux souliers
Revendeur de vieux souliers
L’opposition de ces marchands de métiers si divers, venait de ce qu’ils voulaient tous se réserver le rachat des vieux habits ou meubles de leur dépendance. Une telle prétention ruinait nécessairement le commerce des fripiers, puisqu’il consistait uniquement dans l’achat, la vente ou l’échange de toutes sortes de meubles, hardes, linges, tapisseries, étoffes, dentelles, passements, fourrures, pelleterie, cuivre, étain, fer et autres marchandises vieilles. Or, si le maître de chaque état réclamait pour lui seul les objets de son ressort, n’était-ce pas anéantir par là même le métier des fripiers ? Le Parlement comprit que la justice et la raison étaient du côté des fripiers. Il rejeta donc les injustes prétentions des opposants, et maintint, par un arrêt solennel, les droits des fripiers.

Le long procès de cette opposition se résuma, pour les vainqueurs et les vaincus, en un paiement ruineux pour les uns et pour les autres, car le même arrêt ajoutait : « Payeront les tapissiers-courtepointiers deux vacations ; les sergers, deux vacations ; les tailleurs, trois vacations et demie ; les menuisiers, trois vacations et demie ; les miroitiers, une demi-vacation ; les merciers, un quart de vacation ; les fripiers, douze vacations. En outre, payeront toutes lesdites parties le rapport et le coût de l’arrêt, chacun en proportion ».

C’est ainsi que se terminaient ordinairement les procès des corporations entre elles : elles payaient, payaient toujours sans rien apprendre. Se défiant des manœuvres frauduleuses des crieurs ambulants, acheteurs ou vendeurs de vieux drapeaux, comme on disait alors, les fripiers firent rendre, par les baillis de Rouen, plusieurs sentences qui enjoignaient à ces crieurs de ne se servir que de poches ou de sacs en réseau, afin que, par là, on pût surveiller leurs achats ; et leur défendaient de rien exposer à la halle de la Vieille-Tour, sous peine d’amende, de prison, de fouet, et même du carcan. Ces sentences des baillis sont de 1541, 1553 et 1604. Les revendresses reçurent de semblables défenses, et les mêmes magistrats leur prohibèrent, en 1617 et 1655, de vendre ni acheter aucunes marchandises dépendantes de l’état des fripiers.

Le clerc de la corporation tenait un registre exact des déclarations qui lui étaient faites relativement à des objets soustraits ou volés, en avertissait les fripiers, afin que chacun pût se mettre en garde et ne les achetât point. Le clerc distribuait à chaque membre la liste des ventes de chaque semaine. Par un règlement particulier, le fripier ne pouvait acheter ni se réserver pour lui ; individuellement, aucuns objets de ces ventes. Il achetait, puis, la vente terminée, on portait les achats à la chambre de la corporation, où on les partageait par lots entre tous les fripiers ayant assisté à la vente. Souvent des contestations naissaient entre eux sur la répartition des lots, parce que les concurrents réunissaient quelquefois leurs vœux sur des marchandises plus rares ou plus avantageuses à placer. Alors, deux ou trois des plus anciens maîtres du corps jugeaient le différend ; leur jugement avait force de loi. Tout fripier rebelle était traduit devant le juge de police, pour s’y entendre condamner à une amende. Les fripiers avaient une confrérie de Saint-Côme et Saint-Damien, à l’abbaye royale de Saint-Amand.

 

 


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