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« Hâtons-nous de raconter les délicieuses histoires du
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21 janvier 1793 : le roi Louis XVI est guillotiné - Histoire de France et Patrimoine


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Éphéméride, Calendrier

Les événements du 21 janvier. Pour un jour donné, découvrez un événement ayant marqué notre Histoire. Calendrier historique


21 janvier 1793 : le roi Louis XVI est guillotiné
(D’après « Éphémérides universelles, ou tableau religieux, politique,
littéraire, scientifique et anecdotique présentant, pour chaque jour
de l’année, un extrait des Annales de toutes les nations
et de tous les siècles », édition de 1835)
Publié / Mis à jour le dimanche 1er janvier 2012, par LA RÉDACTION



 
 
 
Rédacteur du Journal de Paris, François Jean Aubert de Vitry brosse le portrait de Louis XVI, retrace les grandes lignes de son règne et du procès qui déboucha sur sa mort le 21 janvier 1793

Le terrible décret qui, pour la seconde fois en moins de deux siècles, allait faire tomber sur l’échafaud une tête couronnée, et affliger la France d’un attentat semblable à celui qui avait effrayé l’Angleterre, était prononcé, écrit François Aubert de Vitry. Les sollicitations éloquentes des trois défenseurs du roi Louis XVI, condamné à mort, avaient en vain invoqué pour l’auguste proscrit le jugement suprême de la nation.

Ce recours à la puissance populaire n’avait pas eu un sort plus heureux que la proposition des Girondins. L’appel au peuple avait été définitivement rejeté. La souveraineté que lui attribuaient ses mandataires n’était plus pour eux qu’un vain mot. Ainsi, par un effrayant abus de pouvoir, ils s’érigeaient à la fois en souverains, en législateurs et en juges, réunissant des fonctions dont la confusion a toujours constitué la plus épouvantable tyrannie.

Pour précipiter le supplice, ils osent invoquer l’humanité, comme si la promptitude du meurtre en diminuait l’horreur. Cette cruauté hypocrite échoue cependant contre les efforts des députés plus humains qui, le 19 janvier, réussissent à faire discuter la question du sursis. C’est une dernière planche à laquelle s’attachent ceux qui voudraient sauver le Roi. Brissot et l’Américain Thomas Payne veulent inutilement faire prévaloir les conseils d’une politique éclairée : des rugissements de fureur leur imposent silence. Toutefois, sur 690 votants 310 n’ont pas craint d’opiner pour le sursis : le rejet n’est prononcé qu’à une majorité de 35 voix. Ainsi fut irrévocablement décidé le sort de l’infortuné monarque.

Entrevue de Malesherbes et de Louis XVI visant à préparer la défense du roi
Entrevue de Malesherbes et de Louis XVI visant à préparer la défense du roi

Louis XVI, pendant toute la durée de sa détention, n’avait opposé aux outrages dont on l’abreuvait, lui et sa famille, qu’une résignation et une douceur d’âme qui ne se démentirent jamais. Ses adversaires même se sentirent souvent attendris malgré eux. Sa bonté les désarma plus d’une fois. « Mes ennemis, disait ce prince à M. de Malesherbes avec une abnégation qui avait aussi sa noblesse, veulent me donner de la célébrité : j’avais besoin de mes malheurs pour valoir quelque chose, et, grâce au ciel, on ne m’en laisse pas manquer. »

Il ne se fit pas un moment illusion sur le sort qui l’attendait, et ne s’occupa, pendant son procès, qu’à défendre sa mémoire contre d’odieuses calomnies. Dès le commencement de la révolution il avait toujours eu sous les yeux l’histoire de Charles 1er. Persuade que ce prince s’était perdu par la résistance, il avait espère se sauver par sa condescendance ; aussi il ne se permit jamais qu’une lutte passive, et encore seulement lorsqu’il y crut sa conscience intéressée. On s’est étonné de son respect pour les pouvoirs que la Convention s’était arrogés : on lui a imputé cette résignation à faiblesse. Il fut dirigé par un sentiment plus honorable et plus délicat. Louis croyait, et non sans motif, au projet de le faire assassiner dans une émeute populaire, s’il récusait l’assemblée.

En se laissant juger par elle, il voulut épargner au peuple l’imputation d’un crime atroce. Ce fut l’explication qu’il donna à M. de Malesherbes. Cet homme vertueux lui ayant annoncé l’intention manifestée par plusieurs personnes de ne pas le laisser périr : « Les connaissez-vous ? s’écria le Roi changeant de couleur. Retournez à l’assemblée ; tâchez de les rejoindre, d’en découvrir quelquesuns ; dites-leur que je ne leur pardonnerais pas, s’il y avait une » seule goutte de sang versé pour moi : j’ai refusé d’en répandre, quand peut-être il m’eût conservé le trône et la vie... ; je ne m’enrepens pas... ; non, monsieur, je ne m’en repens pas. Sa famille était l’unique objet de ses alarmes. Les souffrances actuelles des siens, la pensée du sort qui les menaçait, pouvaient seules lui arracher quelquefois des gémissements, et altérer momentanément son courage.

Ce fut son ancien ministre qui lui annonça l’arrêt fatal. Louis était assis dans l’obscurité, le dos tourné à une lampe placée sur la cheminée, les coudes appuyés sur une petite table, le visage couvert de ses deux mains. Le bruit que fit Malesherbes en entrant tira le roi de sa profonde méditation. Il regarda fixement son défenseur, et se levant de sa chaise :« M. de Malesherbes, lui dit-il, je suis occupé depuis deux heures à rechercher si, pendant le cours de mon règne, j’ai mérité de mes sujets le plus léger reproché. Hé bien ! je vous le jure dans toute la vérité de mon cœur, comme un homme qui va paraître devant Dieu, j’ai constamment voulu le bonheur du peuple ; je n’ai jamais formé un vœu qui lui fût contraire. »

Louis XVI reçut son arrêt avec fermeté : il consolait ses serviteurs ; il ne craignait pas la mort ; mais il pressentait avec douleur la terrible destinée de la reine, et le malheur de sa famille : il déplorait l’avenir prochain qui lui montrait le peuple livré à l’anarchie, devenant la proie de toutes les factions, les crimes se succédant, de longues dissensions déchirant la France. Malesherbes eut la permission de le revoir. Louis l’embrassa deux fois en lui disant le dernier adieu. Ce vénérable citoyen, cet ami constant de son pays et de son prince, cet adversaire courageux du despotisme sous tous les régimes, ne devait pas tarder à le suivre sur l’échafaud, auquel le plus généreux dévouement n’avait pu arracher le chef d’une antique dynastie.

Le décret fut notifié au Roi, dans les formes, par Garât, ministre de la justice, accompagné de Lebrun, ministre des relations extérieures, de Grouvelle, secrétaire du Conseil exécutif, de deux membres du département, et de Chambon, maire de Paris. Santerre le brasseur, qui commandait la garde nationale, l’accusateur public, et le président du tribunal criminel, étaient aussi présets. Louis entendit la lecture de son arrêt avec calme et dignité. Il s’avança vers Grouvelle, prit le décret, tira son portefeuille et l’y plaça ; puis, présentant un papier ouvert à Gaiat, il le pria de le remettre sur-le-champ à l’Assemblée nationale. Garât paraissant hésiter, Louis lui en donna lecture : il demandait un délai de trois jours pour se préparer à paraître défont la majesté île Dieu ; à pouvoir communiquer librement avec la personne qu’il indiquerait, et qui devrait être mise à l’abri de toute crainte pour l’acte de charité qu’elle exercerait auprès de lui ; à être délivré de la surveillance perpétuelle, établie depuis quelques jours par le Conseil de la commune ; enfin, à voir librement et sans témoins sa famille.

Il recommandait à la bienfaisance de la nation les personnes qui avaient été attachées à son service, insistant sur leur fâcheuse position. Louis remit au ministre l’adresse de M. Edgeworth de Firmont, respectable ecclésiastique qu’il avait choisi pour appui dans ces derniers moments. La Convention autorisa ce choix, permit à Louis XVI de voir sans témoins sa famille, et refusa le sursis : ce prince ne songea plus qu’à se préparer à la mort. Qui pourrait dépeindre la scène déchirante de ses adieux à sa famille ? Il est des douleurs dont il ne faut pas réveiller la mémoire. Louis, après s’être entretenu avec son confesseur jusqu’à minuit, se coucha, et dormit jusqu’à cinq heures, moment qu’il avait fixé pour son re’veil : il fit toutes ses dispositions avec beaucoup de sang-froid ; entendit avec le plus grand recueillement la messe que célébra l’abbé de Firmont, et reçut la communion de ses mains.

« La nuit règne encore, dit l’un des historiens de cette funeste époque, et le bruit des tambours, des chevaux, des canons, répand dans les rues une terreur profonde. Tout ce qui n’est pas employé pour le service du jour évite de se montrer ; les habitants, retirés chez eux, laissent un grand vide dans les lieux les plus fréquentés : Paris ressemble pendant plusieurs heures à une vaste solitude. » A neuf heures les portes de la chambre du Roi s’ouvrent avec fracas ; Santerre, accompagné de huit officiers municipaux, entre à la tête de dix gendarmes qu’il range sur deux lignes. Louis XVI, après quelques minutes d’entretien avec son confesseur, présenta un écrit (c’était son testament) au prêtre Jacques Roux, officier municipal, en le priant de le remettre à la reine... à sa femme, dit-il, en se reprenant. « Je n’ai d’autre mission que de vous conduire au supplice, répond ce prêtre. — C’est juste, réplique le Roi, et il remet cet écrit à un autre commissaire, qui veut bien s’en charger. Je vous prie, dit-il à ces délégués municipaux, de recommander à la Commune les personnes qui ont été à mon service, et de lui témoigner mon désir que Cléry, à qui mon fils est accoutumé, reste près de lui. » Puis, se retournant vers le chef de la force armée : « Marchons, » lui dit-il.

Il descendit de la Tour, traversa à pied la première cour de sa prison, et monta ensuite dans une voiture avec son confesseur : il était escorté de plusieurs détachements de cavalerie ; on traînait devant et derrière lui un grand nombre de canons, avec un horrible fracas. Les individus de la classe populaire, attirés par la curiosité sur les boulevards que suit le cortège, et à l’entrée des rues aboutissantes, errent isolés et dans un morne silence. Le Roi était sorti du Temple à neuf heures quelques minutes, il arriva sur la place nommée alors de la Révolution à dix heures dix minutes.

Portrait de Louis XVI adolescent, par Peter Hall
Portrait de Louis XVI adolescent, par Peter Hall

Louis employa tout le temps du trajet à réciter les prières des agonisants, ou à lire dans un livre de piété. Un chapeau rond, qui ombrageait sa figure, ne permit pas d’en observer toujours l’expression ; mais dans les intervalles où l’on put démêler ses traits, on remarqua à travers sa tristesse un fond de sérénité : son teint n’était nullement altéré. Parvenu au pied de l’échafaud, il s’entretint quelques minutes avec l’abbé Edgeworth, quitta ensuite lui-même sa redingote, délia ses cheveux, ôta sa cravatte, ouvrit sa chemise pour découvrir son col et ses épaules, et se mit à genoux pour recevoir la dernière bénédiction de son confesseur. Aussitôt il se releva, et franchit de pied ferme les degrés de l’échafaud. « Fils de saint Louis, montez au ciel, » lui cria, dit-on, cet ecclésiastique.

L’abbé Edgeworth, à qui l’on rappelait souvent ces paroles, ne les a ni avouées ni démenties. Il en avait perdu le souvenir : mais elles entrent trop bien dans l’esprit religieux de l’acte qui s’exécutait, du confesseur et de la victime, pour que l’histoire ne les consacre pas comme l’inspiration naturelle de ce terrible moment. .Louis, sur l’échafaud, demanda à parler au peuple. On lui dit qu’il fallait avant tout qu’il eût les mains liées et les cheveux coupés ; d’autres racontent que l’on voulut lui lier les mains par surprise : on redoutait sa force de corps ; car il passait pour l’un des hommes les plus robustes de France. « Les mains liées, » s’écria ce prince un peu brusquement : il opposait même de la résistance. « Encore ce sacrifice, lui dit son confesseur ; Jésus s’est laissé lier par ses bourreaux. » Le roi, cédant aussitôt, dit aux siens : « Faites tout ce qu’il vous plaira. »

Quand ses mains eurent été liées et ses cheveux coupés, Louis dit : « J’espère qu’à présent on me permettra de parler ; » et, s’avançant sur le côté gauche de l’échafaud, il fit signe aux tambours de cesser. Alors, d’une voix forte, il s’écria : « Français, je meurs innocent ; je pardonne à mes ennemis ; je désire que ma mort soit… » Un roulement de tambours, ordonné par Santerre, commandant de la force armée, ne permit pas d’en entendre davantage. On ajoute que ce fanatique dit au roi : « Je vous ai amené ici non pour haranguer, mais pour mourir. » Aussitôt les exécuteurs attachèrent la victime ; sa tête tomba à dix heures vingt minutes : l’un des bourreaux la montra au peuple.

Ainsi périt, à l’âge de trente-huit ans quatre mois et vingt-huit jours, Louis, seizième du nom, dont les ancêtres régnaient en France depuis plus de huit cents ans.

« L’aspect de son cadavre, dit une des histoires du temps produisit des sensations diverses sur l’âme des spectateurs. Les uns coupèrent des morceaux de ses vêtemens ; d’autres cherchèrent à se procurer de ses cheveux ; ceux-ci trempèrent leurs sabres dans son sang, comme si c’eût été un talisman qui dût les rendre vainqueurs de tous les tyrans de la terre ; ceux-là s’en allaient l’âme froissée ; un Anglais, plus hardi, se jeta au pied de l’échafaud, trempa un mouchoir dans le sang qui couvrait la terre, et disparut.

Dans la capitale, la masse des citoyens paraissait engourdie » par une torpeur générale ; on osait à peine se regarder dans les rues ; la tristesse était peinte sur toutes les physionomies ; une inquiétude sourde semblait miner toutes les âmes : le lendemain de l’exécution on n’était point encore sorti de cet accablemeut, qui paraissait avoir gagné les membres de la Convention, étonnés, effrayés d’un coup si hardi, et des suites qu’il semblait présager.

Immédiatement après l’exécution du Roi, son corps fut transporté dans l’ancienne église de la Madeleine. Il fut placé dans une fosse de six pieds en carré, adossée contre le mur de la rue d’Anjou, et dissous à l’instant par quatre tonneaux de chaux vive dont il fut couvert. » Soit par un rapprochement qui rattachait la fin funeste de Louis XVI à de tristes présages, soit par un hasard singulier, on l’inhuma auprès des infortunés qui avaient péri le 30 mai 1770, jour de la fête donnée par la ville de Paris à l’occasion de son mariage, et auprès des Suisses morts dans la journée du 10 août. On croit avoir retrouvé l’emplacement de cette fosse ; de très faibles fragments d’ossements, réduits eu substance calcaire, y ont été recueillis vingt-deux ans après (18 et 19 janvier 1815).

Quel jugement l’histoire portera t-elle sur ce malheureux prince ? Nous ne croyons pas nous tromper dans la prévision d’un arrêt favorable : elle le signalera comme un roi éminemment bon, juste et doux. Il eut en effet toutes les vertus privées qui peuvent honorer un homme de bien ; il eut aussi des lumières et une instruction fort étendue et très rare dans les rois ; instruction qu’il s’était donnée lui-même, réparant ainsi, autant qu’il lui fut possible de le faire par ses propres efforts, les vices de l’éducation la plus négligée.

Il aima sincèrement le peuple, et ne recula jamais devant aucun sacrifice personnel pour faire le bien. L’idée d’appeler le sévère et probe Machault au timon de l’Etat, quoique trop légèrement abandonnée ; le choix de Turgot, de Malesherbes, de Necker pour le ministère ; la suppression du droit de joyeux avènement en montant sur le trône ; le rappel des anciens parlements, accordé au vœu public, sans égard pour les intérêts de l’autorité absolue ; la belle réponse du monarque à ceux qui l’en blâmaient : « Je n’ai pas besoin de plus d’autorité que ne m’en donnent les lois, puisque je ne veux régner que par elles ; » mot digne des Antonins ; la réforme de sa maison militaire, et de plusieurs branches de son service personnel, adoptée avec empressement dans la vue de diminuer les dépenses de l’Etat ; l’abolition de l’odieuse torture préparatoire ; la liberté rendue aux serfs de ses domaines ; la suppression de la corvée personnelle ; l’état civil restitué aux protestants persécutés avec la plus révoltante barbarie depuis les injustes édits surpris à la religion peu éclairée de Louis XIV ; la double représentation donnée aux communes, dans les États-Généraux, pour rétablir l’équilibre entre la masse de la nation et les ordres privilégiés, bienfait qui, en déterminant sa prépondérance, décida le succès de la révolution ; toutes ces mesures justifient la confiance de Louis XVI dans la droiture de ses intentions : toutes ces choses sont autant de titres qui le placent au rang des princes les plus populaires.

Son grand sens lui faisait préférer les classes moyennes aux courtisans dont il était entouré. Il fut, par le cœur, un roi roturier, comme Louis XII et Henri IV. N’oublions pas l’estime et l’affection que, d’après les mémoires du temps, il témoignait aux ministres populaires ; preuve incontestable de la sincérité de ses intentions. « Il n’y a que M. Turgot et moi qui aimions le peuple, » disait-il en parlant de cet homme d’état citoyen. C’était encore ce roi malheureux qui disait à Malesherbes, quittant pour la première fois le conseil en 1776 : « Que voulez-vous que je devienne, si tous les honnêtes gens m’abandonnent ? » Aucuns mémoires ne lui ont attribué la même confiance, ni les mêmes regrets pour les Galonné et les Brienne. Il eut la faiblesse de se les laisser imposer par l’intrigue ; mais il ne les aima, ni ne les regretta.

Mort de Louis XVI le 21 janvier 1793
Mort de Louis XVI le 21 janvier 1793

Une vertu qui distingue ce prince entre tous les rois, c’est cette humanité scrupuleuse, cette horreur pour l’effusion du sang, qui ne lui permirent jamais de consentir à ce qu’on en versât pour l’intérêt de sa puissance, ou même de sa sûreté. Ce n’était point en lui défaut de courage ; son intrépidité au 20 juin, sa contenance noble et calme en présence de la Convention, sa résignation inaltérable pendant sa captivité, sa fermeté aux approches de la mort, annoncent une âme inaccessible à la crainte. Nul n’a eu plus que Louis XVI les vertus de l’adversité ; du moment où il se trouva en butte aux traits du malheur, sa conduite fut vraiment héroïque. Si donc nous ne considérons que l’homme privé dans ce prince, ou si nous le supposons à la tête d’un peuple heureux, paisible, à l’abri des tempêtes et sous un gouvernement constitué, son règne sera très bien caractérisé par la qualification si peu prodiguée aux rois, et qu’il obtint de l’opinion publique lorsqu’elle le désigna comme le plus honnête homme de son royaume.

Mais quoique l’on ne puisse, sans un vif regret, soumettre à une sorte de censure des vertus rares, couronnées par une si grande infortune, il faut avouer que l’histoire ne pourra reconnaître en Louis XVI la qualité la plus nécessaire à un roi, surtout dans des temps difficiles, cette volonté ferme qui après avoir discerné le bien s’y attache fortement, et parvient à l’opérer par la persévérance qui résiste à toutes les intrigues.

Cette fermeté de caractère imposant silence aux passions rebelles, et sans laquelle il est impossible de gouverner, Louis XVI ne l’avait point reçue de la nature ; l’éducation non plus ne la lui avait pas donnée : de là ces hésitations, ces vacillations perpétuelles qui lui font abandonner Machault pour Maurepas, Turgot et Malesherbes pour des hommes nuls, Necker pour Galonné, et celui-ci pour Brienne ; de là toutes les fautes qui engloutirent l’ancien édifice de la royauté avec le monarque dans le torrent d’une révolution. Ce furent cette timidité, cette irrésolution qui livrèrent les finances de l’Etat aux dilapidations sous un roi personnellement économe, qui ne surent opposer au débordement de la dépravation dans les mœurs que la digue impuissante de son exemple, qui sacrifièrent avec une déplorable facilité, aux clameurs des courtisans, à l’intrigue intéressée à la perpétuité des abus, les plans de réformes devenues indispensables.

Ce n’est pas d’avoir reculé devant des violences, par lesquelles le pouvoir se défend toujours mal, qu’il faut blâmer Louis XVI ; on doit encore moins l’accuser de torts involontaires ; mais on le plaindra de n’avoir pas su faire à propos usage de son autorité, de l’avoir laissée dépérir entre ses mains, au lieu de l’employer à l’accomplissement des réformes qui eussent prévenu ou dissipé la tempête. On déplorera aussi ce préjugé de la naissance, fortifié par des croyances plus sincères qu’éclairées, qui, malgré sa droiture naturelle et son grand sens, l’attachait à l’idée du pouvoir absolu comme à un don spécial de la Divinité, comme à un devoir imposé d’en-haut ; on regrettera que ce préjugé fatal, réveillé par les suggestions du faux zèle ou du zèle malentendu, contre lesquels il a protesté dans son testament, ait altéré quelquefois en lui des inspirations généreuses pour l’entraîner dans des voies obliques. Quel malheur qu’il se fût laissé persuader que pour l’avantage de sa couronne et du peuple même, des tergiversations, une soumission apparente à des mesures qu’il désapprouvait, et le recours secret à un appui extérieur, étaient préférables à une résistance loyale, à un refus magnanime !

Pourquoi fallut-il qu’aussitôt que l’ascendant des factions lui parut détourner la révolution de sa route, et compromettre à la fois les droits du prince et ceux de la nation, la force lui manquât pour déclarer ouvertement et sans retour qu’il ne pouvait souscrire à des lois dans lesquelles il ne voyait plus de garanties suffisantes pour l’intérêt commun du trône et du pays ? Louis XVI était digne, par ses vertus, de justifier le mot célèbre du roi Jean : « Si la vérité était exilée de la terre, elle devrait se retrouver dans la bouche des rois. » Il méritait de couronner ses hautes et excellentes qualités par l’exemple d’une sincérité courageuse et constante.

Si, comme le roi de Sardaigne, Victor-Amédée, il eût répondu persévéramment à ceux qui lui demandaient la sanction de son serment pour une constitution qu’il jugeait inacceptable : « Le trône, tel que vous l’avez reconstruit, est trop mal assis pour vous et pour moi ; je ne puis, sans trahir ma conscience et ma raison, le conserver aux conditions que vous imposez. Si vous refusez mes conseils, cherchez un chef à qui vos lois conviennent, et laissez-moi ma liberté ; mes vœux seront toujours pour le bonheur de mon pays, » qu’aurait-on pu lui répliquer ? qu’auraient pu faire ses ennemis ? Et si, de la retraite qu’il eût choisie au dehors, toujours fidèle à ses promesses, toujours attentif à écarter de son peuple les menaces des Français mécontents et des étrangers, il n’eût pas cessé de lui offrir, comme gage de réconciliation, cette Charte dont la Providence nous avait réservé le présent, croira-t-on qu’il eût fallu vingt années pour vaincre la résistance des factions, et replacer la France sous l’égide d’un trône constitutionnel ? Mais la plus éminente vertu conserve trop souvent l’empreinte de notre faiblesse ; et cette même timidité qui avait frappé d’impuissance les meilleures intentions, empêcha Louis XVI d’embrasser une résolution qui ne pouvait être adoptée et maintenue que par une grande force de volonté.

Le sort de ce malheureux prince en est-il moins à jamais déplorable ? faire retomber sur la personne d’un roi, dont la faiblesse était k seul tort, le châtiment du despotisme malfaisant de ses trois derniers prédécesseurs, ou de leurs ministres, en fut-il moins un acte atroce ? Le caractère timide et indécis de ce monarque, imperfection naturelle que le défaut d’une bonne éducation avait laissée sans remède, devait-il être puni comme un crime irrémissible, même en supposant qu’on eût eu le droit de le juger ? ses vertus, sa bonté, tout le bien réel qu’il avait fait, celui qu’il avait voulu faire ne plaidaient-ils pas en sa faveur dans le cœur des Français reconnaissants, si la conscience nationale eût été interrogée, si la voix publique eût pu décider de sa destinée ?

Cette voix, toujours conforme à la justice quand elle est libre et éclairée, eût apprécié les bienfaits de ce roi ; elle lui eût tenu compte du malheur de sa position après un règne désastreux, au milieu des ruines des lois et des mœurs : elle eût attribué ses fautes aux circonstances, les actes utiles de son règne aux inspirations d’une âme droite et amie du bien public ; elle n’eût point méconnu les efforts heureux qu’il avait faits seul et de lui-même pour mettre, par l’étude approfondie de l’histoire et des diverses branches de l’administration, son instruction au niveau de l’immense tâche qui lui était imposée ; elle n’eût point oublié l’habile direction donnée personnellement par ce prince à l’expédition de découvertes si fatales à La Peyrouse ; elle eût rendu hommage aux connaissances étendues, à la sagacité déployée par Louis en 1781, dans un conseil sur les subsistances, preuves de lumières attestées entre autres par Condorcet, présent à la délibération, et qui, s’étonnant de la réputation d’incapacité qu’on avait voulu faire au Roi, lui reconnaissait le mérite d’une instruction et d’une habileté supérieures quand elles s’appliquaient à des questions importantes.

Le peuple français se fût aussi rappelé les actes de puissance intérieure et extérieure glorieux pour ce règne, la création des ports de Vendres en Roussillon, de Cherbourg sur la Manche ; la restauration de la marine française, commencée par M. de Choiseul, achevée par la nouvelle administration ; le généreux secours accordé à la confédération naissante des Etats-Unis, la lutte maritime soutenue avec la Grande-Bretagne, dès lors dominatrice de l’Océan, lutte dans laquelle, malgré les revers de 1782, notre marine se montra avec gloire et, pour la première fois, avec une sorte d’égalité, la première guerre de ce genre d’où elle soit sortie sans de grandes pertes, la première aussi qui ait été terminée par un traité honorable à la France. L’ambition de l’empereur Joseph II, réprimée dans ses tentatives contre la Bavière et la Hollande, n’eût pas non plus échappé aux souvenirs de la nation. Comment enfin n’eût-elle pas manifesté son respect pour un prince à qui, pendant seize ans d’exercice du pouvoir absolu, on n’avait pas eu à reprocher personnellement un vice, ni même un seul acte honteux, sanguinaire ou odieux.




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