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9 avril 1553 : mort de François Rabelais - Histoire de France et Patrimoine


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Éphéméride, Calendrier

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9 avril 1553 : mort de François Rabelais
(D’après « Éphémérides universelles ou Tableau religieux, politique,
littéraire, scientifique et anecdotique », paru en 1828)
Publié / Mis à jour le jeudi 7 avril 2016, par LA RÉDACTION



 

François Rabelais naquit à Chinon en Touraine en 1483 ou 1494 ; on lui donne pour père un cabaretier ou un apothicaire. Placé chez les moines de l’abbaye de Seuillé, la tradition assure qu’il n’y apprit rien, non plus qu’au couvent de la Baumette, près d’Angers, où du moins il eut l’avantage de se lier avec les frères Du Bellay, dont l’un devint plus tard son zélé protecteur. En quittant le collège, Rabelais se fit cordelier, et, dans le cloître de Fontenay-le-Comte, où d’autres auraient oublié leurs études, il commença les siennes.

Son esprit avide embrassa toutes les sciences que les livres pouvaient alors révéler. La connaissance des langues lui devint surtout familière : il possédait l’hébreu, le grec, le latin, l’italien, l’espagnol, l’allemand, l’anglais et même l’arabe. Les Cordeliers du Bas-Poitou, scandalisés de le voir lire des caractères qu’ils prenaient pour ceux du Grimoire, lui supposèrent des intelligences avec le démon : la fantaisie qu’il eut de remplacer l’image de saint François, le jour de la fête du couvent, attira sur lui toutes leurs vengeances. Reconnu, saisi, dépouillé de ses habits et fouetté jusqu’au sang, il eût passé le reste de ses jours in pace, c’est-à-dire entre quatre murailles, et réduit au pain et à l’eau, si le lieutenant-général du bailliage, le savant Tiraqueau, n’eût intercédé pour lui et obtenu sa grâce.

La jeunesse de Rabelais
La jeunesse de Rabelais

Avec la permission du pape Clément VII, Rabelais quitta l’ordre des Cordeliers et entra dans celui de Saint-Benoît : mais il n’attendit pas sa permission pour en sortir. Dégoûté du cloître, il jeta le froc, et se mit à courir le monde en habit de prêtre séculier. Son existence vagabonde le conduisit à Montpellier, où, s’étant fait recevoir docteur en médecine, il exerça et professa cette science avec succès : il y publia une version latine de plusieurs écrits d’Hippocrate. La faculté de cette ville, dont le chancelier Duprat avait supprimé les privilèges, chargea Rabelais d’en obtenir le rétablissement.

On prétend que, ne sachant comment s’introduire auprès du chancelier, le docteur polyglotte imagina de se servir du moyen qu’il prêta ensuite à son Panurge, dans le chapitre neuvième de Pantagruel. Il parla latin au portier, grec à une personne appelée, parce qu’elle entendait le latin, hébreu à une troisième qui entendait le grec, et continua ainsi, jusqu’à ce que le chancelier, instruit du fait, eût voulu voir l’homme qui parlait tant de langues. Charmé de son esprit et de son savoir, il lui accorda l’objet de sa requête. En reconnaissance de ce service, l’université de Montpellier décida que tout médecin qui se ferait recevoir endosserait la robe de Rabelais : cet usage subsistait encore au début du XIXe siècle.

Le cardinal Du Bellay, nommé ambassadeur à Rome, emmena Rabelais, soit comme médecin, soit comme bouffon : les propos qu’on lui attribue durant ce voyage justifieraient le second de ces titres : mais doit-on croire qu’il les ait tenus ? N’y a-t-il pas, ainsi que le remarque Voltaire, « des choses que le respect du lieu, de la bienséance, de la personne rend impossibles ? » Quelque impudent que Rabelais se soit montré la plume à la main, nous doutons fort qu’il ait demandé à saluer le pape de la manière dont on le rapporte ; qu’ensuite il ait prié le saint Père de l’excommunier, afin de le garantir du feu, « parce que, suivant lui, son hôtesse ayant voulu faire brûler un fagot, et n’en pouvant venir à bout, avait dit que ce fagot était excommunié de la gueule du pape. »

« L’aventure qu’on lui suppose à Lyon, continue Voltaire, est aussi fausse et aussi peu vraisemblable. On prétend que n’ayant ni de quoi payer son auberge, ni de quoi faire le voyage de Paris, il fit écrire par le fils de l’hôtesse ces étiquettes sur des petits sachets : poison pour faire mourir le roi, poison pour faire mourir la reine, etc. Il usa, dit-on, de ce stratagème pour être conduit et nourri jusqu’à Paris, sans qu’il lui en coûtât rien, et pour faire rire le roi.

« On ajoute que c’était en 1536, et dans le temps même que le roi et toute la France pleuraient le dauphin François [François III, duc de Bretagne, était le fils aîné de François Ier et de Claude de France], qu’on avait cru empoisonné, et lorsqu’on venait d’écarteler Montecuculli, soupçonné de cet empoisonnement [le comte Sebastiano de Montecuculli, commissaire de Charles Quint, avait en effet présenté au duc, sur sa demande, un verre d’eau fraîche lors d’une partie de paume. Ayant bu cette eau, François III fut pris d’un malaise et succomba quelques jours plus tard]. Les auteurs de cette plate historiette n’ont pas fait réflexion que, sur un indice aussi terrible, on aurait jeté Rabelais dans un cachot, qu’il aurait été chargé de fers, qu’il aurait subi probablement la question ordinaire et extraordinaire, et que, dans des circonstances aussi funestes, et dans une accusation aussi grave, une mauvaise plaisanterie n’aurait pas servi à sa justification. »

Peut-être Voltaire exagérait-il les dangers auxquels Rabelais se serait exposé par cette facétie : il semble avoir oublié les privilèges dont jouissaient alors les bouffons de cour. Une fois munis de leur patente, l’intention d’être comiques, même séparée du fait, les absolvait de tout.

Rabelais à Rome
Rabelais à Rome

Pendant son séjour à Rome, Rabelais obtint du saint Père la remise de la peine canonique qu’il avait encourue en quittant le cloître pour le monde, le froc de moine pour la soutane de médecin. De retour en France, le crédit du cardinal Du Bellay lui valut une prébende dans l’église collégiale de Saint-Maur et la cure de Meudon. Revêtu de ces fonctions saintes, il mourut à Paris, rue des Jardins, sur la paroisse Saint-Paul, et fut enterré dans le cimetière de cette église, au pied d’un arbre, qu’on a longtemps conservé en sa mémoire.

Les biographes n’ont pas moins exploité sa mort que sa vie : les uns affirment qu’il rendit l’âme d’une manière édifiante, les autres qu’il continua son rôle de fou jusqu’au dernier moment. Suivant ces derniers, il s’affubla d’un domino, et en donna pour raison les paroles de l’Écriture : Beati qui in Domino moriuntur. Le cardinal Du Bellay ayant envoyé savoir des nouvelles de sa santé, il dit au page : Dis à monseigneur l’état où tu me vois. Je m’en vais chercher un grand peut-être : il est au nid de la pie ; dis-lui qu’il s’y tienne ; et, pour toi, tu ne seras jamais qu’un fou. Tire le rideau : la farce est jouée. Enfin, et toujours d’après les mêmes biographes, il rédigea son testament en ces termes : « Je n’ai rien ; je dois beaucoup ; je donne le reste aux pauvres. »

Que la plupart de ces mots aient été recueillis ou inventés à plaisir, on ne peut nier qu’ils n’offrent beaucoup d’analogie avec ceux dont Rabelais semait ses ouvrages. Il y a longtemps que La Bruyère l’a dit : « Où Rabelais est mauvais, il passe bien loin au-delà du pire ; c’est le charme de la canaille : où il est bon, il va jusqu’à l’exquis et à l’excellent ; il peut être le mets des plus délicats. »

Un écrivain beaucoup plus moderne, Sainte-Beuve, caractérise ainsi, dans son Tableau historique et critique de la poésie française et du théâtre français au seizième siècle, l’œuvre de Rabelais : « Le livre de Rabelais est un grand festin ; non pas de ces nobles et délicats festins de l’antiquité, où circulaient, au son d’une lyre, les coupes d’or couronnées de fleurs, les ingénieuses railleries et les propos philosophiques ; non pas de ces délicieux banquets de Xénophon ou de Platon, célébrés sous des portiques de marbre dans les jardins de Scillonte ou d’Athènes : c’est une orgie enfumée, une ripaille bourgeoise, un réveillon de Noël ; c’est encore, si l’on veut, une longue chanson à boire, dont les couplets piquants sont fréquemment entrecoupés de faridondaines et de flonflons. En ces sortes de refrains, la verve supplée au sens ; essayer de comprendre, c’est déjà n’avoir pas compris. Cette manière générale d’envisager le roman de Rabelais, dût-elle paraître aux érudits bien superficielle et bien futile, peut seule, à notre gré, en donner une facile intelligence, et amener le lecteur à s’y plaire. »

François Rabelais
François Rabelais

Un peu plus loin le même écrivain ajoute : « On a voulu voir dans Gargantua et Pantagruel, comme plus tard dans Télémaque et Gilblas, comme autrefois dans Pétrone, non pas seulement l’esprit philosophique, qui anime l’ensemble, et les innombrables personnalités de détail, qui disparaissent la plupart à cette distance, mais de plus un système complet, régulier et conséquent de satire morale, religieuse et politique, une représentation exacte et fidèle, sous des noms supposés, des choses et des hommes d’alors ; en un mot, une chronique scandaleuse du temps, écrite avec un chiffre particulier qu’il s’agissait de découvrir. Or, ce chiffre une fois découvert, il en est résulté que Grangousier, Gargantua, Pantagruel, frère Jean, Panurge, Bringuenarilles, le grand dompteur des Cimbres, Gargamelle, Badebec, etc., etc., sont évidemment Louis XII, François Ier, Henri II, le cardinal Du Bellay, le cardinal de Lorraine, Charles-Quint, Jules II, Anne de Bretagne, Claude de France, que sais-je encore ? comme si en vérité, selon la judicieuse remarque de Nicéron, il fallait chercher en Rabelais rien de suivi ; comme s’il ne fallait pas, dans cette œuvre d’imagination, faire une large part au caprice et à la fantaisie du poète, le suivre docilement et sans arrière-pensée dans les divagations et les inconséquences auxquelles il s’abandonne, grandir et rapetisser en quelque sorte avec ses élastiques géants, qui tour à tour s’assoient sur les tours de Notre-Dame, grimpent au faîte des maisons, ou s’embarquent à bord d’un frêle navire. Swift, dans ses Voyages à Brobdingnac et à Lilliput, n’a négligé aucune des proportions géométriques de son sujet, et a soigneusement réduit tout son monde sur la même échelle. Jamais non plus il ne s’est départi de son système général d’allusions ; là chaque mot a une portée, chaque trait a un but. C’est qu’avant tout, Swift était philosophe et pamphlétaire, tandis que Rabelais avant tout est artiste, poète, et qu’il songe d’abord à s’amuser... »

Telle fut en effet l’intention primitive et constante de l’homme qu’on a surnommé l’Homère Bouffon (expression de Charles Nodier). Supérieur à son siècle, qu’il contemplait, avec un dédain caustique, rampant et s’abrutissant sous le double despotisme des rois et de l’Église ; maître, comme un second Faust, de toute la science humaine, au lieu de s’irriter, comme le docteur allemand, d’en avoir aperçu le terme, et de chercher tristement à s’élancer au-delà, Rabelais s’était rejeté bien vite dans l’existence réelle pour en savourer les douceurs avec sensualité, et rire franchement de ses misères. Voilà sa vie, voilà son livre, conclut Édouard Monnais en 1828 dans ses Éphémérides universelles.




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