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12 février 1763 : mort de Marivaux - Histoire de France et Patrimoine


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12 février 1763 : mort de l’écrivain Marivaux
Publié / Mis à jour le vendredi 10 février 2017, par LA RÉDACTION


 
 
 
Écrivain original, toujours ingénieux, quelquefois profond, l’auteur des Fausses Confidences et de Marianne n’emprunta à personne ni ses qualités, ni ses défauts. Dans la comédie et le roman, il se fit un genre et ne le dut qu’à lui, c’est-à-dire à la tournure particulière de son esprit, sans oublier les circonstances qui en achevèrent la culture.

Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux naquit à Paris en 1688, d’une ancienne famille de robe. Son père, directeur de la monnaie à Riom, ne lui laissa presque d’autre fortune qu’une éducation soignée. Au sortir du> collège, admis dans la société des femmes les plus riches de la capitale, Marivaux y commença de nouvelles études, dont ses ouvrages ne portent que trop l’empreinte : c’est là qu’en l’absence de toute passion énergique et franche, il apprit à saisir les nuances fugitives des sentiments les plus délicats, les plus imperceptibles ; par malheur, il y apprit aussi l’usage de ce jargon frivole et maniéré dont il exagéra l’extravagance, au lieu de l’adoucir.

Dans le salon de madame de Tencin, Marivaux rencontra La Motte et Fontenelle, et se lia d’amitié avec eux : ni leur exemple, ni leurs leçons, ne pouvaient le ramener au goût de cette belle simplicité pour laquelle il éprouvait une véritable antipathie. Jamais, chez un auteur, les théories littéraires et le talent ne furent mieux d’accord : Marivaux professait un souverain mépris pour l’antiquité, et il le prouva dans son Iliade travestie, production dont l’obscurité sollicite la grâce. Parmi les modernes, Molière, suivant lui, n’entendait pas bien la comédie ; Voltaire n’était qu’un bel esprit fieffé, la perfection des idées communes. Pour peu qu’on ait lu, soit une comédie, soit un roman de Marivaux, on sent que ces jugements ridicules n’étaient pas les sophismes de sa vanité d’écrivain, mais la manière de voir inhérente à sa nature d’homme.

Marivaux, par Louis-Michel Van Loo
Marivaux, par Louis-Michel Van Loo

Dès sa première jeunesse, Marivaux s’était occupé de théâtre ; il préludait, par des succès de société, aux succès plus brillants que peut-être il ne prévoyait pas encore. En 1720 commença la longue série des ouvrages qu’il donna au Théâtre-Italien, et qui, à défaut d’autre mérite, lui assureraient du moins celui de la fécondité. Le Théâtre-Français s’enrichit également du tribut de ses productions spirituelles et fines ; mais, par une bizarre singularité, la plupart de celles qu’il y porta d’abord en ont disparu depuis longtemps, tandis que plusieurs pièces, telles que les Fausses Confidences, les Jeux de l’amour et du hasard, l’Épreuve, ont passé avec avantage de la scène italienne à la scène française. En ajoutant aux pièces déjà nommées la Surprise de l’amour et le Legs, nous aurons donné la liste des chefs-d’œuvre dramatiques de Marivaux.

Marianne et le Paysan parvenu, tels sont les titres de ses meilleurs romans, tous deux inachevés ; car, cédant au caprice de son imagination mobile, l’auteur abandonna l’un pour commencer l’autre, auquel il ne mit pas non plus la dernière main. Le reste de ses œuvres, en y comprenant la tragédie d’Annibal, le Nouveau Don Quichotte et le Spectateur français, contre-épreuve du Spectateur d’Addisson, repose dans le tombeau des éditions complètes. Comme auteur dramatique et comme romancier, Marivaux a été plus souvent et plus ingénieusement jugé que tout autre : les arrêts rendus sur son talent ont revêtu des formes d’autant plus piquantes que le genre adopté par cet écrivain excitait davantage l’émulation des critiques. Nous recueillerons ici quelques-unes de ces sentences, remarquables par la pensée ou par l’expression.

Un type unique paraît avoir fourni toutes les conceptions théâtrales de Marivaux, et ce type se retrouve dans le sujet de l’une de ses premières pièces, doublement exploité par lui-même aux Italiens et aux Français. Aussi a-t-on dit qu’au lieu de chercher pour chacun de ses ouvrages des titres différents, il aurait mieux fait de les intituler première, seconde, troisième, quatrième Surprise de l’amour. De cette manière, ce qu’on taxait d’indigence et de défaut d’invention aurait semblé preuve de force et de fécondité.

En effet, dans tous ces drames, conduits avec beaucoup d’intelligence et d’adresse, c’est toujours une passion qui se cache aux autres et à elle-même, qui dissimule tout haut et tout bas, et qui laisse enfin échapper à la dernière scène du troisième acte le mot que les spectateurs ont deviné dès la première scène du premier. Les obstacles ne naissent que du dialogue, nullement des ressorts de l’action ; et ce dialogue offre « le mélange le plus bizarre de métaphysique subtile et de locutions triviales, de sentiments alambiqués et de dictons populaires : jamais on n’a mis au tant d’apprêt à vouloir paraître simple ; jamais on n’a retourné des pensées communes de tant de manières plus affectées les unes que les autres Maîtres, valets, gens de cour, paysans, amants, maîtresses, vieillards, jeunes gens, tous ont l’esprit de Marivaux ». « Une scène de Molière est une représentation de la nature ; une scène de Marivaux en est le commentaire ». Un critique étranger a, selon nous, surpassé les Français mêmes dans l’appréciation d’un mérite bien éloigné cependant du génie de sa nation.

« Le comique fondé sur l’observation, dit-il, est à son plus haut point quand une qualité se montre précisément » à nous, lorsque celui qui la possède s’en doute le moins, ou lorsqu’il cherche à la dissimuler avec le plus d’effort. Marivaux a voulu appliquer cette idée aux sentiments tendres ; et, en effet, l’expression naïve des mouvements de l’âme, qui se trahissent involontairement, appartient à la sphère de la comédie. Mais dans les pièces de Marivaux, cette naïveté est préparée avec trop d’art ; elle recherche trop l’approbation, et prend trop de plaisir à se montrer : c’est comme ces jeux où les enfants se cachent ; ils ne peuvent pas rester tranquilles dans leur coin ; ils avancent toujours la tête pour regarder si on ne les découvrira pas.

Enfin, il faut connaître Marivaux pour comprendre ce que c’est que de la naïveté sans naturel et sans innocence. Chez cet auteur, on aperçoit toujours le but dès l’origine, et l’attention se porte en conséquence sur le chemin par lequel on y arrivera. Il y aurait un vrai sentiment de l’art dans un tel genre, s’il ne devenait pas superficiel et insignifiant : de petites passions sont mises en jeu par de petits ressorts, soumises à de petites épreuves, et l’on avance à petits pas vers le dénouement malgré tous ces reproches, Schlegel déclare en terminant qu’il trouve Marivaux fort supérieur aux auteurs qui se bornent à une servile imitation de la vie, et qu’il y a dans l’étude de ses œuvres beaucoup d’idées à recueillir.

Marivaux a conçu le roman d’une manière plus large que la comédie. Son coup d’œil s’étend avec le cadre, et cependant ne perd rien de sa pénétration microscopique : il ne se borne plus à la minutieuse anatomie d’un sentiment fantasque ; il suit la marche des passions humaines, et la décrit avec une exactitude qui souvent pèche par l’excès. Le manège de la coquetterie dans une âme neuve et pure ; les mouvements de l’amour propre même au sein de l’humiliation ; la dureté des bienfaiteurs, ou leur pitié plus révoltante encore l’hypocrisie aux replis tortueux ; l’amour dans le cœur d’une dévote, avec violence et la fausseté ; la noble et courageuse attitude de la vertu dans le malheur, voilà les principales images tracées par l’auteur de Marianne et du Paysan parvenu.

Marianne, ainsi que le pense La Harpe, est un de nos meilleurs romans français ; il réuni l’intérêt des situations à celui des caractères. « Celui de madame de Miran a tout le charme de la bonté naturelle ; celui de madame Dorsin le mérite des lumières unies à la vertu ; celui de M. de Climal est un portrait fidèle et fait avec art de la fausse dévotion et de l’hypocrisie, quoique Marivaux eût tort de le croire supérieur au Tartufe, dont il n’approche pas. Marianne et Valville ont toutes les qualités d’un âge aimable, avec ses défauts ; il n’y a pas jusqu’à madame Dutour, la grosse marchande, qui ne soit très bien peinte. Les tracasseries du couvent, l’esprit de communauté, l’audience d’un ministre, le ton du monde, tout est tracé avec une vérité d’expression qui voudrait ressembler à la naïveté, et qui laisse voir la finesse. »

Sans tenir le même rang que Marianne, le Paysan parvenu captive, attache, en découvrant sans cesse au lecteur des perspectives imprévues : les femmes, que ce roman traite avec sévérité, firent elles-mêmes sa vogue.

L’affectation de langage que Marivaux mettait dans ses comédies, il la porte dans ses romans ; il la portait dans la conversation familière. C’est ce jargon, antique et ridicule débris de celui des Précieuses, qu’on a justement flétri du nom de marivaudage. L’abbé Desfontaines disait que Marivaux brodait à petits points sur des canevas de toile d’araignée. Voltaire, tout en convenant qu’il connaissait les sentiers du cœur, prétendait qu’il en ignorait la grande route.

Une femme d’esprit peignait ainsi l’auteur du Legs : « C’est un homme qui se fatigue et me fatigue en me faisant faire cent lieues sur une feuille de parquet. » De ces jugements et de ces traits divers il faut conclure que Marivaux est un écrivain plein de finesse, d’observation et d’originalité, mais le plus dangereux de tous les modèles. Admis à l’Académie le 4 février 1743, sa réception présenta une circonstance curieuse : un saint archevêque était alors directeur de ce corps littéraire, et, dans le discours qu’il adressa au récipiendaire, il ne fit l’éloge de ses ouvragés que sur parole, en déclarant que non-seulement il ne les avait pas lus, mais même qu’il n’avait pas dû les lire.

Sous le point de vue moral, Marivaux fut constamment irréprochable : sa vie repousse la censure, autant que ses écrits l’appellent. Marié en 1721, il perdit sa femme au bout de deux ans d’hymen ; sa fille unique s’ensevelit dans un cloître. Libre de tout lien, de tout devoir, dispensé d’acquérir de la fortune pour d’autres, il n’en chercha jamais pour lui ; il vécut simple, indépendant, et n’ambitionnant ni les honneurs ni les places, trouvant encore, avec un revenu médiocre, le moyen de rendre des services et de faire des heureux. Par une juste réciprocité, l’amitié lui resta fidèle et dévouée : vers la fin de sa vie, il accepta une pension que lui offrait la noble générosité d’Helvétius. Un jour, le sachant malade Fontenelle, l’égoïste Fontenelle, craignant qu’il ne manquât d’argent, s’empressa de lui porter cent louis, en le suppliant de les recevoir : « Je les regarde comme reçus, répondit Marivaux ; je m’en suis servi, et je vous les rends avec toute la reconnaissance que commande un pareil service. »

On cite de Marivaux un grand nombre de mots qui honorent son âme « J’aime trop mon repos, disait-il, pour troubler celui des autres. » C’est lui qui disait encore : « Pour être assez bon, il faut l’être trop. » Son histoire prouve qu’il pratiquait exactement cette maxime.




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