La Fontaine écrira au sujet de Descartes les vers suivants :
Descartes, ce mortel dont on eût fait un dieu Dans les siècles passés, et qui tient le milieu Entre l’homme et l’esprit... |
René Descartes, né à La Haye, en Touraine, le 31 mars 1596, était fils d’un conseiller au parlement de Bretagne. Ce philosophe a opéré une révolution dans les esprits et a préparé le siècle de Louis XIV. On peut avoir été plus loin que Descartes, mais c’est dans la route qu’il a tracée ; on peut s’être élevé plus haut, mais c’est en partant du point d’élévation où il a porté les esprits ; on peut enfin l’avoir combattu lui-même avec succès, mais c’est en employant les armes qu’il a fournies.
« Descartes, dit Thomas, a mérité d’être mis à côté de Newton, parce qu’il a créé une partie de Newton, et qu’il n’a été créé que par lui-même ; parce que, si l’un a découvert plus de vérités, l’autre a ouvert la route de toutes les vérités. »
Les principaux ouvrages de Descartes sont ses Principes, ses Méditations, sa Méthode qui a formé de si grands hommes. Toute sa physique est tombée, parce qu’elle n’était fondée ni sur la géométrie, ni sur l’expérience ; ses recherches sur la dioptrique, où l’on trouve la loi fondamentale de cette science, et des applications de cette loi ; ses travaux sur les lois des chocs et des corps, objets dont il a eu le premier l’idée de s’occuper, seront toujours, malgré les erreurs qui lui sont échappées, des monuments d’un génie extraordinaire, et le petit livre connu sous le nom de Géométrie de Descartes, lui assure la supériorité sur tous les mathématiciens de son temps. C’est là qu’on trouve cette application de l’algèbre à la géométrie, dont on doit la première idée à Descartes, et qui sera toujours la clef des plus profondes recherches de la géométrie sublime.
Descartes, né en France, mourut en Suède. Négligé dans sa patrie, il céda aux sollicitations de la reine Christine, qui le reçut à Stockholm avec la plus grande distinction, et le pria de l’entretenir tous les jours, à cinq heures du matin, dans sa bibliothèque. Elle voulait le faire directeur de l’Académie qu’elle songeait à établir ; Descartes en avait déjà dressé les statuts, lorsqu’il fut attaqué de la maladie dont il mourut ; c’était une fièvre inflammatoire ; il refusa opiniâtrement la saignée, répondant toujours aux médecins suédois : « Messieurs, épargnez le sang français. » Il y consentit à la fin, mais il n’était plus temps.
La reine se proposait de le faire enterrer auprès des rois de Suède, avec la plus grande solennité, et de lui faire élever un mausolée de marbre ; mais Chanut, ambassadeur de France, obtint d’elle qu’il fût enterré avec plus de simplicité, dans le cimetière de l’hôpital des Orphelins, suivant l’usage des catholiques. Son corps demeura à Stockholm jusqu’en 1666, qu’il fut enlevé par les soins de Dalibert, trésorier de France, pour être porté à Paris, où il fut enterré de nouveau en grande pompe, le 24 juin 1667, dans l’église de Saint-Etienne-du-Mont. Ses cendres ont été transférées, pendant la Révolution, au Musée des Monuments français.
Louis XVI a fait faire la statue de Descartes en marbre, en 1777, par Pajou. On a une vie très détaillée de Descartes, par Baillet, dans laquelle on apprend, entre autres particularités remarquables, que Descartes aimait beaucoup les omelettes d’œufs couvés de huit ou dix jours.