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« Hâtons-nous de raconter les délicieuses histoires du
peuple avant qu'il ne les ait oubliées » (C. Nodier, 1840)



Reine Marguerite de Provence, capétienne. Naissance, mort, mariage, règne. Capétiennes - Histoire de France et Patrimoine


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Reines, Impératrices

Biographie des reines et impératrices françaises. Vie des souveraines, faits essentiels, dates-clés. Histoire des règnes


Marguerite de Provence
(née en 1221, morte le 21 décembre 1295)
(Épouse Louis IX le 27 mai 1234)
Publié / Mis à jour le lundi 1er février 2010, par LA RÉDACTION



 

En 1234 le roi Saint-Louis, fils de Blanche de Castille, avait presque vingt ans ; aucune faute n’était échappée à ses jeunes années ; on citait les traits de sa charité, son aptitude à étudier tout ce qui est utile à un roi ; le temps était venu où il allait tenir les rênes du gouvernement. Pourtant des accusateurs calomnieux lui prêtaient des maîtresses, l’accusant « de s’abandonner avec elles aux plaisirs les plus criminels », écrit dom Bévy dans son Histoire des inaugurations des rois. Quelques personnes se prétendant bien renseignées fournirent amples détails, déclenchant un scandale, tout Paris ne parlant que des orgies du roi. On raconta que Blanche, non seulement approuvait ces désordres, mais encore en était l’instigatrice. Un religieux faisant de vives réprimandes à la reine à ce sujet, s’entendit répondre qu’elle aimerait mieux voir mourir son fils, malgré toute la tendresse qu’elle avait pour lui, que de le voir encourir la disgrâce de son Créateur par un seul péché mortel ; paroles répétées de siècle en siècle à la louange de Blanche de Castille.

Marguerite de Provence
Marguerite de Provence
Blanche résolut de marier son fils, et envoya des religieux à la recherche de princesses nubiles qui devaient, écrit Guy Breton, remplir deux conditions : être vertueuses et n’être point trop jolies. Blanche, en effet, désirait que le jeune roi ne s’attachât pas excessivement à sa nouvelle épouse et qu’il ne tombât pas, à cause d’un minois trop gentil, dans les pièges de l’amour sensuel, c’est-à-dire dans le péché... La reine craignait en outre qu’une jolie femme ne prît sur le roi trop d’ascendant. Or elle voulait continuer à régner sur le cœur et l’esprit de son fils comme par le passé. Elle jeta les yeux sur Marguerite, l’aînée des quatre filles de Raymond Bérenger IV, comte de Provence. Son ambassadeur Flagens put lui dire ce que déjà la renommée racontait du mérite et de la modestie de la jeune princesse. Un poète provençal ayant composé, en l’honneur de celle-ci, des vers trop passionnés qu’il avait osé lire devant elle, elle s’était montrée sévère et avait demandé à son père l’exil du poète, qui avait été relégué à Hyères (il ne fut rappelé qu’après le mariage de Marguerite). Ce fait, raconté à la cour de France, n’y déplut pas.

Blanche fit faire la demande en mariage par l’archevêque de Sens, Gautier, qui amena Marguerite en France et bénit l’union des époux dans la cathédrale de Sens, le 27 mai 1234. La jeune reine, âgée de treize ans et que Blanche trouvait trop ravissante, avait pris pour devise une guirlande entrelacée de lys et de marguerites, guirlande qui se retrouvait sur l’anneau nuptial, avec ces mots gravés sur la pierre en saphir : Hors Dieu et cest anel, n’ay point aultre amor ! La même devise était répétée sur l’agrafe du manteau royal. Ce mariage mit fin aux malheurs de Raymond, comte de Toulouse, car la reine-mère prit à tâche de le réconcilier à la fois avec Raymond Bérenger, qui lui faisait la guerre, et avec le pape Grégoire IX, qui consentit à rendre à Raymond VII le comtat Venaissin et le marquisat de Provence.

Guy Breton rapporte les surprenantes premières nuits de noces des mariés. Conduite en grande pompe jusqu’à sa chambre, Marguerite de Provence se coucha et attendit son époux avec une impatience non dissimulée. Louis n’étant pas encore là deux heures plus tard, la jeune reine envoya une dame de sa suite s’enquérir de cette absence, qui lui apprit que le roi était à la chapelle, en prière. A l’aube, Louis n’étant pas venu, Marguerite s’endormit en pleurant. Le lendemain soir, nouvelle attente vaine. Le roi priait toujours. Le surlendemain, même chose.

Enfin, le quatrième soir, Louis reçut de Blanche l’autorisation d’aller remplir ses devoirs d’époux : « Allez, dit-elle d’un ton aigre, et songez à votre descendance ! » Puis elle se plaça dans le couloir et attendit en faisant les cent pas. Quand les choses lui semblèrent terminées, elle entra dans la chambre nuptiale. « En voilà assez pour ce soir ! dit-elle. Maintenant, Louis, relevez-vous ! ». Et, sans un mot pour Marguerite, elle ordonna au roi d’aller finir la nuit tout seul dans une pièce voisine.

Blanche vit Marguerite devenir peu à peu une femme éclatante de beauté, cultivée et fort gaie, dont Louis IX était très épris. Cette union fut une des plus heureuses et des plus illustres que célèbrent nos annales : Marguerite de Provence a été la femme respectée et chérie du saint roi ; elle a partagé ses périls ; elle a assisté à ses conseils ; elle s’est instruite à sa vertu et à sa piété ; son courage dans l’adversité a des droits à notre admiration.

Mariage de Louis IX et de Marguerite de Provence. Saint Louis pratiquant l'abstinence
Mariage de Louis IX et de Marguerite de Provence.
Saint Louis pratiquant l’abstinence
L’influence de Blanche de Castille se prolongeait au-delà de sa régence ; dans une occasion où le faible Thibaut se laissait encore entraîner à la révolte, il suffit d’un mot de la reine pour le faire rentrer dans le devoir : « Ah ! comte, lui dit-elle, il est mal à vous de guerroyer contre le roi ; il doit vous souvenir qu’il est venu lui-même pour vous défendre contre vos ennemis ». Le comte répondit : « Ah ! madame, je vous ai dit que ma terre et mon cœur sont à votre commandement, et ne puis faire autrement sinon comme vous voulez » Pierre Mauclerc même se vit forcé de rendre hommage à la reine-mère, et en signant une nouvelle trêve de cinq ans, il s’engagea « à une soumission entière envers le roi, son très cher seigneur, et envers madame Blanche, reine de France ».

La cour de saint Louis, pour être plus sévère que celle de Philippe-Auguste, n’était pas moins splendide. Le mariage de Robert, comte d’Artois, frère du roi, avec Mathilde de Brabant, attira plus de deux cents chevaliers, avec un nombre proportionné d’écuyers et de servants d’armes. A ces fêtes royales, succéda la solennité religieuse qui eut lieu pour la réception de la sainte couronne d’épines qui était alors entre les mains de Baudouin, empereur de Constantinople, et que Louis avait obtenue. C’est un jeudi, 18 août 1239, que le roi, les pieds nus, vêtu d’une simple tunique, alla recevoir la sainte relique à une demi-lieue de Vincennes, au milieu d’un immense concours de peuple, et d’un grand nombre de prélats et de seigneurs qui marchaient la tête découverte et les pieds nus. Le roi et son frère Robert portèrent la précieuse relique, d’abord à Notre-Dame où priaient les reines et le clergé, et de Notre-Dame à la chapelle de Saint-Nicolas, qui depuis, rebâtie et enrichie de dons et d’ornements par les soins de Louis et de sa mère, prit le nom de Sainte-Chapelle.

Douce sécurité ! Heureux règne que celui où les solennités religieuses semblaient être devenues les seules affaires de l’État. Une terreur subite menaça cependant tette paix : le neveu d’Octaï-Khan, Batou, venait de remettre en cendres Moscou et Kiev, de dévaster la Pologne, depuis la Baltique jusqu’à la mer Noire, et on avait vu ses cavaliers courir à travers les plaines de l’Allemagne et de la Hongrie. Dans son effroi, Frédéric II écrivit à tous les rois de l’Europe pour les engager à se réunir à lui, car le péril regardait la chrétienté entière. A la lecture de cette lettre, la reine se jeta dans les bras de Louis IX : « O mon fils ! s’écria-t-elle, voici l’heure où tous les chrétiens vont tomber sous te tranchant du fer !... ». Et le roi de répondre à Blanche en essuyant les larmes de sa mère : « Prends courage, ma mère ; ces Tartares, venus de l’enfer, nous les y renverrons, ou ils nous mettront tous en paradis ».

Mais les conquêtes de Baton et d’Octaï s’arrêtèrent aux rives du Dnièpre, et cette même année 1241, saint Louis, de concert avec sa mère, put s’occuper de soins plus paisibles. Jeanne, comtesse de Toulouse, élevée depuis 1229 sous les yeux de la reine-mère, était fiancée à Alphonse ; la majorité de son frère venue, saint Louis se fit un bonheur de le mettre en possession des états qu’il lui réservait, et tint à cette occasion une magnifique cour plénière à Saumur. C’est après ces fêtes, que le refus que fit le comte de la Marche (Hugues de Lusignan), de prêter hommage au nouveau comte de Poitiers, amena la campagne dans laquelle saint Louis défit, à Taillebourg et à Saintes, le roi Henri III ; on sait aussi quelle fut la modération du roi après la victoire.

Tout ce qui regarde cette expédition (1242), et les deux années qui suivirent, ne laisse paraître le nom de la reine Blanche que dans les actes où son fils s’autorise toujours de l’avis de sa dame et mère chérie, l’illustre reine des François. Ce sont toujours des actes d’équité, une médiation, un règlement utile. Ces éloges sont dus à Blanche de Castille ; mais il faut également rapporter ce que nous dit le bon sénéchal Joinville de son inquiète surveillance sur le couple royal.

Les hostilités entre Blanche et Marguerite prirent une véritable ampleur cette même année, à la naissance d’une seconde fille, Isabelle. Jalouse du cœur de son fils, la reine-mère avait dès leur mariage mis un soin étrange à empêcher les époux d’être ensemble. C’est en se cachant de sa mère, que saint Louis pouvait voir sa femme ; quand la sévère Blanche les surprenait : « Que faites-vous ? disait-elle à son fils, vous employez mal le temps, sortez ! » et le roi, accoutumé à obéir aux moindres désirs de sa mère, n’alléguait ni sa puissance ni son autorité : il sortait ; mais, pour tromper cette surveillance importune, il avait accoutumé un petit chien à l’avertir quand la reine-mère arrivait, et dès qu’il entendait le chien japper, il se retirait.

Le lieu qu’il préférait habiter était son hôtel de Pontoise, parce que là sa chambre était au-dessus de celle de Marguerite, et toutes deux éloignées de l’appartement de la reine-mère. Des officiers annonçaient, par un bruit de verges, l’arrivée de Blanche, et le roi avait ordinairement le temps de remonter dans son appartement avant d’être surpris ; mais un jour, écrit Joinville, la reine-mère entra subitement, et trouvant le roi assis auprès du lit, les deux mains de la reine dans les siennes, elle se montra fort courroucée, et ordonna à son fils de se retirer ; la jeune reine alors fondit en larmes : « Ah ! s’écria-t-elle, ne me laissera-t-on voir mon seigneur ni en la vie ni en la mort ? » et elle s’évanouit. Le roi rentra aussitôt, plein d’émotion ; car en entendant la voix de la reine et en la voyant retomber sur ses oreillers, il crut qu’elle allait mourir. Il la consola, et, dit l’historien, « on eut bien de la peine à la remettre en point ».

Le sire de Joinville peint, avec la même naïveté, ces troubles entre Blanche et Marguerite, la déférence, la tendresse de Louis pour toutes deux, et les sentiments de droiture de la jeune reine qui, sans aimer sa belle-mère, rendait hommage à ses talents, et respectait l’amour que son fils lui portait. Louis, de son côté, avait pour Marguerite une tendresse véritable, et lui faisait rendre, en toute occasion, ce qu’on devait à son rang. Lorsqu’elle l’eut rendu père (par la naissance de Louis, son fils aîné, le 24 février 1244), il donna des fêtes et reçut avec de grands honneurs la comtesse Béatrice de Savoie, mère de Marguerite, venue de Provence pour assister aux couches de sa fille. Béatrice passa l’été tout entier à la cour de France, et se trouva si bien de l’accueil qu’elle y reçut, que les fêtes données par saint Louis à la comtesse devinrent pour Henri III d’Angleterre un motif d’émulation ; et quand il reçut sa belle-mère à son tour (car il avait épousé une sœur de Marguerite), il se crut obligé à lui rendre les mêmes honneurs ; mais il le fit sans mesure, et les dépenses qui en résultèrent déplurent aux Anglais.

Le temps devait bientôt venir où Blanche de Castille allait entrer dans une seconde régence, temps de douloureuses épreuves pour son cœur maternel. La santé du roi avait beaucoup souffert depuis l’expédition du Poitou ; dans les premiers jours de l’Avent (1244), il fut atteint d’une maladie qui le mit aux portes du tombeau. Les deux reines, en prières autour de son lit, demandaient à Dieu sa guérison, et, dans toute la France, les églises se remplissaient d’une affluence éplorée qui demandait au Seigneur la vie d’un si bon roi, rapporte Guillaume de Nangis. On avait découvert toutes les châsses, et placé les corps des saints sur les autels, « pour ce que le peuple, qui n’a pas accoutumé à les voir hors de leurs caveaux, priât plus dévotement Notre-Seigneur pour le roi », écrit le chroniqueur.

Tant de prières, cependant, n’avaient pas paru exaucées ; tout espoir semblait perdu : « Il fut, si, comme il le disoit, raconte Joinville, à tel méchef, que l’une des dames qui le gardoient lui vouloient traire [tirer] le drap sur le visage, et disoit qu’il étoit mort ; et une autre dame qui étoit à l’autre part du lit, ne le souffrit mie, aimais [mais] disoit qu’il avoit encore l’âme au corps. Comme il ouït le discors [discord, dispute] de ces deux dames, Notre-Seigneur opéra en lui, et lui envoya santé tantôt, car il ne pouvoit parler. Sitôt qu’il fut en état, il requit qu’on lui donnât la croix, et ainsi fit-on. Lors la reine, sa mère, ouïr que la parole lui étoit revenue, et elle en fit si grande joie comme plus elle put ». Le roi lui apprit alors que, tandis qu’on le tenait pour mort il avait conservé toute sa connaissance, et que dans le fond de son cœur, il avait promis à Dieu de se croiser si la santé lui était rendue.

Mais la reine-mère se sentit presque défaillir à cette nouvelle, « et quand elle sut qu’il s’étoit croisé, continue Joinville, ainsi, comme lui-même le contoit, elle mena aussi grand deuil comme si elle le vit mort ». Elle embrassa les genoux de son fils, et le supplia avec larmes de renoncer à ce projet : « Dieu ne peut demander que tu quittes ton peuple ; c’est dans la faiblesse de ton mal que tu as fait ce vœu dont l’Église peut te relever ». Mais le roi persista dans son dessein. Les souffrances de ses frères opprimés en Orient, appelaient toute sa sollicitude vers leur délivrance. « J’ai promis au Seigneur, disait-il, et dès l’heure même je me suis senti guéri ; je ne puis manquer à mon Seigneur ».

L’évêque de Paris s’approcha de son lit, il lui parla des besoins de son peuple, des difficultés de l’entreprise, et essaya de rassurer sa conscience en lui disant : « Cher sire, le vœu que vous avez fait, comment vous engageroit-il, puisque vous étiez comme mort et anéanti dans la maladie et la souffrance, lorsque, sans le savoir, vous le formâtes. - Je l’ai fait dans mon cœur sans prononciation de parole, mais de mon libre consentement », répondit le roi. Il fallut céder à une volonté si formelle ; mais la reine-mère n’eut plus un moment de bonheur.

Embarquement de Saint-Louis pour la croisade en 1248
Embarquement de Saint-Louis pour la croisade en 1248
Avant son départ, Louis célébra en 1246 le mariage de son frère, Charles, comte d’Anjou, avec Béatrice de Provence, la quatrième fille de Raymond Bérenger IV. Béatrice, reconnue par le testament de son père (mort l’année précédente) seule héritière de la Provence, donnait cette riche contrée au frère de saint Louis. L’habileté de Blanche concourut encore à cette alliance : « Jà furent présents à son mariage la mère à la demoiselle et ses nobles oncles... Je ne saurois vous dire ni raconter l’honneur, la joie, ni la fête que l’on fit aux noces... Le jour de la Pentecôte en suivant, le roi tint grand cour de barons et de chevaliers et d’autres gens, au château de Melun sur Seine, fit son frère Charles chevalier, et lui donna le comté d’Anjou et du Maine ».

Près de quatre ans s’étaient écoulés depuis le jour où Louis avait prononcé son vœu ; la reine-mère essaya encore de le détourner de sa résolution ; elle lui représentait la faiblesse de santé, elle le suppliait de ne point la laisser chargée de nouveau du soin de l’État. L’évêque de Paris la secondait : « Ce vœu que vous avez fait, répétait-il au roi, ne peut être valable ; votre esprit était absorbé par le mal quand vous l’avez formé. - Eh bien, dit un jour saint Louis d’une voix ferme, puisque vous croyez que je n’étais pas en moi-même quand j’ai prononcé ce vœu, voilà ma croix : je vous la rends. Mais à présent vous ne pouvez nier que je ne sois dans la pleine jouissance de mes facultés ; rendez-moi donc cette croix, car celui qui sait toutes choses sait qu’aucun aliment n’entrera dans ma bouche jusqu’à ce que j’aie été de nouveau marqué de son signe ». On était à la fin de 1247.

Le 12 juin 1248, premier vendredi après la Pentecôte, les préparatifs militaires achevés, les affaires du royaume réglées, tous les seigneurs ayant prêté serment de fidélité, « foi et loyauté au roi et à ses enfants, si aucune chose advenoit dans ce voyage », le roi, entouré de ses frères, alla à Saint-Denis prendre le bourdon, signe du pèlerin ; il emporta l’oriflamme sacrée, se recommanda, lui, son entreprise, et tous les siens, aux prières des religieux, et, dans un équipage solennel et pieux, le cœur plein d’une joie paisible, dans le sentiment qu’il accomplissait un grand devoir, mais accompagné des larmes de tous ceux qui restaient, Louis quitta Paris avec les deux reines.

De grandes processions « le convoyèrent jusqu’au bourg Saint-Antoine. De celui jour en avant, dit Joinville, il ne voulut plus vêtir robe d’écarlate, ni de brunette, ni de vair : plutôt vêtait robe de camelin de noire couleur ou de pers [bleu foncé], et il n’eut plus éperons d’or, ni étriers, ni selle dorée, mais simples choses blanches voulut avoir et user dès lors pour sa chevauchure ». Le bon roi cheminait lentement, en la compagnie de sa mère dont la crainte de voir partir son fils en croisade n’avait d’égale que la joie d’un retour aux affaires. Après avoir traversé Corbeil, Saint-Benoît-sur-Loire et Pontigny, le pieux cortège arriva à Cluny, et c’est là qu’eut lieu la séparation. Blanche était tombée dans les bras de son fils, en versant un torrent de larmes ; elle se tenait pour assurée de ne pas le revoir. Il fallut se dire adieu ; et tandis que le roi continuait sa route vers le sud avec la reine Marguerite, Blanche retourna tristement à Paris, où l’attendait son fils Alphonse, qui devait rester quelques mois avec elle, pour consoler sa douleur et l’aider à porter le poids des affaires.

Louis IX avait en effet remis à sa mère le gouvernement du royaume avec les pleins pouvoirs, mais avait emporté avec lui le sceau royal, interdisant ainsi toute décision importante. Les lettres patentes datées de Corbeil, au moment du départ du roi, donnaient à la reine plein pouvoir « de distribuer, instituer, déposer, de recevoir les hommages des prélats et des barons, de conférer les dignités et bénéfices, etc. » Ce pouvoir royal était tel, qu’au mois de mai 1249, on donna cours à une nouvelle monnaie qui, sous le nom de Reine d’or, représentait Blanche tenant une couronne.

Saint Louis arrive à Damiette
Saint Louis arrive à Damiette
Marguerite suivait son époux qui l’appelait à ses conseils, et sur ce vaisseau où les seigneurs entouraient de plus près leur roi, tant de déférence les étonnait. « Elle est ma dame et ma compagne, leur disait Louis, et elle mérite trop mieux mon estime et ma confiance ». Lorsque le roi débarqua à la vue de Damiette, la reine et les femmes assistèrent à la première action de la croisade ; car les Sarrasins, prévenus de l’arrivée des Chrétiens, étaient sur le rivage. Mais tout l’avantage de la journée fut pour les Français, saint Louis rendit solennellement grâces « pour un si bon commencement », et la reine débarqua à son tour.

Le saint roi dut penser que le Seigneur protégeait son entreprise, lorsque, au bout de quelques jours, il apprit que les Sarrasins, s’abandonnant de plus en plus à leur effroi, avaient quitté Damiette, et que cette place forte, qui avait résisté vingt-deux mois à Jean de Brienne, était abandonnée. Il y entra avec une joie extraordinaire, y établit ses quartiers pour la saison, et y trouva dans le plais une demeure sûre pour lui, pour la reine, et pour ses serviteurs.

Lorsque le roi de France fut capturé à Mansourah le 7 avril 1250, la reine était à Damiette, en proie à toutes les terreurs, sachant le souverain malade, ses serviteurs blessés, morts ou prisonniers, et croyant, à toute heure, voir les Sarrasins entrer dans la ville. La nuit on l’entendait s’écrier : « A mon aide ! A mon aide ! » Il lui semblait au plus léger bruit, que l’ennemi pénétrait dans le palais. Elle était tout près du terme d’une grossesse. Pour la rassurer on fit veiller près d’elle un chevalier « moult âgé et ancien qui avoit bien quatre-vingts ans, et quand la reine s’écrioit : Les Sarrasins ! les Sarasins ! - Dame, lui disait-il, n’ayez peur, je suis là ».

Un soir (il n’y avait encore que trois jours qu’on savait à Damiette la captivité du roi), la reine fit sortir tous ceux qui étaient dans sa chambre, et, se mettant à genoux auprès du bon chevalier : « Sire chevalier, lui dit-elle, j’ai une grâce et un don à requérir de vous, c’est que si les Sarrasins entrent, vous me coupiez la tête ». Le chevalier lui répondit : « Madame, le cas y échéant je le ferois et jà [déjà] y avois songé ».

Le lendemain, la reine mit au monde un enfant qu’elle nomma Jean-Tristan à cause du triste temps où elle se trouvait. Presque aussitôt on vint lui dire que ceux de Pise, de Gênes, et de plusieurs communes parlaient de se retirer. La fermeté qui a mérité à Marguerite le nom de grande Reine ne parut jamais si bien que dans ce moment décisif. Elle voulut parler elle-même aux bourgeois mutinés ; il en entra dans sa chambre jusqu’à ce que l’appartement fût rempli. Alors cette jeune mère se leva sur son séant, son enfant dormant près d’elle en son berceau, et parla ainsi : « Seigneurs, on me dit que vous vous en voulez aller ; pour Dieu, je vous supplie de ne pas laisser cette ville ; car vous voyez que vous êtes seuls pour la défendre et que monseigneur le roi seroit perdu, lui et tous ceux qui sont avec lui, si la ville est perdue ! »

Comme leur contenance n’annonçait encore rien de bon, elle voulut essayer du moins de gagner du temps et ajouta d’une voix émue : « S’il vous plaît cependant quitter la ville et que vous ne puissiez y rester, faites-le, mais ayez pitié de cette chétive qui vit ici, et de ce petit enfant qui vient de naître, et attendez que sois-je relevée ». Alors l’un des chefs prit la parole et lui dit : « Dame, comment ferons-nous ? Nous ne pouvons plus longtemps demeurer, car si nous restons nous mourrons de faim en cette ville » ; mais . Marguerite s’écria vivement : « N’est-ce que cela ? Ah ! promettez de rester tant que vous aurez des vivres, et dès à présent vous n’avez point à vous inquiéter de votre nourriture ; car, si vous voulez demeurer, je vous retiens tous au nom du roi et à ses dépens, et je ferai acheter pour vous toutes les viandes en cette ville et hors de cette ville ».

Ils sortirent pour se consulter, et revinrent immédiatement promettre à la reine qu’ils resteraient à Damiette tant qu’ils auraient des vivres. Marguerite se hâta de faire acheter à Damiette et hors la ville, tout ce qu’elle put se procurer de vivres ; elle en eut pour trois cent soixante mille livres, et tant que dura la captivité du roi (pendant un mois et plus), il ne manqua de rien dans la place. Du reste, Damiette n’était pas en état de siège : tant que saint Louis n’eut pas traité, Damiette lui resta comme un gage important.

Marguerite de Provence veillée par le vieux chevalier
Marguerite de Provence
veillée par le vieux chevalier
Le 6 mai 1250, Geoffroy de Sargines entra à Damiette pour faire appliquer les conditions du traité négocié par Saint-Louis pour sa libération, et engagea la reine à s’embarquer immédiatement : elle n’était pas encore relevée, il fallut la porter jusque sur le vaisseau qui devait l’enlever à un lieu où elle avait tant souffert. Elle arriva à Acre après six jours de navigation, accompagnée des comtesses de Poitiers et d’Anjou ; on ignorait ce qu’était devenu le comte de Poitiers. Les malades furent massacrés, leurs cadavres brûlés, et les émirs donnèrent l’ordre de remonter le fleuve. Dans ce moment les captifs se crurent de nouveau rentrés dans l’esclavage : « Or cuidâmes être tous perdus, et y eut mainte larme plorée », dit Joinville.

Cependant, le soir de ce jour d’angoisse, les chefs mirent en liberté le roi, son frère le duc d’Anjou et les principaux seigneurs. Jusqu’à l’entier versement de la somme promise, le roi se rendit à Damiette, et de là s’embarqua, inquiet, à cause de l’absence du comte de Poitiers, qu’on ne voyait pas revenir. Enfin on vit le vaisseau de ce prince. « Allume ! allume ! » cria le bon roi, car il était nuit. Quand il fut bien assuré que c’était son frère et qu’il ne restait plus un seul chrétien à Damiette, il se livra au bonheur de se voir délivré de cette terre de captivité. Saint Louis passa quatre ans en Syrie ; il employa ces quatre années à des soins administratifs qui le conduisirent d’une ville à une autre. Pendant son séjour à Jaffa, la reine mit au monde une fille que le roi nomma Blanche « pour l’amour de la reine Blanche sa mère ».

Cependant Marguerite et tous les Croisés désiraient ardemment le départ du roi ; cette terre étrangère leur était importune ; nul n’avait vu Jérusalem, car le bon roi aurait crainte de compromettre l’avenir des croisades, s’il eût accompli son pèlerinage sans délivrer la sainte cité. Aussi Joinville se réjouit-il fort et la reine également de la mission que le roi lui donna un jour d’aller à Damas chercher cent pièces de camelot, afin de faire des présents aux seigneurs de France, quand on serait de retour. Le bon sénéchal courut chercher les camelots du roi, avec dix pièces qu’avait demandées Marguerite. Il raconte plaisamment que le comte de Tripoli, lui ayant donné des reliera qu’il comptait offrir à la reine, les sergents de la cour portèrent des ballots dans l’appartement de cette princesse, qui s’agenouilla avec ses dames, jusqu’à ce qu’un vassal de Joinville entrant : « Madame, dit-il tout ébahi, à quoi pensez-vous de vous agenouiller devant ces ballots ? - Ne sont-ce pas saintes reliques ? dit-elle ». Et le seigneur riant : « Ce sont camelots que vous avez demandés », répondit-il ; la reine se releva : « Mal jour soit à votre seigneur, dit-elle en riant à son tour de tout son cœur, de ce qu’il m’a fait agenouiller devant ces camelots ».

Le roi cependant différait encore, mais la nouvelle de la mort de la reine Blanche (1252) ne lui permit plus de délai. En mettant à la voile pour revenir en France, Louis IX jeta un dernier regard sur cette terre sainte où depuis quatre ans il avait fait respecter le nom chrétien et rétabli la paix parmi les princes catholiques ; il ne perdait pas l’espoir d’y revenir de nouveau ; c’est sans quitter la croix qu’il s’éloignait de la Palestine. Les pleurs des populations chrétiennes l’accompagnèrent jusqu’au vaisseau sur lequel il s’embarqua avec la reine, dans le port de Jaffa.

Les premiers jours de la traversée s’annonçaient heureux, lorsqu’à la hauteur de Chypre le vaisseau ayant donné sur un banc de rocher, le choc fut si grand que la nef semblait prête à s’ouvrir. Le roi sort, on lui dit que trois toises de la quille sont emportées. Il ordonne de réparer le mat autant qu’il se pouvait, et va prier à sa chapelle. Dans ce premier moment, Marguerite de Provence cherchait son époux pour lui demander son consentement à un vœu qu’elle se proposait de faire. Avant qu’elle pût joindre le roi, le sire de Joinville qui la rencontra toute éplorée, s’engagea à répondre pour elle du vœu qu’elle faisait d’offrir à saint Nicolas une nef en argent du poids de cinq marcs.

Les nourrices accoururent alors pour savoir de la reine ce qu’il fallait faire des trois enfants qui dormaient : « Ne faut-il pas les éveiller et les lever ? demandèrent les femmes en pleurant. - Vous ne les éveillerez ni ne les lèverez, répondit la mère tout émue, mais vous les laisserez aller à Dieu dormant ». Contre toute apparence, l’accident qui avait menacé tant d’existences n’eut aucune suite ; la sécurité succéda à l’inquiétude, et, le soir, le roi faisant asseoir Joinville à ses pieds : « Sénéchal, lui dit-il, qu’est-ce, à votre avis, qu’une vie qui tient à si peu de chose ? Voyez comme aujourd’hui le roi de France, sa femme et ses enfants auroient pu, par un seul des quatre vents, être submergés en un instant avec tous les leurs ».

Un autre jour, l’imprudence d’une des femmes de Marguerite pensa mettre le feu au bâtiment : elle avait jeté sa coiffe trop près de la lampe de la reine qui, en s’éveillant au milieu de la nuit, vit sa chambre en feu. Les soins de Joinville éteignirent les flammes, et le roi décida que dorénavant tous les feux seraient éteints chaque soir par le sénéchal lui-même, qui viendrait lui en rendre compte.

Enfin, après sept semaines de navigation, on se trouva à la vue d’Hyères (10 juillet 1254). Saint Louis craignait de descendre sur une terre étrangère ; la reine, lasse du séjour du vaisseau, le supplia de ne pas gagner la côte de France : le conseil était du même avis. Joinville surtout représentait au roi que dernièrement, pour avoir voulu gagner Aigues-Mortes, un navire avait été longtemps fourvoyé par les vents contraires, et que, puisque Dieu mettait à bonne fin ce voyage sur mer, le roi ne devait pas s’engager dans de nouveaux périls quand il se voyait au port. Saint Louis se rendit à ces avis, « dont fut la reine bien joyeuse », dit le sénéchal. L’abbé de Cluny ayant amené deux palefrois, un pour le roi et un pour la reine, on se rendit d’Hyères à Aigues-Mortes. D’Aigues-Mortes à Paris, où le souverain arriva le 7 septembre la route de saint Louis fut une marche de triomphe, tant la joie des peuples qui se pressaient sur son passage était grande ; mais on remarqua avec peine que le roi n’avait pas quitté la croix.

La vie de Marguerite de Provence pendant les quinze années que le bon roi passa en France n’offre pas beaucoup d’événements importants. Le roi s’occupait de l’administration de son royaume ; il pensa, dit son historien, que ce serait une chose belle et méritoire que de régler par des lois et de bons établissements tout ce qui convenait à la paix, au bien du royaume, et aux gens de tous les états ; il s’y appliqua avec cette sagesse et ce droit sens qui nous ont valu les établissements de Saint-Louis. Le roi administrait aussi la justice par lui-même.

Ferme dans son équité, il refusait même de faire grâce, s’il croyait la justice intéressée à maintenir la punition. C’est ainsi qu’il refusa à la reine la grâce d’une femme noble de Pontoise, convaincue d’avoir tué son mari pour épouser un homme qu’elle aimait « de male amour », dit la chronique. « Si elle est convaincue, dit le roi, elle doit subir la peine de son crime, et son rang ne l’en sauroit garantir ». Jamais sa déférence pour les évêques ne lui fit soutenir, contre la justice, les droits temporels du clergé. Il démêlait les abus avec une admirable sagacité ; il se refusa à soutenir les excommunications par l’autorité royale. Mais ce roi, d’une justice si ferme, était le plus humble de tous les hommes ; pressé du désir de se consacrer plus pleinement à son Dieu, il conçut la pensée de laisser le trône à son fils Louis et d’embrasser l’état religieux.

Saint Louis se croise une nouvelle fois
Saint Louis se croise
une nouvelle fois
Marguerite de Provence, consultée sur ce sujet en 1255 par son époux, qui devait avant tout lui demander son consentement, appelle ses enfants et son beau-frère le comte d’Anjou : « Mes fils et mon frère, leur dit-elle, voici que les moines ont persuadé au sire roi votre père et votre frère, qu’il ferait chose agréable à Dieu de quitter la couronne et de se faire moine ; or, lequel voulez-vous, être appelés frère et fils de roi, ou frère et fils de moine ? » Charles d’Anjou entra dans un grand emportement, en menaçant de punir ceux qui donnaient de semblables conseils ; les princes, aux genoux de leur père, le supplièrent de renoncer à une telle pensée.

Marguerite, joignant alors la prière et la douceur à la fermeté de son refus, aida son mari à reconnaître que sa conscience même lui défendait d’abandonner la mission que Dieu lui avait confiée, et saint Louis garda sa couronne, ne regardant toutefois pas son vœu comme acquitté. En 1270 il partit pour cette dernière croisade. Le bon sénéchal ne le suivit pas. Ce n’est pas à Marguerite que saint Louis confia la régence ; il lui laissa la tutelle de ses jeunes enfants, et nomma régents Mathieu, abbé de Saint-Denis, et Simon, de la maison du comte de Vendôme. Il fit ses adieux à Marguerite au château de Vincennes. On sait quelle fut cette croisade, et comment la maladie qui fit périr un si grand nombre de chrétiens enleva saint Louis à l’amour de ses peuples. Il mourut en soignant les pestiférés.

Jean Tristan, comte de Nevers, le plus aimé des fils du roi, était mort sur son vaisseau quelques jours auparavant. Au retour de cette triste expédition, Isabelle d’Aragon, femme de Philippe III le Hardi désormais roi, mourut en Calabre avec l’enfant qu’elle mettait au monde ; Thibaut, roi de Navarre, venait de mourir en Sicile ; et Philippe écrivait à sa mère : « Madame et mère, reconfortez votre cœur en Dieu, j’emmène ces restes chéris, et j’ai sans cesse devant les yeux toutes les pertes que j’ai faites ». Il chemina lentement à travers la France, accompagné des cinq cercueils, et arriva à Paris le 21 mai 1271 (les maladies avaient à ce point retardé son voyage ; saint Louis était mort en août 1270). Le lendemain, on vit le roi conduire à Saint-Denis les restes vénérés de son père, ceux de sa femme, de son fils et de son frère. Cette douleur ne permit pas à Philippe III de célébrer les fêtes accoutumées pour l’avènement des rois au trône. Il les différa jusqu’au mois d’août de la même année.

Marguerite de Provence resta d’abord à la cour de son fils. Elle survécut vingt-cinq années entières à son époux ; occupée d’exercices pieux, sa retraite sévère ne fut interrompue que par les soins qu’elle donna à la succession de Provence. Sa sœur Béatrix, épouse de Charles d’Anjou, était morte en 1267. Seule entre les cinq filles de Raymond Béranger, elle n’avait pas épousé un roi ; elle mourut avant que Charles eût acquis par la donation du pape et le droit de son épée, la couronne des Deux-Siciles. Elle avait dû hériter de la Provence, à charge d’acquitter des sommes considérables à ses sœurs. Ces sommes n’avaient jamais été bien payées ; plusieurs fois, du vivant même de saint Louis, Marguerite avait réclamé, mais inutilement. En 1278, il ne restait des cinq sœurs qu’elle et Aliénor d’Angleterre, veuve de Henri III et mère d’Édouard Ier. Marguerite s’adressa à Édouard, pour l’aider à soutenir leurs droits communs. Après six ans de contestations, tout se termina enfin par un accommodement dû à la médiation du pape Martin IV.

La reine Marguerite entretenait dans la retraite de chères relations avec ce bon sire de Joinville qui avait été le dépositaire des pensées du saint roi ; elle le pressa avec instance d’écrire une relation de la vie de son maître ; Joinville nous l’apprend au commencement de son histoire. C’est donc à Marguerite que nous devons ce naïf récit du sénéchal de Champagne, qui est à la fois l’expression fidèle du caractère propre de l’écrivain, la peinture des qualités aimables de saint Louis, et le morceau le plus parfait de la littérature et du langage de ce temps. Sans Joinville, nous ne connaîtrions saint Louis que d’après les chroniques qui racontent les faits plus qu’elles ne peignent les mœurs ; mille traits aimables nous seraient inconnus.

Le confesseur de la reine Marguerite a donné aussi une vie de Louis IX. En suivant le récit du moine, on assiste dans une minutieuse énumération aux pratiques de piété que la dévotion du roi lui inspirait ; mais le sire de Joinville nous initie à cet élan de l’âme qui était toujours dans saint Louis l’expression d’un sentiment noble et généreux. On voit, dans la chronique de cet ami du bon roi, l’aménité des manières de saint Louis, le besoin d’épanchement, la tendresse du cœur, la justesse d’aperçu.

Marguerite, veuve de ce grand roi, mourut le 21 décembre 1295, retirée depuis longtemps au couvent des Cordeliers de Sainte-Claire, qu’elle avait fondé au bourg de Saint-Marcel, et où elle demeurait avec sa fille Blanche ; elle fit le don de la maison aux religieuses, en en laissant toutefois la jouissance à sa fille ; c’était cette Blanche, née à Jaffa, que saint Louis, pour l’amour de sa mère, avait appelée du même nom. Elle avait été mariée à Ferdinand de la Cerda, fils aîné d’Alphonse, roi de Castille ; devenue veuve, elle vit l’héritage de ses fils spolié par leur oncle Sanche, qui se fit couronner à leur détriment, et elle se retira en France auprès de sa mère. Quand Marguerite s’éteignit, Édouard Ier d’Angleterre adressa une circulaire à tous les évêques de son royaume, afin qu’ils priassent pour l’âme de sa tante, « la reine-mère de France ».

L’épitaphe du tombeau de Marguerite est simple : « Ici gît la noble reyne de France Marguerite, qui fut femme à monseigneur saint Loys, jadis roi de France, qui trépassa le mercredi devant Noël, l’an de l’Incarnation de Notre-Seigneur MCCXCV. Priez pour elle ».

Marguerite eut onze enfants : Blanche, née en 1240 et morte à trois ans ; Isabelle, née en 1242 ; Louis, né en 1244 et mort à seize ans, à qui Louis IX dit un jour : « Beau fils, j’aimasse mieux qu’un étranger vînt de lointain pays, ou un Écossais d’Écosse qui gouvernât le royaume, bien et loyaument, que si tu le gouvernois mal et à sa perte » ; Philippe, né en 1245 et qui devint roi de France sous le nom de Philippe III ; Jean, mort enfant en 1247 ; Jean Tristan, né en 1250 et mort en 1270 quelques jours avant son père ; Pierre, né en 1251 et mort en 1283, qui fut comte d’Alençon, de Blois et de Chartres ; Blanche, née en 1252, qui épousa Ferdinand de la Cerda et mourut en 1320 ; Marguerite, née en 1255, mariée au duc de Brabant, Jean Ier ; Agnès, femme de Robert, duc de Bourgogne ; Robert, nommé comte de Clermont, qui épousa Béatrix, héritière de Bourbon : il fut la tige de l’illustre maison de Bourbon, appelée au trône en 1589 dans la personne de Henri IV.




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