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Départements français

Histoire des départements français. Les événements, histoire de chaque département : origine, évolution, industries, personnages historiques


Histoire du département de la Manche
(Région Basse-Normandie)
Publié le vendredi 29 janvier 2010, par LA RÉDACTION

 
 

Le territoire de ce département faisait partie de l’Armorique : les Unelli habitaient la presqu’île ; au sud se trouvaient les Abrincatui. Cette sorte de division se maintint jusqu’à la Révolution et forma les deux pays distincts du Cotentin et de l’Avranchin.

Le pays était déjà très peuplé au temps de César, et fournit des troupes nombreuses à Viridorix lors de la révolte de cette partie de la Gaule contre les Romains. C’est à un kilomètre de Gavray que se trouvait le Camp de Sabinus, chez les Unelles, découvert en 1874 par le professeur C. Clouet. Exposé, comme tous les pays voisins de la mer, aux incursions des pirates du Nord, ce pays reçut la visite de Charlemagne, qui, en y bâtissant des forteresses, essayait ainsi de le préserver des désastres qu’il entrevoyait dans l’avenir.

Cette contrée n’échappa point cependant à l’invasion normande, et fut soumise par Rollon ; mais, placée à l’extrémité du nouveau duché, elle participa toujours à l’esprit d’indépendance et de rébellion qui animait ses voisins de Bayeux, et se révolta plusieurs fois. Ce fut du Cotentin que sortirent ces chevaliers qui conquirent la Sicile : le village d’Hauteville, à 12 kilomètres de Coutances, est le berceau de ces vaillants enfants de Tancrède, Guillaume Bras de Fer, Drogon, Humfroy, Robert Guiscard, dont les exploits étonnèrent le midi de l’Europe.

Au commencement du XIIIe siècle, le pays passa, avec le reste de la Normandie, sous l’autorité de Philippe-Auguste. Le roi Jean eut l’imprudence de le céder à Charles le Mauvais, roi de Navarre, qui se hâta d’y appeler les Anglais. On trouvera à l’histoire des villes l’indication des sièges et combats dont la contrée fut le théâtre pendant la guerre de Cent ans, et qui y causèrent de grands désastres, renouvelés au XVIe siècle par les guerres religieuses. La lutte s’y prolongea, ardente et cruelle, entre les chefs protestant et catholique, Montgomery et Matignon.

On doit remarquer cependant que le marchal de Matignon sut, par sa fermeté et son humanité, soustraire le pays aux sanguinaires exécutions de la Saint-Barthélemy. Dans la première partie du XVIIe siècle, le pays fut bouleversé par une de ces jacqueries, si fréquentes dans l’ancien régime, dont l’histoire nous parle à peine. Le Cotentin fut le foyer où éclata l’insurrection des Nu-Pieds, de ces paysans armés qui épouvantèrent la Normandie par leur désespoir et par leurs excès.

En 1639, les impôts excessifs qui pesaient sur le peuple avaient produit déjà un sourd mécontentement, qui éclata bientôt en menaces furieuses quand le bruit courut que des commissaires arrivaient pour établir la gabelle dans toute sa rigueur, le sel baillé par impôts, dans Ie Cotentin et dans quelques autres cantons de la Normandie, qui en avaient été jusqu’alors exempts. Un honnête gentilhomme du pays courut trouver le roi et peignit si vivement le désespoir populaire que la commission fut révoquée. Il était trop tard ; la rébellion avait éclaté.

Des agents de troubles, soldés par l’Angleterre et par l’Espagne, firent passer pour le chef des monopoleurs et des maltôliers l’homme qui venait de préserver la contrée de la gabelle, et poussèrent le peuple aux derniers excès, afin de le compromettre irrévocablement. Le mouvement, commencé à Avranches, se propagea dans toute la basse Normandie. Partout une multitude furieuse courait sus aux officiers de finance, aux partisans et à leurs commis, saccageait leurs bureaux, démolissait ou brûlait leurs maisons. Il suffisait de crier au monopoleur sur le premier passant pour qu’il fût massacré à l’instant.

Des bandes armées s’organisèrent dans les campagnes et répandirent partout des proclamations menaçantes au nom d’un chef mystérieux, qui s’intitulait le général Jean Nu-Pieds. Des aventuriers, des hobereaux ruinés, un prêtre, se donnaient comme les lieutenants de ce général imaginaire. La perception des impôts fut presque généralement interrompue. La répression fut impitoyable. Le colonel Gassion, après avoir soumis Rouen et Caen, jusqu’où la révolte s’était propagée, marcha avec quatre mille hommes sur Avranches.

La fleur de la noblesse du pays le suivait, dit Tallemant des Réaux. Les Nu-Pieds s’y étaient retranchés derrière des barricades ; mais le château était au pouvoir de leurs adversaires et ne cessait de tirer sur eux. Leur défense fut désespérée. « Pendant quatre heures et demie, dit Tallemant, quelques rebelles arrêtèrent Gassion à l’entrée d’un faubourg, où ils n’avaient pour toute défense qu’une méchante barricade. Il y courut grand danger ; car un des rebelles, vaillant autant qu’on peut l’être, et tellement dispos qu’il sautait partout où il pouvait mettre la main, tua le marquis de Courtaumer, croyant que c’était le colonel Gassion. Ce galant homme sauta quatre fois la barricade, et après se sauva. Gassion fit tout ce qu’il put pour le trouver, lui faire donner grâce et le mettre dans ses troupes ; mais cet homme n’osa s’y fier. »

Tout fut tué et égorgé : ceux qu’on atteignit dans leur fuite furent livrés au chancelier Séguier, et l’homme de justice se montra plus impitoyable que l’homme de guerre, car il finit par atteindre ce nu-pieds dont Tallemant racontait les prouesses, et le fit rouer vif à Caen. Il fit également périr ou envoya aux galères tous les autres prisonniers.

A la fin du siècle, la révocation de l’édit de Nantes porta un coup terrible a la prospérité du pays. Beaucoup de protestants émigrèrent. Dans son Histoire des réfugiés protestants, Weiss raconte qu’« à Saint-Lô, sur environ 800 protestants, 400 sortirent du royaume. La population protestante de Coutances émigra tout entière., et les belles manufactures de toiles qu’elle possédait furent transférées soit dans la ville voisine de Cérizy, soit dans les îles de Jersey, de Guernesey, et de là en Angleterre. Dans l’élection de Mortain, sur environ 300 réformés, plus de la moitié s’établirent en Angleterre et en Hollande. L’émigration des maîtres, que leurs plus habiles ouvriers s’empressaient de suivre, ruina pour plusieurs années diverses branches de commerce et d’industrie. »

Un moment, pendant la Révolution, la guerre civile désola le sud du département. Les Vendéens s’approchèrent d’Avranches et de Granville ; mais ils furent bientôt repoussés. En 1830, le roi Charles X traversa le département pour aller s’embarquer à Cherbourg, avec sa famille, sur le Great Britain et le Charles-Caroll, deux vaisseaux américains qui appartenaient à un membre de la famille Bonaparte.

 

 


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