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« Hâtons-nous de raconter les délicieuses histoires du
peuple avant qu'il ne les ait oubliées » (C. Nodier, 1840)


 
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Languedoc-Roussillon : origine et histoire du département Lozère - Histoire de France et Patrimoine


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Départements français

Histoire des départements français. Les événements, histoire de chaque département : origine, évolution, industries, personnages historiques


Histoire du département de la Lozère
(Région Languedoc-Roussillon)
Publié le jeudi 28 janvier 2010, par LA RÉDACTION


 
 

Avant la conquête romaine, le pays qui forme aujourd’hui le département de la Lozère était habité par les Gabali ou Gabales, nom qui, en langue celtique, signifie montagnards ou habitants des hautes terres. César, Ptolémée, Strabon et Pline font mention de ce peuple, que les Arvernes confinaient au nord, les Vellaves et les Helviens à l’ouest ; au midi, les Volces, et à l’orient, les Ruthènes. Ils avaient pour cité Gabalum, aujourd’hui Javols.

Peuple libre comme les Arvernes (Arverni et Gabali liberi, suivant l’expression de Pline), ils furent les compagnons de Bellovèse et traversèrent les Alpes à la suite d’Asdrubal. Rome les eut toujours pour ennemis, jamais pour sujets ; et lorsque plus tard, ayant pris parti pour les Allobroges, ils furent vaincus, ils restèrent indépendants. A l’abri derrière leurs montagnes couvertes de neige, ils se gouvernaient par leurs propres lois et n’obéissaient qu’à des chefs élus par eux.

Il paraît que leur pays abondait en mines d’argent, déjà exploitées du temps des Romains. Pline vante les fromages de la montagne de Lozère (mons Lezurae). Ce pays est un de ceux qui ont conservé le plus de traces de l’ère celtique. A Javols, à L’Aumide, aux Fonds, à Grèzes, à Malavillette, au Montet, on voit encore des dolmens, des menhirs, des pierres druidiques, et l’on croit que la fontaine de la Canourgue est une fontaine gauloise. A Sainte-Hélène, sur la rive droite du Lot, le voyageur s’arrête devant un peulven qu’on appelle dans le pays lou Bertet de las fadas, le Fuseau des fées.

Après avoir laissé des garnisons à Narbonne et dans la Province, César franchit les Cévennes et campa dans le pays des Cabales avant de pénétrer dans l’Arvernie. C’est, dit-on, dans la plaine de Montbel, près de la forêt de Mercoire, que le général romain fit reposer ses légions. Surpris de cette brusque apparition, les Gabales se lèvent en armes, forcent les Helviens leurs voisins, qui s’étaient déclarés pour César, à rentrer dans leurs murs (intra oppida murosque) ; puis ils vont se joindre à l’armée nationale, rassemblée par Vercingétorix.

Après le désastre d’Alésia, ceux d’entre eux qui avaient survécu à la ruine de la patrie rentrèrent dans leurs montagnes ; mais là encore Rome victorieuse dut compter avec eux et respecter leurs libertés et leurs lois. Cependant Auguste les affranchit des liens qui les unissaient aux Arvernes, et les comprit dans l’Aquitaine. Alors Gabalum, colonie romaine, devint la résidence d’un préteur ou proconsul. Il y avait un temple, un palais, un cirque, dont on voit encore les vestiges ; un castrum s’élevait dans le Valdonnez, et la grande voie romaine, ouverte par Agrippa, qui conduisait de Lugdunum à la cité des Tectosages (Toulouse), avait, entre le Mas de la Tieule et le Bouchet, un embranchement sur Gabalum.

Peu à peu, la civilisation romaine tempéra la rudesse et l’âpreté de ce pays. Du temps de Strabon, les arts et les sciences y avaient pénétré, et les habitants commençaient à y parler la langue latine. Ils se livraient à l’agriculture, au commerce et à l’exploitation des mines ; mais leurs richesses firent leur malheur en excitant la cupidité et l’avarice des préteurs romains, et c’est pour se venger de leurs exactions qu’ils se révoltèrent sous Tibère.

Bientôt le christianisme vint achever l’oeuvre de la colonisation, et ce peuple libre et fier, dont Rome n’avait conquis que le territoire, courba la tête sous le joug de la croix. C’est, suivant quelques-uns, à saint Martial, selon d’autres, à saint Séverin, qu’il dut de connaître l’Evangile. Quoi qu’il en soit, la cité des Gabales avait, au IIIe siècle, son église et son siège épiscopal relevant de la métropole de Bourges, et la persécution y avait fait plus d’un martyr.

Quand les Vandales, au Ve siècle, parurent pour la seconde fois dans ce pays, saint Privat en était évêque. Après le sac de Gabalum par ces barbares, il se réfugia avec son troupeau dans la petite forteresse de Grèzes (Gredonense castellum), y soutint un siège contre l’ennemi et le força de se retirer.

Cependant, au VIe siècle, il y avait encore dans ce pays des restes de l’antique religion druidique. Tous les ans, le peuple se rendait auprès d’un étang du mont Helanus (le lac Saint-Andéol), dans lequel on jetait par manière de sacrifices, qui du linge et des vêtements, qui du fromage, du pain et de la cire. Alors, pour détourner les Cabales de ce culte grossier, le saint évêque Evanthius fit construire à peu de distance du mont Helanus une église, où il engagea te peuple à venir offrir au vrai Dieu ce qu’il destinait à l’étang. C’est ainsi que le christianisme faisait tourner à son avantage les pratiques les plus grossières du paganisme.

A la chute de l’empire romain, les Wisigoths s’emparèrent du pays des Cabales ; mais Clovis les en chassa. Alors, ainsi que nous l’apprend Grégoire de Tours, ce pays s’appelait Terminus Gabalitanus ou Regio Gabalitana. Plus tard, il forma le Pagus Gavaldanus, dont parlent les écrivains du Moyen Age ; d’où le nom moderne de Gévaudan. Sous les rois francs, le Gévaudan eut des comtes particuliers. Au temps de Sigebert, roi d’Austrasie, il était gouverné par un certain Pallade, originaire d’Auvergne. Homme violent et emporté, ce Pallade, au dire des vieux chroniqueurs, vexait et pillait le peuple. Accusé devant le roi par l’évêque Parthenus, il prévint son châtiment en se transperçant de son épée.

A la fin du VIe siècle, sous le règne de Childebert, un autre comte du nom d’Innocent gouverna ce pays en digne successeur de Pallade. Il persécuta entre autres saint Louvent (Lupentius), abbé du monastère de Saint-Privai de Gabalum (Gabalitanae urbs), et l’accusa, pour faire sa cour à la reine Brunehaut, d’avoir mal parlé de cette princesse et de la cour d’Austrasie. Cet abbé ayant été mandé à Metz, où se trouvait Brunehaut, se justifia et fut renvoyé absous ; mais il ne put échapper à la vengeance du comte, qui fut l’attendre à son retour, se saisit de sa personne et l’emmena à Pont-Yon en Champagne, où, après divers tourments qu’il lui fit souffrir, il lui permit de se retirer. Ce n’était qu’un piège, car à peine le pauvre moine libre et parti, te comte le poursuivit, et l’ayant surpris au passage de la rivière de l’Aisne, il l’égorgea et jeta son corps dans la rivière. Après son crime, le comte se présenta à la cour d’Austrasie. On a prétendu qu’il obtint pour récompense l’évêché de Rodez, mais ce fait n’est rien moins que prouvé.

Réuni à l’Aquitaine, ce pays en suivit le sort : il obéit successivement aux rois d’Aquitaine et aux comtes de Toulouse. Raymond de Saint-Gilles, l’un d’entre eux, l’aliéna, dit-on, en faveur des évêques de Mende. Cependant, au XIe siècle, un certain Gilbert, qui épousa Tiburge, comtesse de Provence, se qualifiait de comte de Gévaudan. Ce Gilbert laissa une fille qui, mariée à Raymond Bérenger, comte de Barcelone, lui apporta tous ses droits sur le Gévaudan ; mais l’évêque de Mende se disait aussi seigneur et comte du pays.

De là de longs démêlés avec les comtes de Barcelone, qui néanmoins continuèrent à jouir de la seigneurie directe du Gévaudan, où ils possédaient le château de Grèzes. Jacques, roi d’Aragon et comte de Barcelone, céda, en 1225, ce château et le Gévaudan à l’évêque et au chapitre de Mende ; « mais il y a lieu de croire, dit un historien, que cette cession ne regardait que le titre seigneurial, et que Jacques se réservait le domaine utile, puisque, par une transaction passée en 1255 avec saint Louis, le roi d’Aragon renonça alors non seulement à ses droits sur la terre de Grèzes, mais encore à tous ceux qu’il avait sur le Gévaudan. »

Dès lors, ce fut contre les rois de France que l’évêque de Mende eut à faire valoir ses prétentions ; mais la lutte était inégale. Après avoir conservé jusqu’en 1306 la souveraineté du pays, il dut, pour mieux s’assurer la possession du reste, en céder la moitié au roi Philippe le Bel, qui lui laissa le titre de comte de Gévaudan.

Au XIVe et au XVe siècle, ce pays fut ravagé par les Anglais, et par les guerres civiles et religieuses dans les deux siècles suivants. Alors, comme les vallées des Alpes, les Cévennes étaient peuplées d’Albigeois et de Vaudois dont les familles s’étaient réfugiées dans ces montagnes pendant la persécution ; mais là encore l’inquisition les avait poursuivis, et grand était le nombre des victimes qui avaient péri sur le bûcher ou sous le poignard dans ces terribles jours qui suivirent la Saint-Barhélemy.

Cependant les religionnaires prirent les armes. Après s’être rendus maîtres de Marvejols et de Quézac (1562), ils marchèrent sur Mende, qui leur ouvrit ses portes, et de là sur Chirac ; mais comme la place était sur le point de se rendre, le capitaine Treillans, qui commandait un corps catholique, arrive à son secours et force les assiégeants à se retirer. Poursuivant son succès, il reprend Mende, où deux autres chefs catholiques, d’Apcher et Saint-Remisi, viennent le rejoindre.

Bientôt les protestants se présentent de nouveau devant Chirac : la ville fut emportée et mise à feu et à sang. Il y périt plus de quatre-vingts catholiques ; on brûla l’église et la place fut démantelée. De là les religionnaires marchèrent sur Mende ; mais d’Apcher, qui s’y était renfermé avec plusieurs gentilshommes de l’arrière-ban, fit bonne contenance, et la capitale du Gévaudan resta au pouvoir des catholiques. Vint l’édit de Nantes (1598) ; mais la tranquillité dont jouirent les religionnaires des Cévennes ne fut pas de longue durée. Sans cesse menacés dans leurs privilèges, leur liberté et leur vie ; patients et fidèles, ils se reposaient sur la foi des traités et sur le souvenir des services qu’ils avaient rendus à la monarchie en refusant de prendre part à la révolte de Montmorency, et plus tard à celle de Condé.

Cependant la persécution était proche. Colbert, qui prévoyait qu’elle aurait pour résultat l’émigration d’une population essentiellement industrielle et l’exportation de grands capitaux, s’y opposa de tout son pouvoir. « Vous êtes roi, disait-il à Louis XIV, pour le bonheur du monde, et non pour juger les cultes. » Mais les conseils de Mme de Maintenon l’emportèrent, et l’édit de Nantes fut révoqué (1685).

Depuis longtemps, les protestants du Dauphiné et du Vivarais s’étaient insurgés contre la révocation de l’édit, que ceux des Cévennes, toujours soumis, n’avaient pas songé à remuer. « Néanmoins, dit Rabaut Saint-Étienne, on les ménageait alors parce que l’on appréhendait sans doute que les mauvais traitements que l’on faisait souffrir à leurs frères ne les jetassent dans le désespoir. On leur permit même de convoquer une assemblée générale des députés et des gentilshommes de leur province pour y passer un acte de fidélité au roi. » Cette assemblée eut lieu à Colognac, en septembre 1683. Cinquante pasteurs protestants, cinquante-quatre gentilshommes, trente-quatre avocats, médecins ou bourgeois notables, y protestèrent de leur attachement au roi, exhortant tous leurs coreligionnaires à la modération et à la patience.

Après la paix de Ryswick(1697), les protestants espérèrent encore ; mais, au lieu de leur être favorable, cette paix tourna contre eux, et les maux qu’ils avaient soufferts depuis la révocation et qui s’étaient un peu relâchés pendant la guerre se renouvelèrent avec plus de violence que jamais. Pressés d’abjurer, ils répondirent qu’ils étaient prêts à sacrifier leur vie au roi, mais que leur conscience étant à Dieu, ils ne pouvaient en disposer. Alors la terreur et la proscription régnèrent dans ce pays. D’abord on leur envoya des dragons pour les convertir. Ces missionnaires bottés, comme ils les appelaient, entraient dans les maisons l’épée à la main : « Tue ! tue ! criaient-ils, ou catholique ! » C’était leur mot d’ordre.

Ces moyens expéditifs ne suffisant pas, on en inventa d’autres : on pendait ces pauvres gens à leurs cheminées par les pieds pour les étouffer par la fumée ; d’autres étaient jetés dans des puits ; il y en eut auxquels on arracha les ongles ou qu’on larda de la tête aux pieds d’aiguilles et d’épingles. C’est ainsi qu’on leur extorquait parfois leurs signatures ; mais ces conversions à la dragonne ne faisaient que des hypocrites.

Tel était, au commencement du XVIIIe siècle, le sort des protestants des Cévennes, et non seulement on les surchargea de gens de guerre, mais d’impôts. Les prêtres, abusant de leur influence, firent peser sur eux une capitation extraordinaire, et plus de vingt paroisses du Gévaudan se trouvèrent tout à coup ruinées par ces exactions. Au mois de juin 1702, de pauvres paysans qui n’avaient pu payer ayant été pendus, ceux des villages voisins se soulevèrent, surprirent pendant la nuit les receveurs du droit de capitation et les pendirent à des arbres leurs rôles au cou ; et comme ils s’étaient déguisés en mettant deux chemises, l’une par-dessus leurs vêtements et l’autre sur la tête, on les appela camisards, du mot camise (en patois du pays chemise).

Cependant les historiens varient sur l’origine de ce mot : les uns le font dériver du mot cami (chemin), les autres le font remonter au siège de La Rochelle, les protestants qui entreprirent de secourir cette place s’étant couverts chacun d’une chemise pour se faire reconnaître ; d’autres- enfin prétendent que, comme les camisards étaient vêtus la plupart à la manière des paysans des Cévennes qui portaient alors un justaucorps de toile, ressemblant de loin à une chemise, ils en ont tiré leur nom. Quoi qu’il en soit, il est certain que ce sobriquet fut particulier à ceux des Cévennes.

Cependant la persécution ne se lassait pas. Les prisons regorgeaient de protestants ; on confisquait leurs biens. Des pères de famille, des vieillards étaient condamnés aux galères ; d’autres périssaient dans les supplices : roués, brûlés ou pendus. Une pauvre fille fut exécutée au Pont-de-Montvert ; une autre fouettée par la main du bourreau. Chaque jour des proscriptions et des victimes. On arrachait les enfants des bras de leurs mères, et l’on jetait celles-ci dans des couvents pour être converties. « Bien plus, dit le savant Tollius, on soulevait les enfants contre leurs parents en les émancipant, en dépit de leur jeune âge. » Plus de temples que les couvents ; point d’autre sépulture que les grands chemins ; partout l’inquisition avec ses missionnaires expéditifs. Tels sont, en substance, les détails sur lesquels s’accordent les historiens protestants.

Alors le Gévaudan se divisait en pays haut et pays bas : le haut était presque tout entier dans les montagnes de la Margeride et d’Aubrac ; le bas faisait partie des hautes Cévennes, et occupait la montagne de la Lozère. Cette montagne forme une chaîne connue sous divers noms, et qui s’étend jusqu’aux frontières du Rouergue et du diocèse d’Alais ou basses Cévennes. C’est là qu’est Le Pont-de-Montvert et le Bougès, une des montagnes de la Lozère dont le plus haut sommet, couvert de bois de hêtres, en a pris le nom d’Altefage, mot corrompu du latin, et qui signifie un hêtre élevé. Ces lieux sauvages servaient d’asiles aux proscrits. Comme les chrétiens dans les catacombes, ils s’y réunissaient la nuit, lisant la Bible, chantant des psaumes et s’exhortant au courage et à la patience.

Or, il y avait au Pont-de-Montvert un prêtre d’une famille noble et guerrière : il s’appelait l’abbé du Chayla. C’était un homme naturellement impérieux, sombre et violent ; mais, à la suite de graves maladies, il se relâcha de ses austérités. « Il mena, dit son biographe, une vie moins dure. » Il allait à cheval, pratiquait un peu moins l’abstinence, le jeûne, et traitait bien ses hôtes. Il paraît qu’il aimait aussi le jeu. Il avait été missionnaire à Siam. De retour dans son pays natal, il avait été nommé inspecteur des missions des . Cévennes ; animé d’un zèle que plusieurs, ajoute son biographe, ont traité d’indiscret, il faisait une rude guerre aux protestants. Pour mieux réussir, il prit avec lui une mission volante, composée de plusieurs missionnaires, tant séculiers que réguliers, et se transportait partout où il y avait des hérétiques à combattre ; mais, loin de travailler pour le bien de la religion et de l’État, sa mission ne leur suscitaient que des ennemis.

Il avait fait de son château une prison, et ce que l’on racontait des tortures qu’il y faisait subir à ceux qu’il voulait convertir le rendait la terreur de la contrée. Un jour, à la tête d’une compagnie de soldats, il surprit une assemblée de protestants dans les montagnes. Plus de soixante personnes des deux sexes qui s’y étaient réunies pour prier furent enlevées ; l’abbé commença par en faire pendre quelques-unes et fit conduire les autres dans son château ; cependant plusieurs parvinrent à s’en échapper, convoquèrent leurs frères et leur firent le récit de ce qu’ils avaient souffert. Ils disaient que l’abbé faisait fendre des poutres avec des coins de fer et forçait ensuite ses prisonniers de mettre leurs doigts dans ces fentes dont il faisait retirer les coins.

C’est ce qu’on appelait les ceps de l’abbé du Chayla. A ce terrible récit, la colère et le désespoir se peignent sur tous les visages. Tous jurent de venger leurs frères persécutés. Ils s’arment et se rendent à l’entrée de la nuit au Pont-de-Montvert, devant le château : le silence y régnait, lés portes en étaient barricadées : l’abbé, qui avait eu vent de la conjuration, s’était mis en état de résister. Il avait avec lui quelques soldats et des domestiques résolus à vendre chèrement leur vie. Mais les assaillants enfoncent les portes, et mettent le feu au château. Déjà le toit est en flammes ; l’abbé essaye de se sauver à l’aide d’une échelle de corde par une fenêtre qui donnait sur le jardin mais, en glissant, il se laisse tomber et se casse une jambe.

Néanmoins il parvient à se traîner dans une haie vive qui servait de clôture au jardin ; il y est bientôt découvert. « Allons garrotter ce persécuteur des enfants de » Dieu, » s’écrièrent les assaillants ; et craignant pour sa vie, le malheureux abbé vient se jeter aux pieds de leur chef ; en vain celui-ci voulut-il le sauver ; plusieurs de sa troupe reprochèrent à l’abbé toutes ses violences, ajoutant qu’il était temps de les expier. « Hé ! mes amis, leur criait le pauvre abbé, si je me suis damné, en voulez-vous faire de même ? » A ces mots il fut frappé. « Voilà pour ce que tu as fait souffrir à mon père ! » lui dit l’un. « Voilà pour avoir fait condamner mon frère aux galères ! » ajouta un autre. On dit qu’il reçut cent cinquante-deux blessures. Il expirait au moment où l’on arrivait à son secours.

Telle est la version protestante de la mort de l’abbé du Chayla. Voici maintenant la relation catholique d’après son biographe, M. Rescossier, doyen du chapitre de Marvejols : sur le soir, il y eut une conférence avec les autres missionnaires, dans laquelle on parla des peines du purgatoire ; et sur la fin on agita cette question : si ceux qui souffraient le martyre étaient sujets à ces peines.

Rescossier raconte que, chacun s’étant retiré dans son logis pour se coucher, on le vint avertir qu’il y avait quelques étrangers qui commençaient à arriver dans le lieu. Il crut que c’était une fausse alarme, jusqu’à ce qu’il entendit un grand tumulte de gens qui avaient investi sa maison et qui tiraient des coups de fusil contre les fenêtres. Croyant qu’ils ne demandaient que l’élargissement de quelques prisonniers qu’on avait pris dans les assemblées des fanatiques, il donna ordre qu’on les fit sortir. Ces malheureux ne virent pas plus tôt la porte ouverte qu’ils se jetèrent en foule dans la maison ; ils enfoncèrent une porte d’une salle basse où on avait dressé un autel pour y dire la sainte messe, et, ayant fait un bûcher au milieu de cette chapelle, ils y mirent le feu pour faire périr M. l’abbé dans l’incendie de cette maison. Il essaya de se sauver par la fenêtre à l’aide de ses draps de lit ; mais ces liens n’étant pas assez longs, il tomba d’assez haut. Cette chute fracassa une partie de son corps ; il se ’raina dans des broussailles, où il resta jusqu’à ce qu’il fût découvert, à la faveur de la lumière que jetait l’incendie de sa maison.

On courut sur lui ; on le traîna par la rue de ce bourg (Le Pont-de-Montvert) qui va au pont. On lui fit toutes les insultes imaginables, le prenant par le nez, par les oreilles et par les cheveux, le jetant par terre avec la dernière violence, et le relevant en même temps, vomissant mille injures atroces contre ce saint prêtre, lui disant qu’il n’était pas aussi proche de la mort qu’il pensait, qu’il n’avait qu’à renier sa religion et à commencer de prêcher le calvinisme pour se garantir du péril. Cette proposition scandalisa notre saint abbé, qui demanda à faire sa dernière prière.

On lui permit ce qu’il demandait. Alors, se jetant à genoux au pied de la croix qui est sur le pont, et élevant les mains vers le ciel, il recommanda son âme à Dieu avec une ferveur extraordinaire. Ces impies, transportés de rage de le voir à genoux au pied de cette croix, ne purent plus se retenir. Celui qui les commandait donna le signal de tirer un coup de fusil dans le bas-ventre de notre saint abbé. Alors cette troupe se jetant sur. lui comme à l’envi, et chacun voulant avoir la satisfaction de lui donner le coup de la mort, ils criblèrent tout son corps de coups de poignard. Ceux qui ont fait la vérification de ses blessures ont rapporté qu’il en avait vingt-quatre de mortelles, et que les autres étaient dans un si grand nombre, qu’on ne pouvait les compter.

L’abbé du Chayla fut enseveli à Saint-Germain-de-Calberte, dans le tombeau qu’il y avait fait préparer de son vivant ; et son convoi fut suivi de toute la population catholique des paroisses voisines du Pont-de-Montvert. On se dira qu’il aurait mieux fait de se contenter de l’emploi de missionnaire sans y joindre celui d’inspecteur ; car par là il avait aigri tous les esprits en dénonçant leurs prédicants et ceux qui assistaient à leurs assemblées, ou en faisant renfermer leurs enfants dans des séminaires et dans des couvents pour y être instruits ; mais, dit encore son biographe, peut-on nier qu’il ne soit permis à un prêtre de dénoncer ceux qui sont rebelles à l’État et à la religion ?

Tel fut le prélude de l’insurrection des camisards, l’un des événements les plus remarquables de l’histoire du XVIIe siècle. « Comparable dans son commencement à une étincelle qu’une goutte d’eau eût pu éteindre, elle s’alluma, dit un historien, au point de fixer toute l’attention de la cour, qui craignait avec raison que l’embrasement ne devînt général. » Alors, en effet, les montagnards cévenols se réunirent et s’armèrent pour la défense commune. Ils choisirent pour chefs les plus braves d’entre eux : Roland, Cavalier, Ravenel, et Catinat.

Roland s’établit dans les montagnes, et Cavalier dans la plaine. Pendant trois ans que dura cette guerre, l’on vit une poignée d’hommes mal armés, sans expérience, tenir tête à des troupes régulières, nombreuses et aguerries, commandées par des généraux habiles : Montrevel, qui se plaignait de voir sa réputation compromise avec « des gens de sac et de corde, » fut remplacé par Berwick et Villars.

Ces derniers, en ouvrant des routes à travers les Cévennes, abrégèrent la durée de cette guerre en facilitant aux troupes les abords de ces montagnes et en rendant impossibles les soulèvements des protestants. Ces routes furent en même temps un bienfait pour le pays et réparèrent un peu les souffrances que ses habitants avaient éprouvées pendant un demi-siècle ; souffrances dont le souvenir arrachait des larmes à l’évêque Fléchier, et qui n’auraient pas eu lieu si les prêtres des Cévennes avaient suivi ses sages conseils.

Quant à Jean Cavalier, le héros des camisards, après avoir traité de la paix avec le maréchal de Villars, en 1704, il passa en Angleterre, y prit du service et mourut gouverneur de Jersey.

Avant 1789, le Gévaudan avait ses états particuliers, qui chaque année s’assemblaient alternativement à Mende ou à Marvejols ; ils étaient présidés par l’évêque de Mende, qui s’y rendait assisté de son grand vicaire ; mois celui-ci n’y avait ni rang ni voix délibérative. Seulement, en l’absence de l’évêque, il présidait. Cinquante membres, y compris l’évêque président, composaient l’assemblée ; savoir : sept du clergé, vingt de la noblesse et vingt-deux du tiers état. Un chanoine, député du chapitre de Mende le dom d’Aubrac, le prieur de Sainte-Énimie, le prieur de Langogne, l’abbé de Chambons, le commandeur de Palhers et le commandeur de Gap-Francès y représentaient le clergé. Huit barons, qui entraient annuellement aux états du pays et par tour de huit en huit ans aux états généraux du Languedoc ; savoir : les barons de Toumels, du Roure, de Florac, de Bèges (auparavant de Mercoeur), de Saint-Alban (auparavant Conilhac), d’Apcher, de Peyre, de Thoras (auparavant Senarer) ; douze gentilshommes possesseurs de terres, ayant le titre de gentilhommeries ; savoir : Allenx, Montauroux, Dumont, Montrodat, Mirandal, Séverac, Barre, Gabriac, Portes, Servières, Arpajon et La Garde-Guérin, dont le possesseur prenait dans l’assemblée la qualité de consul noble de La Garde-Guerin ; tels étaient les représentants de la noblesse.

Ceux du tiers étaient : les trois consuls de Mende, soit que les états se tinssent à Mende ou à Marvejols. ; les trois consuls de Marvejols, quand les états se tenaient dans cette ville, et seulement le premier consul quand ils s’assemblaient à Mende ; un député de chacune des seize villes ou communautés. Quant aux barons et aux gentilshommes, ils pouvaient se faire représenter par des envoyés qui n’avaient pas à faire preuve de noblesse ; il suffisait qu’ils fussent d’un état honorable, tel que celui d’avocat ou de médecin. Chaque année, l’assemblée instituait ou confirmait le syndic et le greffier ; c’étaient les officiers du pays. A Marvejols, un bailli et des officiers royaux ; à Mende, un bailli et des officiers nommés par l’évêque administraient alternativement la justice du bailliage du Gévaudan. Ces deux baillis étaient alternativement commissaires ordinaires dans les assemblées du pays.

A la Révolution, le Gévaudan forma le département de la Lozère. C’était avant ce temps un pays stérile et pauvre : les habitants quittaient leurs montagnes pour aller cultiver la terre dans les provinces méridionales. Ils passaient en grandes bandes jusqu’en Espagne, dans le royaume d’Aragon.

On prétend qu’ils en rapportaient beaucoup d’argent ; mais, s’ils mettaient à contribution la paresse des Espagnols en travaillant pour eux, d’un autre côté, ils étaient peu estimés de ceux-ci, qui les regardaient comme des mercenaires et les appelaient gavachos, terme de mépris que par la suite ils ont étendu à tous les Français. Certains écrivains , grands amateurs d’étymologies, prétendent même que c’est de l’ancien nom des Gabales que les Espagnols ont formé le mot gavacho, dont ils se servent comme d’un sobriquet injurieux.

Plus tard, cependant, les montagnards des Cévennes trouvèrent dans l’industrie des ressources contre la pauvreté. Ils n’émigrèrent plus et s’occupèrent à tisser des cadis et des serges dont la renommée se répandit jusque dans les pays étrangers. « Il n’y a presque pas de paysan qui n’ait chez lui un métier sur lequel il travaille dans la saison où il ne cultive pas la terre, et surtout pendant l’hiver, qui est très long dans ces montagnes durant six mois entiers. Les enfants mêmes filent la laine dès l’âge de quatre ans. » Ainsi s’exprimait un voyageur en 1760.

Tel était encore au XIXe siècle ce pays. Vivant au milieu d’âpres montagnes, dans une contrée pauvre et aride, exposés aux atteintes d’un climat rigoureux, les cultivateurs de la Lozère, dit M. Dubois, ont nécessairement des moeurs agrestes, des habitudes rudes et grossières. Néanmoins, leur caractère est bon et simple. Ils sont naturellement doux et même affables envers les étrangers, paisiblement soumis aux autorités qu’ils respectent, remplis de vénération et de dévouement pour leurs parents qu’ils aiment.

Leur vie est alors laborieuse et pénible. La plupart ont à lutter contre la stérilité naturelle du pays qui les environne. Leur nourriture est simple et frugale : elle Se compose de laitage, de beurre, de fromage, de lard, de vache salée, de légumes secs, de pain de seigle. Ils y joignent des pommes de terre ou des châtaignes. Leur boisson habituelle est l’eau de source ; mais on les accuse d’aimer le vin et de se laisser aller à l’ivrognerie quand les foires ou d’autres occasions les conduisent dans les villages où se trouvent des cabarets. Leurs habitations, généralement basses et humides, sont incommodes et malsaines. Les trous à fumier qui les avoisinent répandent à l’entour des miasmes putrides.

Les cultivateurs sont fort attachés à leur religion et aiment les cérémonies religieuses : tous, catholiques et protestants, ont un égal respect pour les ministres de leur culte. Ils conservent aussi avec ténacité leurs vieilles habitudes, tiennent a leurs préjugés, à leur routine agricole, au costume grossier qu’ils portent depuis leur enfance. Ils sont peu empressés de changer, même quand leur intérêt doit profiter du changement. Leur lenteur, leur apathie et leur indifférence suffisent pour raire avorter tous les projets d’améliorations.

Les jeunes gens ont un grand attachement pour leur village : ils se soumettent avec répugnance à la loi qui les astreint au service militaire, et le département est un de ceux où l’on compte le plus de retardataires ; néanmoins, lorsqu’ils ont rejoint leur bataillon, ils se montrent soldats intrépides et disciplinés. Ils sont d’abord très propres aux fatigues de la guerre, étant d’une constitution forte et d’un robuste tempérament.

Au XIXe siècle, les habitants des villes ont plus d’aménité dans le caractère que les habitants des campagnes ; comme eux, ils sont économes et laborieux et cependant hospitaliers et charitables. Les habitants de la Lozère ont généralement de l’intelligence, de l’esprit naturel et un jugement sain. S’ils paraissent moins cultiver les lettres et les arts, du moins réussissent-ils mieux dans l’étude des sciences naturelles et mathématiques.

 

 


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