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Coutumes, Traditions

Origine, histoire des coutumes, traditions populaires et régionales, fêtes locales, jeux d’antan, moeurs, art de vivre de nos ancêtres


Fête de l’être suprême
au Champ de Mars à Paris
(D’après « Les fêtes célèbres », paru en 1883)
Publié le lundi 18 janvier 2010, par LA RÉDACTION

 
 

Le 18 floréal de l’an II (7 mai 1794), la Convention, sur la proposition de Robespierre, avait adopté par acclamation un décret dont l’article 1er était ainsi conçu : « Le peuple français reconnaît l’existence de l’Être Suprême et de l’immortalité de l’âme. » L’Assemblée avait ordonné en même temps qu’une fête solennelle à l’Être Suprême serait célébrée le 20 prairial (8 juin), et en avait confié le plan au peintre David. Robespierre, nommé président de la Convention le 16 prairial, était par cela même investi du premier rôle dans la fête.


La fête de l’Être Suprême au Champ de Mars
le 20 prairial de l’an II, par Pierre-Antoine Demachy
Le 20 au matin, le soleil brillait de tout son éclat. Dès les premières heures du jour, les détonations de l’artillerie annoncèrent la solennité ; des drapeaux tricolores, des guirlandes de fleurs ou de verdure ornaient les façades de toutes les maisons. La foule accourait, toujours prête à assister aux représentations que lui donne le pouvoir. Des colonnes d’hommes, de femmes et d’enfants, parties de leurs sections respectives, se rendaient au jardin des Tuileries, nommé alors Jardin national.

Robespierre se fit attendre longtemps ; il parut enfin au milieu des membres de la Convention qui, précédés d’un corps de musique nombreux, sortirent du palais des séances par le pavillon de l’Horloge et prirent place sur un vaste amphithéâtre élevé dans le jardin. Robespierre était soigneusement paré ; il portait un habit violet, un chapeau surmonté d’un panache ; il était ceint d’une écharpe tricolore et tenait à la main, comme tous les représentants, un bouquet de fleurs, de fruits et d’épis de blé. Sur son visage, habituellement sombre, éclatait une joie qui ne lui était pas ordinaire.

A droite et à gauche de l’amphithéâtre occupé par la Convention se trouvaient plusieurs groupes d’enfants, d’hommes, de vieillards et de femmes. Les enfants étaient couronnés de violettes, les adolescents de myrte, les hommes de chêne, les vieillards de pampre et d’olivier. Les femmes tenaient leurs filles par la main et portaient des corbeilles de fleurs. Vis-à-vis de l’amphithéâtre, au centre du bassin circulaire situé dans le parterre, s’élevait un groupe de figures représentant l’Athéisme, l’Ambition, l’Égoïsme, la Discorde et la fausse Simplicité, qui à travers les haillons de la misère laissaient apercevoir les ornements et les décorations des esclaves de la royauté.

Maximilien Robespierre (1758-1794)
Maximilien Robespierre (1758-1794)
Dès que la Convention eut pris place, une symphonie se fit entendre. Le président, placé au point culminant de l’amphithéâtre, fit ensuite un premier discours sur l’objet de la fête, en exhortant son auditoire à rendre hommage à l’Auteur de la nature. Après avoir parlé quelques minutes, le président descendit de l’amphithéâtre, saisit une torche allumée et s’avança vers le groupe de figures allégoriques, auxquelles il mit le feu. Elles disparurent dans les flammes, et au milieu de leurs cendres parut la statue de la Sagesse ; mais on pouvait remarquer qu’elle était noircie par la fumée d’où elle sortait. Robespierre retourna à sa place et prononça un second discours sur l’extirpation des vices ligués contre la République. Après cette première cérémonie, on se mit en marche pour se rendre au Champ de Mars, alors nommé Champ de la Réunion.

Le cortège était composé de corps de cavalerie, d’infanterie, de musique, de tambours et de différents groupes d’hommes et de femmes des sections. En tête de la Convention marchait Robespierre, dont l’orgueil semblait redoubler aux applaudissements de quelques spectateurs et aux cris de « Vive Robespierre ! » que des enthousiastes poussaient autour de lui. Il affectait de marcher très en avant de ses collègues ; mais quelques-uns, indignés, se rapprochèrent de sa personne et lui prodiguèrent les sarcasmes les plus amers.

Les uns se moquaient du nouveau pontife : « Voyez-vous comme on l’applaudit ? Ne veut-il pas faire le Dieu ? N’est-il pas le grand prêtre de l’Être Suprême ? » D’autres, faisant allusion à la statue de la Sagesse qui avait paru enfumée, lui dirent que sa sagesse était obscurcie. D’autres firent entendre le mot de tyran, et s’écrièrent « qu’il est encore des Brutus ». Bourdon de l’Oise lui dit ces mots : « La roche Tarpéienne est près du Capitole ».

Le cortège arriva enfin au Champ de Mars. Là se trouvait, au lieu de l’ancien autel de la Patrie, une montagne construite et peinte avec goût et d’un bel effet. Au sommet était un arbre. La Convention s’assit sous ses rameaux. De chaque côté de la montagne se plaçaient les musiciens et les groupes de femmes, d’enfants, de vieillards, comprenant deux mille quatre cents individus choisis par les quarante-huit sections de Paris.

La " montagne " construite et peinte pour la fête
La " montagne " construite et peinte pour la fête
Une symphonie commença ; les groupes chantèrent ensuite des strophes dont Chénier avait composé quelques-unes ; enfin, à un signal donné, les adolescents tirèrent leurs épées et jurèrent, dans les mains des vieillards, de défendre la patrie ; les femmes élevèrent leurs enfants dans leurs bras ; tous les assistants levèrent les bras vers le ciel, et les serments de vaincre se mêlèrent aux hommages rendus à l’Être Suprême. Après cette scène, accompagnée du roulement des tambours et des salves de l’artillerie, le cortège retourna au jardin des Tuileries, et la fête se termina par des jeux publics.

Telle fut la fameuse fête célébrée en l’honneur de l’Être Suprême. Robespierre, en ce jour, était parvenu au comble des honneurs ; mais il n’était arrivé au faîte que pour en être précipité. Son orgueil avait blessé tout le monde. Les sarcasmes étaient parvenus jusqu’à son oreille, et il avait vu chez quelques-uns de ses collègues une hardiesse qui ne leur était pas ordinaire.

 

 


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