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Mode, Costumes

Variations des costumes depuis les Gaulois jusqu’au XIXe siècle. Histoire du costume, vêtement, coiffures, chaussures. Mode vestimentaire


XIVe siècle (Costumes des hommes au)
(D’après un article paru en 1846)
Publié le dimanche 17 janvier 2010, par LA RÉDACTION

 
 

L’an 1300 ne vit, ni en France, ni dans les autres pays de l’Europe, le costume changer subitement de ce qu’il était les années précédentes. Après le règne de saint Louis, le costume civil éprouva diverses modifications auxquelles il se tint assez longtemps pour qu’il n’y ait pas de distinction à établir entre le vêtement usité à la fin du treizième siècle et celui des premières années du quatorzième.

Les innovations que nous avons à signaler portèrent plutôt sur l’étoffe que sur la forme des habits. On laissa au vieux costume du Moyen Age sa coupe, son ampleur et ses beaux plis, dernier vestige de l’Antiquité ; mais on le surchargea de doublures, de fourrures, de galons, enfin de tous les raffinements que la simplicité des ancêtres avait ignorés. Quant aux modestes tissus de fil et de laine fabriqués par l’industrie nationale, on les abandonna pour les draps fins dont la Flandre commençait à couvrir les marchés de l’Europe, pour les velours et les soies damassées que Venise et Gênes apportaient de l’Orient.

Vers 1280, l’habillement des clercs, bourgeois et nobles, se composait de six pièces indispensables : les braies, les chausses, les souliers, la cotte, le surcot ou cotte-hardie, et enfin le chaperon. A cela les élégants ajoutaient, sur le corps, la chemise ; sur les épaules, le manteau ; le chapeau ou le fronteau sur la tête.

Le sire de Joinville, habillé de ses armoiries, d'après un manuscrit d'environ 1330 (Jean de Joinville, Histoire de saint Louis, de Wailly)
Le sire de Joinville, habillé de ses armoiries,
d’après un manuscrit d’environ 1330
(Jean de Joinville, Histoire
de saint Louis, de Wailly)
Les braies ou brages étaient un caleçon, ordinairement de tricot, quelquefois d’une étoffe de laine ou de soie, quelquefois même de peau. Nos pères tenaient des vieux Gaulois cette partie de l’habillement ; seulement les braies gauloises descendaient jusqu’à la cheville, tandis que celles du treizième siècle n’allaient pas plus bas que le jarret. On les ceignait sur les hanches au moyen d’un ceinturon à demeure appelé le braïer. Il est souvent question du braïer dans les romans de chevalerie, à cause d’une expression consacrée chez les trouvères pour dépeindre un combattant pourfendu. Ils disent de celui qui a subi cette opération, qu’il est tranché jusqu’au neu del braïer, séparé en deux jusqu’à la rosette du ceinturon.

Par chausses, on entendait ce que nous appelons aujourd’hui des bas. On appareillait l’étoffe et la couleur des chausses à celles des braies. On les faisait tenir sur la jambe en rabattant par-dessus la partie inférieure des braies qui s’y nouaient par un cordon. Cette particularité est prouvée par un changement que Charles V permit aux chaussetiers de faire à leurs statuts, en raison précisément de ce que la mode ancienne d’attacher les braies aux chausses à un nouet par devant venait d’être remplacée par quelque chose de plus propre à dissimuler l’attache des deux pièces.

Les souliers étaient de divers cuirs dont les qualités se rapportaient soit à la basane, soit au cordouan. La dénomination de basane s’étendait à tous les cuirs communs ; celle de Cordouan ou cuir de Cordoue était réservée à la peau que nous appelons maroquin. Les Arabes d’Espagne avaient appris aux Occidentaux le secret de cette préparation dont les produits étaient l’objet d’une consommation immense. On voit par les fournitures de ce temps-là, dont les factures se sont conservées, que le cordouan était le plus souvent blanc, pourpre ou doré. Cette substance étant réputée précieuse, les ouvriers qui la travaillaient auraient eu honte de mettre la main aux cuirs communs ; aussi l’industrie de la chaussure était-elle partagée entre les cordouanniers et les basaniers. Au-dessous de ces deux corporations une place était encore réservée aux savetiers, qui, d’après les règlements alors en vigueur, ne pouvaient absolument travailler que le vieux.

Figure d'un grand seigneur habillé du manteau à collier, d'après une miniature du commencement du XIVe siècle (Willemin, Documents inédits, tome I)
Figure d’un grand seigneur
habillé du manteau
à collier, d’après
une miniature du commencement du
XIVe siècle (Willemin,
Documents inédits, tome I)
Pour ce qui est de la forme des souliers, on les faisait pointus. C’était toujours la vieille mode des poulaines ou pointes polonaises introduites dans l’Europe depuis près de 300 ans et dont, au commencement, l’Église s’était si fort scandalisée qu’elle l’avait mise presque au rang des hérésies. Depuis, le goût public s’était amendé relativement à la longueur des pointes ; mais le système était resté en honneur, n’attendant qu’un relâchement dans la surveillance exercée contre lui, pour retomber dans ses premiers errements. A la faveur de contestations survenues du temps de Philippe le Bel entre l’Eglise et l’Etat, les poulaines s’allongèrent insensiblement. Dès l’année 1312, les religieux de Saint-Victor de Marseille les prohibèrent dans leurs domaines. Ce n’est qu’une vingtaine d’années plus tard qu’elles prirent dans le Nord une extension assez prononcée pour rendre nécessaire l’intervention de l’autorité royale.

Outre les souliers, il y avait encore les estiviaux, espèces de brodequins à l’usage des élégants. Ils n’étaient pas de cuir, mais de velours, de brocard ou de quelque autre étoffe de soie. Une telle chaussure, qui ne pouvait convenir que par un temps sec, était nécessairement d’un usage plus fréquent l’été que l’hiver, et de là sans doute la dénomination qu’elle avait reçue.

La cotte correspondait à la tunique des anciens. C’était une blouse à manches ajustées. Les manches en étaient la seule partie apparente, attendu que le corsage et la jupe disparaissaient entièrement sous le surcot. Surcot équivaut à cotte de dessus. Le nom seul de cette pièce indique donc quel en était l’usage. Il est moins facile d’expliquer la dénomination de cotte hardie qui prévalut au quatorzième siècle et finit par se substituer à celle de surcot. La forme de ce vêtement était celle d’une grande robe taillée droite et fermée comme un fourreau. Des fentes étaient disposées autour de l’encolure, sur les épaules et sur la poitrine, pour faciliter le passage de la tête lorsqu’on mettait son surcot ; car il fallait s’y prendre comme font les femmes pour passer leurs robes. Ces fentes, garnies de boutonnières et de boutons, se fermaient ensuite. D’autres fentes pratiquées par le bas avaient eu primitivement pour objet d’assurer la liberté de mouvement des jambes, soit qu’on eût à courir, soit qu’on voulût monter à cheval. Plus tard, la mode fit de ces ouvertures l’endroit important de l’habit, celui par où se montraient les fourrures de prix ou les riches satins employés pour le doubler.

Chevalier alsacien, d'après un tombeau de la première moitié du XIVe siècle (Schoepflin, Alsatia illustrata, tome II)
Chevalier alsacien,
d’après un tombeau
de la première moitié
du XIVe siècle
(Schoepflin, Alsatia
illustrata, tome II)
Le goût des fourrures a été la folie du quatorzième siècle. Il suffisait que la moindre doublure en poil étranger coutât des sommes équivalant à plusieurs milliers de nos francs, pour que tout homme à son aise voulût y atteindre ; car, qui n’eût pas été flatté de montrer qu’il pouvait porter une fortune à l’envers de son habit ? Les statuts de la noble corporation des fourreurs défendaient de la manière la plus expresse l’accouplement sur une même pièce de deux peaux de différente qualité. Se soustraire à cette prescription, c’eût été d’abord violer le serment aux statuts, serment prêté sur l’Évangile par chacun des confrères ; en second lieu, on eût encouru une forte amende et la confiscation de la pièce déclarée défectueuse par un jury qui surveillait continuellement les produits du métier.

Les surcots étaient sans manches ou avec des demi-manches larges qui descendaient un peu plus bas que le coude, ou enfin garnis aux épaules de fausses manches qui retombaient comme les ailes d’un surplis. Ces accessoires participaient au luxe des fourrures étalé sous la jupe. L’étoffe ordinaire du surcot était le drap, drap écarlate ou vermeil (cramoisi) de Bruxelles, qui était le sedan de ce temps ; drap pers (bleu foncé) de Rouen et de Montivilliers, tanné (rouge saumon) de Louvain, camelin d’Estanford (long poil anglais), marbré de Flandre (drap analogue à nos fantaisies chinées et moirées), etc.

Pour les moins riches, la tiretaine et la futaine remplaçaient ces lainages qui étaient d’un prix élevé, surtout ceux de Bruxelles. Les grands seigneurs assortissaient la couleur de leur drap à celle du champ de leurs armes, puis faisaient broder par-dessus les pièces de leur blason en fil de soie, d’or ou d’argent. C’était là une belle décoration ; mais il n’y avait guère que les princes et les barons tenant cour qui se la permissent.

L’étiquette qui commençait à s’établir ne tolérait pas qu’on fit parade de ses armoiries ailleurs qu’en bataille, chez soi ou chez ceux dont on était l’égal. Les nobles qui fréquentaient les grandes maisons (et ce cas était celui du plus grand nombre), ces clients de la féodalité qui se disaient aux robes de tel ou tel, parce que celui dont ils subissaient le patronage était tenu de les entretenir de surcots et de manteaux, ceux-là n’étalaient jamais leur blason sur leur poitrine ; mais ils portaient la couleur préférée du maître, ainsi que le drap et la fourrure qu’il avait choisis et payés. Un tel uniforme s’appelait la livrée à cause de la livraison qui s’en faisait deux fois par an. Le mot est resté dans la langue avec une autre acception, mais qui tient de trop près au sens primitif pour qu’on n’en saisisse pas le lien.

 

 


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