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Lieux d’Histoire

Origine, histoire de nos villes, villages, bourgs, régions, châteaux, chapelles, moulins, abbayes, églises. Richesses historiques de France


Notre-Dame-de-Paris (Paris)
(D’après un article paru en 1833)
Publié le samedi 16 janvier 2010, par LA RÉDACTION

 
 

L’obscurité qui enveloppe les commencements de notre histoire s’étend également sur l’origine de Notre-Dame. Il est difficile de découvrir, au milieu des récits contradictoires que l’on trouve dans nos anciens historiens, quel fut le saint ou le roi qui jeta les fondations de cette église. On rencontre beaucoup de fictions ; on se perd dans une foule de conjonctures.

Ainsi, les uns prétendent que saint Denis posa la première pierre de l’église Notre-Dame. Est-ce dans la cité, est-ce dans les faubourgs ? c’est ce qu’ils ne décident pas. Lui donna-t-on d’abord le nom de Notre-Dame ou celui de Saint-Denis du Pas ? c’est ce qu’ils ignorent. Or, tout porte à croire que l’intervention de saint Denis dans la construction de cette église doit être complètement écartée.

En effet, Grégoire de Tours nous apprend que saint Denis est venu à Paris lorsque cette ville n’était encore que « Lutèce, entourée de la Seine, située dans une île peu étendue, où l’on aborde des deux côtés par des ponts en bois, » comme dit Julien, dans le IIIe siècle, sous l’impérialat de Dèce.

Dans ce temps, Paris avait pour pontifes les Druides ; pour cérémonies religieuses, des sacrifices humains ; pour foi, l’idolâtrie et la haine du christianisme. Saint Denis et ses néophytes ne pouvaient célébrer les saints mystères que dans des souterrains, dans des endroits écartés de la ville, appelés cryptes, que l’on suppose avoir été dans l’emplacement où se trouve le quartier Saint-Germain-des-Pré : il est donc très peu probable que les Gaulois, qui auraient sacrifié les chrétiens sur l’autel des Druides, eussent toléré la construction d’une église catholique dans l’enceinte même de la ville naissante.

Il est certain que les persécutions cessèrent au IVe siècle, que plusieurs églises chrétiennes avaient été agglomérées dans l’île de Paris, et il est probable qu’une d’entre elles prit le vocable de Sainte-Marie. Cette probabilité prend tous les caractères d’une certitude, par l’existence de plusieurs titres authentiques.

Notre-Dame-de-Paris
Notre-Dame-de-Paris
Ainsi, vers la fin du IVe siècle, Childebert fait donation, dans une charte, de la terre de Celle, près Montereau-Faut-Yonne, à l’église-mère de Paris dédiée en l’honneur de Sainte-Marie ; ce qui prouve que cette église fut bâtie sous la première race de nos rois.

Dans la vie de saint Cloud, VIe siècle, ce saint fait donation de son monastère à l’église-mère, c’est-à-dire de Sainte-Marie ; enfin Frédégonde se retira dans l’intérieur de la basilique dédiée en l’honneur de Sainte-Marie. Sous Philippe-Auguste, Maurice de Sully fit construire, sur les fondations existantes, le chœur de l’église élevé en face de la rue nouvelle qui reçut et a gardé le nom de rue Notre-Dame. Cette rue fut célébrée par le poète Guillot, du XIIIe siècle, dans son Dictionnaire des rues de Paris :

Puis en la cité promptement
M’en vins après, privéement
La rue du Sablon par m’ame,
Puis rue Neuve de Notre-Dame.

En 1182, le grand autel fut consacré quatre jours après la Pentecôte ; une inscription, trouvée sur les pierres du portail des croisées, prouve qu’en 1257 on y travaillait encore, et ce ne fut qu’au XIVe siècle qu’elle fut terminée. Donc on mit plus de trois siècles à élever ce monument ; la religion du Christ était en France depuis dix siècles.

La forme de cette église est, dans l’intérieur, une croix latine. C’est un monument gothique, et qui présente à l’extérieur le caractère distinctif de l’architecture des Goths, par les arcs-boutans disposés à partir de la tour des cloches, contre-boutés au dehors sur les voûtes, et qui opposent leur résistance aux efforts de la poussée. La façade a été élevée sous Philippe-Auguste ; elle est terminée par deux tours carrées.

Au-dessus des trois portes du portail du milieu, avant la révolution de 93, vingt-sept statues des rois de France figuraient sur une seule ligne ; le premier était Childebert ; le dernier, Philippe-Auguste ; on y voyait Pepin-le-Bref assis sur un lion. Enfin, sous les deux niches qui séparent le portail milieu des deux portails étaient deux statues : la Foi et la Religion.

Un gentilhomme de Chartres avait adopté tout un système sur l’ensemble de cette façade. Ce gentilhomme, nommé Gobineau de Montluisant, y trouvait l’histoire complète de la science hermétique.

Portail-milieu de Notre-Dame
Portail-milieu de Notre-Dame
Ainsi, le Père éternel, étendant ses mains sur deux anges, c’était le créateur tirant du néant le souffle incombustible et le mercure de vie. Au portail à droite, le triomphe de saint Marcel ayant sous les pieds le dragon, c’était la découverte de la pierre philosophale ; car les deux éléments, le fixe et le volatil, était représentés par la gueule et la queue du dragon.

Il nous est impossible d’admettre ces explications, et malheureusement il n’existe aucune description raisonnable des dessins bizarres du portail milieu. La forme de ce portail est une voûte sans péristyle et sans escalier. Les assises contenaient les deux statues dont nous avons parlé, et maintenant sont vides. Le sol, tout porte à le croire, a été exhaussé, car les traditions nous apprennent qu’il y avait un certain nombre de marches dans toute la largeur de l’église.

Au-dessus de la porte se trouvent trois subdivisions en bas-reliefs. Le père éternel est au sommet ; deux anges sont à ses côtés. Cette composition est gracieuse. La seconde subdivision représente un diable traînant, par une chaîne dont les anneaux sont d’une forme oblongue, une foule d’hommes et de femmes, qui, probablement, sont la personnification des crimes et des vices. La figure de ce diable est vraiment satanique ; il a un corps et des jambes de lion. Au dessous, se trouvent des figures sans expression de saints et de saintes, qu’il eût été inutile de représenter ici.

Six bas-reliefs sont à droite, dans la voussure, et semblent consacrés au triomphe de l’Enfer. Notre seconde gravure en est une représentation aussi fidèle qu’il était possible de l’entreprendre. Nous avons exagéré le frustre ; il le fallait, car on ne saurait vraiment imiter le dérèglement incroyable d’imagination de l’artiste qui a sculpté les scènes de ces bas reliefs.


Des diables hideux, des reptiles, des flammes, des chevaux, des corps mêlés, des prêtres, des rois et des reines, des enfants égorgés, d’atroces expressions de douleurs, des rires infernaux, quelques figures calmes, des tortues ridicules ou obscènes : voilà les souvenirs dont on est suivi, après avoir longtemps considéré, au parvis Notre-Dame, ce mélange bizarre d’instruments de supplice, de fourches et de corps enlacés.

Siècles étranges que ceux où la poésie religieuse, descendant de la chair sacrée, entraînait à la piété par des prédications en partie sublimes ou grotesques, par des apostrophes du plus terrible tragique ou du comique le plus trivial ; et, à la porte même du temple, préparait le peuple des fidèles à ces drames inouïs, en suspendant sur sa tête, à côté des images pures et naïves de la cour céleste, les contes infâmes du sabbat !

 

 


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