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16 septembre 1803 : mort du marin, explorateur et naturaliste Nicolas Baudin - Histoire de France et Patrimoine


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Éphéméride, Calendrier

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16 septembre 1803 : mort du marin,
explorateur et naturaliste
Nicolas Baudin
(D’après « L’expansion française dans le Pacifique
de 1800 à 1842 » paru en 1953, « Nicolas Baudin, marin et explorateur,
ou le mirage de l’Australie » paru en 2002,
« Les marins rochelais : notes biographiques » édition de 1906
et « Les gloires maritimes de la France. Notices biographiques sur
les plus célèbres marins, découvreurs, astronomes, ingénieurs,
hydrographes, médecins, administrateurs, etc. » paru en 1866)
Publié / Mis à jour le lundi 21 août 2017, par LA RÉDACTION


 
 
 
Explorateur et botaniste, Nicolas Baudin fait ses premières campagnes sur des bâtiments de commerce avant de se distinguer comme capitaine de haut bord dans trois expéditions botaniques, le point d’orgue de sa carrière étant un voyage décidé par Bonaparte visant à reconnaître les côtes australiennes

« Le dix neuf février mil sept cent cinquante quatre a esté baptisé Nicolas Thomas, né d’avant-hier, fils légitime du Sieur François Baudin, marchand, et de Dame Suzanne Guillobé », lit-on dans le registre de la paroisse de Saint-Martin-de-Ré.

Au milieu du XVIIIe siècle, l’île de Ré jouissait encore de privilèges fiscaux hérités du Moyen Age. Elle était le lieu de cabales religieuses entre protestants et catholiques. Elle avait érigé des fortifications et formé des milices pour résister aux débarquements anglais. Elle gisait dans l’Atlantique, à quelques encablures du port de La Rochelle, couverte de vignes, quadrillée de marais salants, dotée de ports internationaux hauts en couleurs et en parfums, peuplée de militaires et de négociants parlant le hollandais ou le créole de Saint-Domingue. C’est dans ce microcosme rebelle au continent mais ouvert au grand large que grandit Nicolas Baudin.

Il commença sa carrière en 1775 comme cadet dans les troupes coloniales formées à Saint-Martin. En 1776 on l’affecta au régiment de Pondichéry avec le grade de sous-officier et la fonction de fourrier. Deux ans plus tard, à 24 ans, il était aux Amériques où la France de Louis XVI, aidée de l’Espagne, soutenait la guerre d’Indépendance des futurs États-Unis contre l’Angleterre. Baudin attendait impatiemment une promotion lorsque la marine de Rochefort, grand port militaire fondé par Colbert, lui confia enfin le commandement d’une frégate chargée de l’escorte de convois. Mais le comte d’Hector, commandant la marine à Brest, le lui retira au profit d’une de ses connaissances personnelles. Au népotisme qui de tout temps sévit, s’ajoutait sous le règne de Louis XVI, comme condition préalable à l’obtention du grade supérieur d’officier « rouge », l’obligation de prouver aux généalogistes du roi son appartenance à la noblesse.

Nicolas Baudin. Portrait dessiné d'après nature par Joseph Jauffret et gravé par André-Joseph Mécou
Nicolas Baudin. Portrait dessiné d’après nature par Joseph Jauffret
et gravé par André-Joseph Mécou

Quels que fussent leurs mérites, les officiers « bleus » recrutés au commerce pour servir l’État en période de guerre, étaient condamnés à redevenir de simples marchands en période de paix. Ni une lettre du ministre de la Marine Sartine exhortant en 1778 les officiers nobles à « ne retirer aucun avantage de leur naissance » contre leurs auxiliaires roturiers, ni une ordonnance d’octobre 1782 visant à assouplir ce régime injuste, ne parvinrent à supprimer les distinctions sociales superposées sur la hiérarchie militaire. La fierté toute rétaise de Nicolas Baudin s’en accommoda mal. II quitta brutalement la marine royale pour servir dans la marchande. En effet, le négoce était considéré sur l’île de Ré aussi honorablement que chez les Anglais.

Au cours des années suivantes Nicolas Baudin sillonna tous les océans du monde, transportant ici du poisson séché, là des esclaves, le commerce du bois d’ébène n’ayant pas encore été aboli. En négociant accompli, il connaissait parfaitement les Indes, la Chine et les lointaines « mers du Sud ». En 1787 il se lia d’amitié avec Franz Boos, jardinier attitré de l’empereur d’Autriche, qui avait la charge des jardins de Schoënbrunn. Boos attendait au cap de Bonne-Espérance un transport pour l’île de France (actuelle fie Maurice), afin d’y rencontrer son collègue Jean-Nicolas Céré qui s’occupait des jardins du roi.

Depuis les promenades solitaires et herborisantes de Jean-Jacques Rousseau la botanique était à la mode. En Europe paraissaient les premiers ouvrages techniques sur les collectes de plantes en terres lointaines et leur conservation en mer. Avec les recommandations de Céré et l’accord du ministre de la Marine Castries, Nicolas Baudin reconduisit Franz Boos et sa collection en Autriche. Déçu par la marine militaire, nourri par la marchande, Baudin conçut au contact de Boos une passion autodidacte pour la science naturelle.

Joseph II se montra moins ingrat que Louis XVI : en 1792 il promut Baudin capitaine de vaisseau pour une mission particulière qui consistait à rapatrier Georg Scholl, l’assistant de Boos resté malade en Afrique du Sud. Le service en pays étranger était une pratique courante quoique dangereuse en ces temps agités où se succédaient les revirements d’alliances.

Ainsi donc éclata une guerre entre la France et l’Autriche et Nicolas Baudin se trouva dans une situation diplomatique inconfortable. Cependant, tranquillisé sur la neutralité de la science par le vice-chancelier autrichien et par Monge, nouveau ministre de la Marine française, il repartit sur la Jardinière, au gré de son inspiration et des vents, commerçant, herborisant, surveillant à l’occasion les activités de l’ennemi anglais. Il frôla l’Australie, oublia plus ou moins Scholl au cap de Bonne-Espérance dans les parages duquel une tempête finit par naufrager son vaisseau. En 1795 il décida de regagner la France sur un navire américain pour y demander sa réintégration dans la marine militaire.

On était à présent en république. Mais soit que les préjugés eussent survécu à la royauté, soit que le profil atypique de Nicolas Baudin suscitât la méfiance, le citoyen ministre de la Marine Truguet estima pouvoir se passer encore des services de l’intrépide Rétais. Le projet qu’il avait envoyé au ministre s’inscrivait dans la pure tradition de guerre de course affectionnée par les marins rochelais. Baudin, dont l’île fut plus d’une fois occupée par « l’ennemi héréditaire », proposait en effet de harceler les convois anglais sur une route maritime au large de Sainte-Hélène. Mais Truguet se montra dubitatif et Baudin, oubliant ses velléités guerrières, alla frapper à une autre porte, celle du Muséum d’histoire naturelle de Paris.

C’est le naturaliste qui cette fois s’adressait au directeur Antoine-Laurent de Jussieu. Entre 1792 et 1795, en fervent émule de Boos, Baudin avait rassemblé une vaste collection de plantes et d’animaux exotiques qu’il avait laissée aux Antilles. Il offrait de la rapporter, pour la gloire de la science française et peut-être pour la sienne. Jussieu fut enthousiasmé. Truguet préféra aussi cette mission plus pacifique. À bord de la Belle Angélique, Baudin et une petite équipe de savants gagnèrent la mer des Caraïbes où, en 1796, se perpétuaient les batailles navales entre la France et l’Angleterre.

Malgré un passeport international destiné à les protéger, ils connurent quelques péripéties avant de pouvoir ramener la superbe collection qui enchanta le monde scientifique et donna à Nicolas Baudin la notoriété dont il rêvait. Le 5 août 1798, le nouveau ministre Bruix le nomma capitaine de vaisseau de la marine républicaine. Baudin avait quarante-quatre ans. Grâce aux changements consécutifs à la Révolution, l’obscur négociant rétais s’élevait enfin au rang des officiers rouges, honneur qu’il revendiquait avec détermination depuis vingt-deux ans.

Galvanisé par son succès, Baudin soumit à Bruix un projet de circumnavigation destiné à rassembler des spécimens sur tous les continents autres que l’Europe : issu du siècle des Lumières, son ambition était encyclopédique. Quant aux savants parisiens, ils étaient enchantés à l’idée de posséder un musée unique au monde. Mais, malgré un plan de modernisation lancé en 1786, la marine française avait essuyé de si nombreux revers depuis 1792, que la Révolution se désintéressait du pouvoir naval. Faute de crédits suffisants, le Directoire annula les préparatifs que le capitaine rétais menait déjà de main de maître.

Le Géographe et le Naturaliste, navires de l'expédition Baudin pour les terres australes
Le Géographe et le Naturaliste, navires de l’expédition Baudin pour les terres australes

Partant du Havre le 9 vendémiaire an IV (1er octobre 1795) et porteur d’un sauf-conduit accordé par le gouvernement anglais, Nicolas Baudin parcourut les Antilles. Le 9 novembre 1799 eut lieu le coup d’État dit du 18 brumaire de l’an VIII, selon le calendrier révolutionnaire inventé par Romme et Fabre d’Églantine. Au début du Consulat florissaient les sociétés savantes, dont le fameux Institut national en remplacement des académies royales. Napoléon lui-même siégeait dans ce « temple » de la science républicaine, ce qui permettait en retour aux célèbres savants de l’époque d’exercer une certaine influence politique.

Au printemps 1800, Sa campagne de 1795 ayant été non moins fructueuse pour la science que les précédentes, Nicolas Baudin revint à l’attaque au printemps 1800, alors qu’il était âgé de quarante-six ans. Devant un panel de notoriétés parmi lesquelles Jussieu, Cuvier, Lacépède, Monge, Bougainville, il exposa à nouveau son grand projet de 1798 remanié. Grâce aux savants qui l’avaient soutenu deux ans plus tôt avant de voir leurs espoirs déçus, Baudin obtint en mars un entretien avec le Premier Consul qui aima le projet et donna son accord.

L’opportuniste Rétais avait su saisir l’instant précis où il pouvait entrer dans l’histoire maritime et scientifique de la France. Survint cependant une modification d’importance : on décida de rompre avec la tradition des tours du monde chère au siècle des Lumières pour cibler cette terre australe encore fort mal connue des Français appelée Nouvelle-Hollande, bientôt rebaptisée Australie par les Anglais. Peut-être Napoléon se souvenait-il de Charles de Brosses qui écrivait en 1756 : « L’entreprise la plus grande que puisse faire un souverain, la plus capable d’illustrer à jamais son nom, est la découverte des terres australes » (Histoire des navigations aux terres australes).

Certes l’expédition avait une forte teneur scientifique. Cependant, après la perte de son empire colonial et face à l’arrogance navale de la Grande-Bretagne, il fait peu de doute que Nicolas Baudin eût à observer, outre mollusques et papillons, les agissements des Anglais qui avaient déjà fondé la colonie pénitentiaire de Sydney. Le même de Brosses n’ajoutait-il pas : « Comment douter qu’une aussi vaste étendue de pays ne fournisse, après la découverte des objets de curiosité, des occasions de profits, peut-être autant que l’Amérique en offrait dans sa nouveauté ? »

Ainsi, Nicolas Baudin partit du Havre le 18 octobre 1800 — il dut revenir à cause de vents contraires et quitta en réalité le Havre le lendemain — sur la corvette le Géographe, ayant sous ses ordres Hamelin, commandant du Naturaliste ; avec eux étaient le naturaliste Péron, et deux jeunes officiers de mérite, les frères Freycinet. Il suivit la route ordinaire aux Indes par le cap de Bonne-Espérance. Dans ce voyage, on releva la vaste baie des Chiens marins (Sharks bay), ainsi appelée par Dampier qui n’eut pas le temps d’en reconnaître la configuration ni l’étendue ; les deux havres Hamelin et Freycinet, séparés par la péninsule Péron, la haie du Géographe, le cap Naturaliste et la terre de Bonaparte ou de Baudin. Arrivé à Port-Jackson, il s’y reposa quelque temps, puis en partit pour aller visiter le détroit par la suite découvert par l’Anglais Bass, car on y marqua au nord-est de Van-Diémen un autre cap Naturaliste.

« Après de périlleuses et magnifiques explorations, écrit Albert de Montémont, il fallut, le 4 juin 1802, par suite de l’épuisement de l’équipage, aller prendre une nouvelle relâche au port Jackson dans la baie Botanique, non pas en repassant le détroit de Bass, comme c’eût été le chemin le plus court, mais en cherchant l’extrémité méridionale de la terre de Van-Diémen. Le 20 mai, on reconnut l’entrée de la baie de l’Aventure et les hautes colonnes du cap Cannelé, en avant duquel se projette l’île aux Pingouins. »

Alors le capitaine Baudin entreprit de reconnaître toutes les côtes de la Nouvelle-Hollande, à partir du port Jackson. On leur donna les noms suivants :

— Côte méridionale : Terre de Napoléon et Terre des Nuyts ;
— Côte occidentale : Terre de Leeuwin, d’Echels, d’Endracht et de Witt ;
— Côte septentrionale : Terres de Van-Diémen, d’Arnheims, de Carpentarie ;
— Côte orientale : Terres d’Endéavour et Nouvelles-Galles-du-Sud.

Baudin s’occupa principalement d’hydrographie et d’histoire naturelle. Mais, malheureusement pour le succès de l’expédition, des divisions éclatèrent entre le commandant et les officiers placés sous ses ordres, et la maladie força Baudin, qui n’était pas allé pas plus loin que la Terre d’Arnheims, à relâcher à l’île de France le 7 août 1803.

Alité, il prit la plume pour relater son exploration, rédigeant un avertissement à ses lecteurs ainsi libellé :

« Ainsi que l’exigeait le gouvernement, j’ai tenu mon journal de bord depuis le départ de l’expédition le 26 vendémiaire an IX de la République française (18 octobre 1800), jusqu’à notre ultime escale en île de France où nous accostâmes le 19 thermidor an XI (7 août 1803). Le 20 thermidor j’ai commencé la relation de ce récit, afin de donner ma version de notre voyage. Mon ultime chagrin et le plus grand déshonneur seraient que ma mission sombrât dans l’oubli ou pérît sous les coups sournois de la rumeur. J’ai toutes les raisons de penser qu’il pourrait en être ainsi lorsque la maladie aura fini de me dévaster.

Timbre de Maurice émis en 2000 à l'effigie de Nicolas Baudin pour célébrer le bicentenaire de l'expédition des terres australes
Timbre de Maurice émis en 2000 à l’effigie de Nicolas Baudin pour célébrer
le bicentenaire de l’expédition des terres australes

« J’ai consigné les détails de notre navigation dans le journal de bord, à l’attention des marins qui jugeront utile de les consulter. Pour ceux qui n’entendent pas notre art, ou notre science, mais qui seraient désireux de comprendre les hommes, ceci est un complément. On me pardonnera de parler quelquefois de moi, de mes idées et de mes sentiments mais je veux, avant que de mourir, exprimer mon amertume, à peine consolée par la pensée du devoir accompli.

« Je n’ai pas appris la mer dans les écoles, ni la science naturelle dans les laboratoires. J’ai traversé les océans sur des navires marchands et je suis allé ramasser moi-même des plantes aux Amériques et en Nouvelle-Hollande. Mon style vaut pour ce qu’il est : celui d’un aventurier qui voulut néanmoins lire beaucoup de livres. »

Le naturaliste Péron, qui avait eu beaucoup à se plaindre de Baudin, publia la première partie des travaux de l’expédition sous le titre Voyage de découvertes aux terres australes, 1807-1816, en 5 volumes, mais en dépit de ce nom évocateur, peu d’expéditions de découvertes, au XVIIIe et au XIXe siècle, sont aussi mal connues que celle-ci. Jules Verne, qui eut le don de la vulgarisation géographique, le déplorait déjà : « Bien que les résultats de la campagne du capitaine Nicolas Baudin aient été des plus abondants, il semble que, jusqu’à ce jour, le mauvais sort se soit attaché à cette expédition et que tous les dictionnaires biographiques et les relations de voyage se soient donné le mot pour en parler aussi peu que possible. » (Les grands navigateurs du XVIIIe siècle)

S’il a fait lui-même son possible pour tirer ce voyage bien réel d’un injuste oubli, ni l’auteur des Voyages extraordinaires, ni ses successeurs, n’y sont entièrement parvenus. Leurs ouvrages pêchent d’ailleurs tous par le même défaut : utilisation plus ou moins habile d’une assez copieuse documentation imprimée, négligence de la masse manuscrite versée aux Archives de France par le ministère et par le service hydrographique de la Marine.

Or, dans ces conditions, il est impossible d’avoir une idée exacte de l’expédition Baudin, de ses origines et de ses caractères, de la personnalité et du rôle du chef, car il ne semble pas y avoir d’autres voyages de la même époque pour lesquels la discordance soit plus criante entre ce qui a été écrit et ce qui a été officiellement publié. Ce vice initial tient au fait que les rédacteurs durent des ennemis de Baudin, alors que celui-ci n’était plus là pour se défendre, et que, accueillis peut-être à leur retour en France avec une certaine réserve, malgré les rapports favorables de l’Institut et du Muséum d’histoire naturelle, ils cherchèrent à se défendre en rejetant sur leur chef disparu la responsabilité d’un demi-échec.

Le lecteur du Voyage aux terres australes constate en effet que le nom de Baudin n’y est cité que pour être associé à des accusations de brutalité ou d’incompétence, et, selon la remarque pertinente de E. Scott : « Si nous n’avions que le Voyage de découvertes, nous le jugerions à peine capable de commander une péniche ». Ce rôle de bouc émissaire convenait d’autant mieux au commandant qu’il avait réussi, dès le début, à s’aliéner la plupart des officiers et des savants. Un certain nombre, dégoûtés ou malades, débarquèrent à l’île de France. Leur retour, ou leurs lettres, puis la rentrée et les doléances des survivants épuisés de l’expédition, contribuèrent certainement à créer, dans les milieux scientifiques et maritimes, un préjugé hostile à Nicolas Baudin.

Or, la comparaison entre ce texte imprimé et les journaux de bord, inédits, de celui-ci, montre que toutes ses mesures de précaution ou de discipline ont été travesties en brimades inutiles ou stupides ou en actes d’arbitraire tyrannique. Et lorsque le nom de Baudin pourrait accompagner un acte d’humanité ou bien la plus minime découverte, on ne le mentionne pas dans la rédaction officielle.

Ce qui est beaucoup plus grave, c’est que Péron, dont l’apparente sincérité frappe le lecteur, nous induit aussitôt en erreur sur les véritables origines et l’auteur responsable de l’expédition, soit faute de renseignements exacts, soit comme en d’autres endroits, par une suppressio veri indigne d’un savant. Faute de s’être rapportés aux sources, les écrivains qui ont suivi Péron ne se sont nullement doutés que le projet présenté par l’Institut d’expédition de découvertes aux terres australes et adopté par le Premier Consul, a pour origine une initiative de Baudin qui est donc le véritable promoteur de ce voyage. Le choix de cet officier pour commander une telle expédition les a parfois surpris : au contraire, ce choix s’imposait.

Malgré le sort fâcheux des expéditions de Lapérouse et de d’Entrecastaux, malgré Baudin lui-même qui ne comptait emmener, avec les trois principaux collaborateurs de son voyage aux Antilles, que cinq autres savants, on voulut suivre la tradition en embarquant un gros état-major scientifique : vingt-deux furent acceptés, ce qui, dès le début, mit le capitaine de mauvaise humeur. Seuls le zoologiste René Mauger et le jardinier Anselme Riedlé, qui l’avaient accompagné dans son précédent voyage, possédèrent sa confiance et son amitié.

Tous les autres encombrent le bord, souffrent du mal de mer, ne font rien d’utile et s’affolent dans un coup de vent. Ils lui rendent bien sa haine et, à la première occasion, huit d’entre eux et deux garçons jardiniers se font débarquer pour raisons de santé. Ce ne sera « pas une perte », écrit alors Baudin à Fleurieu. De fait, après la mort de Mauger, de Riedlé, du zoologiste Levillain (novembre 1801 - février 1802), le travail scientifique reposera sur quatre personnes à bord du Géographe : le botaniste Leschenault, le géologue Depuch, le jardinier Guichenot et surtout « l’observateur de l’homme » Péron, assisté des dessinateurs Petit, embarqué comme aide-cannonier, et Lesueur, officier timonier, que leurs talents mirent à même de suppléer les artistes débarqués.

Monument érigé en l'honneur de Nicolas Baudin sur le port de Saint-Martin-de-Ré
Monument érigé en l’honneur de Nicolas Baudin sur le port de Saint-Martin-de-Ré

L’astronome Bernier, le géologue Bailly, les ingénieurs géographes Ronsard, Faure et Boullanger, accompliront le travail proprement géographique avec la collaboration d’officiers comme Hamelin ou les frères Freycinet. L’événement se chargeait d’accomplir les voeux de Baudin, mais au détriment de la santé et même de la vie des survivants : Leschenault se fit débarquer à son tour, lors de la seconde escale à Timor (printemps 1803) ; Petit mourut peu après le retour en France (octobre 1804) ; Depuch était mort à l’île de France en 1803, et Péron, qui ne se remit jamais de ses fatigues, devait mourir en 18010, à peine âgé de 35 ans.

La mésentente initiale entre le commandant et les savants subsista et ne fit que s’aggraver au cours d’un voyage souvent pénible, dont Péron, dans sa rédaction officielle, garde le plus fâcheux souvenir. Tous les auteurs ont épilogué sur ce sujet, et, à première vue, on s’explique mal cette animosité entre les hommes de science et le chef qui fut l’ami de Humboldt et de Jussieu, dut au Muséum et à l’Institut les véritables succès de sa carrière, et dont le catalogue de sa bibliothèque personnelle montre qu’il respectait la culture sous toutes ses formes. Les raisons sont d’ordre psychologique : Baudin nous apparaît entier et autoritaire, sûr de soi et de sa science ; son abord peut être froid. Féru de discipline, il ne mâche pas ses mots, taquine ou reprend à plaisir les savants. Dès le début, il s’insurge contre leur nombre qu’il trouve excessif. Et chez ceux-ci la modestie, la patience ou la discipline n’accompagnent pas toujours les dons de l’esprit.

Celui qui devint sa bête noire, sans doute parce qu’il fut, par suite des circonstances, le plus en vue des savants à bord, quoique le plus jeune, François Péron (1775-1810) s’est lui-même reconnu un caractère indépendant, impulsif et frondeur. Étudiant en médecine, élève de Cuvier, après une première et vaine tentative pour être admis parmi les membres de l’expédition, la démiddion d’un des naturalistes lui permit d’obtenir la place tant convoitée, avec l’appui de son maître.

La correspondance et les Journaux de Baudin montrent qu’il n’aimait ni les jeunes ni les protégés ; et les heurts se multiplièrent entre lui et le fougueux naturaliste, tantôt raillé du zèle intempestif qui lui vaut de se perdre ou de subir à terre de fâcheux accidents, et de ramener, lui qui est chargé de « l’anthropologie » et de « l’anatomie comparée » des paniers de coquilles cassées, tantôt blâmé de ne pas prendre à cœur, crainte de s’enrhumer, les observations météorologiques qui lui ont été confiées par surcroît. Ainsi rudoyés, les savants s’en prennent à leur tour à l’impopulaire commandant de toutes leurs déceptions et de toutes leurs épreuves : rivalité qui a nui tant à la renommée du Voyage aux terres australes qu’à la réputation de Baudin.




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