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Le Bon Roi Dagobert : chanson populaire sur le roi Dagobert et saint Éloi - Histoire de France et Patrimoine


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Patrimoine : Chansons d’antan

Airs anciens, paroles populaires d’autrefois, chansons reflétant les moeurs, usages et opinions en France à diverses époques


Le Bon Roi Dagobert : chanson populaire
sur le roi Dagobert et saint Éloi
Publié / Mis à jour le lundi 21 août 2017, par LA RÉDACTION


 
 
 
Qui n’a pas plusieurs fois dans sa vie fredonné quelques couplets de cette chanson parodique qui connut un renouveau lors de la Révolution ? Qui n’a pas souri à ces questions saugrenues que son ministre, le grand saint Éloi, lui adressait, et aux réponses encore plus étranges que ce prince lui faisait ?

Sans aucun doute un pareil jeu d’esprit doit avoir pour origine quelque tradition, quelque souvenir populaire qui se rattache à l’histoire de ce roi. Si l’on veut savoir précisément à quelle époque la chanson fut composée, les indications manquent. Seulement il paraît certain qu’elle est antérieure à la Révolution de 1789, et que l’air sur lequel ont été faites les paroles est une ancienne fanfare de chasse dont les habiles en cette matière renoncent à trouver l’origine. Il faut donc se contenter, quant à la chanson, de ce renseignement verbal, sans précision, et chercher dans l’histoire la cause de celle familiarité qui paraît avoir existé entre Dagobert et son ministre.

Si l’on veut ne s’en rapporter qu’aux documents authentiques de l’histoire, le règne de Dagobert Ier — arrière-arrière-petit-fils de Clovis et qui fut roi des Francs de 629 à 639 — présente une grande obscurité. L’un des évènements les plus considérables est la fondation de l’illustre abbaye de Saint-Denis attribuée à ce prince, et qui fut cause de la vénération profonde des moines à son égard.

Le roi Dagobert. Illustration de Job (pseudonyme de Jacques Onfroy de Bréville) publiée dans Les héros comiques d'Émile Faguet (1847-1916)
Le roi Dagobert. Illustration de Job (pseudonyme de Jacques Onfroy de Bréville
publiée dans Les héros comiques d’Émile Faguet (1847-1916)

Mais que l’on ouvre les Grandes Chroniques de Saint-Denis, par exemple, ce recueil antique des anciennes croyances relatives à notre histoire, et l’on trouvera sur Dagobert des détails aussi nombreux que circonstanciés ; on y verra comment Dagobert, tout jeune encore et confié par son père Clotaire II — roi de Neustrie (584-613) et roi de Paris (596-613), puis roi des Francs de 613 à 629 — au soin d’un gouverneur, irrité des habitudes familières que ce dernier voulait prendre, profita d’une infraction légère que commit ce gouverneur en versant à boire, pour lui infliger une punition regardée comme infamante chez les peuples du Nord, celle de lui raser la barbe et les cheveux.

On lira dans cette chronique le récit de plusieurs visions miraculeuses qu’a eues ce prince et celui d’un combat singulier qu’il soutint contre Berthoul, chef saxon ; on y lira encore comment quelques désordres dans sa conduite privée furent pardonnés à ce prince en faveur de ses fondations pieuses, et comme Dieu, pour le punir, permit au Démon de transporter son âme en purgatoire dans un bateau ; comment ce prince invoqua, pour venir à son aide, saint Denis, saint Maurice et saint Martin, qui délivrèrent son âme pour la déposer dans le séjour des bienheureux.

Presque toutes ces légendes se retrouvent dans une chronique latine fort ancienne, intitulée : Gesta Dagoberti, et qui paraît avoir été composée avec ces chants populaires qui se retrouvent à toutes les époques parmi nous.

Le roi Dagobert, sur la fin de ses jours, paraît avoir eu beaucoup de bonté pour ses serviteurs et ceux qui l’entouraient. La Chronique Saint-Denis fait mention du discours qu’il leur adressa étant à son lit de mort, et dans la rédaction française on lit : « pour sa mort fut le palais soudainement rempli de pleurs et de cris, et tout le royaume de douleur et de lamentation ».

La tradition populaire a gardé pieusement le souvenir de la bonté du roi Dagobert. Deux expressions devenues proverbiales l’ont consacrée. La première : Quand le roi Dagobert avait dîné, il laissait dîner ses chiens ; la seconde : Le roi Dagobert en mourant disait à ses chiens : il n’est si bonne compagnie qui se sépare, allusion touchante et qui s’accorde parfaitement avec les plus anciens témoignages.

C’est peut-être à cette réputation de bonté du roi Dagobert pour ceux qui l’entouraient qu’il faut rattacher l’intimité que le chansonnier suppose entre ce prince et le grand saint Éloi. Quoiqu’il ait été évêque de Noyon, Éloi paraît avoir cultivé avec succès l’art de l’orfèvrerie. S’il faut en croire les Chroniques de Saint-Denis, Éloi quitta le Limosin, sa patrie, et vint offrir ses secours à Dagobert. Ce dernier lui demanda de fabriquer un fauteuil en or, et remit au saint artisan autant de matière qu’il en fallait pour un pareil ouvrage.

Non seulement Éloi exécuta le meuble qu’on lui avait indiqué, mais encore il en fit un autre plus petit avec le métal qui lui restait. Surpris d’une habileté aussi grande et d’autant de probité, le roi voulut garder près de lui saint Éloi, et le nomma intendant de son palais. Chargé de toute la confiance de son maître, le pieux serviteur ne lui pardonnait aucune faute, et lui reprochait librement ses écarts et son incontinence. Dagobert supporta toujours avec douceur les censures de saint Éloi, et bien loin de lui en savoir mauvais gré, il le combla de faveurs. Saint Éloi en profita pour attacher son nom à plusieurs fondations pieuses, non seulement dans le diocèse de Noyon, mais encore à Limoges, principale ville de la province où il était né.

Le roi Dagobert, le Diable et saint Éloi. Illustration de Job (pseudonyme de Jacques Onfroy de Bréville) publiée dans Les héros comiques d'Émile Faguet (1847-1916)
Le roi Dagobert, le Diable et saint Éloi. Illustration de Job (pseudonyme de Jacques Onfroy
de Bréville publiée dans Les héros comiques d’Émile Faguet (1847-1916)

Ces traditions, qui se rattachent aux premiers temps de notre histoire, ont traversé tout le Moyen Age sans se perdre, et sans même qu’un grand nombre de documents nous en ait conservé la mémoire. En effet, après la chronique latine citée plus haut, le nom du roi Dagobert disparaît des poèmes et des autres documents écrits qui auraient pu nous transmettre ces traditions. Le grand nom de Charlemagne s’est attaché à presque toutes ; elles sont aujourd’hui confondues et composent la vie héroïque de ce monarque puissant.

Quoi qu’il en soit, une trace bien effacée existait encore des faits relatifs à Dagobert, et c’est une chanson populaire, satirique, qui en a ravivé le souvenir après un espace de douze cents années.

Le bon roi Dagobert
A mis sa culotte à l’envers ;
Le grand saint Éloi
Lui dit : Ô mon roi !
Votre Majesté
Est mal culottée.
C’est vrai, lui dit le roi,
Je vais la remettre à l’endroit.

Comme il la remettait
Et qu’un peu il se découvrait ;
Le grand saint Éloi
Lui dit : Ô mon roi !
Vous avez la peau
Plus noire qu’un corbeau.
Bah, bah, lui dit le roi,
La reine l’a bien plus noire que moi.

Le bon roi Dagobert
Fut mettre son bel habit vert ;
Le grand saint Éloi
Lui dit : Ô mon roi !
Votre habit paré
Au coude est percé.
C’est vrai, lui dit le roi,
Le tien est bon, prête-le moi.

Du bon roi Dagobert
Les bas étaient rongés des vers ;
Le grand saint Éloi
Lui dit : Ô mon roi !
Vos deux bas cadets
Font voir vos mollets.
C’est vrai, lui dit le roi,
Les tiens sont neufs, donne-les moi.

Le bon roi Dagobert
Faisait peu sa barbe en hiver ;
Le grand saint Éloi
Lui dit : Ô mon roi !
Il faut du savon
Pour votre menton.
C’est vrai, lui dit le roi,
As-tu deux sous ? Prête-les moi.

Du bon roi Dagobert
La perruque était de travers ;
Le grand saint Éloi
Lui dit : Ô mon roi !
Que le perruquier
Vous a mal coiffé !
C’est vrai, lui dit le roi,
Je prends ta tignasse pour moi.

Le bon roi Dagobert
Portait manteau court en hiver ;
Le grand saint Éloi
Lui dit : Ô mon roi !
Votre Majesté
Est bien écourtée.
C’est vrai, lui dit le roi,
Fais-le rallonger de deux doigts.

Du bon roi Dagobert
Le chapeau coiffait comme un cerf ;
Le grand saint Éloi
Lui dit : Ô mon roi !
La corne au milieu
Vous siérait bien mieux.
C’est vrai, lui dit le roi,
J’avais pris modèle sur toi.

Le roi faisait des vers
Mais il les faisait de travers ;
Le grand saint Éloi
Lui dit : Ô mon roi !
Laissez aux oisons
Faire des chansons.
Eh bien, lui dit le roi,
C’est toi qui les feras pour moi.

Le bon roi Dagobert
Chassait dans la plaine d’Anvers ;
Le grand saint Éloi
Lui dit : Ô mon roi !
Votre Majesté
Est bien essoufflée.
C’est vrai, lui dit le roi,
Un lapin courait après moi.

Le bon roi Dagobert
Allait à la chasse au pivert ;
Le grand saint Éloi
Lui dit : Ô mon roi !
La chasse aux coucous
Vaudrait mieux pour vous.
Eh bien, lui dit le roi,
Je vais tirer, prends garde à toi.

Le bon roi Dagobert
Avait un grand sabre de fer ;
Le grand saint Éloi
Lui dit : Ô mon roi !
Votre Majesté
Pourrait se blesser.
C’est vrai, lui dit le roi,
Qu’on me donne un sabre de bois.

Les chiens de Dagobert
Étaient de gale tout couverts ;
Le grand saint Éloi
Lui dit : Ô mon roi !
Pour les nettoyer
Faudrait les noyer.
Eh bien, lui dit le roi,
Va-t-en les noyer avec toi.

Le bon roi Dagobert
Se battait à tort, à travers ;
Le grand saint Éloi
Lui dit : Ô mon roi !
Votre Majesté
Se fera tuer.
C’est vrai, lui dit le roi,
Mets-toi bien vite devant moi.

Le bon roi Dagobert
Voulait conquérir l’univers ;
Le grand saint Éloi
Lui dit : Ô mon roi !
Voyager si loin
Donne du tintouin.
C’est vrai, lui dit le roi,
Il vaudrait mieux rester chez soi.

Le roi faisait la guerre
Mais il la faisait en hiver ;
Le grand saint Éloi
Lui dit : Ô mon roi !
Votre Majesté
Se fera geler.
C’est vrai, lui dit le roi,
Je m’en vais retourner chez moi.

Le bon roi Dagobert
Voulait s’embarquer pour la mer ;
Le grand saint Éloi
Lui dit : Ô mon roi !
Votre Majesté
Se fera noyer.
C’est vrai, lui dit le roi,
On pourra crier : « Le Roi boit ! ».

Le bon roi Dagobert
Avait un vieux fauteuil de fer ;
Le grand saint Éloi
Lui dit : Ô mon roi !
Votre vieux fauteuil
M’a donné dans l’œil.
Eh bien, lui dit le roi,
Fais-le vite emporter chez toi.

La reine Dagobert
Choyait un galant assez vert ;
Le grand saint Éloi
Lui dit : Ô mon roi !
Vous êtes cornu,
J’en suis convaincu.
C’est bon, lui dit le roi,
Mon père l’était avant moi.

Le bon roi Dagobert
Mangeait en glouton du dessert ;
Le grand saint Éloi
Lui dit : Ô mon roi !
Vous êtes gourmand,
Ne mangez pas tant.
Bah, bah, lui dit le roi,
Je ne le suis pas tant que toi.

Le bon roi Dagobert
Ayant bu, allait de travers ;
Le grand saint Éloi
Lui dit : Ô mon roi !
Votre Majesté
Va tout de côté.
Eh bien, lui dit le roi,
Quand tu es gris, marches-tu droit ?

À Saint Eloi, dit-on
Dagobert offrit un dindon.
Un dindon à moi !
lui dit Saint Eloi,
Votre Majesté
a trop de bonté.
Prends donc, lui dit le roi,
C’est pour te souvenir de moi.

Le bon roi Dagobert
Craignait d’aller en enfer ;
Le grand saint Eloi
Lui dit : Ô mon roi !
Je crois bien, ma foi
Que vous irez tout droit.
C’est vrai, lui dit le roi,
Ne veux-tu pas prier pour moi ?

Quand Dagobert mourut,
Le diable aussitôt accourut ;
Le grand saint Éloi
Lui dit : Ô mon roi !
Satan va passer,
Faut vous confesser.
Hélas, lui dit le roi,
Ne pourrais-tu mourir pour moi ?




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