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23 octobre 1872 : mort de l'écrivain et poète Théophile Gautier - Histoire de France et Patrimoine


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23 octobre 1872 : mort de l’écrivain
et poète Théophile Gautier
(D’après « Théophile Gautier : entretiens, souvenirs
et correspondance », édition de 1879)
Publié / Mis à jour le dimanche 16 octobre 2016, par LA RÉDACTION



 
 
 
Se destinant à une carrière de peintre, Théophile Gautier n’a pas encore dix-huit ans lorsque la rencontre de Victor Hugo bouleverse son existence et l’incite à entamer une carrière de romancier et de poète aux côtés du mouvement romantique et contre les tenants du classicisme. Figure marquante de la vie littéraire du XIXe siècle, celui que Monselet appelle le martyr de la copie ne cessera jamais d’écrire à propos de tout, et notamment dans les plus grands périodiques de son époque.

Né à Tarbes le 30 août 1811 pendant un séjour que ses parents y firent pour leurs affaires, Théophile Gautier quitta la ville à l’âge de trois ans, et il n’y remit les pieds qu’en 1860.

Il ne séjourna donc pas à Tarbes durant sa jeunesse, et raconta à ce propos une anecdote relative au pupitre que, de son vivant, les habitants de Tarbes lui avaient attribué et qu’ils montraient aux visiteurs au sein de sa maison natale : « Pendant que j’étais à Tarbes, disait-il, j’appris de mes compatriotes que mon pupitre d’écolier était religieusement conservé au collège de la ville et qu’il faisait l’admiration des touristes. Très flatté d’être ainsi honoré de mon vivant, je résolus de connaître le curieux pupitre que l’on m’attribuait, et par la même occasion le collège qui se vantait de m’avoir possédé. Je me présentai donc incognito au principal, et, me donnant pour un admirateur enthousiaste de mes propres écrits, je le priai de me mener au cher pupitre, témoin de mes précocités enfantines.

« Le recteur tint à honneur de me conduire lui-même. Le pupitre qu’il me fit voir, et même toucher, était certes un pupitre quelconque, mais à son aspect j’éprouvai une émotion irrésistible. C’était assurément la première fois que lui et moi nous étions en face l’un de l’autre, mais enfin, s’il n’était pas mon pupitre, il aurait pu l’être. Il aurait réveillé en moi une foule de souvenirs ! Je m’assis sur le banc qui le complétait, et qui, si le sort l’avait voulu, eût été, lui aussi, mon banc, et m’étant placé dans la position d’un écolier studieux, je tâchai de m’imaginer que j’y retrouvais mon assiette.

« Le recteur, me voyant si empoigné, ne put retenir un sourire mouillé d’attendrissement ; il me montra sur le pupitre des éraflures et des sillages de canif faits par Théophile Gautier en classe et qui lui avaient valu sans doute bien des punitions. Je lui demandai la permission d’en emporter une écharde. Il me l’accorda. Puis il me reconduisit en me racontant vingt anecdotes authentiques qui me parurent concluantes à moi-même et desquelles il résultait que j’avais été un élève prodigieux et la gloire de son collège.

Théophile Gautier en 1838. Portrait exécuté au crayon par Célestin Nanteuil
Théophile Gautier en 1838. Portrait exécuté au crayon par Célestin Nanteuil

« Un Philistin se serait donné le plaisir facile d’arracher bêtement à ce brave homme ses illusions. J’en eus d’autant moins l’envie que je les partageais. Je le quittai sans lui révéler qui j’étais, et je ne racontai à personne ma visite. Au fond, le recteur avait raison, en manière de moralité ; le mensonge est bien plus amusant que la vérité, et il est quelquefois plus vraisemblable. J’ai eu là une vision pareille à celle de Musset, et j’ai connu le jeune homme vêtu de noir, qui me ressemblait comme un frère. »

Quittant Tarbes, ses parents s’installèrent à Paris, en 1814. Ils habitèrent d’abord rue du Parc-Royal, dans le Marais. Enfant du soleil et du grand air, le petit Basque ne put d’abord s’acclimater au ciel gris ; il a raconté que, saisi d’une nostalgie violente, il voulut se jeter par la fenêtre avec ses joujoux. Un jour, ayant entendu des soldats parler le patois gascon dans la rue, il s’accrocha à leurs habits en pleurant et les supplia de l’emmener clans son pays.

Dès qu’il sut lire, vers cinq ans, on lui mit entre les mains les livres qu’il désirait, et entre autres Robinson Crusoé, qui fit sur son esprit une vive impression. Deux dessins de lui, longtemps conservés dans la famille, et exécutés à l’âge de sept ans, prouvent qu’à cette époque il connaissait Estelle et Némorin, car ils représentent ces deux héros de l’idylle florianesque. Puis vint le tour de Paul et Virginie, qui a été toute sa vie le livre le plus admiré par Théophile Gautier. Il ne parlait qu’avec une émotion communicative de ce roman, qu’il considérait comme une des plus pures productions du génie.

Théophile n’avait pas encore, paraît-il, l’horreur du théâtre qui le caractérisa par la suite, puisqu’il passait son temps à construire des guignols de carton, et à en peindre les décors. Son goût pour la peinture lui vint du plaisir qu’il prit à ces barbouillages. Du reste, il aima toujours à composer des toiles de fond et des portants de coulisses. Il excellait à confectionner pour ses enfants de petits théâtres à marionnettes, et il n’avait pas de plus grand bonheur que d’en brosser la décoration.

A huit ans, ses parents le mirent à Louis-le-Grand en qualité d’interne. Il fut sur le point d’en mourir. Voici d’ailleurs comment il parle de ce séjour dans ce lycée : « Je mourais de froid, d’ennui et d’isolement entre ces grands murs tristes, où, sous prétexte de me briser à la vie de collège, un immonde chien de cour s’était fait mon bourreau. Je conçus pour lui une haine qui ne s’est pas éteinte encore. S’il m’apparaissait reconnaissable après ce long espace de temps, je lui sauterais à la gorge et je l’étranglerais !... » Il fallut le retirer de là, et c’est alors qu’il suivit ses classes à Charlemagne, cette fois, comme externe libre.

Mais il était écrit que le collège ne lui laisserait que des souvenirs désagréables ; les succès qu’il obtenait sur ses camarades suscitèrent contre lui tant de jalousies que, sur la demande de son père, on fut forcé de lui donner une garde de deux « grands », qui le reconduisaient jusqu’à la maison paternelle. Sans cette précaution, il eût été assommé à la sortie des classes. Son père, homme fort instruit, lui servait de répétiteur. « C’est lui qui fut, en réalité, mon seul maître », déclarait plus tard le poète. Le temps des récréations était invariablement consacré par l’écolier à dessiner et à peindre, et toute sa famille croyait à cette époque que Théophile serait peintre. A quatorze ans, et pendant les vacances de 1825, il passa à Maupertuis, chez l’abbé de Montesquiou, et se chargea de la réparation des tableaux de l’église et même de la décoration de la grande nef.

Il parvint de la sorte jusqu’en rhétorique, manifestant une prédilection littéraire fort significative pour ce qu’on appela plus tard les auteurs de la décadence. Il préférait ouvertement Claudien à Virgile, Martial. à Horace, Pétrone, Apulée, et même Lactance et Tertullien à Cicéron et à Quintilien. Il parodiait volontiers leurs styles colorés, riches en mots et corrompus, dans ses compositions. Ainsi il pensait même en ce temps-là que la décadence n’est le plus souvent que le point culminant de la civilisation d’un peuple. Il portait déjà en lui ce charmant livre : les Grotesques, et il préludait à son romantisme et à son culte pour Victor Hugo.

Pendant qu’il faisait sa rhétorique, Théophile Gautier se prit d’une passion très vive pour les exercices du corps, et notamment pour la natation. Dans l’entre-temps des classes, il fréquentait assidûment l’école Petit, près du pont d’Austerlitz. Il y conquit bientôt l’insigne glorieuse de « caleçon rouge », but suprême de ses ambitions de nageur. Sa mère, qui le croyait faible et délicat, ne pouvait s’accoutumer à l’idée des dangers qu’il courait à ce jeu, et plusieurs fois, pendant qu’il s’abandonnait aux délices de la pleine eau, il aperçut une femme pâle et agitée, qui, penchée sur le parapet du pont, suivait ses moindres mouvements avec anxiété. Il fut obligé de la supplier de ne pas le surveiller ainsi, sous peine de le voir se noyer sous ses yeux dans le saisissement où ces apparitions le plongeaient. Jusqu’à la fin de sa vie, il resta très fier de ses mérites de nageur consommé. il se vantait d’avoir été capable de renouveler, après lord Byron, l’exploit de Léandre traversant l’Hellespont pour rejoindre sa maîtresse. D’ailleurs, il racontait être allé à la nage de Marseille au château d’If, et qu’il en était revenu de la même façon.

C’est également pendant sa rhétorique qu’il entra dans l’atelier du peintre Rioult et commença à étudier d’après le modèle vivant. Confondant sans doute ses facultés descriptives avec le don pictural, il ne songeait qu’à manier les pinceaux, et le plaisir qu’il y prenait lui semblait, ainsi qu’aux siens, le signe d’une vocation.

A Charlemagne, Théophile Gautier se lia de solide amitié avec un jeune homme dont le nom appartient, lui aussi, à l’histoire des lettres : Gérard de Nerval, qui ne s’appelait pas de Nerval mais bien Labrunie et était déjà un assez grand personnage. La célébrité l’était venue chercher sur les bancs du collège. A dix-sept ans, il avait eu un volume de vers imprimé, et en lisant la traduction de Faust par ce jeune homme presque enfant encore, l’olympien de Weimar avait daigné dire qu’il ne s’était jamais si bien compris.

Gérard de Nerval savait que Théophile Gautier faisait lui-même des vers, et il avait été le confident de ses essais. C’était à lui que le rhétoricien avait lu ce poème de l’Enlèvement d’Hélène avec lequel la cuisinière de la maison flamba un jour son poulet, dans la bonne conscience d’une âme pure. Gérard connaissait le zèle romantique de son camarade, et il le comptait déjà comme l’un des prosélytes les plus fanatiques de l’école nouvelle. Au reste la famille Gautier, qui était venue s’installer à la place des Vosges, anciennement place Royale, dans une maison contiguë à celle qu’allait bientôt occuper Victor Hugo lui-même, était conquise tout entière à la révolution littéraire, et Pierre, le père de Théophile, en tenait pour la préface de Cromwell.

Gérard commença donc par mener Théophile chez Victor Hugo. La présentation eut lieu le 27 juin 1829 rue Jean Goujon où le poète des Orientales demeurait alors. L’histoire de cette présentation est fameuse ; elle fut aussi décisive, car c’est à elle que nous devons Théophile Gautier. En présence de Victor Hugo, alors dans tout le rayonnement de sa gloire européenne, le jeune adepte — il n’avait pas encore dix-huit ans — fut saisi d’une émotion si flatteuse et d’un tremblement tellement explicite, que le maître en fut touché et qu’il en conçut pour son disciple une affection qui ne se démentit pas. Il l’engagea à publier le recueil des poésies qu’il avait en portefeuille et dont Gérard lui avait dit le plus grand bien, et il l’invita à venir le voir. C’est de ce jour que Théophile renonça à la peinture.

A quelque temps de là, Gérard de Nerval lui apporta de la part de Victor Hugo son service de six places pour la première d’Hernani ; les coupons étaient timbrés, comme on sait, de la devise : « hierro ! » qui veut dire fer en espagnol. La première d’Hernani (25 février 1830) est une date fameuse de la vie de Théophile Gautier ; c’est ce jour-là qu’il revêtit pour la première et la dernière fois le terrible gilet rouge qui fit si grand scandale parmi les bons bourgeois, et dont il dit mélancoliquement : « Je ne l’ai mis qu’un jour, et je l’ai porté toute ma vie ! » Théophile Gautier raconte dans son Histoire du romantisme, sa dernière oeuvre, la raison pour laquelle il arbora ainsi sur la poitrine l’étendard de la poésie libre.

Au sujet d’Hernani, rapportons quelques faits caractéristiques qui feront comprendre quelle influence singulière ce drame a exercée sur Théophile Gautier et même sur sa vie. N’est-il pas curieux, en effet, que les dernières lignes qu’il ait écrites, d’une main déjà tremblante, aient eu pour sujet Hernani ? La mort arrêta l’article sur un portrait de Madame de Girardin entrant dans sa loge. Quelques jours avant d’écrire ce dernier hymne à la gloire de l’homme qui fut son dieu, il passait en voiture dans la rue Saint-Antoine, accompagné de son beau-fils le poète et auteur dramatique Émile Bergerat qui rapporte l’anecdote, et il lui prit la fantaisie de descendre place des Vosges et de marcher sous les arcades. Arrivé devant la maison où il avait passé sa jeunesse, il s’arrêta et la contempla longuement sans dire un mot. Puis il se retourna vers la maison de Victor Hugo. Ses yeux avaient une fixité profonde et il regardait en dedans. Remontant en voiture, il s’assit lourdement et, comme oppressé par une vision, il soupira : « Ah ! le soir d’Hernani ! »

Relatons une autre anecdote, d’une espèce différente. Le 21 juin 1867, la Comédie française reprit Hernani. Théophile Gautier était l’attrait principal de cette reprise. On se le montrait dans sa loge, souriant, rajeuni, sans son gilet rouge, mais toujours avec sa longue chevelure de lion, donnant le signal et comme la tradition des applaudissements. Mais on se demandait comment le critique du Moniteur, en position d’écrivain officiel, ferait pour parler de l’auteur des Châtiments dans le journal du gouvernement impérial. Le lendemain Théophile Gautier apporta lui-même son article au Moniteur. On le pria d’en modérer les éloges et d’en adoucir le ton enthousiaste. Sans rien objecter, il prit une feuille de papier blanc et il y écrivit sa démission. Puis s’étant fait conduire au ministère de l’Intérieur, il posa devant M. de Lavalette son article d’un côté et cette démission de l’autre. « Choisissez », dit-il. Le ministre fit insérer l’article sans en changer un mot.

Théophile Gautier en 1860, d'après une photographie de Louis Pierson
Théophile Gautier en 1860, d’après une photographie de Louis Pierson

Cinq mois après la première d’Hernani et le jour même où éclatait la révolution de 1830 — Théophile Gautier allait avoir dix-neuf ans —, paraissait chez Charles Mary, éditeur, passage des Panoramas, un petit livre à couverture rose intitulé Poésies de Théophile Gautier. C’était la famille qui en avait fait les frais. Dans de pareilles circonstances, le recueil risquait fort de passer inaperçu. Le poète avoue lui-même que toute l’édition lui resta sur les bras.

Mais déjà Victor Hugo s’était installé place des Vosges, et des relations fécondes s’établissaient entre le maître et le disciple. Désireux de conquérir son brevet de bon romantique, Théophile rimait alors le merveilleux poème d’Albertus. Ce poème fut publié en 1833, et il fit son bruit dans le monde. La même année Eugène Renduel mettait en vente Les Jeunes-France, du même auteur, et ravi du succès de l’ouvrage accueilli par les vociférations des « bourgeois glabres », il lui commandait un roman à sensation. C’est alors que Théophile conçut Mademoiselle de Maupin.

Ce serait une erreur de croire que les effervescences romantiques de Théophile et les hardiesses de sa plume déplussent à sa famille. Pierre Gautier était absolument rallié aux idées littéraires et artistiques de son fils. Quant à la mère, elle vivait dans une extase muette devant ce beau grand garçon aux cheveux ondoyants, qui obtenait dans le monde tous les succès imaginables. Jamais enfant ne fut plus gâté, plus choyé, plus admiré des siens. L’autorité paternelle n’intervenait que pour rappeler au paresseux la page commencée et le but à atteindre. Théophile Gautier écrivit Mademoiselle de Maupin place des Vosges, dans la chambre qu’il habitait chez ses parents.

Cet ouvrage d’une verve admirable, qui semble écrit d’une haleine, et qui pour beaucoup de gens est son chef-d’œuvre, l’ennuyait extrêmement à composer. Le poète, qui vivait en lion et en fashionable, aimait beaucoup mieux rimer des sonnets galants aux belles amoureuses, et promener sur les boulevards ses gilets transcendants et ses pantalons mirifiques que d’aller s’enfermer devant une lampe à noircir des feuilles de papier. D’ailleurs, en qualité de romantique bon teint, il détestait la prose et la tenait pour philistine au premier chef. Aussi quand il rentrait à la maison, son père le mettait-il sous clef et lui imposait-il sa tâche. « Tu ne sortiras d’ici, lui criait-il à travers la porte, que lorsque tu auras fait dix pages de Maupin ! » Quelquefois Théophile se résignait, souvent il descendait par la fenêtre. D’autres fois c’était sa mère qui venait lui ouvrir en cachette, toujours craintive et ayant peur que son fils ne se fatiguât à tant travailler.

Enfin Mademoiselle de Maupin fut livrée à Renduel ; elle fit son apparition en 1836. Le tapage fut énorme ; il acheva de perdre et de grandir la réputation, déjà si compromise par le gilet rouge, de son auteur. Tout ce qu’il y avait de prudhommes en France cria au scandale et à l’abomination, de telle sorte que le livre se vendit à plusieurs éditions et fit fortune. Quelque temps après la publication, Théophile quitta ses parents et alla s’installer impasse du Doyenné avec ses amis Gérard de Nerval, Arsène Houssaye et Camille Rogier. Du reste Pierre Gautier venait d’être nommé receveur de l’octroi à Passy, et il fallait bien se séparer.

Le logement de Théo (on ne le désignait plus que par ce diminutif familier qui avait remplacé le surnom d’Albertus) était voisin de l’appartement occupé par ses trois amis et qui contenait un salon du plus joli style Pompadour. C’est dans ce salon que le cénacle donna cette fête splendide dont tout Paris s’entretint, et qui n’eut jamais d’autre prétexte que celui de protester contre le bourgeoisisme. Adolphe Leleux, Célestin Nanteuil, Corot, Chassériau, Camille Rogier, Lorentz, Marilhat et Théophile Gautier lui-même avaient accepté la mission de décorer les panneaux de peintures « immortelles ». Tous les gens d’esprit, tous les poètes et aussi beaucoup des plus jolies actrices de Paris assistèrent à cette fête costumée qui remplit la place du Carrousel de ses lumières et de ses bruits joyeux.

Honoré de Balzac professait une admiration particulière pour le talent d’écrivain de Théophile. Il lui envoya demander par Jules Sandeau de vouloir bien collaborer à la Revue de Paris que le grand romancier venait de fonder pour l’exaltation de sa gloire propre. Théophile fut extrêmement flatté de cette recherches et c’est à partir de cette époque qu’il entra en relations suivies avec Balzac. Il donna à la Revue plusieurs nouvelles, la Morte amoureuse et la Chaîne d’or entre autres. En même temps il faisait paraître dans Le Figaro un roman sous forme de feuilletons qui, détachés, pouvaient se plier et se relier en livre. Ce roman, d’abord intitulé l’Eldorado (1837), fut publié l’année suivante (1838) sous le nom de Fortunio qui lui est demeuré et qui devint le troisième surnom de son auteur. Cette même année (1838) Théophile, qui ne renonçait pas à la poésie, donnait encore au public la Comédie de la Mort.

La Comédie de la Mort clôt par un chef-d’œuvre la période romantique de Théophile Gautier, et on peut le dire aussi sa jeunesse. Quoiqu’il soit entré à La Presse en 1836 et qu’il ait commencé dès lors à ramer la galère du journalisme, la Morte amoureuse, Fortunio et la Comédie appartiennent encore à sa première manière littéraire. Ses vers et sa prose y atteignent à leurs expressions définitives de militantisme romantique et dérivent de la théorie de l’art pour l’art. « Là finit ma vie heureuse, indépendante et primesautière » a-t-il écrit lui-même. La maturité allait sonner pour lui l’âge des corvées quotidiennes du journal et des travaux imposés. La vie le saisit rudement, il faut en convenir, et elle lui imposa des charges dont jusqu’à la fin il ne fut pas dégagé une heure.

De 1836 à 1872, c’est-à-dire pendant trente-six ans, Théophile Gautier ne cessa pas un jour d’écrire sur tout et à propos de tout, et dans tous les journaux anciens et nouveaux. Il se tua à la tâche, et Monselet eut raison de l’appeler le martyr de la copie. La somme de ses articles équivaut à trois cents volumes. Non seulement Théophile Gautier fut un des plus grands écrivains de la langue française, mais il en fut aussi l’un des plus laborieux. Il a porté en Hercule le poids des responsabilités que ses affections lui avaient créées, sans faiblir, sans se plaindre, toujours prêt au devoir, toujours ponctuel et exemplaire.

Le reste de son existence n’offre plus d’autres événements que le travail quotidien, la vie de famille et quelques voyages. De 1836 à 1855, Théophile Gautier écrivit à La Presse d’Émile de Girardin les feuilletons de critique littéraire et ceux de critique d’art. Il alternait d’abord avec Gérard de Nerval. De là la signature de G. G. qui parodiait celle de Janin, J. J. Puis Gérard de Nerval lui laissa toute la besogne. Dans l’entre-temps de ses feuilletons, Théophile Gautier publia les livres suivants : Une larme du diable (1839) ; les Grotesques, réunion d’études insérées dans La France littéraire de Charles Malo (1849) ; Tra los montès (1843). En 1841 l’Opéra donnait de lui le Ballet de Giselle ; puis le théâtre des Variétés, le Voyage en Espagne, aussi en 1843. En 1845, un volume de nouvelles, les Poésies complètes, Zigzags, le Ballet la Péri, et le Tricorne enchanté. La Juive de Constantine est de 1846. Regardez mais n’y touchez pas, de 1847. Également de 1847 : Militona, les Roués innocents ; de 1848 : Jan et Jeannette, les deux Étoiles ; de 1850, le Selam ; de 1851, Pâquerette ; de 1852, Trio de romans, la Peau de tigre, Émaux et Camées, Caprices et Zigzags, Italia ; de 1853, Constantinople ; de 1855, le Théâtre de poche ; de 1857, Avatar, la Jettatura ; de 1858, le Roman de la momie, Sacountala ; de 1863, Romans et Contes, le Capitaine Fracasse, Poésies nouvelles ; de 1865, Quand on voyage, Loin de Paris ; de 1866, Spirite ; de 1867, Voyage en Russie ; de 1869, Ménagerie intime ; de 1871, Tableaux de Siège ; de 1872, Théâtre complet.




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