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Crucifix en Gaule : apparition tardive et le devant aux Chrétiens d'Orient - Histoire de France et Patrimoine


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Histoire des Français

L’Histoire des Français : systèmes politiques, contexte social, population, économie, gouvernements à travers les âges, évolution des institutions.


Crucifix en Gaule : une apparition tardive
et le devant aux Chrétiens d’Orient
(D’après « Comptes-rendus des séances de l’Académie
des Inscriptions et Belles-Lettres » paru en 1903
et « Bulletin de la Société d’anthropologie de Paris » paru en 1896)
Publié / Mis à jour le dimanche 16 octobre 2016, par LA RÉDACTION



 
 
 
Si au début du IVe siècle l’empereur Constantin assure le triomphe du christianisme ; si on édifie ensuite des basiliques et représente le Christ comme un monarque oriental assis sur un trône escorté d’une cour d’anges ; si, enfin, on reproduit les scènes du martyre, l’image du Christ ne fut cependant suspendue à la croix que vers le VIe ou VIIe siècle, sa nudité étant dans un premier temps source de scandale

A l’origine, les premiers chrétiens ne donnent pas de signification particulière à la croix. Les peintures des catacombes représentent le poisson, qui symbolise l’image du Christ, la colombe, l’âme du fidèle. On trouve les compositions de l’histoire sainte sans cesse répétées : Daniel dans la fosse aux lions, les miracles du Christ, le bon Pasteur. On ne retrace jamais encore sa Passion, ni les souffrances des Martyrs. Les ornements sont ceux des profanes : génies, figures allégoriques, bucranes, masques, etc., et si les chrétiens dessinent la croix, c’est comme motif ornemental à l’instar des Romains païens.

Il est aujourd’hui démontré que l’idée de représenter le Christ sur la croix n’est apparue que très tard dans l’Église. Le premier exemple connu d’une crucifixion est une intaille basilidienne — pierre fine gravée en creux, les basilidiens étant une secte gnostique paléochrétienne fondée au IIe siècle par Basilide, qui enseignait à Alexandrie. Plus tard, les nestoriens — adeptes de la doctrine de Nestorius (381-431), patriarche de Constantinople de 428 à sa mort, selon laquelle deux personnes, l’une divine, l’autre humaine, coexistent en Jésus-Christ — paraissent avoir eu un goût particulier pour le crucifix qui était une éclatante affirmation de la nature humaine et de l’incarnation du Christ.

La Crucifixion. Peinture de Simon Vouet (1636/1637), peintre du roi Louis XIII, commandée par le cardinal Pierre Séguier
La Crucifixion. Peinture de Simon Vouet (1636/1637), peintre du roi Louis XIII,
commandée par le cardinal Pierre Séguier

Les premières représentations du supplice de la croix, à savoir la sculpture de la porte de Sainte-Sabine à Rome, les ampoules du trésor de Monza, les ivoires du Musée britannique, la célèbre miniature de l’Évangile de Rabula, ont une origine syrienne indiscutable et paraissent remonter à la fin du Ve ou au VIe siècle (l’Évangile de Rabula est daté de 586). Mais comment cette coutume s’est-elle introduite dans l’Église d’Occident ? Quels intermédiaires l’ont portée en Italie et en Gaule ? C’est ce qu’il est possible d’inférer d’un texte de Grégoire de Tours dont l’importance fut longtemps négligée jusqu’ici par les historiens de l’iconographie chrétienne.

Dans le livre In Gloria Martyrum (chapitre 22), Grégoire de Tours raconte qu’à Narbonne, dans l’église Saint-Genès, on voit une peinture « qui montre Notre-Seigneur le corps entouré d’un voile et étendu sur la croix, quae Dominum nostrum quasi prarcinctum linteo indicat crucifixum ». Elle était exposée librement aux yeux de tous ; mais un prêtre nommé Basile eut un songe dans lequel la figure crucifiée lui apparut. « Vous êtes tous couverts de costumes divers, lui dit-elle, et vous me considérez sans cesse dans ma nudité. Va et couvre-moi au plus tôt d’un vêtement. »

Le prêtre oublia vite ce rêve ; une seconde apparition n’eut pas plus de résultat ; enfin, la troisième fois, l’image le roua de coups et le menaça de le faire mourir sous peu s’il ne la couvrait d’un voile. Effrayé cette fois, Basile raconta tout à l’évêque qui ordonna de tendre une étoffe devant la peinture. « Et maintenant, ajoute Grégoire, on ne peut voir la peinture que couverte. Si l’on soulève un peu le voile pour permettre de la contempler, on le laisse retomber bientôt, pour qu’elle ne soit pas vue découverte... Et sic obtecta nunc pictura suspicitur. Nam et si parumper delegatur ad contemplandum, mox demisso velo contegitur, ne detecta cernatur. »

Ce texte nous montre d’abord que la représentation du Christ en croix était considérée en Gaule à cette époque, c’est-à-dire à la fin du VIe siècle, comme un usage nouveau et anormal. Ce qui choquait le plus les fidèles, d’après le songe même du prêtre Basile, c’était la nudité presque complète du Christ, nudité qui a disparu dans la miniature de Rabula, mais qui se montre dans la sculpture de la porte de Sainte-Sabine.

Cette peinture n’était donc pas conforme aux usages du pays, et il ne reste pour expliquer son existence qu’une supposition : c’est qu’elle ait été faite ou du moins commandée par un étranger. Or Narbonne était alors une des principales colonies de ces marchands syriens qui, depuis les premiers siècles de l’ère chrétienne, avaient établi des postes commerciaux dans les principales villes d’Occident.

L’existence des Syriens à Narbonne au VIe siècle est prouvée par l’épitaphe qu’a publiée Le Blant (Inscriptions chrétiennes de la Gaule, n° 613 A) et surtout par les deux canons du concile tenu dans cette ville en 589 (canons IV et XIV) qui mentionnent parmi les « nations » de Narbonne « les Goths, les Romains, les Syriens, les Grecs et les Juifs ». Un siècle plus tôt, les relations entre Narbonne et la Palestine sont attestées par Orose, prête chrétien du Ve siècle originaire de la province romaine de la Gallécie.

Narbonne était le grand port du golfe du Lion, et les Orientaux y abordaient pour remonter ensuite jusqu’à Bordeaux, de même que Marseille était le point de départ de leurs entreprises dans le nord de la Gaule. Il est donc permis de supposer que cette peinture du crucifié, qui paraissait si étrange aux habitants de Narbonne, provient de la munificence d’un de ces riches Syriens qui comptaient à l’époque mérovingienne parmi les principaux bienfaiteurs des églises.

Partie du Retable d'Issenheim (réalisé entre 1512 et 1516) montrant la Crucifixion du Christ
Partie du Retable d’Issenheim (réalisé entre 1512 et 1516) montrant la Crucifixion du Christ
(scène encadrée à gauche par saint Sébastien, à droite par saint Antoine), par Matthias Grünewald

La tentative était prématurée ; elle excita le scandale, et il fallut recouvrir la peinture d’un voile. De longues années se passèrent encore avant que l’existence du crucifix fût consacrée officiellement par l’Église, et il est à remarquer que cette consécration est due à un concile composé exclusivement d’évêques d’Orient, le concile Quinisexte en 692 (canon LXXXII). En Occident, les sarcophages où la croix est ornée de la couronne de laurier et du monogramme du Christ, montrent que l’on s’en tint longtemps à l’ancien symbole de la crucifixion ; au VIIIe siècle, au contraire, l’usage oriental avait triomphé, mais non sans résistance.

Le récit de Grégoire de Tours nous permet de saisir sur le fait une de ces importations dues aux marchands syriens et qui devait introduire un élément oriental dans les pratiques religieuses et dans l’art des Occidentaux du Moyen Age. Nous voyons que les innovations apportées par ces étrangers n’étaient pas toujours accueillies avec faveur, et il n’est pas sans intérêt de rapprocher de l’histoire du crucifix de Narbonne la tentative que fit quelques années plus tard Serenus, dixième évêque de Marseille qui vécut jusqu’en 601, pour abolir dans son diocèse le culte des images.

Marseille était aussi un centre très important de marchands syriens ; les habitudes nouvelles apportées par ces Orientaux qui, d’après l’Histoire ecclésiastique de Théodoret de Cyr (393-460), suspendaient de petites images de saint Siméon le Stylite au-dessus de leurs échoppes, devaient singulièrement choquer les évêques d’Occident. Ils durent cependant se résigner à ces nouveautés ; mais le scandale excité par la tentative faite pour introduire le crucifix à Narbonne au VIe siècle, montre qu’ils n’acceptèrent pas sans lutte les nouvelles pratiques de l’iconographie orientale.




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