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9 octobre 1683 : mariage secret de Louis XIV avec Madame de Maintenon - Histoire de France et Patrimoine


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Éphéméride, Calendrier

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9 octobre 1683 : Louis XIV épouse
Madame de Maintenon en secret
(D’après « Histoire des Français »
par J.-C.-L. Simonde de Sismondi (Tome 25) paru en 1841
et « Histoire générale de France depuis les temps les
plus reculés jusqu’à nos jours » par Abel Hugo (Tome 8) paru en 1843)
Publié / Mis à jour le lundi 3 octobre 2016, par LA RÉDACTION



 
 
 
Rien n’était plus contraire à l’orgueil de Louis XIV, à la distance infinie qu’il avait voulu maintenir entre le monarque et le plus exalté de ses sujets, que son mariage avec la veuve du poète Scarron

Le roi venait de faire un voyage en Bourgogne et en Alsace ; la reine Marie-Thérèse d’Autriche, qui l’avait accompagné, en était très fatiguée. Le 26 juillet 1683 on annonça qu’elle était malade ; ce n’était qu’un furoncle auquel on attachait peu d’importance. Le 30 juillet elle était morte, lorsqu’on s’attendait le moins à cet événement.

Dans ses Souvenirs, la marquise de Caylus, nièce de Madame de Maintenon, rapporte que « la reine expirée, Mme de Maintenon voulut retourner chez elle ; mais M. de la Rochefoucauld la prit par le bras et la poussa chez le roi en lui disant : Ce n’est pas le temps de quitter le roi, il a besoin de vous. Elle ne fut qu’un moment avec le roi. Il fut plus attendri qu’affligé ; mais comme l’attendrissement produit d’abord les mêmes effets, et que tout paraît considérable dans les grands, la cour fut en peine de sa douleur.

Quelques jours plus tard, Louis XIV partait pour Fontainebleau, bientôt rejoint par Madame de Maintenon, qui « parut aux yeux du roi dans un si grand deuil, avec un air si affligé, que lui, dont la douleur était passée, ne put s’empêcher de lui en faire quelques plaisanteries, affirme la marquise de Caylus ; à quoi, je ne jurerais pas qu’elle ne répondit en elle-même, comme le maréchal de Gramont à Mme Hérault : Le prenez-vous par là, ma foi, je ne m’en soucie pas plus que vous. Au vrai, la reine n’avait rien en elle de ce qui pouvait la faire aimer, et qu’au contraire le roi avait en lui toutes les qualités les plus propres à plaire, sans être capable d’aimer beaucoup. »

Portrait de Louis XIV en 1667, par Charles Le Brun
Portrait de Louis XIV en 1667, par Charles Le Brun

« Le roi, dit ailleurs Mme de Caylus, ne savait peut-être pas si bien discourir que Mme de Montespan, quoiqu’il parlât parfaitement bien. Il pensait juste, s’exprimait noblement, et ses réponses les moins préparées renfermaient en peu de mots tout ce qu’il y avait de mieux à dire selon les temps, les choses et les personnes. Il avait bien plus qu’elle l’esprit qui donne de l’avantage sur les autres. Jamais pressé de parler, il examinait, il pénétrait les caractères et les pensées ; mais comme il était sage, et qu’il savait combien les paroles des rois sont pesées, il renfermait souvent en lui-même ce que sa pénétration lui avait fait découvrir. S’il était question de parler de choses importantes, on voyait les plus habiles et les plus éclairés étonnés de ses connaissances, persuadés qu’il en savait plus qu’eux, et charmés de la manière dont il s’exprimait. S’il fallait badiner, s’il faisait des plaisanteries, s’il daignait faire un conte, c’était avec des grâces infinies, un tour noble et fin que je n’ai vu qu’à lui. »

Le goût du roi pour Mme de Maintenon s’accrut depuis la mort de la reine, et il s’y livra avec d’autant moins de scrupule qu’avec sa dévotion nouvelle il s’était plus éloigné de la galanterie. Il sentait le besoin de l’esprit, il sentait aussi le besoin d’affections domestiques et d’une vie intérieure. Il ne se relâchait point dans sa résolution de gouverner par lui-même, de tout voir, de tout faire ; il travaillait beaucoup avec ses ministres ; et le temps qu’il ne donnait pas aux affaires était rempli soit par des pratiques de dévotion, soit par les assemblées du grand monde, aux salons, aux fêtes, aux voyages, où il était toujours en représentation et entouré de sa cour. Sa vie était triste et ennuyeuse, et tandis qu’il avait la capacité de jouir de tous les plaisirs de l’esprit, il s’en sentait habituellement privé.

Pendant le voyage de Fontainebleau la faveur de Mme de Maintenon parvint au plus haut degré. « Je vis alors, dit encore Mme de Caylus, tant d’agitation dans son esprit, que j’ai jugé depuis, en la rappelant à ma mémoire, qu’elle était causée par une incertitude violente de son état, de ses pensées, de ses craintes, de ses espérances ; en un mot son cœur n’était pas libre, et son esprit fort agité... Enfin le calme succéda à l’agitation, et ce fut à la fin de ce même voyage. Je me garderai bien de pénétrer un mystère respectable pour moi par tant de raisons. »

Ce mystère était le mariage secret du roi avec Mme de Maintenon. Rien n’était plus contraire à l’orgueil de Louis XIV, à la distance infinie qu’il avait voulu maintenir entre le monarque et le plus exalté de ses sujets, que son mariage avec la veuve du poète Scarron ; le goût vif qu’elle lui inspirait, le besoin qu’il ressentait de son esprit toujours nouveau, le respect qu’il éprouvait pour sa vertu, triomphèrent de cette répugnance ; mais aussi il voulut, en mettant en repos la conscience de l’un et de l’autre, dérober au monde la connaissance de ce qu’il regardait comme son abaissement ; et Mme de Maintenon se conformant scrupuleusement à son intention, prit autant de peine pour supprimer toutes les preuves de ce mariage qu’un autre aurait pris pour les conserver.

On suppose que ce mariage, qui eut lieu dans la nuit du 9 au 10 octobre 1683, fut béni par le père La Chaize (La Chaise), confesseur du roi depuis 1675, ou par François Harlay de Champvallon, alors archevêque de Paris (1671-1695), et que les témoins furent M. et Mme de Montchevreuil, Bontemps, valet de chambre du roi, et Nanon, femme de chambre de Mme de Maintenon.

« Au retour de Fontainebleau, dit le duc de Saint-Simon, on prétend que le roi parla plus librement à madame de Maintenon, et qu’elle, osant essayer ses forces, se retrancha habilement sur la dévotion et sur la pruderie de son dernier état ; que le roi ne se rebuta point ; qu’elle le prêcha, et lui fit peur du diable, et qu’elle ménagea son amour et sa conscience l’un par l’autre, avec un si grand art, qu’elle parvint à ce que nos yeux ont vu, et que la postérité refusera de croire ».

Portrait médaillon en cire de Françoise d'Aubigné, marquise de Maintenon, d'après Pierre-François Giffart
Portrait médaillon en cire de Françoise d’Aubigné, marquise de Maintenon,
d’après Pierre-François Giffart

Ailleurs, Saint-Simon rapporte que « Madame de Maintenon, n’osant porter les armes d’un tel époux, supprima celles de son premier mari, et ne porta plus que les siennes seules, et sans cordelières. » Rien dans sa conduite ne fit d’ailleurs connaître le mariage auguste qu’elle venait de contracter. Louis XIV fut moins discret : il se conduisit comme un homme qui voulait bien qu’on crût qu’il avait épousé Madame de Maintenon. Il témoigna un jour beaucoup d’humeur à Monsieur, qui l’avait surpris dans un grand négligé, assis sur son lit, quoique Madame de Maintenon fût présente : « A la manière dont je vis avec Madame, lui dit-il, vous devez penser ce qu’elle est pour moi. » Et un autre jour, que la duchesse de Bourgogne s’était assise, en badinant, dans le fauteuil particulier qu’occupait Madame de Maintenon : « Otez-vous donc, lui dit le roi ; ne savez-vous pas que vous occupez la place de Madame ? »

Quand Mignard fit le portrait de madame de Maintenon, il fit demander au roi s’il fallait la couvrir du manteau d’hermine, qui était un attribut de la royauté : « Oui, oui, répondit Louis XIV, sainte Françoise le mérite bien. » C’est de ce portrait que parle ainsi madame de Coulanges : « Mignard l’a peinte sans fadeur, sans incarnat, sans airs de jeunesse ; et, sans toutes ces perfections, il nous fait voir des yeux animés, une grâce parfaite, point d’atours, un visage beau de sa propre beauté, une physionomie au-dessus de tout ce qu’on peut dire. »

« Bientôt après ce mariage, la faveur de Madame de Maintenon éclata, dit Saint-Simon, par l’appartement qui lui fut donné à Versailles, au haut du grand escalier, vis-à-vis de celui du roi, et de plain-pied. Depuis ce moment, le roi y alla tous les jours de sa vie passer plusieurs heures avec elle ; et en quelque lieu qu’il fût, elle était toujours logée aussi proche de lui, et de plain-pied, autant qu’il était possible. Les suites, les succès, l’entière confiance, la rare dépendance, la toute-puissance, l’adoration publique, universelle, les ministres, les généraux d’armée, la famille royale la plus proche, tout, en un mot, à ses pieds, tout bon et tout bien par elle, tout réprouvé sans elle, les hommes, les affaires, les choses, les choix, les justices, les grâces, la religion tout, sans exception, en sa main. »

Mais, parvenue à ce haut rang, la veuve du pauvre et joyeux poète, devenue l’épouse d’un roi triste et inamusable, ne tarda pas a s’apercevoir que les satisfactions de l’ambition ne donnent pas le bonheur. « Je le vois, écrit-elle à une de ses anciennes amies, il n’est point de dédommagement pour la perte de la liberté. Le roi me garde à vue, et ne sort pas de ma chambre. Il faut que je me lève à cinq heures pour vous écrire. Les mois deviennent des moments, et je vis avec une rapidité qui m’étouffe. Toute ma matinée est remplie par une suite de visites de toutes les personnes de la cour ; et à table, je ne puis demander à boire. Je dis quelquefois : c’est bien de l’honneur, mais je voudrais bien un laquais. Là-dessus, tous s’empressent de me servir, et tous sont fâchés d’être refusés ; ce qui m’est une sorte de tourment.

« Après le dîner, Monseigneur vient me voir. Il est fort difficile à entretenir, disant fort peu de chose, s’ennuyant et se fuyant toujours. Après le dîner, toute la cour continue à m’assiéger. Il faut que je me prête à la conversation. Plusieurs dames désirent me parler, et veulent que je prenne autant d’intérêt à leurs peines que j’en prends aux affaires de l’État ; on veut que je parle d’affaires particulières à un prince accablé sous le poids des affaires publiques.

« Je suis contrainte, comme vous voyez, depuis six heures du matin, et fort lasse. Le roi me dit : Vous n’en pouvez plus, n’est-ce pas, madame ? Couchez-vous. Là-dessus, je me déshabille ; et voyant que mes femmes gênent le roi, je me dépêche à m’en trouver mal. Le roi reste à mon chevet jusqu’à ce qu’il aille souper. A dix heures, tout le monde sort ; mais souvent les fatigues de la journée m’empêchent de dormir. »




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