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20 septembre 1804 : mort de l'astronome Pierre Méchain - Histoire de France et Patrimoine


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20 septembre 1804 : mort de l’astronome
Pierre Méchain
(D’après « Biographie universelle et portative des contemporains
ou Dictionnaire historique des hommes vivants et des hommes morts
depuis 1788 jusqu’à nos jours » (Tome 3), paru en 1836)
Publié / Mis à jour le dimanche 18 septembre 2016, par LA RÉDACTION



 
 
 
Il commença par découvrir, signaler et observer des comètes dont il calculait théoriquement les orbites, puis s’illustra en se livrant à des expériences de mesure de l’arc du méridien Dunkerque-Barcelone afin de déterminer précisément le mètre

Né à Laon le 16 août 1744, Pierre-François-André Méchain fut d’abord destiné à la profession de son père, architecte sans fortune, qui lui fit donner une éducation appropriée à cet état. Ses premiers travaux le firent accueillir favorablement de plusieurs personnes distinguées, qui lui donnèrent le conseil de se rendre à l’école des ponts et chaussées, à Paris, pour y acquérir une instruction plus étendue.

Il quitta son pays natal muni de recommandations qui le firent admettre sur-le-champ à cette école ; mais le peu de fortune de son père s’opposa bientôt à ce qu’il pût continuer ses études, et il fut obligé de pourvoir à son existence en se chargeant d’une éducation particulière auprès de Sens. Il employa, à l’étude des mathématiques, les instants de liberté que cette place lui laissait, et donnait à ses parents le produit de ses économies. Son père, après être venu à Paris pour y soutenir un procès qu’il perdit, prolongeait son séjour dans cette ville, n’ayant pas même de quoi retourner à Laon.

Le jeune Méchain lui remit un instrument d’astronomie qu’il avait acquis récemment du reste de ses économies, en le priant de le vendre et d’en employer le produit pour retourner chez lui. Lalande, qui acheta l’instrument, voulut entrer en correspondance avec le jeune homme auquel il avait appartenu, et qui paraissait annoncer un goût décidé pour l’astronomie. Il lui donna des conseils pour ses études, l’encouragea, et lui fit lire les épreuves de la seconde édition de son Astronomie, que l’on imprimait alors, l’engageant à lui faire part de ses remarques. Méchain les lut avec assez de succès pour pouvoir y joindre des notes qui ne furent point inutiles au grand astronome. Lalande le mit en relation avec Darquier, qui faisait à Toulouse de nombreuses observations sur le cours des planètes, mais qui manquait de temps pour ses calculs, d’ailleurs très ennuyeux. Darquier les envoyait à Méchain, qui les calculait, les comparait aux tables, et en retirait des avantages pécuniaires dont il avait besoin.

Jean-Baptiste Delambre et Pierre Méchain
Jean-Baptiste Delambre et Pierre Méchain

Vers cette époque, Lalande le fit nommer astronome hydrographe du dépôt des cartes de la marine, à Versailles. Méchain perdit deux fois cette place par suite des divisions qui survenaient entre les ministres et les généraux chargés du dépôt des cartes. Cependant, lorsque la réputation de cet astronome fut établie, on lui rendit cet emploi. Il fit, avec de la Bretonnière, deux campagnes sur mer, pendant lesquelles il traça le plan de cent lieues de côtes, depuis Nieuport jusqu’à Saint-Malo. Ce fut lui qui fit une partie des calculs des observations que le marquis de Chabert faisait depuis vingt ans dans la Méditerranée, et qui fournit au duc d’Ayen les points principaux d’une carte militaire de l’Allemagne et de la partie septentrionale de l’Italie.

Malgré ces travaux longs et obscurs, Méchain passait une partie des nuits à des observations astronomiques, et Lalande en présentait les résultats à l’académie, qui les jugeait assez importants pour en ordonner l’impression dans ses mémoires. C’était à la recherche des comètes que Méchain se livrait particulièrement, et ses travaux à cet égard surpassent ceux de tout autre astronome. Non seulement il découvrait, signalait et observait ces astres singuliers, mais encore il en calculait théoriquement les orbites et déterminait les éléments qui pouvaient les faire reconnaître s’ils venaient à se remontrer.

En 1781, il en découvrit deux dont il calcula les orbites. Il observa aussi, la même année, la planète Uranie. que Herschel venait de découvrir, et que les astronomes prenaient pour une comète. Il en calcula le cours dans plusieurs paraboles, et fut le premier à prétendre que son orbite était circulaire, et que c’était une planète. Méchain, au reste, devait cette idée au président Baron. Lorsque Laplace calcula, par une méthode qui lui était propre, la première orbite elliptique, il s’appuya sur quatre observations de Méchain, qui lui parurent préférables à toutes celles connues.

L’Académie mit au concours la question de savoir si la comète de 1532 reparaîtrait en 1789 ou 1790, et si elle était réellement, comme on le pensait, la même que celle observée en 1661. Le sujet était difficile ; Méchain prouva qu’il y avait eu deux comètes différentes d’observées, et qu’on devait avoir peu d’espérance de les revoir : son mémoire obtint le prix, et l’expérience vint confirmer, quelques années après, que l’auteur avait calculé juste. Peu de temps après, Méchain fut reçu à l’Académie des sciences. Son zèle pour les recherches astronomiques n’en devint que plus ardent. Il découvrit le premier onze comètes en dix-huit ans ; il en calcula les orbites, ainsi que celles de treize autres comètes découvertes par d’autres astronomes. Méchain était d’une sûreté et d’une précision bien importante dans ses calculs ; il était infatigable dans l’observation, et partout il portait ce regard perçant et attentif qu’il tenait de la nature, et qui n’est pas le don le moins utile à l’astronome.

En 1786, la rédaction de la Connaissance des temps fut confiée à Méchain, et personne n’avait encore possédé à un degré aussi éminent que lui toutes les qualités nécessaires à la perfection de cet ouvrage, dont l’étendue passe aujourd’hui les forces d’un seul homme. Des doutes s’étant élevés sur la position relative des observatoires de Paris et de Greenwich, près de Londres, une vérification fut ordonnée. Les commissaires français furent Cassini, Méchain et Legendre, dont la réputation était déjà européenne. Les savants anglais qui devaient faire cette vérification de concert avec les savants français, étaient munis d’instruments magnifiques et nouveaux, entre autres du théodolite de Ramsden. Les astronomes français avaient également un instrument nouveau, le cercle répétiteur de Borda, dont la supériorité n’était pas encore constatée. Pour l’établir, Cassini et Legendre se chargèrent d’opérer avec le nouvel instrument, et Méchain, qui avait un grand usage du quart-de-cercle, se chargea de faire avec lui les mêmes opérations que ses collègues. Il constata ainsi l’immense supériorité du cercle de Borda.

On se disposa bientôt en France à l’exécution d’un grand et difficile projet, celui d’établir un système de mesures uniformes fondé sur des bases naturelles et invariables. Il fallait, pour cela, mesurer le méridien terrestre. On confia à Delambre et à Méchain le soin de mesurer un arc de ce méridien, depuis Dunkerque jusqu’à Barcelone. Le second de ces astronomes devait mesurer la partie qui s’étend de Barcelone à Rodez. Arrivé à Essonne, en juin 1792, il fut arrêté parce qu’on prit les instruments qu’il transportait avec lui pour des moyens de contre-révolution, et ce n’est qu’avec beaucoup de difficulté qu’il parvint à continuer son voyage scientifique.

Une fois en Espagne, il s’acquitta de toutes les opérations dont il était chargé avec une rapidité et un talent remarquable. Il couvrit de triangles tout l’espace compris entre Barcelone et les Pyrénées, observa les azimuts et la hauteur du pôle à l’extrémité méridionale de son arc, et s’assura aussi de la possibilité de conduire ses triangles jusqu’aux îles Baléares. Il avait conçu l’espoir de terminer son opération en un an, et s’apprêtait à la continuer, lorsqu’un accident terrible qui lui arriva chez un médecin de Barcelone fit évanouir celle espérance. Ce médecin, pour lui montrer le jeu d’une machine hydraulique dont les chevaux étaient absents, en fit mouvoir la pompe en s’aidant de son domestique. Bientôt ils furent renversés par le levier, la peur leur fit jeter des cris ; Méchain, qui observait l’effet de la machine d’un lieu élevé, les crut en danger, se précipita pour les secourir, et ce même levier le renversa presque mort.

Il avait plusieurs côtes et la clavicule brisées. Pendant sa maladie, qui dura plusieurs mois, la guerre se déclara, et lorsqu’il voulut se rendre de Caldas, où il avait été prendre les eaux, dans les Pyrénées pour continuer ses travaux, on lui refusa les passeports dont il avait besoin pour rentrer en France, et il fut retenu prisonnier en Espagne. Il fixa son séjour à Barcelone, et répéta au fort Montjouy les observations qu’il avait faites l’année précédente, n’ayant pas la liberté de faire celles qui devaient leur succéder. Ces observations donnèrent à Méchain un résultat sensiblement différent de celui qu’il avait déjà envoyé en France ; il en fut désespéré.

Cet astronome craignit que cette différence ne fît élever des doutes sur ses premières observations, et que sa réputation n’en souffrît. Il prit le parti de faire un mystère de celte anomalie : ce secret, qui répugnait à la franchise de son caractère, et l’inquiétude où il était sur sa femme et ses enfants, le jetèrent dans une profonde tristesse. On lui permit enfin de se rendre en Italie. Le sort de Bailly, de Lavoisier, etc., effraya Méchain, qui ne voulait point rentrer en France. Après beaucoup d’incertitudes, il s’embarqua enfin pour Marseille, d’où l’on pouvait se rendre facilement à Rodez ou à Perpignan. Il hésita plusieurs mois, puis se rendit au port de Vendres, et reprit vers la fin de 1796 la mesure des triangles, mais avec lenteur.

Delambre, qui, malgré beaucoup d’entraves, avait terminé ses opérations, à l’exception de la mesure d’une base, engagea Méchain à terminer les siennes, lui promettant de lui transporter lui-même tous les objets nécessaires à la mesure de la base de vérification, opération que Méchain avait annoncé vouloir exécuter lui-même. Celui-ci ne fit point de réponse. Madame Méchain, inquiète ainsi que tous les astronomes amis de son mari, se rendit de Paris à Carcassonne ; elle y trouva Méchain, qui exigea qu’elle repartît. Se défiant de sa promesse à cet égard, madame Méchain se rendit à Perpignan auprès de Delambre, qui se préparait à faire ce que son collègue paraissait ne pouvoir ou ne vouloir pas exécuter. Elle lui recommanda de suppléer son man, et de le ramener ensuite à Paris. Delambre termina les opérations, et attendit ensuite Méchain à Carcassonne pendant cinquante jours.

Il arriva enfin, mais refusa de revenir à Paris et persista à vouloir retourner en Espagne pour recommencer ses observations de latitude. Comme Méchain avait fait un mystère de la différence qu’il avait trouvée entre les résultats des opérations faites successivement à Barcelone et a Montjouy, Delambre insista sur l’inutilité de ce nouveau voyage, et parvint enfin, quoique avec peine, à entraîner Méchain à Paris. Il y avait plus de deux mois que tout les savants, envoyés par les états en paix avec la France, étaient réunis dans cette capitale pour prendre connaissance de tout le travail des deux astronomes français. Méchain refusa longtemps de communiquer ses registres. Réduit enfin à en donner connaissance, il eut soin de ne pas y joindre ceux qui auraient révélé ce dont il faisait un secret. On trouva tout dans le plus bel ordre : on admira surtout la précision et l’accord de tous ses angles et de tous ses calculs, et l’on ne pouvait rien comprendre à tout ce que la conduite de Méchain avait eu d’irrégulier.

A son retour à Paris, le bureau des longitudes lui avait remis la direction de l’observatoire, dont il avait été le capitaine-concierge, et l’on pensait que la position avantageuse où cette nomination le placerait contribuerait beaucoup à dissiper la profonde tristesse dont il était atteint et dont on était bien loin de deviner la cause, Méchain, dans le but de retourner en Espagne, avait proposé de prolonger la méridienne jusqu’aux Baléares. Cette idée fut approuvée ; mais comme on jugeait la présence de ce célèbre astronome très utile à l’observatoire, de Paris, on voulait charger de cette opération un autre savant. Cependant, au grand étonnement de tout le bureau, Méchain réclama avec force le droit d’être envoyé de nouveau en Espagne. Il voulait par là cacher à tout jamais ce qu’il avait été assez faible pour dissimuler, la véritable latitude de Barcelone, et de plus, de rendre inutile cette latitude incertaine, en transportant deux degrés et demi plus au sud l’extrémité de son arc.

Méchain partit, avait retrouvé toute l’ardeur qui lui était naturelle. Mais rien n’avait été préparé en Espagne. Le bâtiment qui devait le transporter avait été infecté par la fièvre jaune ; il en attendit longtemps un autre, qui échoua ensuite sur une côte éloignée de l’île de Cabréra, où l’on ignorait que la contagion eût cessé en Espagne. Méchain ne parvint qu’avec beaucoup de difficulté à obtenir la permission de descendre à terre. Il se convainquit alors que cette île n’offrait aucun point qu’on pût observer du continent. Il chercha de nouvelles stations, et fixa enfin les termes d’une troisième base. Dans une de ses courses dangereuses, Méchain tomba dans un torrent, où il aurait péri infailliblement, s’il n’avait pas été secouru à temps. Il établit une suite de triangles, et poursuivit cette opération avec un zèle qui causa sa mort. La côte de Valence était infectée par la fièvre jaune. Déjà le domestique de Méchain en était attaqué ainsi que quelques autres personnes de sa suite ; il ne voulut cependant pas quitter cette station avant d’avoir terminé son travail, et lorsqu’il se rendit à Castellon de la Plana, chez le baron de la Puebla qui l’accueillit de la manière la plus gracieuse, il était déjà atteint par la contagion.

Il succomba, le 20 septembre 1804, demandant, dans son délire, ses manuscrits avec anxiété. Ils furent transportés à Paris, et leur examen fit alors connaître la fatale anomalie, dont Méchain était devenu victime à la vérité par sa propre faute. Cet astronome célèbre n’aimait point à écrire pour l’impression. Il n’a publié séparément que les volumes de la Connaissance des temps de 1786 à 1794, et quelques mémoire sur les comètes qu’il avait découvertes. L’ensemble de ses autres travaux se trouve dans des volumes de la Connaissance des temps, ou dans la Base du système métrique décimal, ou Mesure de l’arc du méridien, compris entre les parallèles de Dunkerque et de Barcelone, exécutée en 1792 et années suivantes.




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