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Éloge des contes de fées, miroirs de l'âme humaine - Histoire de France et Patrimoine


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Coutumes, Traditions

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Éloge des contes de fées,
miroirs de l’âme humaine
(D’après « Hier, aujourd’hui, demain. Gazette historique
et anecdotique bimensuelle », paru en 1923)
Publié / Mis à jour le dimanche 18 septembre 2016, par LA RÉDACTION



 
 
 
Aucune littérature, affirme en 1923 l’auteur de bande dessinée Alain Saint-Ogan, qui deux ans plus tard créera la depuis célèbre série Zig et Puce, ne possède de plus beaux contes de fées que la littérature française, à commencer par ceux de Perrault, dont l’académicien Charles Nodier disait qu’ils étaient le chef-d’oeuvre du siècle des chefs-d’oeuvre et que Bonaparte avait appris par cœur pour occuper l’ennui du siège de Toulon, le général devenu empereur récitant plus tard à Joséphine d’un bout à l’autre le Petit Poucet ou le Chat botté

Fruits d’un héritage transmis de génération en génération, forgeant l’esprit des enfants en les confrontant aux ressorts de l’âme humaine, les contes de fées constituent des oeuvres incontournables de la littérature française et sont un monument précieux de notre langue.

Nulle part dans celle-ci, pas même dans Candide, il n’est de tours plus alertes et plus spirituels que dans ceux de Perrault, écrit Alain Saint-Ogan. Les deux sœurs de Cendrillon parlent de leurs projets de toilette pour le bal : « Moi, dit la cadette, je n’aurai que ma robe ordinaire, mais en récompense je mettrai mon manteau à fleurs d’or et ma barrière de diamants qui n’est pas des plus indifférentes. » Ce rat qui est choisi pour être cocher sur les trois que contenait la ratière « à cause de sa maîtresse barbe » n’est-il pas amusant et n’est-ce pas un trait charmant que ce « chat devenu grand seigneur qui ne court plus après les souris que pour se divertir » ? Et quand la princesse est convertie à l’amour, « la bosse de Riquet à la houppe ne lui sembla plus que le bon air d’un homme qui fait le gros dos et au lieu que jusqu’alors elle l’avait vu boiter effroyablement, elle ne lui trouva plus qu’un certain air penché qui la charmait ».

Carte publicitaire illustrée d'une scène extraite du Prince Charmant de Mme Leprince de Beaumont
Carte publicitaire illustrée d’une scène extraite
du Prince Charmant de Mme Leprince de Beaumont

J’aime aussi, poursuit Saint-Ogan, ce début d’un conte de Mme d’Aulnoy : « Il y avait une fois la fille d’un roi qui était si belle qu’il n’y avait rien de si beau dans le monde et à cause qu’elle était si belle on l’appelait la belle aux cheveux d’or car ses cheveux étaient plus fins que de l’or et blonds par merveille, tout frisés, qui lui tombaient jusque sur les pieds. Elle allait toujours couverte de ses cheveux bouclés, avec une couronne de fleurs sur la tête et des habits brodés de diamants et de perles ; tant il y a qu’on ne pouvait la voir sans l’aimer. » Quelle grâce enveloppante dans ces phrases onduleuses et serpentines !

Savourons aussi ce détail sur l’oiseau bleu qui parlait avec autant d’esprit que s’il avait été un homme, quoi qu’il conservât le petit son de voix d’un rossignol : « Le roi Charmant était prêt à prendre son parti de sa transformation. — Ne pourrais-je pas aller dans mon palais et gouverner tout comme je faisais ordinairement ? — Oh, s’écria son ami l’enchanteur, la chose est difficile. Tel qui peut obéir à un homme ne veut pas obéir à une perruche. — Ah, faiblesse humaine ! s’écrie le roi comme s’il était au nombre des vicissitudes auxquelles est exposée l’humanité d’être changé en oiseau. »

L’Histoire des rois goths rapporte un fait à l’appui de ce que raconte Mme d’Aulnoy. Elle nous dit que lorsque le fils de Charles-Quint, plus tard Philippe II, épousa la princesse Marie d’Angleterre, il fut obligé de jurer qu’il renoncerait à sa couronne si le roi Artus devenu oiseau descendait de son nid sur son trône.

Mme Leprince de Beaumont, Mme de La Force, la comtesse de Murat ont écrit aussi de charmants contes, et il ne faut pas oublier le comte d’Hamilton, qui dit quelque part de Luisante, la fille du calife de Cachemire : « Sa beauté fut supportable jusqu’à quinze ans ; mais à cet âge, on ne pouvait plus y durer. »

Les écrivains les plus versés dans la science de la langue auraient à apprendre dans ces auteurs charmants que certains enfants estiment au-dessous de leur âge. « Pendant tout le règne de Louis XIV, il y avait dans l’air un prestige de féerie », écrit en 1910 Lucie Faure-Goyau — fille du président de la République Félix Faure — dans son beau livre : La vie et la mort des fées. Le Roi-Soleil avait aimé les contes de fées dans son enfance. En 1645, quand il fut tiré des mains des femmes et confié aux soins de La Porte, le premier valet de chambre, ce qui lui fit le plus de peine, raconte celui-ci, c’est « que je ne pouvais lui fournir des contes de Peau d’âne avec lesquels les femmes avaient coutume de l’endormir ». L’imagination du roi en était restée toute illuminée d’un éclat magique et les magnificences de Versailles, les fêtes de sa cour, les plaisirs de l’Ile Enchantée furent un effort pour la réalisation d’une brillante féerie.

Bacon a expliqué que les fictions étaient primitivement une méthode d’enseignement. Les esprits, encore faibles et grossiers, dit-il, repoussaient toute idée trop subtile ou trop abstraite, ne pouvaient encore saisir que les vérités concrètes. De là les similitudes et les paraboles. Il explique par exemple pourquoi le corps du sphinx mort est chargé sur un âne après qu’OEdipe a deviné son énigme : ce symbole signifie qu’une vérité mathématique quand elle a été découverte par un homme de génie est désormais à la portée de l’intelligence la plus vulgaire. Penthée monte sur un arbre pour surprendre le mystère des orgies de Bacchus. Il en est puni par une frénésie qui lui fait voir tout en double : deux soleils, deux villes de Thèbes, image du doute et des incertitudes auxquels aboutit la curiosité philosophique et scientifique. Minerve sortant toute armée du crâne de Jupiter c’est, au dire de Bacon, un roi qui veut se passer du pouvoir parlementaire et Junon, irritée qu’il ait enfanté sans son secours, est ce même pouvoir parlementaire qui fomente les révolutions. Elle ébranle la terre jusque dans ses fondements.

Les premiers contes de fées furent aussi d’anciens mythes pour la plupart solaires. Il semble que les hommes primitifs n’aient jamais pu se défendre d’une angoisse en voyant le soleil se coucher le soir à l’horizon ; la réapparition le lendemain d’un astre semblable sur un autre point leur était chaque matin une joyeuse surprise. De même aussi quand ils voyaient les jours se faire plus courts et plus sombres, les arbres se dépouiller de leurs fruits et la terre devenir nue et glacée, ils se demandaient toujours avec la même anxiété s’ils retrouveraient les fleurs, les fruits, la lumière et la chaleur.

Les mythes figurent les accidents du jour et des saisons. Le chaperon rouge, c’est l’aurore vermeille qui va rejoindre sa mère grand, une ancienne aurore, dans le lit où elle est dévorée par le loup qui représente le soleil ardent, hostile et dévastateur des pays d’Orient. Le maître du chat botté et le chat botté lui-même qui, de pauvres deviennent riches, sont l’un et l’autre le triste soleil d’hiver qui sort des eaux, au printemps, éclatant et pompeux pour régner sur la campagne à perte de vue. Peau d’âne, c’est la nature, voilée sous le ciel gris d’hiver et qui cache sa robe couleur de soleil.

La Lecture des contes en famille. Illustration de Gustave Doré pour le frontispice des Contes de Perrault, édition de 1862
La Lecture des contes en famille. Illustration de Gustave Doré pour le frontispice
des Contes de Perrault, édition de 1862

La Belle au bois dormant, c’est aussi la terre endormie qui se réveille et tressaille au premier baiser du soleil. Le prince Charmant, les femmes mortes de Barbe-bleue sont les anciens jours disparus et les frères de Mme Barbe-bleue paraissent être les deux crépuscules, autrement dits les Dioscures, les Gémeaux ou Castor et Pollux qu’on avait pris l’habitude d’accoupler par la pensée, bien qu’ils ne fussent jamais ensemble puisqu’ils vivaient et mouraient alternativement comme l’aube et la vesprée.

La mauvaise fée qui détruit l’œuvre de ses collègues n’est-elle pas la dernière des trois parques (tria fata), celle qui coupe le fil que ses sœurs ont filé ? Elle est la Mort qui vient aussi sans être invitée. Carabosse pourrait être une corruption d’Atropos.

Les contes de fées sont un monument précieux de la langue française et la matière nous en a été léguée par la plus lointaine humanité. Ils sont un héritage qui s’est transmis de génération en génération. Ronsard invoquait le dieu de la Poésie :

Afin de voir au soir les nymphes et les fées
Danser au clair de lune en cotte sur les prées [prairies]

Et Jeanne d’Arc, interrogée à son procès sur l’arbre appelé l’arbre des Dames, c’est-à-dire des Fées, répondait : « Plusieurs fois j’ai ouï dire à des anciens (qui n’étaient pas de ma famille) que les dames fées y venaient. J’ai entendu l’une de mes marraines, Jeanne, femme du maire Aubry, assurer qu’elle-même avait vu les dames fées. »

Les paysans bretons disent que le XIXe siècle était un siècle invisible parce que les fées ne s’y montraient pas ; mais que le XXe siècle sera un siècle visible et que les fées apparaîtront. Il a pourtant bien mal commencé ! s’exclame Alain Saint-Ogan, qui écrit en 1923...

Les théosophes ne sont pas loin d’admettre l’existence des fées. Ils croient à des élémentals, foi ces cosmiques ignorées, sortes de génies (genius loci) qui sont comme l’âme obscure des rochers et des fontaines. Ils rapportent aussi qu’au cours de je ne sais quelle expérience on se heurta tout à coup à des êtres inconnus qui font aussi leur évolution à côté de nous ici-bas, sans tomber sous nos sens. On se hâta de refermer le trou ouvert sur l’invisible muraille ; mais la doctrine enseigne que la terre n’est pas que l’unique habitat des hommes et des animaux.

L’avenir fera des réalités de bien des choses rêvées par les auteurs de contes comme le phonographe a réalisé le portrait parlant de la Biche au bois. Le poète Ausone avait imaginé que les étoiles avaient un parfum. En attendant que leurs émanations deviennent accessibles à notre odorat, Crookes a inventé un appareil permettant d’enregistrer la chaleur qui en rayonne. Elle est égale, nous a-t-il appris, à celle d’une bougie placée à quatre kilomètres.

Certes, la science a ouvert devant nos yeux de profondes perspectives. Elle a accompli tant de merveilles qu’elle a remplacé les fées dans la littérature. Ce sont de vieux savants un peu fous qu’on charge du rôle des anciens magiciens et enchanteurs dans les romans, les films de cinéma et les pièces du Châtelet, tant les hommes ont besoin de merveilleux.

Le fantastique scientifique ne vaut pas celui des anciennes féeries aériennes et brillantes, écrit encore Saint-Ogan. Il a des cornues et des alambics ; il est sombre et vindicatif ; il médite au fond de son laboratoire le mal qu’il fera aux hommes. Les fées sont jolies, douces, indulgentes, secourables aux gens en peine, à l’exception peut-être de Carabosse et de la protectrice de Truitonne qui au fond d’ailleurs n’étaient peut-être pas si méchantes. Elles étaient peur des enfants une meilleure fréquentation que ces misanthropes au cerveau dérangé en proie à la monomanie de leurs recherches.




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