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19 août 1391 : Jeanne de Brigue, première personne jugée pour sorcellerie par le parlement de Paris, est brûlée vive - Histoire de France et Patrimoine


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Éphéméride, Calendrier

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19 août 1391 : Jeanne de Brigue,
première personne jugée pour sorcellerie
par le parlement de Paris, est brûlée vive
(D’après « Valentin de Milan, duchesse d’Orléans », édition de 1911)
Publié / Mis à jour le dimanche 14 août 2016, par LA RÉDACTION



 

En 1389 et les années précédentes, une jeune paysanne, Jeanne de Brigue, dite la Cordière, avait, dans les villages avoisinant Guérart et Crécy-en-Brie (Seine-et-Marne), la réputation d’être une « divine », ou, comme nous disons aujourd’hui, une devineresse. Elle faisait retrouver les objets perdus, indiquait les voleurs de ceux qui avaient été dérobés, guérissait les malades et, au besoin, rendait malades les gens qui se portaient bien. La rumeur publique lui attribuait au moins ces multiples talents.

Il faut dire que cette réputation était si bien établie que parfois les voleurs, informés qu’elle les recherchait, venaient lui avouer leurs méfaits, la suppliant de ne les point dénoncer et lui indiquant eux-mêmes où l’on retrouverait le produit de leurs larcins, ce qui ne laissait pas de faciliter sa tâche et d’accroître sa renommée. A Villeneuve-Saint-Denis, dans une hôtellerie, elle avait fait retrouver une tasse en argent. L’hôtelier accusait sa femme d’avoir soustrait cette tasse pour la donner à quelqu’un de ses galants. Jeanne fit connaître la voleuse — c’était une chambrière du voisinage — et le lieu où la tasse était cachée : on la retrouva en effet en ce lieu.

Sorcières chevauchant un balai. Miniature du Champion des dames de Martin Le Franc (1451)
Sorcières chevauchant un balai. Miniature du Champion des dames
de Martin Le Franc (1451)

Le clergé même s’adressait parfois à elle. Il avait été dérobé une forte somme d’argent au curé de Guérart et une croix à son église. Le curé envoya auprès de Jeanne qui prétendit qu’un notaire de Meaux avait reçu seize francs pour étouffer l’affaire. Quelque temps après, la croix fut rapportée. On ne dit pas que l’argent du curé l’ait été également. Néanmoins l’autorité ecclésiastique s’inquiéta des succès de la « divine ». La pauvre fille fut arrêtée et enfermée dans la prison de l’évêque de Meaux : elle y passa un an, même elle y accoucha. Puis l’évêque la fit mettre en liberté, après l’avoir fait comparaître devant lui et lui avoir défendu de continuer ses pratiques de divination, sous peine d’être emprisonnée derechef. La justice civile ne devait pas être aussi clémente pour elle que l’évêque de Meaux.

Il y avait en ce temps à Guérart un nommé Hennequin de Ruilly qui semble avoir été, dans le bourg où il habitait, un personnage assez important. Il était possesseur de terres qu’il cultivait, il avait eu à ferme les impôts de la prévôté de Guérart, il tenait ou il avait tenu une taverne et hôtellerie. Cet Hennequin, « beau jeune homme, riche, puissant et de grands amis », mais un peu simple et naïf, semble-t-il, avait, quelques années auparavant, demeuré à Paris, où il logeait à la porte Baudoyer. A cette époque, il avait rencontré une jeune femme, nommée Macette, née à Rilly, en Anjou, et qui avait mené jusqu’alors une existence des plus aventureuses. Fiancés au bout de six semaines, ils se marièrent quelques mois plus tard.

Au cours de son procès, Macette a raconté que son mari la battait. Peut-être avait-il quelques sérieuses raisons pour cela. Il a été question, dans ce même procès, du dessein qu’elle aurait formé de s’enfuir vers des pays très lointains, avec un nouvel ami ; mais la réalité de ce projet n’a pas été établie. Quoi qu’il en fût, les deux époux ne s’entendaient pas et leur existence était une suite de querelles et de scènes violentes. Sur ces entrefaites, quatre ou cinq ans après le mariage, Hennequin tomba sérieusement malade. C’est ici que nous allons revoir Jeanne de Brigue, la « divine » qui trouvait les objets perdus.

Hennequin de Ruilly connaissait Jeanne de Brigue. Tout le monde d’ailleurs la connaissait dans la région. C’était même lui qui avait été chargé, naguère, par le curé de Guérart de la consulter au sujet de la croix volée. Un jour, Jeanne vit arriver chez elle, à Besmes, près de Crécy-en-Brie, la mère d’Hennequin que l’on appelait Lucette. Cette femme lui demanda de venir voir son fils et, par ses connaissances spéciales, de lui rendre la santé. Jeanne ne refusa point et toutes deux s’en furent ensemble à Guérart. La « divine » allait y rencontrer quelqu’un aussi occupé qu’elle, pour le moins, de sortilèges et d’enchantements.

Cette sorcière, c’était Macette. On se doutait un peu dans le pays qu’elle se livrait à des travaux de ce genre, et un ami d’Hennequin, un ménestrel, avait dit au mari que sa maladie venait de ce qu’une femme l’avait envoûté, en lui laissant comprendre que cette femme pouvait bien être la sienne. Inquiète de cette accusation à peine dissimulée, Macette avait en conséquence persuadé Lucette, sa belle-mère, d’aller chercher Jeanne de Brigue. Aussitôt celle-ci arrivée, elle la prit à part et, l’ayant mise au courant de ce qui se passait, elle la supplia de dire à Hennequin, s’il lui demandait les causes de sa maladie, qu’il était envoûté par une nommée Gilette la Verrière.

Cette Gilette demeurait à Paris, vers la porte Baudoyer, où Hennequin avait demeuré lui-même. Il l’avait connue en cet endroit et elle avait eu de lui deux enfants. L’accusation, comme on le voit, était vraisemblable, dirigée contre une femme qui avait des raisons pour vouloir se venger d’Hennequin et, si l’on y croyait, Macette se trouvait libérée de tout soupçon. Pour décider Jeanne à suivre ses instructions, elle lui fit cadeau de dix-huit sous parisis en or : c’est du moins ce qu’elle a déclaré, car Jeanne prétendit n’avoir rien reçu que des promesses. La divine fit d’ailleurs ce qui lui avait été demandé : elle accusa Gilette.

Une autre fois, elle revint encore, Macette l’ayant envoyée chercher et lui confiant être la véritable responsable de l’envoûtement de son mari, lui détaillant son procédé opératoire. Dans une petite poêle, de forme ronde, elle avait mis de la cire vierge et de la poix mélangées. Voulait-elle que son mari fût malade, elle plaçait la poêle sur le feu, remuait la cire et la poix avec une cuiller : aussitôt Hennequin se sentait — elle assurait au moins qu’il le lui avait dit — le corps entier comme traversé d’une foule d’aiguilles. Ce n’était pas tout : elle avait dans sa chambre, dans un pot de terre, un ou deux crapauds qu’elle nourrissait de lait de femme ; le jour où elle voudrait que l’état de son mari empirât, elle n’aurait, à l’aide d’une longue pointe, qu’à piquer ces animaux et la chair d’Hennequin ressentirait toutes les douleurs qu’elle aurait infligées aux crapauds.

Il va sans dire que tout cela ne se faisait point sans cérémonies magiques. Macette raconta, au cours de son procès que, mettant en pratique des enseignements reçus dès sa première jeunesse, elle avait appelé par trois fois Lucifer, le suppliant de mettre son mari dans un tel état qu’il ne pût point la tourmenter et la battre : ce disant, elle tenait dans ses mains la cire vierge et la poix, sur lesquelles elle avait récité trois fois l’Evangile de saint Jean, trois fois le Pater et trois fois l’Ave Maria ; elle avait ensuite fait le mélange de la cire et de la poix, appelé de nouveau Lucifer à son aide et redit trois fois l’Évangile, le Pater et l’Ave. Alors, elle avait façonné le mélange en forme de « voult » — de figure humaine —, elle avait tracé à la surface trois croix à l’aide de la pointe d’un couteau, avait mis le voult avec de l’eau dans la poêle et l’avait fait chauffer, le piquant parfois de son couteau, tout cela mélangé d’invocations et de prières. Chaque fois qu’elle voulait mettre à mal son mari, il fallait qu’elle recommençât toutes ces cérémonies.

Sorcières jetant un maléfice. Gravure extraite du Compendium Maleficarum de Francesco Maria Guazzo (1608)
Sorcières jetant un maléfice. Gravure extraite du Compendium Maleficarum
de Francesco Maria Guazzo (1608)

Quant aux crapauds, elle les avait cherchés dans son jardin, un jour que les piqûres au voult de cire avaient été impuissantes à l’empêcher d’être battue... Toujours avec des invocations au diable et des prières, s’étant recouvert la main d’un gant, elle avait saisi les crapauds par le pied, les avait introduits chacun dans un pot, avait placé une tuile sur chaque pot et les avait installés dans sa chambre, au pied du lit conjugal. Par les nourrices du village, elle avait du lait de femme ; le mêlant à du lait de vache et à de la mie de pain, elle faisait vivre de la sorte les deux animaux. Le résultat pour Hennequin de toutes ces conjurations fut celui-ci, au dire de Macette : « Dans les compagnies où il allait, il sentait et endurait beaucoup d’angoisses, de maladies et espointures qui lui survenaient. » Enfin, comme l’on sait, il tomba sérieusement malade.

A plusieurs reprises et à plusieurs jours différents, Macette et Jeanne firent ensemble l’expérience de la cire et de la poix. Mais Jeanne conseilla à Macette de renoncer à ses enchantements, lui fit fondre le voult et jeter les crapauds dans le jardin. La divine ayant annoncé à Hennequin que le voult par lequel il souffrait — celui de Gilette la Verrière, bien entendu — était détruit, le malade avait commencé à sentir une amélioration dans son état et, peu à peu, guérit complètement. Dans le même temps, Jeanne s’émerveillait de la science de Macette. Et répondant à ses aveux par une confiance analogue, elle la mettait au courant de sa situation, lui demandait de la conseiller et de l’aider. Jeanne avait, en effet, plusieurs enfants d’un homme qui, malgré son affection pour elle, refusait absolument de l’épouser. C’était, assurait-il, par crainte de ses amis qui étaient « de plus grand lignage » que la pauvre Jeanne.

« Macette, disait Jeanne, je vous prie de me conseiller, parce que mon ami Hennequin, — il s’appelait aussi Hennequin —, l’homme du monde que j’aime le mieux et dont j’ai eu plusieurs beaux enfants, ne me veut absolument pas épouser, parce qu’il est d’un plus grand monde que je ne suis. Et pour cela, s’il était voie ou manière par laquelle je puisse, pour l’amour de mes beaux enfants, l’amener à m’épouser sans que cette voie ou manière le mît en danger de mort, je vous prie et requiers par toute l’affection qui est entre nous deux que vous me l’appreniez. »

Jeanne s’adressait bien. Macette n’avait pas seulement le moyen de rendre les gens malades : elle savait les décider au mariage. Et ce qui ne laisse pas d’être assez surprenant, c’était par les mêmes moyens, la poix, la cire, et les crapauds. « Puisque tu aimes tant ton ami, répondit-elle, je t’apprendrai et te montrerai la manière comment, avant qu’il soit quinze jours, qu’il le veuille ou non, il t’épousera. » La chose était simple : il fallait que Jeanne fît fondre de la cire dans la poêle et quand son ami dormirait, l’en frottât doucement entre les deux épaules ; elle procéderait à cette opération pendant neuf jours. Si, après ces neuf jours, elle n’était pas épousée, elle reviendrait chez Macette qui lui fournirait un crapaud : elle piquerait ce crapaud, recueillerait son venin, mettrait ce venin dans la poêle et le ferait frire avec la cire et la poix ; elle ferait enfin manger le mélange à son ami — sans qu’il s’en doutât, bien entendu —, ce qui n’aurait aucun inconvénient pour sa santé. C’était d’ailleurs grâce à la cire et à la poix fondues que Macette — elle le racontait du moins — s’était fait épouser par Hennequin de Ruilly. Jeanne se trouvait tout encouragée de ce succès et en espérait un pareil.

Aussi ne tarda-t-elle pas à faire usage de la recette. Un jour qu’elle avait apporté à Guérart des fromages pour les vendre, elle emprunta la poêle, la cuiller, la cire et la poix de Macette ; elle apprit aussi les formules et les prières dont il fallait se servir, fit le mélange nécessaire et dit les paroles indispensables, puis, durant la nuit, frotta son ami entre les deux épaules, comme le lui avait enseigné Macette. Est-ce parce qu’elle ne réitéra l’opération que pendant deux nuits ? Le sortilège n’opéra aucunement et son ami ne manifesta pas plus qu’auparavant la volonté de l’épouser... Elle se résolut donc à user du moyen décisif — l’intervention des crapauds — et elle se préparait à venir en demander un à Macette lorsque, l’affaire de la maladie et de la guérison d’Hennequin ayant attiré l’attention, elle fut arrêtée et emprisonnée au Châtelet.

Le procès fut long, entravé par des causes de toute sorte, par les dénégations des accusées — car Macette fut arrêtée aussi —, par l’examen de faits accessoires imputés à la divine, par une grossesse présumée de celle-ci, par un appel au Parlement, enfin par l’intervention des évêques de Paris et de Meaux qui prétendirent qu’à eux seuls appartenaient l’instruction et le jugement de cette affaire.

Tout d’abord, Jeanne qui avait promis à Macette, en prêtant les serments les plus sacrés, de ne jamais la trahir, tint résolument sa promesse. Tout ce qui lui était reproché, soit dans l’affaire de la maladie d’Hennequin de Ruilly, soit en d’autres occasions, comme la découverte de la tasse de Villeneuve-Saint-Denis ou celle de la croix de Guérart, elle prétendit l’avoir fait avec l’aide d’un diable, appelé Haussibut, qui, à son appel et moyennant diverses cérémonies, se mettait à son service. Sa marraine lui avait appris, disait-elle, à évoquer ce personnage de l’autre monde. Pour cela, il lui fallait prendre un tison, décrire avec ce tison un cercle autour d’elle, demeurer au milieu du cercle et dire : « In nomine patris et filii et spiritus sancti, amen... Haussibut, Haussibut, Haussibut, viens à moi ici, dis-moi et enseigne-moi ce que je te demanderai ! » Le diable en question lui répondait alors et la renseignait. Comme récompense de ses services, il n’était pas difficile : il se contentait de peu. Un jour, elle lui jeta une poignée de chènevis qu’elle avait dans la main ; une autre fois, elle lui donna une poignée de cendres qu’elle prit dans son foyer.

Mise à la question par les juges qui estimaient que tout ne s’était pas accompli par son seul intermédiaire, Jeanne accusa alors Macette, qui nia toute implication et toute relation avec la divine, jusqu’à ce qu’elle fût, elle aussi, mise à la question, et qu’elle avouât.

Le premier interrogatoire de Jeanne de Brigue avait eu lieu le 29 octobre 1390. Le 9 février 1391, elle avait été condamnée à périr par le feu, mais il ne lui avait point été donné connaissance du jugement qui pouvait encore être modifié. Le premier interrogatoire de Macette, arrêtée postérieurement à la divine, est du 4 août 1391. Le 5, elle est condamnée à mort, mais dans les mêmes conditions. Après la condamnation de Jeanne, on surseoit à l’exécuter parce qu’on la croit enceinte, puis il est reconnu qu’elle ne l’est point. Lorsqu’elle apprend sa condamnation, elle en appelle au Parlement. Sur l’ordre de celui-ci, le procès est en quelque sorte recommencé. Une fois encore, Jeanne est condamnée à être brûlée.

Mais deux des membres du Parlement qui avaient été, pour ce nouveau procès, adjoints aux juges ordinaires du Châtelet, les conseillers Nicole de Buyencourt et Robert Broisset, votèrent contre l’application de la peine de mort ; le second voulait même que l’accusée fût seulement tournée au pilori et tenue six mois prisonnière au pain et à l’eau. Pour Macette, il en fut de même ; Buyencourt et Broisset s’opposèrent vainement à ce que la peine de mort fût prononcée.

Le diable exposant les termes du pacte aux sorcières novices. Gravure extraite du Compendium Maleficarum de Francesco Maria Guazzo (1608)
Le diable exposant les termes du pacte aux sorcières novices. Gravure
extraite du Compendium Maleficarum de Francesco Maria Guazzo (1608)

Et ce n’est pas fini. On hésite encore à procéder à l’exécution. Le 12 août, le prévôt de Paris fait venir au Châtelet trois « honorables hommes et sages maîtres », le célèbre Jean Jouvenel, avocat en Parlement et prévôt des marchands, Jean Cuignot et Pierre de Vé, tous deux aussi avocats : on leur lit toute la procédure de l’affaire ; Jean Jouvenel et Pierre de Vé sont partisans de la condamnation à mort, mais Cuignot ne veut infliger aux deux femmes qu’une longue peine d’emprisonnement. Les juges se trouvent encore insuffisamment éclairés. Ils décident que l’on aura « plus à plein conseil et avis à sages, afin de faire et procéder en cette matière qui est grande et pesante, et dont les cas ne sont aucunement advenus dont ils aient eu connaissance, ni vu le jugement advenu, le plus sûrement et mûrement que l’on pourrait pour bonne équité de raison ».

Le 16 août, le prévôt de Paris expose une fois de plus l’affaire à un maître des requêtes, un conseiller, un avocat et un procureur au Parlement et à un avocat au Châtelet qui se prononcent pour l’exécution du jugement. Enfin, le lendemain 17, le lieutenant du prévôt, Jean Truquan, et un examinateur au Châtelet se transportent à Guérart et interrogent encore Hennequin de Ruilly. On avait retrouvé les deux crapauds — les deux botereaux dans le langage du temps — qui avaient servi aux maléfices de Macette. Hennequin raconta que ces animaux, ayant été tourmentés par lui et par un voisin à l’aide d’un bâton, le crapaud agacé par le voisin n’avait pas l’air de s’en inquiéter beaucoup, tandis que celui auquel s’adressait Hennequin s’avançait toujours contre lui, la gueule ouverte et menaçante : d’où il fallait conclure sans doute que ce crapaud était animé contre lui d’une forte haine insufflée par sa femme.

Par malheur, Hennequin ne saisit pas immédiatement les deux animaux. Le lendemain, quand il voulut les retrouver, l’un, dit une pièce du procès, « s’était absenté », en quoi d’ailleurs, il avait eu parfaitement raison, car son camarade, une fois retrouvé, fut mis à mort et transpercé d’un bâton. Le lieutenant du prévôt et l’examinateur ne manquèrent point du reste de saisir son cadavre et de le transporter au Châtelet. Ils s’emparèrent aussi, à titre de pièces à conviction, de pain bénit, de trois feuilles de pervenche, d’un charbon et de deux brins de sénevé, trouvés dans le lit de Macette ; de deux échaudés et d’une certaine quantité de cire vierge et de poix, trouvés dans son coffret. Tous ces objets furent montrés à Macette qui dit ne point connaître les herbes : elle avait gardé les échaudés de la Cène d’un jeudi saint, comme il était coutume de le faire ; le pain bénit était celui qui lui avait été donné à ses noces avec Hennequin ; à l’égard de la cire et de la poix, elle déclara les avoir « pour faire ses sourcils et plusieurs autres choses secrètes qui sont à usage de femmes, sans que d’aucune de ces choses elle eût fait, ni eût l’intention de faire aucun mal ».

Malgré tout, les jugements prononcés contre les deux femmes furent exécutés. Le 19 août 1391, elles furent conduites de la prison du Châtelet aux Halles, la tête couverte d’une mitre sur laquelle étaient écrits ces mots : « Je suis ensorcelleresse. » On les tourna au pilori, puis on les conduisit à la place aux Pourceaux, où elles furent brûlées. Jeanne de Brigue persévéra dans ses aveux. Macette au contraire retira les siens et protesta qu’elle n’avait participé, ni consenti à rien de ce qui lui était reproché.

Comme Jeanne de Brigue allait être brûlée, elle raconta dans une confession dernière, un fait qui montre bien la puissance des idées et des préjugés qui la conduisaient au supplice. Pendant la durée de son emprisonnement au Châtelet, une tasse d’argent fut volée au geôlier. Tout le monde s’adressa aussitôt à elle, accusée, peut-être condamnée déjà, pour lui demander de retrouver l’objet disparu. Voyant cela, le voleur, un petit valet de la geôle, vint la supplier, pour l’amour de Dieu, de ne pas révéler son méfait dont, pensait-il, elle le savait assurément l’auteur, grâce à sa science de toutes choses... Ces croyances étaient à peu près générales. Les juges étaient aussi persuadés que le petit valet de la geôle de la puissance des divines et des ensorcelleresses, même de celle des crapauds.

Les magistrats du Châtelet firent, dans ces deux procès criminels, ce qu’ils pouvaient et ce qu’ils devaient faire. Ils voulurent arriver à connaître la réalité des choses, des actes accomplis et il semble bien qu’ils y soient parvenus. Ils cherchèrent, à l’aide de délais, de conseils pris de toute part, si les lois ne les autorisaient pas à modérer la peine et ils ne trouvèrent rien le leur permettant, ni dans la législation de l’époque, ni dans la jurisprudence.




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