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13 juin 1871 : mort de l'illusionniste et inventeur Jean-Eugène Robert-Houdin - Histoire de France et Patrimoine


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13 juin 1871 : mort de l’illusionniste
et inventeur Jean-Eugène Robert-Houdin
(D’après « Le Monde illustré », n° des 9 février 1935 et 25 décembre 1937)
Publié / Mis à jour le lundi 13 juin 2016, par LA RÉDACTION



 

Né à Blois le 7 décembre 1805, Jean-Eugène Robert-Houdin fut non seulement un amuseur prestigieux, mais également un inventeur dont l’œuvre, quoique inconnue du grand public, est cependant considérable.

Fils d’un horloger, le jeune Jean-Eugène avait fait ses études au collège de sa ville natale. Féru de mécanique, il s’était pris de passion pour le métier paternel, mais en matière d’horlogerie il avait des idées absolument nouvelles. Il ne rêvait d’abord que d’horloges et de tabatières à musique, alors que l’auteur de ses jours qui avait conçu à son égard d’autres ambitions puisqu’il parlait d’en faire un notaire, l’avait fait entrer comme clerc chez un tabellion de la ville.

Première rencontre du jeune Jean-Eugène avec un escamoteur
Première rencontre du jeune Jean-Eugène avec un escamoteur

Cependant la mécanique finit par l’emporter sur la basoche, et abandonnant dossiers et grossoyées, il s’en fut tenter fortune. Pourquoi de l’atelier d’horlogerie passa-t-il dans le cabinet d’un escamoteur ? Sans doute, pour gagner sa vie, mais surtout parce que son esprit inventif le déposait particulièrement à la réalisation de trucs machinés où la mécanique, grâce à lui, allait jouer un rôle primordial.

Toutefois, les randonnées à travers la France, la Belgique et l’Angleterre furent assez mouvementées, et ce fut avec un certain soulagement que, lâchant son escamoteur qui n’usait que de trucs primitifs tels que gobelets, boîtes à doubles fonds et compères, il s’établit à son propre compte. En 1830, il arriva à Paris, et s’y fit aussitôt connaître par ses surprenants automates parlants et gesticulants. Ne reconstitua-t-il pas notamment, en effet, Marie-Antoinette au clavecin et le Joueur d’Échecs ? Il en imagina d’autres, tels que l’Écrivain, la Leçon de Serinette, Antonio Diavolo, l’Oranger merveilleux, Auriol et Débriteau, etc.

En quelques jours s’établit la réputation de Jean-Eugène Robert, car il n’avait pas encore associé au sien le nom de sa femme, afin de se constituer un nom bien spécial. A toutes les Expositions, en 1835, en 1844, 1855 et 1859, il devait se voir décerner des médailles d’or et d’argent pour ses inventions qui cependant ne le rendaient pas riche. Bien au contraire, ce fut pour éviter la ruine définitive qu’il dut ouvrir en 1845 son petit théâtre au Palais-Royal, rue de Valois, où il allait faire accourir tout Paris.

Naturellement, à ses dons prodigieux de mécanicien scientifique, Robert-Houdin joignait pour présenter son spectacle les qualités indispensables de l’escamoteur, c’est-à-dire l’habileté et la dextérité. Ainsi la duchesse d’Orléans, en lui annonçant qu’elle lui faisait présent d’un écrin fermé, lui avait demandé d’en faire révéler le contenu par son fils. Astucieusement, Jean-Eugène Robert-Houdin avait pu entrouvrir l’écrin et voir ce qu’il contenait. Sous prétexte d’arranger les cheveux de son enfant, il murmura à voix basse ce qu’il venait de voir, si bien qu’avec assurance, le jeune Houdin répéta aussitôt : « Il y a dans cet écrin une épingle en or surmontée d’un diamant, autour duquel est un cercle d’émail bleu ».

Les Soirées fantastiques de Robert-Houdin. Estampe de 1854
Les Soirées fantastiques de Robert-Houdin. Estampe de 1854

Les Soirées fantastiques de Robert-Houdin connurent de 1845 à 1852 la plus grande vogue, et après avoir cédé son théâtre à son beau-frère Hamilton, il ne songeait plus qu’à se reposer tranquillement dans sa propriété du Prieuré, près de Blois, lorsqu’il dut céder aux sollicitations du gouvernement impérial qui avait décidé de faire appel à lui pour lutter en Algérie contre l’influence des marabouts et des sorciers qui soulevaient les indigènes contre l’autorité française.

Donc, à Alger, il participait à une grande fête où avaient été contraints d’assister les aghas et les caïds des territoires soumis. Avec sa seule bouteille inépuisable, il avait servi lui-même aux assistants émerveillés cent tasses d’un café délicieux. Puis, plaçant sous un énorme gobelet un jeune et riche agha, il l’avait escamoté. Terrifiés, les Arabes s’enfuyaient lorsqu’ils avaient aperçu l’escamoté qui revenait tranquillement des coulisses. Cette aventure du Maure ressuscité fit un tel bruit dans les douars que le prestidigitateur fut prié d’aller opérer dans le Sud, en pleine effervescence.

Rencontrant dans un village un marabout fameux entre tous, il ne dut qu’à son habileté professionnelle de se tirer d’un fort mauvais pas. « Choisis une de ces armes », lui avait dit ce marabout en lui montrant deux pistolets. « Nous allons les charger et je tirerai sur toi. Tu n’as rien à craindre puisque tu sais parer les coups ! — Pour cela, il me faut être en prières pendant six heures, avait répliqué Robert-Houdin après être revenu de sa surprise. Demain matin, je braverai tes coups ! »

Le lendemain matin tout le monde est exact au rendez-vous. En présence de tous les Arabes réunis, le marabout saisit l’un des deux pistolets, et au signal donné par Jean-Eugène Robert-Houdin lui-même, il tira après avoir visé attentivement. Le coup partit et la balle apparut entre les dents du prestidigitateur. Le marabout voulut saisir le second pistolet. Mais, plus rapide, Robert-Houdin s’en empara.

« Tu n’as pu me blesser ! lui dit-il. Regarde maintenant et vois combien mes coups sont plus redoutables que les tiens. » Et pressant la détente, il tira à son tour. O prodige ! Sur la muraille blanche de la mosquée, à l’endroit même où la balle venait de frapper, apparut une éclaboussure sanglante. Le marabout se précipita, trempa son doigt dans cette empreinte, le porta à sa bouche pour goûter ! C’était du sang.

Robert-Houdin et la scène des pistolets en Algérie (1852)
Robert-Houdin et la scène des pistolets en Algérie (1852)

L’impression fut énorme ! Le grand marabout de France avait rallié tous les dissidents à la cause de son pays. Tout simplement, Robert-Houdin avait placé une balle creuse en stéarine dans le premier pistolet, tandis qu’il prenait la balle entre ses dents, et il en avait glissé une autre en stéarine dans le second, mais en ayant eu soin de l’emplir avec du sang extrait de son pouce.

Robert-Houdin, qui fit le tour du monde avec sa boîte à malice dans ses bagages, rapporte qu’à Rome il stupéfia le Sacré Collège par un tour qui resta célèbre dans les annales papales. Ayant remarqué chez un horloger de la ville où il avait fait quelque achat, une montre particulièrement belle qu’on venait de réparer, il apprit que l’objet appartenait à un cardinal très en vue au Vatican. Notre illusionniste en fit faire aussitôt une copie simili-or, fit reproduire sur le boîtier le chiffre du prélat que le modèle comportait, bref, fit donner au faux l’apparence du vrai.

Muni de cette réplique, il se rendit un soir au Vatican où il allait donner devant Pie VII en personne — la réputation mondiale de Robert-Houdin autorisait cette exception — une représentation. Vers la fin de la séance, lorsque l’assistance fut au comble de l’admiration, Jean-Eugène demande qu’on lui prête une montre. Parmi celles qu’on lui tend, il choisit celle du cardinal qui se trouve justement à la droite du Saint-Père. Dès lors, ce prince de l’Église passe par des transes bien explicables.

C’est qu’il voit successivement Robert-Houdin jongler avec sa montre, la laisser choir sur le parquet, finalement la réduire en miettes en la broyant dans un mortier. Le cardinal veut intervenir. Un gros éclat du boîtier sur lequel figure son chiffre a roulé jusqu’à ses pieds. Mais l’illusionniste ne s’émeut pas, reprend ce débris de montre, achève de le briser avec le reste et finalement fait disparaître le tout dans un mouchoir qu’il agite aussitôt après pour montrer qu’il est vide.

Tout est parti, comme volatilisé. Robert-Houdin est-il devenu fou ? Tout le monde se regarde inquiet et Pie VII lui-même, qui souriait, a pris un visage plus grave. « Et ma montre ? murmure le cardinal interdit. Comment la ferez-vous revenir ? — Elle est déjà raccommodée, Eminence, dit Robert-Houdin, et elle est placée en lieu sûr. » Et se tournant vers le Pape : « Votre Sainteté sait-elle que la montre se trouve dans la poche de sa robe ? » Pie VII, incrédule, porte la main au gousset de sa douillette. La montre s’y trouve effectivement.

Portrait de Jean-Eugène Robert-Houdin figurant sur le timbre émis en 1971 pour le centenaire de sa mort
Portrait de Jean-Eugène Robert-Houdin figurant sur le timbre
émis en 1971 pour le centenaire de sa mort

À la minute où le cardinal lui avait confié l’objet, le fameux prestidigitateur avait eu le temps de le faire passer dans la poche du pape et d’exhiber entre le pouce et l’index la montre-copie qu’il cachait dans sa main. L’histoire rapporte que tant d’adresse valut à Jean-Eugène Robert-Houdin une tabatière ornée de diamants que lui remit la cour pontificale.

Tel était le génial illusionniste qui cependant a rendu plus de services à la science par ses travaux sur l’électricité et fut un véritable précurseur. En 1851, à l’occasion de la naissance de son fils, il avait entièrement éclairé son parc du Prieuré à l’électricité et des projecteurs illuminaient le village et la plaine. A l’Exposition universelle de 1855, il avait présenté une dizaine d’applications de l’électricité à la mécanique et à l’horlogerie. Il avait inventé une nouvelle pile et son répartiteur électrique fut présenté en 1856 à l’Académie des sciences.

En optométrie, il étudia et construisit une série d’instruments, comme l’iridoscope, le pupillomètre, l’optomètre, le diopsimètre, le pupilloscope, le dioscope et le rétinoscope qui datent de 1867. Il imagina des régulateurs, des pendules dont l’une, placée sur une maison, à l’entrée du Grand-Pont de Blois, fut longtemps connue sous le nom d’Horloge mystérieuse !

Retiré au Prieuré, il en poursuivit l’aménagement à sa manière, le peuplant de trucs tels que les portes s’ouvraient toutes seules, les tables se garnissaient d’elles-mêmes, les chaises s’avançaient au devant des visiteurs. Sa « maison-machine », comme il l’appelait lui-même, était une véritable demeure de fées. Dans le parc se trouvait un chemin creux. Pour le traverser, le visiteur n’avait qu’à s’asseoir sur un petit banc placé au bord de ce ravin. Il n’était pas plutôt assis qu’il se voyait subitement transporté sur l’autre rive, et dès qu’il avait mis pied à terre, le petit banc retournait de lui-même chercher un autre voyageur. Bien entendu, c’était Robert-Houdin qui réglait lui-même ces transports automatiques et toutes les sorcelleries de sa mystérieuse demeure.




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