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Gentilshommes paysans d'autrefois et leurs gentilhommières - Histoire de France et Patrimoine


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Coutumes, Traditions

Origine, histoire des coutumes, traditions populaires et régionales, fêtes locales, jeux d’antan, moeurs, art de vivre de nos ancêtres


Gentilshommes paysans d’autrefois
et leurs gentilhommières
(D’après « Le Journal de la jeunesse : nouveau recueil
hebdomadaire illustré », paru en 1908)
Publié / Mis à jour le samedi 4 juin 2016, par LA RÉDACTION



 
 
 
Si le mot « gentilhomme » évoque encore pour certains esprits poétiques le type idéal de la vaillance et de la galanterie, si nous connaissons bien par l’histoire et par les souvenirs d’art des siècles passés — hôtels, mobiliers, armures et portraits — la vie des seigneurs et gentilshommes de haut parage, nous ignorons souvent l’existence du gentilhomme campagnard. Ces petits hobereaux sont accusés à tort de vanité et de despotisme, alors que leur vie honnête, simple et frugale différait fort peu de celle des fermiers paysans de leur entourage.

Les documents sur eux sont rares et difficiles à se procurer. C’est pour le fureteur un plaisir délicat que de découvrir, dans la mairie ou le presbytère d’une lointaine paroisse de village, des archives ayant trait aux rapports existant jadis entre le curé, le seigneur et les paysans. Ces vieux manuscrits ont une saveur incomparable et éclairent la vie de nos pères d’un jour tout nouveau.

Mais tout autant que les écritures, les monuments nous renseignent. La campagne française, principalement dans l’Ouest et le Centre, est remplie de petits manoirs, de gentilhommières ou de tenuës, aujourd’hui convertis, pour la plupart, en fermes et habités par des paysans. Presque toujours une tourelle à toiture conique signale ces habitations aux regards du passant. Quelques-unes, plus importantes de par la noblesse et la richesse de leurs anciens hôtes, offrent encore des fenêtres à croisillons sculptés, surmontées de pinacles et datant du XVe siècle. À la Renaissance, les linteaux étaient torsadés et une coquille était sculptée à leur fronton.

Ancienne gentilhommière où naquit Jacques Cartier, près de Saint-Malo (Ille-et-Vilaine)
Ancienne gentilhommière où naquit Jacques Cartier, près de Saint-Malo (Ille-et-Vilaine)

Mais le véritable type de la petite gentilhommière se compose d’un corps de logis de dimension restreinte, flanquée dans son milieu d’une tourelle ronde et percée d’étroites ouvertures. L’ensemble pittoresque nous rappelle qu’au Moyen Age, alors que la France était sans cesse parcourue par des pillards et des routiers, les habitants des campagnes étaient fatalement rançonnés et massacrés s’ils ne pouvaient se dérober aux coups de leurs ennemis dans des demeures solides et bien défendues.

À l’image du château féodal, capable de soutenir de longs sièges, la gentilhommière se fortifia de murs, érigea une poivrière, se perça de meurtrières et s’arma d’espingoles, d’arquebuses et de couleuvrines. A l’heure du danger, les fermiers et les métayers du gentilhomme venaient renforcer la petite garnison.

Après les guerres religieuses, à partir du XVIIe siècle, les Jacques et les petits hobereaux purent vivre en paix dans les campagnes, mais le gentilhomme n’en continua pas moins d’orner sa demeure d’une tourelle et d’un portail qui attestaient sa noblesse et sa supériorité sur les manants ses voisins. À quelques pas de la gentilhommière, généralement dans le potager, s’élevait la fuïe ou pigeonnier que seuls les nobles avaient le droit de posséder. Les fuïes tiennent le milieu entre la tour et le dôme ; elles sont garnies à l’intérieur de centaines de petites cases semblables aux alvéoles des ruches. Les pigeons, ces doux oiseaux, étaient une véritable ressource pour la table du seigneur et en rompaient la monotone frugalité.

Quelle pouvait être l’existence de ces gentilshommes dans leur modeste manoir si peu confortable que le moindre petit bourgeois d’aujourd’hui le dédaignerait pour y villégiaturer ? Retournons quelques siècles en arrière et tâchons de nous représenter la physionomie d’un de ces pauvres seigneurs et le cadre dans lequel il se mouvait.

Porte d'une ancienne ferme noble
Porte d’une ancienne ferme noble

Après avoir franchi la porte des piétons accolée au grand portail par lequel s’engagent les charrettes et les voitures, nous nous trouvons dans une cour entourée de murs où s’élèvent une écurie, un hangar, le poulailler, la niche à chien. En face de nous se dresse la maison d’habitation proprement dite, qui était presque toujours, en même temps, la ferme. Elle est construite d’un dur granit qui défiera les siècles ; ses pierres d’un gris sombre, bien appareillées, lui donnent un aspect solide qui nous rassure. Sa tourelle ronde est terminée par un toit pointu en ardoises luisantes ; le lierre ou la glycine la vêtent en partie. Des fenêtres à meneaux, basses et étroites, la percent sans symétrie. Au-dessus de la porte en chêne godronné, l’écusson étale orgueilleusement les armes du propriétaire de cet hébergement, comme on disait encore. Au sommet de la toiture une girouette en couronne ou en dragon, grince et tourne à tous les vents afin que nul n’ignore la qualité de son possesseur.

Nous poussons l’huis et nous trébuchons sur deux ou trois marches conduisant à la salle commune qui sert à la fois de salon et de salle à manger. Elle est vaste, à peu près carrée, mal éclairée et basse de plafond. Le sol est en terre battue ou quelquefois — c’est presque un luxe — recouvert de dalles de granit irrégulières. Une cheminée de pierre monumentale, où le veau traditionnel pourrait facilement rôtir, est surmontée d’une hotte moulurée et sculptée, et portant des armoiries et des devises. Quelques meubles ornent cette pièce : ce sont des coffres, des bahuts, des armoires, des tables et des bancs en chêne massif, sculptés superbement quelquefois par les artisans du bourg. De la vaisselle fleurie, des vases d’étain, quelques gobelets d’argent égaient les dressoirs. Aux murs sont accrochées des armes, des têtes de cerf, de renard ou de loup, glorieux trophées de chasses mémorables. Cette pièce et la cuisine contiguë, où mangent les domestiques et les valets de ferme, occupent tout le rez-de-chaussée.

Ancienne gentilhommière à Autoire (Lot)
Ancienne gentilhommière à Autoire (Lot)

Le maître du logis, que l’on est allé chercher dans ses terres où il surveillait la moisson, arrive et nous accueille avec une politesse raffinée, plus digne de la ville que des champs, et qui contraste avec la simplicité de son costume. Il nous parle de ses récoltes, de ses occupations manuelles, car, entre temps, il menuise ou tourne le bois. Puis il nous interroge sur les nouvelles de la ville. Il reçoit rarement les gazettes qu’il lit avec passion. Il nous avoue qu’il taquine la Muse, compose des madrigaux et des poésies légères, et lit, un peu en retard, peut-être, les ouvrages de moralité et de beau langage que son libraire de Villefranche-de-Rouergue ou de Quimper-Corentin lui vend une ou deux fois l’an. Ce disant, il nous conduit à sa bibliothèque qu’il a installée au sommet de la tourelle éclairée par une ouverture qui lui permet d’apercevoir ses terres et de surveiller ses travaux rustiques.

Ce gentilhomme, de bonne lignée mais de petite fortune, mène une existence assez semblable à celle d’un fermier. Levé avec le jour, il court les champs, conduit même la charrue et veille aux semailles, pendant que sa femme dirige la maison, ordonne les repas, file la laine ou le lin, prend soin de la basse-cour et garde ses enfants. Leur repas frugal se compose presque exclusivement de porc salé, de légumes, de galettes ou de bouillies de sarrasin ou de froment, des fruits de leur jardin et de laitages. Le dimanche, quand le curé vient s’asseoir à leur table, un poulet ou des pigeons leur font un royal festin. Comme les jours maigres et les vigiles sont nombreux, la viande est donc chose rare dans leur ordinaire. Ils cuisent eux-mêmes leur pain de méteil et, aux poutres de la cuisine, sont accrochés les salaisons et les chapelets d’oignons.

La vie commune avec leurs domestiques et leurs valets établit, entre maîtres et serviteurs, une sorte de familiarité et d’intimité faite de respect et de dévouement d’une part, de reconnaissance et d’affection de l’autre. C’est la vie presque patriarcale. Le soir, à la veillée, ils se réunissent tous autour de l’âtre pour travailler, causer, chanter ou réciter. Avant de se séparer pour la nuit, le gentilhomme récite à haute voix la prière.

Lucarne d'une ferme noble du XVIe siècle
Lucarne d’une ferme noble du XVIe siècle

Mais le petit seigneur et sa famille, au XVIIIe siècle surtout, se distinguent des paysans par leur éducation et leur instruction. La lecture est pour lui le plus doux des passe-temps. Les occasions de plaisirs sont si rares ! Il va rarement à la ville, excepté pour y vendre les produits de ses terres. Sa femme veut-elle sortir et voir des parents ou des amis, et elle n’a point d’équipage ? Les chemins, défoncés par les pluies, étant creusés d’ornières, elle en est réduite à aller à cheval ou dans une charrette à bœufs. Le moindre déplacement devient un long supplice.

Chaque dimanche, quelle que soit l’intempérie des saisons, ils se rendent au bourg le plus proche pour assister aux offices. Cet acte religieux devient aussi un acte social, car il rattache le gentilhomme isolé dans sa ferme à ses concitoyens. Il rencontre quelques-uns de ses égaux et prend contact avec la foule des artisans et des cultivateurs. Familier et charitable envers ceux-ci, il conserve néanmoins avec un soin jaloux ses prérogatives nobiliaires qui étaient presque toujours honorifiques. Ainsi, il avait droit à un banc dans l’église ou à la jouissance d’une chapelle latérale qu’il devait entretenir à ses frais. On était tenu de lui présenter le pain bénit à la grand’messe, immédiatement après le clergé. Ces privilèges, sans grande importance, avaient parfois le don d’exaspérer le populaire et ils furent, pendant tout le XVIIIe siècle, une source inépuisable de chicanes et de procès entre le général de la paroisse et les petits nobles.

On appelait le général, sous l’Ancien Régime, une assemblée de notables de la paroisse qui connaissaient toutes les affaires religieuses ou civiles. Ses réunions n’avaient pas lieu à date fixe. Sur la simple requête d’un habitant, le général pouvait s’assembler, mais ce qu’il y a de remarquable dans cette réunion que nous pouvons assimiler à un conseil municipal, c’est que le recteur et les nobles de la paroisse ne pouvaient pas en faire partie. Ils se contentaient d’y assister mais sans voix délibérative. Il arriva, plus d’une fois, que les artisans et les laboureurs s’insurgèrent contre leur curé et leurs seigneurs.

Cette constatation est en contradiction avec l’idée que nous nous taisons de la soumission servile du peuple avant la Révolution, et dont voici un exemple. En 1761, le petit seigneur de Broel comparaît devant le général pour exposer ses griefs. Il possède dans l’église d’Arzal une petite chapelle à côté de l’Évangile. Mais depuis quelque temps on s’est imaginé de la remplir de coffres et d’armoires hors d’usage appartenant à la paroisse. Mieux encore, devant le banc sur lequel ce pauvre gentilhomme et les siens prennent place pour assister au saint office, on a posé un pupitre et un banc à dossier qui lui masquent entièrement la vue de l’autel. En conséquence, il requiert le général d’avoir à vider la chapelle afin qu’il puisse en jouir et disposer en paix.

Ancienne gentilhommière à Beaussault (Seine-Maritime)
Ancienne gentilhommière à Beaussault (Seine-Maritime)

Le général reconnaît le bien-fondé de ses réclamations. Les armoires et les coffres sont donc retirés, et le seigneur de Broel s’empresse de clouer, avec des pattes-fiches, la porte de communication de sa chapelle et du sanctuaire et de fermer l’autre à clef. Quelle n’est pas sa stupéfaction quand, le dimanche suivant, il constate que l’on a fait sauter les pattes-fiches et que le pupitre monumental encombre de nouveau la chapelle ? Nouvelle protestation devant le général ; mais comme, un an après, le seigneur de Broel n’a pas obtenu entière satisfaction, il poursuit l’affaire devant la juridiction supérieure.

Nous voyons, par ce curieux débat, que ces bons cultivateurs avaient déjà l’horreur des prérogatives nobiliaires. Les paysans apportaient dans ces sortes d’affaires un entêtement que rien ne pouvait vaincre ; le gentilhomme, lui, y mettait de la passion. Son orgueil s’irrita aux résistances des manants et il se faisait un point d’honneur de ne pas céder, préférant même supporter les frais d’un procès ruineux qu’une humiliante renonciation à ses privilèges. Cela mettait dans sa vie monotone un intérêt qu’il estimait ne pas payer trop cher. Mais dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, ces petits seigneurs commencèrent à se passionner pour les grandes idées philosophiques et libérales que les Encyclopédistes avaient mises à la mode.

En Bretagne, nous les voyons prendre parti pour le Parlement contre la royauté. Quelques-uns, dans leur lointain village, proclamèrent même avec joie la République qui devait être la Révolution et qui allait les anéantir et découronner la tourelle de leur pauvre gentilhommière.

Des recherches sur ces petits gentilshommes de la campagne montrent qu’ils étaient toujours issus de paysans propriétaires et que leur patrimoine avait été la seule cause d’un anoblissement qu’ils n’avaient pas gagné aux aventures de la guerre comme les nobles de plus haute lignée. La simple inspection de leur logis prouve surabondamment que tout y était disposé pour les travaux des champs et que leurs tourelles ou portes fortifiées n’avaient qu’un but : la défense de biens légitimement acquis par le travail.




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