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Les Vertes-Velles : étranges créatures recueillant l'âme noire du sorcier de Noirmoutier - Histoire de France et Patrimoine


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Légendes, Superstitions

Légendes, superstitions, croyances populaires, rites singuliers, faits insolites et mystérieux, récits légendaires émaillant l’Histoire de France


Vertes-Velles (Les) : étranges créatures
recueillant l’âme noire
du sorcier de Noirmoutier
(D’après « Revue du traditionnisme », paru en 1914)
Publié / Mis à jour le vendredi 25 mars 2016, par LA RÉDACTION



 
 
 
En 1902, un petit-fils de marin vendéen rapporte l’étrange aventure vécue jadis par son grand-père revenant de la mer par une belle nuit de juin, et débarquant par une claire nuit d’été sur l’île de Noirmoutier : ce soir-là, le sorcier bien connu et redouté des insulaires passe de vie à trépas, l’occasion pour les Vertes-Velles de venir s’emparer de son âme afin de l’emporter avant que le coq ne chante...

Le marin Vincent et son matelot Jacques revenaient de la mer par une belle nuit de juin, débarquant au port de la Guérinière, en l’île de Noirmoutier, vers onze heures du soir. La pêche n’avait pas été mauvaise ; les deux marins mirent dans des sacs ce qu’ils voulaient emporter pour leur famille et le reste, réparti en deux lots, fut déposé à la cantine où l’aubergiste veillait encore, attendant la rentrée des dernières barques. Pour fêter la bonne pêche et pour se donner des jambes, car c’est dur de marcher, le dos courbé sous la charge, dans du sable qui cède sous le pied, ils prirent un verre de blanche et les voilà partis.

La nuit était belle, le ciel fourmillait d’étoiles et la lune brillante flottait dans le bleu sombre comme un voile d’argent sur une mer immobile. Ils allaient vers l’Épine, où demeurait alors père Vincent. Tous deux marchaient muets et pensifs, car ils n’osaient troubler, même de leur voix, le grand silence de la nuit. Ils avaient l’âme religieuse, ces deux du vieux temps, bien qu’on ne les eût jamais vus à l’église ; et dans la nuit de juin, ils se sentaient impressionnés par tant de grandeur dans le ciel bleu, par tant de paix sur la terre, et leur cœur de loups de mer était étrangement troublé, et leur silence semblait comme la prière obscure de leur âme émue devant le mystère de l’infini.

Le port de Noirmoutier. Aquarelle de B. Tessier
Le port de Noirmoutier. Aquarelle de B. Tessier

Ils longèrent d’abord la plage, puis, allant droit sur l’Épine ils coupèrent la dune et en suivirent la lisière, du côté des marais salants, pour marcher plus à l’aise sur le sable fin mélangé de terre brune. Il était une heure environ — les deux hommes n’allaient pas vite, voyez-vous — quand ils aperçurent, à un demi-mille devant eux, toute blanche comme un logis d’argent sous la lumière crue qui tombait de la lune au plus haut du ciel, la maison basse de maître Corvou.

— Maître Corvou ne pourra pas, cette nuit, nous jouer un mauvais tour, dit enfin Jacques, ni nous faire perdre notre pêche ou nous égarer dans les parées de la dune...

— Et pourquoi dis-tu cela, gars ?

— Mais vous ne savez donc pas que le Corvou est bien mal ?

— Ah ! je comprends, maintenant, Jacques, reprit Vincent. Je me souviens que, hier, comme je larguais l’amarre et que je prenais la barre pour sortir du port, le vieux Piarou, le patron de ceux de la Fleur des Vagues, m’a crié, en me passant à toute vitesse comme si le diable eût été dans ses voiles : « Je crois bien que je serons bientôt mon maître, le Corvou s’en va... ». Je n’avais pas, sur l’instant, saisi le sens de ses mots ; puis, comme nous avons bourlingué ferme et pêché rude, j’avais tout oublié. Je me rappelle maintenant que Piarou riait à moitié dans sa grande barbe grise. C’est que le Corvou lui en a fait voir de toutes les couleurs et surtout du noir. Il fut un temps de malheur pour ce bon Piarou ; il perdit son grand gars au retour de la flotte, au moment où il comptait enfin avoir un bon second ; la pêche fut mauvaise, plusieurs années durant, et, de malheur en malheur, il fallut encore, par un jour de grosse mer, que sa barque talonnât sur les rochers du Vieil, non loin du Cap. On dut la renflouer ; or, le pauvre homme n’avais plus un sou ; alors, il emprunta au Corvou et lui donna une part dans la barque réparée ; mais, depuis, le sorcier en a profité pour le gruger et lui enlever le plus clair de son gain.

— Le Corvou ! dit Jacques, avec un tremblement dans sa voix plus basse, comme s’il avait craint d’être entendu. Quel nom ! Corvou ! Corvou !

— Oui, Corvou, le Corbeau ! nom d’oiseau noir ! surnom de malheur ! être maudit ! Il court la nuit comme un hibou, il écoute aux portes, il rôde autour des maisons où gémissent les agonisants. Corvou de mort, pourvoyeur de deuils !

— On dit qu’il est très riche, et cependant, il n’a jamais travaillé.

— Oui ! son père s’appelait Corvou, son grand-père aussi. Tous. Corvou de surnom de père en fils, tous Corvou de fait dans leur vie, se passant l’héritage damné de leurs abominables pratiques, tous semeurs de malheurs et de deuils, écumeurs du peuple des pauvres gens comme ce brave Piarou. Sinistres oiseaux de proie toujours à l’affût, terrifiant tout le monde, ils ont vécu des larmes et des sueurs de ceux qui souffrent et qui travaillent. Ah ! si l’on pouvait réunir sur quelque grande place toutes les victimes des Corvou, on serait épouvanté par l’immensité de cette foule secouée de sanglots, par cette multitude d’êtres éplorés, les lèvres frémissantes des plus implacables malédictions. Corvou au mauvais œil, ton heure, comme la nôtre, est marquée au cadran du ciel.

— Le Corvou est tout seul chez lui reprit Jacques, il n’a voulu ni médecin, ni veilleur, ni curé.

— C’est juste que ces gens-là crèvent comme des chiens. Ces Corvou de mort, n’ayant jamais connu le bien, n’y peuvent pas revenir sur leur fin, et ce sont les démons, leurs frères, qui les emmènent. C’est ce que l’on dit, toujours, et je le crois bien. Et ça doit être les cris de mort des Corvou qu’on entend la nuit dans la tempête, quand quelqu’un de nous périt en mer et rend à Dieu son âme.

Un silence se fit, et ces deux hommes, qui n’allaient point à l’église, semblaient se recueillir en parlant de si grandes choses dans le mystère de la nuit. Tout en devisant, ils étaient arrivés près de la maison du Corvou. Ils n’avaient pas peur de lui, cette nuit-là ; mais, cependant, par un reste de méfiance, ils se glissèrent en étouffant leurs pas sous une haie de tamarins. Derrière, c’était la cour du Corvou, puis sa maison qu’on apercevait toute blanche sous la lune, entre les minces rameaux des arbustes.

Soudain, les deux hommes entendirent du bruit dans la cour. D’un bond, ils se tapirent sous la haie, épouvantés, retenant leur souffle... Quoi donc ! Etait-ce le Corvou qui marchait là, à quelques brasses d’eux, le Corvou qu’on disait à l’agonie ? Allait-il passer devant eux, drapé de noir, l’œil rouge, et promener encore dans la nuit sa sinistre silhouette ? Alors il les verrait, il tes regarderait de son œil méchant et dur comme une lame de sabre et ils seraient ensorcelés et malheureux à jamais, eux et leurs enfants !

Les bruits continuaient, plus forts, plus distincts aussi : c’étaient surtout des bruits de pas, car l’on entendait les sabots de bois claquer sur le sol ferme de l’aire. Ce furent ensuite des grincements d’essieu et le roulement saccadé d’une charrette. Puis brusquement, violemment, deux volets s’ouvrirent en heurtant les murs et les deux hommes crurent comprendre alors qu’on escaladait une fenêtre. Vincent se souleva un peu, et, tremblant, fiévreux — lui qui n’aurait pas frémi devant la mort en mer —, il osa regarder à travers les tamarins.

Habit de sorcier
Habit de sorcier. Dessin de Claude Gillot (1673-1722)
« Ah ! Dieu ! les Vertes-Velles ! » murmura-t-il. Jacques regarda aussi. Là, dans la cour, inondée de lumière par la lune, il y avait un chariot tout peint en noir. A côté, un petit homme semblait attendre, un nain, un vrai squelette, mais sa face osseuse et livide, coiffée d’un capuchon noir, était trouée de deux grands yeux brillants comme des charbons ardents. Sous les lèvres usées, les dents apparaissaient longues et blanches ; un affreux sourire, plissant jusqu’à l’attache des oreilles la peau jaunie des joues, rendait plus horrible et plus méchante l’expression de cette infernale figure.

La fenêtre de la maison du Corvou était ouverte et l’on entendait encore des bruits dans l’intérieur, des piétinements, des frémissements de linge, des soupirs et des jurons. Les deux pauvres marins, n’osant plus bouger, pareils à des blocs de pierre, ne quittaient pas de l’œil l’épouvantable spectacle. Il allait, en effet, se passer des choses terribles ! Le nain semblait s’impatienter dans la cour. Il s’approcha de la fenêtre, et, se penchant à l’intérieur, il cria d’une voix sèche et grêle comme une lame d’acier vibrant : « Pressez-vous, frères ! Car la route est longue, la nuit s’avance et le coq va chanter ! » Il était deux heures du matin.

Soudain, deux autres nains apparurent dans l’embrasure de la fenêtre, en tout semblables à celui qui veillait dans la cour. Ils soulevèrent un fardeau bien lourd ; l’un d’eux, enjambant l’appui, passa dans l’aire, saisit la chose à deux bras et la porta dans la charrette. Les deux marins crurent mourir...

Les Vertes-Velles emportaient le Corvou ! Et le Corvou était mort ! Oui, le fardeau, c’était lui, avec sa bouche ricanante, méchante jusque dans la mort, avec son nez en bec d’épervier, son grand front, sa tête chauve, ses longues mains de rapace ; mais il n’avait plus son regard de bête à l’affût, et sa tête retombait, inerte, sur ses longues épaules. Les nains le dressèrent debout dans le chariot, l’attachèrent avec des câbles comme on arrime les sacs à bord pour les empêcher de tomber avec le roulis. Et tous trois alors s’attelèrent au véhicule : « En route ! »

La voiture s’ébranla sous le triple effort, pendant que le cadavre, dans ses liens, oscillait sous les secousses, comme ces oiseaux morts que l’on attache, dans les champs, au bout de hautes perches, et que le vent balance lourdement. Et la lune jetait sur tout cela sa lumière d’une blancheur de suaire. Les marins n’eurent que le temps de s’enfoncer un peu plus sous les tamarins penchés : les Vertes-Velles, avec la funèbre charrette et le fantôme du Corvou, prenaient le galop dans le chemin, se dirigeant à toute vitesse sur la grand’route de l’île, et passaient comme des ombres de mort devant les deux malheureux pétrifiés.

En un clin d’œil, ils les dépassèrent sans tourner la tête, le dos courbé sous l’effort, leurs sabots trop grands battant la terre comme si elle eût été gelée, la voiture cahotant de ci de là sur les cailloux, et le grand corps, affaissé sur ses cordes, se balançant au rythme désordonné des chocs et des ressauts, effrayant, livide, plus livide et plus effrayant encore sous les clartés de la lune. En moins d’une minute, tout avait disparu, mais on entendait encore, au loin, bien loin, le roulement du chariot et le bruit sec des sabots trop grands sur la route solitaire.

Tout d’une haleine et ne se parlant qu’à demi-mots, les deux marins coururent à l’Épine. Le jour pointait déjà au-dessus de l’Anse Rouge, comme ils arrivaient au presbytère pour raconter au curé ce qu’ils avaient vu. Dès le lever du soleil, le prêtre se dirigea, accompagné de quelques personnes, vers la demeure du Corvou. Tout était clos dans le petit logis, même la fenêtre, et le Corvou, les paupières closes sur ses yeux rouges, semblait dormir sur son lit de mort.

Mais si les Vertes-Velles avaient laissé le corps sur sa couche, ils avaient emmené l’âme maudite et, fuyant le jour grandissant, ils devaient encore la rouler en un chariot noir, sur des routes obscures inconnues des hommes.




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