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29 février 1732 : mort de l'ébéniste André-Charles Boulle - Histoire de France et Patrimoine


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29 février 1732 : mort de l’ébéniste
André-Charles Boulle
(D’après « Dictionnaire encyclopédique et biographique de l’industrie
et des arts industriels » (Tome 1), paru en 1881)
Publié / Mis à jour le dimanche 28 février 2016, par LA RÉDACTION



 

« Ébéniste, ciseleur et marqueteur ordinaire du Roy », ainsi qu’il se qualifie lui-même dans un acte de 1700, André-Charles Boulle naquit à Paris, le 11 novembre 1642, et mourut dans la même ville le 29 février 1732. Issu d’artisans livrés au travail du bois, il n’eut qu’à suivre, sans doute, des traditions de famille ; mais en les transformant complètement dans les meubles qui sortirent de ses ateliers, il créa un genre nouveau qu’il transmit à son tour à ses fils.

Chromolithographie représentant Boulle dans son atelier
Chromolithographie représentant Boulle dans son atelier
La marqueterie était depuis longtemps pratiquée en Italie où ses produits sont nombreux et magnifiques. Au XVIe siècle, elle s’introduisit en France, mais avec une certaine discrétion, d’après les produits qui nous en sont restés. Les inventaires du temps citent souvent des meubles « incrustés à l’impériale » qui doivent être décorés d’une fine marqueterie de bois blanc, et parfois de mastic. Sous Louis XIII, la marqueterie se développa, grâce à l’introduction en Europe des « bois des îles », comme on appelle encore les essences nouvelles que le commerce apporta des régions récemment découvertes.

Afin d’en faire étalage, on les découpa et on les assembla en vases, en bouquets de fleurs, et en rinceaux qui se détachaient en brun roux de plusieurs tons sur le fond noir de l’ébène. Les marqueteurs produisirent ainsi avec le bois l’équivalent de ce que faisaient, avec les pierres dures, les mosaïstes de Florence. C’est à ce genre, probablement, que se livrait, s’il était fabricant de meubles, le Pierre Boulle, « tourneur et menuisier du roi », que l’on trouve logeant au Louvre, en 1620.

André Boulle transforma ce genre de deux façons. D’abord en substituant au bois, sauf l’ébène, les métaux et l’écaillé, qui étaient abondamment employés en placage dans les Flandres à la décoration des cabinets ; puis en substituant des rinceaux, des enlacements de lignes, des guirlandes de feuilles enfilées, un décor délié où les vides balancent les pleins, aux lourds bouquets de fleurs et aux puissants ornements feuillages de l’époque antérieure.

Puis, pour ajouter le brillant de l’or avivé par la ciselure, à celui que donnaient déjà à ses meubles les bandes de cuivre ou d’étain, accentuées par un trait gravé au burin, opposées au noir de l’ébène ou aux fauves reflets de l’écaille employés comme fonds, il leur ajouta des applications de bronze doré. Il les mit ainsi en accord, plus que n’étaient les marqueteries de jadis, avec la somptuosité des appartements que Charles Le Brun décorait pour Louis XIV.

Mais il ne dédaigna pas cependant ce qu’avaient fait ses devanciers. Bien qu’entraîné dans l’orbite de Charles Le Brun — artiste peintre et décorateur devenu premier peintre du roi Louis XIV en 1664 — qui gouvernait, en les inspirant, les artistes et les artisans employés pour le roi, André Boulle, qui était logé au Louvre, ne fit point partie de la colonie de ceux qu’on avait réunis aux Gobelins. Ni les documents officiels, ni les récits contemporains ne parlent de lui, et la croyance où l’on a été qu’il avait travaillé aux Gobelins résulte d’une similitude de nom avec le peintre d’animaux Boëls, que l’on, prononçait et écrivait Boulle.

Dans la tapisserie qui représente Louis XIV visitant les Gobelins, en 1667, il y a cependant un ouvrier qui présente au roi une table en marqueterie d’un travail qui semble tout à fait semblable à celui auquel Boulle a dû sa réputation ; de plus, la Gazette de France, en racontant cette visite, dit qu’on faisait aux Gobelins, des ouvrages de « bois de rapport. » Mais les documents ne citent parmi les artisans occupés dans la manufacture que des mosaïstes florentins, des sculpteurs en bois qui sont romains, et un menuisier du roi, français, qui n’est pas l’artiste qui nous occupe. De plus, l’ouvrier qui présenta la table dans la tapisserie, semble plus âgé que ne l’aurait été André Boulle, qui avait de 20 à 25 ans à cette époque.

Cabinet au perroquet, réalisé par André-Charles Boulle vers 1680-1685
Cabinet au perroquet, réalisé par André-Charles Boulle vers 1680-1685

Les documents disent peu de chose sur la vie et sur les travaux d’André Boulle. Un brevet de logement au Louvre lui ayant été accordé en 1672, il semble probable qu’il s’y était établi par survivance de l’ancien tourneur et menuisier du roi, et qu’il en était un descendant direct. Un demi-logement fut ajouté, en 1679, à celui qu’il occupait déjà. En 1674, il fabriquait une « estrade de bois de rapport » pour la petite chambre de la reine, à Versailles, pour laquelle il reçut un acompte, et l’on trouve qu’en 1682 son titre d’ébéniste ordinaire du roi lui rapportait la somme de 30 livres par an, qui lui étaient d’ailleurs fort mal payées, car il ne donna qu’en 1682 la quittance des gages de 1677.

André-Charles Boulle, du reste, eut pendant une grande partie de sa vie à se débattre contre des embarras d’argent. Il était lent à fournir ce dont il avait accepté la commande. Ainsi, le grand Dauphin, pour qui il faisait un cabinet de glaces et de marqueterie, lance Louvois contre lui, et Louvois, en 1685, constate une première fois qu’il ne bouge pas de son atelier où il occupe beaucoup d’ouvriers, et, une seconde, que le travail ne sera point achevé à la date promise. Ce cabinet était, non un meuble, mais un vrai appartement dont les lambris et le plafond étaient faits de glaces dans des bordures dorées sur un fond de marqueterie d’ébène, et le parquet de bois de rapport. Boulle, après l’avoir livré, ne se hâtait pas d’en fournir les sièges ; aussi Louvois, l’année suivante, se fâche tout à fait et le menace de le faire sortir du Louvre et de l’enfermer au Fort-l’Évêque.

Il eut encore des démêlés avec le financier Crozat auquel il ne livrait point les meubles pour lesquels il avait reçu des avances. Il était encore logé aux galeries du Louvre, en 1700, lorsque, conformément à l’édit du roi, il fit la déclaration des vaisselles d’or et d’argent qu’il possédait. Or, cette vaisselle n’existant pas chez lui, il énuméra les armoires de marqueterie et leurs contreparties, les bas d’armoire, les bureaux, les boîtes de pendule, les « escabelons », les piédestaux et les coffres de même travail avec ornements ou figures de cuivre doré, qui se trouvaient dans son magasin.

Il y indique également un cabinet en pierre de Florence avec ornements de cuivre doré et « deux bois de lit avec un soubassement de pieds de coffre de bois doré en partie », ce qui prouve qu’il ne se cantonnait pas dans le genre auquel il s’est livré avec le plus de succès.

Écritoire en coffre, réalisé par André-Charles Boulle vers 1690-1700
Écritoire en coffre, réalisé par André-Charles Boulle vers 1690-1700

Des embarras d’argent sont constatés par diverses pièces des commencements du XVIIIe siècle, relatives à des sursis que le roi lui accorde lorsqu’il est poursuivi de trop près par ses créanciers. La cause de cette situation semble avoir été la réunion d’une collection de dessins et d’estampes qui fut en grande partie brûlée en 1720, pendant un incendie allumé par un ouvrier qui avait à se venger du menuisier d’un atelier voisin. Ce qui en resta fut vendu après sa mort, et quelques collections modernes croient en posséder des épaves reconnaissables à des brûlures sur les bords des dessins.

André Boulle laissa quatre fils qui continuèrent sa profession, mais qui ne soutinrent pas la réputation de son atelier. Ses œuvres qui étaient déjà si enviées de son vivant, furent disputées par les amateurs après sa mort, et ce qu’on en possède aujourd’hui justifie entièrement sa réputation et lui en donne même une que bien peu d’hommes ont possédée, puisque le nom de « meubles de Boulle » désigne le genre particulier auquel il imprima le cachet de son génie.




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