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Signature bureaucratique : une illisibilité proportionnelle au degré de respectabilité ? - Histoire de France et Patrimoine


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Anecdotes insolites

Petite Histoire de France et anecdotes, brèves et faits divers insolites, événements remarquables et curieux, événements anecdotiques


Signature bureaucratique :
une illisibilité proportionnelle
au degré de « respectabilité » ?
(D’après « Esquisses et croquis parisiens :
petite chronique du temps présent », paru en 1876)
Publié / Mis à jour le samedi 23 janvier 2016, par LA RÉDACTION



 
 
 
L’été 1875, la presse se faisait l’écho d’une circulaire du ministre de l’Intérieur adressée à tous les fonctionnaires de son département contre les signatures illisibles. Le serviteur de l’État, considérant la signature comme la seule chose qui distinguait la lettre anonyme de celle qui ne l’est pas, avait jugé que, si la signature était illisible, c’était à peu près comme s’il n’y en avait point.

La circulaire aura difficilement raison de l’abus qu’elle attaque, estime à l’époque le journaliste Victor Fournel, dans ses Esquisses et croquis parisiens : petite chronique du temps présent.

Signature du chevalier Bayard
Signature du chevalier Bayard
Tous les abus ont la vie dure, surtout les petits. La signature illisible est devenue l’une des traditions les plus chères à l’administration et à la bureaucratie françaises, ajoute-t-il, si bien que l’on est porté instinctivement à mesurer d’après la nature plus ou moins hiéroglyphique de cette signature la position hiérarchique et le degré de respectabilité du fonctionnaire dont elle émane.

Il est clair, poursuit notre journaliste, qu’un simple conseiller de préfecture ne se permettrait pas de signer en caractères aussi embrouillés que le premier magistrat du département, ni même un préfet de troisième classe qu’un préfet de première. Du sous-chef de bureau au chef de division, chaque échelon se marque dans la signature : peu lisible d’abord, puis illisible, enfin indéchiffrable. Ce serait une ambition outrecuidante et déplacée de la part du simple sous-chef de vouloir usurper le paraphe sibyllin de son supérieur ; mais ce serait déroger et descendre, pour le chef de division, que de ne pas être plus illisible qu’un simple sous-chef de bureau.

Il faut garder son rang, s’amuse Victor Fournel. Du jour où on lira couramment son nom, il perdra la moitié de son prestige aux yeux mêmes de ses employés, en se révélant à eux avec les vulgaires aptitudes d’un expéditionnaire : si on peut la lire, ça n’est pas une vraie signature, une signature sérieuse, une signature qui compte.

Signature de Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais
Signature de Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais
Le journaliste rappelle au bon souvenir de ses lecteurs un certain Bourbeau, qui remplaça, en 1869, Duruy, au ministère de l’Instruction publique. Il était à peine depuis quinze jours en fonction que Paris se réveilla un matin en lisant sur tous ses murs : Bourbeau manque de prestige. Cette révélation accabla les hommes d’ordre et réjouit les esprits révolutionnaires. Pourquoi Bourbeau manquait-il de prestige ?

Pour deux raisons, à ce qu’il paraissait : d’abord parce qu’il passait lui-même les manches de son habit sans le secours de son valet de chambre, ce qui inspirait à celui-ci un profond mépris pour ce petit bourgeois habitué à se servir lui-même ; ensuite parce qu’il signait d’une façon lisible, comme un employé à dix-huit cents francs.

Comment expliquer, s’interroge Fournel, chez tous les hauts fonctionnaires, cette manie de la signature indéchiffrable, composée d’une demi-douzaine de jambages en pattes de mouche, avec une queue de chat ? Je sais bien que lorsqu’on doit chaque jour signer des centaines de pièces, on n’a pas beaucoup le temps d’écrire comme Brard et Saint-Omer, et que la main en vient à bâcler cette besogne fastidieuse avec un dégoût impatient qui ne saurait guère manquer d’aboutir au gribouillage. Cependant, est-ce bien là la seule, est-ce même la vraie raison ?

Avant de finir par être une habitude, cela a commencé par être une attitude. Il n’en coûterait pas une demi-seconde de plus pour être lisible ; mais on joue, sans s’en rendre compte, à l’homme accablé d’affaires, à l’homme supérieur, qui est au-dessus de ces petits talents subalternes, bons pour les clercs d’huissier et les greffiers des justices de paix, et l’on se retranche, pour imposer plus de respect, dans le mystère impénétrable de sa signature, comme l’ancien mikado du Japon dans l’inaccessible sanctuaire où on l’adorait sans le voir.

Signature de Jeanne d'Arc
Signature de Jeanne d’Arc
Un employé facétieux avait jadis imaginé, au ministère de l’Intérieur, rapporte le journaliste, d’exposer les types divers de signatures suivant les degrés hiérarchiques et l’émargement à la caisse. Il y avait d’abord la signature de l’aspirant surnuméraire, c’est-à-dire l’aspirant à une place où l’on ne gagne rien, chef-d’œuvre d’invention de l’hospitalière bureaucratie française : quelque chose de propre, de soigné, d’irréprochable, comme ces ouvrages en cheveux représentant un tombeau ombragé d’un saule pleureur, que les artistes capillaires confectionnent pour les veuves inconsolables du petit commerce ; celle de l’employé à douze cents, ratissée, peignée, émondée, échenillée comme un jardinet bien tenu ; la signature à quinze cents, suave comme la lithographie d’une romance de Paul Henrion ; à deux mille, un bocage avec des traits de plume imitant vaguement de petits oiseaux qui chantent sur les arbres ; à trois mille, avec des commencements de négligence et de romantisme ; à six mille, mélangée de sanscrit et d’hindoustani ; à dix mille, avec un peu d’hébreu en plus ; à quinze mille, agrémentée de chinois par-dessus le marché ; enfin, à trente mille (il n’avait pas osé monter plus haut), n’appartenant plus à aucune langue connue, et absolument insondable, même pour les plus puissants télescopes de M. Le Verrier [Urbain Le Verrier (1811-1877), astronome et découvreur de la planète Neptune].

Ce tableau gradué des signatures administratives, avec le tarif de leur valeur, sera sans doute publié quelque jour, pour servir de contrepartie aux pancartes des calligraphes qui se vantent de réformer en vingt leçons les écritures les plus rebelles. Il rendrait de grands services, et le cours de calligraphie bureaucratique serait ainsi complété : l’art de faire son écriture, pour les petites gens, et l’art de la défaire, pour les grands personnages.

Voyez comme tout est convention ici-bas ! assène notre journaliste. Un chef de bureau se croit déshonoré s’il signe lisiblement ; un notaire ou un avoué, au contraire, s’il signe d’une façon illisible. La tradition est aussi nettement établie, la règle professionnelle aussi absolue dans sa contradiction, et aussi régulièrement suivie d’un côté que de l’autre.

Signature de Molière
Signature de Molière
Rien n’est plus curieux que de comparer aux rébus de la signature administrative la signature grave, correcte et flegmatique de MM. les officiers ministériels — de votre notaire, par exemple —, qui s’encadre dans un treillage piqué de points à intervalles réguliers, ou qui est soulignée d’une arabesque à main posée, comme celles que tracent les garçons de café avec l’arrosoir sur le pavé de la salle qu’ils vont balayer.

Une époque bien intéressante dans la vie d’un jeune homme, c’est celle où il commence à étudier sa signature. Sous les aspirations diverses dont il est travaillé, et qu’il traduit en essais confus, en tâtonnements gauches et maladroits, on peut deviner son caractère et pronostiquer son avenir. Le futur notaire couvre tous ses papiers de paraphes symétriques, qui ressemblent à des personnages en lunettes d’or et cravate blanche. Le futur poète prépare des signatures lapidaires, comme celles de Chateaubriand ; ou flamboyantes, majestueuses, d’une simplicité léonine, comme celle de Victor Hugo ; bizarres et romantiques, comme celle d’Arsène Houssaye.

Celui qui se contentera d’être un bon bourgeois ayant pignon sur rue élabore une signature confortable, arrondie et capitonnée ; l’ambitieux, une signature sèche, nerveuse, ascendante, qui emporte la pièce.

Signature de Victor Hugo
Signature de Victor Hugo

La meilleure, estime pour conclure Victor Fournel, est celle qu’on n’a pas préparée, qui est venue toute seule, qui dit bien nettement ce qu’elle veut dire et la seule chose qu’elle ait à dire, à savoir le nom du signataire.




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