Histoire de France, Patrimoine, Tourisme, Gastronomie, Librairie

AJOUTER

Dons

Fil RSS

Facebook

Google +

Twitter

Blog

Videos
Histoire France, Patrimoine, Gastronomie, Tourisme

« Hâtons-nous de raconter les délicieuses histoires du
peuple avant qu'il ne les ait oubliées » (C. Nodier, 1840)



Bas-bleu. L'étymologie des mots de la langue française. Origine, racines - Histoire de France et Patrimoine


Vous êtes ici : Accueil > Savoir : Mots, Locutions > Bas-bleu

Savoir : Mots, Locutions

L’étymologie de mots et l’origine de locutions de la langue française. Racines, évolution de locutions et mots usuels ou méconnus


Bas-bleu
Publié / Mis à jour le samedi 17 octobre 2015, par LA RÉDACTION



 
 
 
Femme de lettres. Devenu péjoratif, le terme désigne aujourd’hui une femme à prétentions littéraires

Si ce mot avait pris naissance à Paris, au milieu de la société élégante et des femmes bien chaussées, nous ferions peu de difficulté de lui trouver une explication raisonnable. Toutes les Parisiennes sont élégantes ; riches ou pauvres, belles ou laides, jeunes ou vieilles, toutes savent apporter dans leur toilette ce je ne sais quoi que le génie pourrait seul nommer, qui répare toutes les erreurs de la nature et qui constitue cette aisance, cette grâce, ce charme séduisant que bien des femmes plus jolies et mieux douées chercheraient vainement à surpasser.

Ce qui distinguait jadis la femme de Paris, c’était la chaussure ; elle possédait au suprême degré le talent de se chausser, et excellait dans l’art de marcher. Une Parisienne pouvait traverser les rues, les places, les boulevards, les voies les plus horriblement macadamisées, et après avoir légèrement rebondi partout en posant la pointe de son pied avec autant de souplesse que de sûreté, elle vous présentait une chaussure irréprochable : pas une marque à la bottine, pas une tache au bas blanc. La bottine et le bas blanc étaient les auxiliaires les plus puissants de la coquetterie parisienne.

Aussi il n’était pas de Parisienne, si humble que soit sa position, qui ne portait des bas blancs. Pour porter des bas gris ou bleus, il lui eût fallu abdiquer toute coquetterie, elle eût dû renoncer à briller par les attraits extérieurs, c’est-à-dire qu’elle eût compté pour plaire sur d’autres charmes que la beauté. Seules les savantes et les femmes auteurs et beaux esprits, faisant peu de cas des futiles ornements de la toilette, témoignaient hautement de leur mépris pour ces choses de la terre, en renonçant même, les insensées ! à l’irrésistible puissance du bas blanc.

Les bas-bleus. Caricature parue dans Le Charivari (1844)
Les bas-bleus. Caricature parue dans Le Charivari (1844)

Mais ce ne sont pas pour autant les Parisiennes qui ont inventé ce fameux nom que l’on donne assez mal à propos à toutes les femmes qui s’occupent un peu des choses de l’esprit : c’est en Angleterre qu’il paraît avoir pris naissance et avoir fait fortune. Le blue-stocking existait avant le bas-bleu. On sait que lady Mary Wortley Montagu tenait cercle de beaux esprits, et que toutes les célébrités littéraires qui passaient à Londres lui étaient présentées. Un illustre étranger refusa, dit-on, de se faire introduire aussitôt après son arrivée, en s’excusant sur ce qu’il était encore en habit de voyage, et lady Montagu aurait dit à ce sujet qu’il n’était pas besoin de tant de cérémonies, qu’on pouvait se présenter chez elle même en bas bleus.

Telle est la vieille explication qu’on a répétée longtemps. Philarète Chasles, le spirituel professeur au Collège de France, en trouva une autre où les rôles sont un peu changés. Chasles, pendant les quelques semaines qu’il passa à Berlin, causa beaucoup avec un baron allemand qui avait presque autant d’esprit que lui, et un jour que la conversation était tombée sur les femmes allemandes, ils se livrèrent au dialogue suivant :

« Chasles. — Ainsi, vous n’avez pas de femmes auteurs ?
Le Baron. — Si fait vraiment. L’éducation féminine est excellente chez nous, bien qu’un peu factice. On permet aux femmes d’écrire, et si elles ont du talent, personne ne leur jette à la tête ce stupide mot de bas-bleu, tombé je ne sais d’où et que vous prodiguez ! D’où vient-il, par parenthèse, cet absurde sobriquet ?
Chasles. — De la mauvaise humeur d’Alexandre Pope contre lady Montagu. Elle repoussait les hommages du poète, qui n’était pas beau, quoique fort amoureux. Congédié, il s’aperçut de deux choses : que les mains de sa cruelle n’étaient pas toujours soignées et qu’elle portait souvent des bas bleus. Il fit à son endroit ce petit distique :

Mon adorée a l’art de charmer les humains ;
Elle n’a pas celui de se laver les mains !

puis il répandit le distique à droite et à gauche, et ne l’appela désormais que la dame aux bas bleus. Le monde adopta le sobriquet, qui passa aux femmes auteurs. »

On a voulu faire remonter le bas bleu à une société qui s’était formée à Venise en 1400 et qui exista jusqu’en 1590. Cette société, où l’on s’occupait beaucoup de littérature et plus encore de plaisirs, avait nom societa della Calza (société du Bas), parce que l’usage était, quand on s’occupait de questions littéraires, de porter des bas bleus. On aurait bien dû nous dire aussi d’où venait cet usage, car on ne voit pas bien ce que la littérature a de commun avec des bas, même avec des bas bleus.

Boswell, dans sa Vie du docteur Johnson, ne fait dater ce mot de bas-bleu que de la fin du XVIIIe siècle, et, par conséquent, il ne tient aucun compte de lady Montague : « Vers l’an 1791 ce fut une grande mode parmi les dames anglaises de donner des soirées où elles invitaient de préférence des hommes de lettres, à la conversation desquels elles aimaient se mêler. Un des membres les plus éminents de ces réunions était sir Stellingfleet. Son habileté à manier la parole et l’intérêt qu’il savait prêter à tout ce qu’il racontait le faisaient regarder comme un oracle. On prétend que, dans son absence, la causerie devenait languissante, et que les dames, découragées, s’écriaient : Nous ne pouvons rien faire sans les bas bleus. C’est ainsi qu’elles le désignaient, parce qu’il avait l’habitude de porter des bas de cette couleur. »

Quoi qu’il en soit, le mot bas-bleu n’est donc pas ancien, et il est beaucoup plus probable qu’il ne date, dans la langue anglaise comme dans la nôtre, que de lady Montagu. Seulement, ce qui paraît assez plausible, c’est que la belle lady ait rapporté de Venise, où elle a vécu longtemps, l’habitude de parler de bas bleus (pour le cas de la première version), ou de porter des bas bleus (pour la version de Chasles).




Histoire de France :
l'indispensable pour devenir incollable

2000 ans d'Histoire de France en 150 pages
Présentation / Commande : CLIQUEZ ICI
 
 
 

 

 

 

 

 

Prolongez votre voyage dans le temps avec notre
encyclopédie consacrée à l'Histoire de France

Choisissez un numéro et découvrez les extraits en ligne !

 

 

 

 Des anciennes boutiques aux grands magasins : naissance d'un commerce nouveau
 
 Hydromel et hypocras : les heures de gloire de boissons ancestrales
 
 Choix d'un prénom jadis et avènement des registres le consignant
 
 Vertes-Velles (Les) : étranges créatures recueillant l'âme noire du sorcier de Noirmoutier
 
 Mutilation de l'Histoire de France : détruire le passé pour glorifier le monde nouveau
 
 L'ENCYCLOPÉDIE du temps jadis
    > Cliquez ici
 
BON À SAVOIR
 Payer en monnaie de singe
 
 A la Sainte-Luce, les jours croissent du saut d'une puce
 
MANIFESTATIONS
 Exposition : Les Hugo, une lignée d’artistes
 
 Du moulin à café au lave-linge : quand Peugeot faisait dans les arts ménagers
 
 
 
 

 

 


Les plus récents
 
 Harceler
 
 Estaminet
 
 Panier
 
 Macédoine
 
 
Et puis aussi...
 
 Berner
 
 Silhouette : une figure désormais familière issue d'un nom propre
 
 Fesse-mathieu
 
 Grand dépendeur d'andouilles
 
 
Plus d'articles...
 
 Voir les 64 ARTICLES

 

 
 
Pinterest FrPittoresque
 

 

Vous pouvez opter pour un montant libre
Votre don nous est précieux : EN SAVOIR +

 

 

     

 

Retrouvez toute L'HISTOIRE DE FRANCE avec l'Encyclopédie du temps jadis

 
Copyright © 1999-2016 LA FRANCE PITTORESQUE
Tous droits réservés. Reproduction interdite. N° ISSN 1768-3270. N° CNIL 824 842. N° Siret 481 246619 00011. Code APE 913E

La France pittoresque et Guide de la France d'hier et d'aujourd'hui sont des marques déposées.
Site déposé à l'INPI, la SGDL et l'APP (infos légales)
 
Audité par Xiti et Hit-Parade | Optimisé pour Internet Explorer et Firefox
 
Recommandé notamment parMAISON DU TOURISME FRANÇAIS dès 2003Maison de la FranceALLIANCE FRANÇAISEAlliance Française
 
Mentionné notamment parSIGNETS DE LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE FRANCESignets de la Bibliothèque Nationale de FranceMINISTÈRE DE LA CULTUREMinistère de la Culture
 
 
 
Librairie : contes et légendes Librairie : coutumes et traditions Librairie : vie d'antan
 
LA FRANCE PITTORESQUE : 1 - Guide en ligne des richesses de la France d'hier et d'aujourd'hui depuis 1999 : Histoire de France, patrimoine historique et culturel,
gîtes et chambres d'hôtes, tourisme, gastronomie. 2 - Magazine d'histoire 36 pages couleur depuis 2001, une véritable encyclopédie de la vie d'autrefois


Magazine

Encyclopédie

Blog

Facebook

Google +

Twitter

Pinterest

Tumblr

YouTube

Paris pittoresque

Prénoms

Citations latines

Contacts, Publicité, Services