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Ponts merveilleux construits par des êtres légendaires. Créatures surhumaines - Histoire de France et Patrimoine


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Légendes, Superstitions

Légendes, superstitions, croyances populaires, rites singuliers, faits insolites et mystérieux, récits légendaires émaillant l’Histoire de France


Ponts merveilleux construits
par des êtres légendaires
(D’après « Revue des traditions populaires », paru en 1891)
Publié / Mis à jour le mercredi 23 septembre 2015, par LA RÉDACTION



 
 
 
On attribua à des êtres surhumains la construction de certains ponts hardiment jetés entre deux collines escarpées ou sur le courant de fleuves renommés par leur impétuosité ou la soudaineté de leurs crues. Tantôt ils les bâtissent pour leur commodité personnelle, tantôt ils aident les hommes, exigeant pour leur salaire certaines récompenses. Et lorsqu’il s’agissait du diable lui-même demandant tribut, il n’était pas rare de voir les hommes le berner en lui livrant un chat au lieu du premier humain traversant le pont...

Dans les Vosges, à Uriménil et au Val d’Ajol, se trouvent les ponts des fées. Ces bonnes dames avaient aussi, suivant la tradition, jeté un pont gigantesque du massif des Hochfelds ou Riesenfels jusqu’à la Roche de Châtepont, de l’autre côté du Val de la Lièpvre.

Dans le pays basque, ce sont les Lamignac, apparentés aux fées et aux lutins, qui ont bâti le pont du Licq. J.-F. Cerquand a recueilli un curieux récit que voici en substance. Les gens de ce pays ne trouvant personne pour entreprendre de jeter un pont sur le gave, convinrent d’en charger les Lamignac. Ceux-ci acceptèrent, et convinrent de le faire en une nuit, avant le chant du coq, mais à la condition qu’on leur donnerait en paiement la plus belle fille de Licq. L’amoureux de celle-ci trouva moyen de faire le coq pousser son coquerico avant l’heure. Les Lamignac venaient de soulever la dernière pierre à la moitié de sa hauteur. Ils la jetèrent à l’eau en maudissant le coq.

Dans les contrées du Nord, les géants prennent la place des fées des régions occidentales. La Norvège a plusieurs légendes de ponts bâtis par des géants ; tantôt c’est un jutul qui, pour aller voir celle qu’il aime, séparée de lui par une rivière, entreprend de bâtir un pont ; le soleil levant l’interrompt dans sa construction ; ou bien ce sont deux géants qui construisent un pont pour se visiter mutuellement ; d’autres géants se proposent aussi de bâtir un pont sur le Main, sans que l’on dise pourquoi.

Pont Saint-Bénezet à Avignon
Pont Saint-Bénezet à Avignon

Dans la région du Midi, surtout le long du Rhône, les architectes de ponts sont des bergers ou des humbles, qui, inspirés par Dieu lui-même ou par ses anges, finissent par élever un bel ouvrage sur un fleuve large et difficile. La plus typique de ces traditions est celle du pont de Saint-Bénezet à Avignon.

Au Moyen Age, il y a un constructeur de ponts qui l’emporte de beaucoup sur les fées, les géants, et même les saints inspirés d’en haut. Malgré l’institution des frères pontifes, c’est lui qui aux yeux du peuple, reste le grand ingénieur, le « summus pontifex ». Dans toute l’Europe, on rencontre des ponts dont la construction lui est attribuée, et la légende les lui fait bâtir avec une facilité si grande que l’on regarde comme toute naturelle l’exclamation que Goethe a mise dans la bouche de Méphistophélès : « Le beau passe-temps pour moi, s’écrie-t-il, j’aurais plutôt fait de bâtir mille ponts ! »

En France, le pont du Gard, ceux d’Orthez, de Cahors, de Bonnecombe près de Rodez, de Rilly dans les Ardennes, de Belz dans le Morbihan, du port de l’Arche, de Saint-Cloud, de Jouy aux Arches près de Metz, deux ponts en Corse, un grand nombre de ponts de la Savoie et de la région des Alpes, sont l’œuvre du diable. En Suisse, en Allemagne, en Angleterre, en Espagne, en Italie, dans l’Amérique, du sud, le peuple lui fait aussi honneur de ceux qui sont beaux et dont la construction a été difficile.

Voici en général comment se produit l’intervention de l’esprit du mal. Si les détails varient assez pour former des variantes de légendes, le thème initial est assez semblable partout. Bien que tous les rites prescrits par la religion officielle du pays eussent été observés, et que même, à côté de la cérémonie orthodoxe, on n’eût pas négligé certaines pratiques empruntées aux cultes déchus, il arrivait quelquefois que l’ouvrage commencé ne pouvait être achevé : les éléments le ruinaient, et parfois, sans cause apparente, il s’écroulait.

Les architectes, après s’être voués à tous les saints, après avoir essayé de nouvelles combinaisons qui ne réussissaient pas à assurer la solidité de leur œuvre, finissaient par invoquer, en désespoir de cause, les divinités du temps jadis, et surtout le diable. Celui-ci qui est aux aguets, et qui parfois a contribué à la ruine de l’œuvre entreprise, survient tout à coup, prend au mot l’imprudent, et promet de terminer le pont moyennant un certain salaire Il ne se montre pas trop exigeant en apparence. Habituellement, il se contente de l’abandon de la première créature vivante qui traversera le tablier du pont après son achèvement.

En Franche-Comté, lorsque l’on construisait pour la première fois le Pont-du-Diable que l’on voit entre Sainte-Anne et le Crouset, le diable venait chaque nuit renverser les travaux qu’on avait faits pendant le jour. Le maître maçon, sur le point d’être ruiné, appelle le démon à son secours, et celui-ci lui promet de ne plus le troubler dans ses travaux, à la condition d’avoir, corps et âme, la première personne qui passera sur le pont. Le maître maçon tombe presque aussitôt malade et ses ouvriers vont chercher le curé du Crouset pour l’administrer.

Ce fut lui qui le lendemain passa le premier sur le pont nouvellement achevé. Le diable était là, mais au moment où il s’apprêtait à saisir le prêtre, le bon Dieu que celui-ci portait dans ses mains apparaît dans toute sa majesté, et le diable épouvanté tombe dans un gouffre sans fond.

On racontait que le bailli de Saint-Cloud qui n’était pas sorcier, mais que les sorciers avaient engagé à entrer en négociation avec le diable, convint avec lui qu’aussitôt le travail terminé, il lui donnerait la première créature qui passerait dessus. Le jour fixé, il se présenta devant l’entrée du pont et lâcha un chat caché dans sa large manche.

Dans le Morbihan, saint Cado se fit construire un pont par le diable et lui donna aussi un chat au lieu d’une âme. On remarque de notables interruptions aux parapets du pont, auxquels la ville de Pont-de-l’Arche doit son nom ; le diable qui l’avait construit de compte à demi, n’ayant eu qu’un chat pour son salaire, refusa de le terminer. Le diable fut aussi trompé à Rilly, dans les Ardennes, où il s’était engagé à construire le pont en une seule nuit, en stipulant qu’on lui abandonnerait l’âme de la première personne qui le traverserait avant le lever du soleil ; on s’arrangea de façon à y faire passer un chien.

Quand Guillaume, duc de Toulouse, dit le Marquis-au-Court-Nez, qui allait souvent visiter son ami saint Benoît au couvent d’Aniane, voulut construire un pont sur l’Hérault, au lieu ordinaire de sa traversée, le diable renversait la nuit ce qui avait été édifié à grand’peine pendant le jour. Guillaume finit par se lasser : il appela le diable, et fit un pacte avec lui, aux conditions ordinaires : le premier passager lui appartiendrait. Le saint duc, plus rusé que Satan, fit connaître le marché à tous ses amis pour les en préserver ; puis il lâcha un chat qui le premier traversa le pont, et dont le démon fut bien forcé de se contenter. Depuis ce temps, dans le pays, les chats appartiennent au diable, et le pont à saint Guillaume.

En Corse, du temps de la domination génoise, il y avait sur les rives du Golo, non loin du village de Castirlo, un moulin à farine qui desservait toute la vallée. Pour communiquer d’une rive à l’autre, on traversait la rivière à gué ou sur une passerelle mobile et des plus primitives. Il arrivait souvent que le passage était intercepté et la passerelle emportée par les crues. Ces accidents contrariaient particulièrement le meunier qui, privé de communications, se trouvait dans la nécessité de faire chômer son moulin.

Un jour, à la tombée de la nuit, au moment où il allait passer la rivière avec son âne chargé de farine, une forte crue survint subitement. Le meunier dans cet embarras se lamentait en lançant des imprécations : un étranger apparut, qui lui demanda pourquoi il était en si grande colère. Le meunier ne lui en cacha pas la cause et l’étranger lui promit que s’il voulait lui livrer son âme, il s’engageait à jeter un pont en pierres sur le torrent avant minuit sonnant. Le meunier accepta cette proposition inespérée et avantageuse. Peu d’instants après, la rivière était le centre d’un horrible mouvement : l’œuvre commencée se poursuivait avec une activité diabolique et tout faisait prévoir que la promesse de l’inconnu serait réalisée.

Le meunier, qui n’avait pas tout d’abord réfléchi aux conséquences du contrat, devint perplexe. Cet inconnu pouvait être Lucifer et il lui avait livré son âme. Son angoisse allait grandissant avec l’avancement des travaux. Elle fut à son comble quand il vit que les trois voûtes étaient fermées et que l’on commençait à maçonner les tympans. L’ouvrage ne pouvait tarder à être achevé et minuit était encore loin. Une idée lui vint. Sans plus attendre une seconde, il alla réveiller le curé du village et lui raconta le pacte qu’il avait conclu. Après quelques instants de réflexion, le curé lui dit : « As-tu un coq parmi tes poules ? » Et sur sa réponse affirmative, il ajouta : « Va vite, remplis une cruche d’eau, et jette-en une partie sur lui : en sentant la fraîcheur de l’eau, le coq battra des ailes et chantera. Pars, et si tu arrives avant l’heure convenue, tu es sauvé. »

Le meunier se hâta de suivre le conseil du curé, et avant minuit le coq chanta. Il ne restait plus que les parapets à construire. Un épouvantable fracas suivit le chant du coq et fut répété par les échos de la vallée. Avant que le pont ne fût restauré et élargi pour l’usage de la route forestière numéro 9 qui l’a emprunté, on découvrait sur la chaussée une large pierre portant l’empreinte d’un pied fourchu. Une autre légende raconte qu’en Corse, un coq blanc, que réveille le bon ange de saint Martin, pousse un cocorico strident et met en fuite le diable au moment même où il s’apprête à poser la dernière pierre d’un pont.

Suivant diverses légendes provençales, le diable a construit le pont du Gard et a reçu pour son salaire tantôt un lièvre, tantôt un chat. Jules Baissac, l’auteur de la Diablerie chrétienne, les a fait suivre d’une dissertation. Nous ne chercherons pas s’il a eu tort ou raison de rattacher à l’ancien culte de Diane le lièvre ou le chat qui sont offerts au diable à la place d’un être humain. Ce qui nous paraît le plus intéressant dans sa démonstration, c’est la partie, assez sommairement traitée, dans laquelle il exprime les idées suivantes : le diable, en ce qui concerne les ponts, a pris — comme en maints autres cas — la place d’une divinité antique, à laquelle jadis un sacrifice était fait au moment de la construction ou de l’achèvement du pont ; à l’origine ce sacrifice était celui d’un homme ; l’adoucissement des mœurs amena la substitution d’animaux ou d’effigies aux hommes qui primitivement étaient immolés, et les animaux divers que l’on fait passer sur le pont, après le pacte conclu avec le démon, sont un souvenir de l’époque à laquelle des sacrifices avaient lieu réellement.

Lorsqu’ils ont cessé d’être en usage, le souvenir en est resté, mais est allé en s’affaiblissant et, devenu simplement légendaire, a été transformé : au lieu d’un rite, il n’y a plus eu qu’un « bon tour » joué à l’ennemi du genre humain. Les nombreuses légendes où l’on force le diable à accepter un animal au lieu d’un homme, ne seraient autre chose qu’un écho affaibli et transformé, de l’époque où la construction était nécessairement accompagnée de cérémonies religieuses et de sacrifices réels.




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