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27 mai 1707 : mort de madame de Montespan (Françoise de Rochechouart) - Histoire de France et Patrimoine


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27 mai 1707 : mort de madame de Montespan
(Françoise de Rochechouart)
Publié / Mis à jour le vendredi 27 mai 2016, par LA RÉDACTION



 

Louise de la Vallière, qui posséda le cœur de Louis XIV depuis l’an 1661 jusqu’en 1669, fut supplantée par madame de Montespan — née le 5 octobre 1640 du duc de Mortemart et de Diane de Grandseigne —, qui jouit de sa faveur avec autant d’éclat et d’empire que madame de la Vallière avait eu de modestie.

Françoise Athénaïs de Rochechouart de Mortemart, femme du marquis de Montespan ; sa sœur aînée, la marquise de Thiange, et sa cadette, pour qui elle obtint l’abbaye de Fontevraud, étaient les plus belles femmes de leur temps ; toutes trois joignaient à cet avantage des agréments singuliers dans l’esprit. Elles écrivaient toutes avec une légèreté et une grâce particulière, et leur conversation était assaisonnée d’un certain mélange de plaisanterie, de naïveté et de finesse, qu’on appelait l’esprit des Mortemart.

Madame de la Vallière, cette amante modeste et timide, honteuse d’être maîtresse, d’être mère, d’être duchesse, s’oublia une fois dans sa vie jusqu’à couper le carrosse de la reine, par l’empressement de paraître la première aux regards du roi, qui revenait d’un voyage. On fut indigné : une des dames qui étaient dans le carrosse de la reine, s’écria : « Le plus vil état à mes yeux est celui de maîtresse d’un roi ; mais si jamais je pouvais devenir capable d’une telle bassesse, je voudrais du moins la cacher à tous les yeux. » Cette beauté sévère, c’était madame de Montespan : jamais maîtresse plus altière n’a plus scandaleusement étalé son triomphe illégitime aux yeux de toute la France, et n’en a plus insolemment accablé la reine. Elle pensait cependant alors ce qu’elle disait ; elle eut même toute sa vie des principes opposés à ses actions, et sa morale fut toujours en contradiction avec sa conduite.

Le marquis de Montespan, qui avait vu d’un œil tranquille le brillant Lauzun attaché au char de sa femme, trouva mauvais qu’elle fût maîtresse du roi, et s’en expliqua très maritalement avec elle. Madame de Montespan l’assura que son commerce avec le roi avait toute l’innocence de l’amitié, toute la pureté de la vertu. On ne croit guère à l’amitié pure d’un roi de trente ans pour une belle femme de vingt. M. de Montespan insista : sa femme, avec toute l’autorité d’une maîtresse de roi, menace et ose parler d’exil. Le mari indigné répond qu’il ne connaît dans sa maison d’autre maître que lui, et lève la main sur une femme rebelle. « Il m’aime, s’écrie-t-elle alors, frappez si vous l’osez. » Il l’osa : les cris de madame de Montespan instruisent toute la maison de ce scandale. On accourt ; on la trouve éplorée. Toute la cour, les femmes surtout, à commencer par la reine, éclatent contre un mari si féroce.

Portrait de Madame de Montespan, par Pierre Mignard
Portrait de Madame de Montespan, par Pierre Mignard

Louis XIV se souvient du prince de Condé, qui emmena sa femme en Flandres pour la dérober aux empressements d’Henri IV : il défend au marquis de Montespan d’emmener sa femme en province. Montespan s’empresse de publier son déshonneur pour détruire la réputation que sa femme usurpait encore ; il prend le grand deuil comme si elle était morte, et donne à son ressentiment tout l’éclat dont il peut s’aviser. On l’exile dans ses terres : il pouvait s’assurer l’intérêt qui s’attache aux opprimés ; mais il fallait ne pas vendre sa honte, et ne pas en recevoir le prix : le marquis de Montespan avait des dettes ; cent mille écus l’apaisèrent.

Le règne de l’orgueilleuse marquise de Montespan, commencé en 1669, déclina sensiblement vers l’an 1675. Le roi trouvait déjà dans la conversation de madame de Maintenon une douceur qu’il ne goûtait plus auprès de son ancienne maîtresse. Il se trouva alors partagé entre madame de Montespan, à laquelle il tenait par une ancienne habitude, mademoiselle de Fontanges qu’il aimait, et madame de Maintenon de qui l’entretien devenait nécessaire à son âme tourmentée.

Ces trois rivales de faveur tenaient toute la cour en suspens. Il paraît assez honorable pour Louis XlV, qu’aucune de ces intrigues n’influât sur les affaires générales, et que l’amour, qui troublait la cour, n’ait jamais mis le moindre trouble dans le gouvernement. Rien ne prouve mieux que Louis XIV avait une âme aussi grande que sensible.

La jeunesse, la beauté de mademoiselle de Fontanges, un fils qu’elle donna au roi en 1680, le titre de duchesse dont elle fut décorée, écartaient madame de Maintenon de la première place qu’elle n’osait espérer, et qu’elle eut depuis ; mais la duchesse de Fontanges et son fils moururent en 1681.

La marquise de Montespan n’ayant plus une rivale si dangereuse, n’en posséda pas plus un cœur fatigué d’elle et de ses murmures. Quand les hommes ne sont plus dans leur jeunesse, ils ont presque tous besoin de la société d’une femme complaisante ; le poids des affaires rend surtout cette consolation nécessaire. La nouvelle favorite, madame de Maintenon, qui sentait le pouvoir secret qu’elle acquérait tous les jours, se conduisait avec cet art si naturel aux femmes, et qui ne déplaît pas aux hommes. Elle écrivait un jour à madame de Frontenac, sa cousine, en qui elle avait une entière confiance : « Je le renvoie toujours affligé, et jamais désespéré. »

La dévotion que madame de Maintenon inspirait à Louis XlV, contribuait encore à augmenter sa faveur, et à éloigner madame de Montespan, qui se vit enfin obligée de se retirer tout à fait de la cour en 1686. Elle conserva toujours pour Louis XIV une sorte de sentiment romanesque. Quand il partait pour Fontainebleau, elle allait à Petit-Bourg, où, d’un pavillon placé à l’extrémité d‘une allée, elle jouissait encore du plaisir de voir le roi sans être vue.

Elle vivait d’ailleurs à Paris, sans considération, avec de vieilles coquettes ramenées comme elle à la dévotion par l’âge et la disgrâce. Altière et impérieuse, elle se faisait traiter en reine chez elle par tout ce qui l’approchait ; superstitieuse, elle se couvrait d’un cilice, et croyait expier par des macérations sa mollesse et ses vices ; avare et sans bienfaisance, elle ne faisait pas même des présents à ses enfants et passait sa vie, dans la crainte d’être volée ; elle faisait cependant des aumônes, mais sans goût, sans plaisir, uniquement par devoir et en esprit de pénitence.

Acte de décès de Madame de Montespan (Françoise de Rochechouart)
Acte de décès de Madame de Montespan (Françoise de Rochechouart)
© Archives départementales de l’Allier

Dans le temps même de sa plus grande faveur, et dans tout l’enivrement de la prospérité, elle avait toujours été tourmentée par les remords : ils l’agitaient au point qu’elle ne pouvait pas rester seule un moment sans frissonner ; qu’elle ne dormait jamais qu’entre deux femmes ; que la nouvelle d’une mort subite la mettait hors d’elle-même ; que, quand il tonnait, elle faisait placer sur son sein, et comme entre le ciel et elle, une jeune fille, pour que l’innocence de cette enfant pût obtenir sa grâce, et que les traits de la foudre se détournassent en rencontrant une victime pure.

Dans sa disgrâce, elle se fit janséniste, et le parti la comparait à la duchesse de Longueville : ce qui aurait dû être indifférent à Louis XIV, et ce qui acheva de l’indisposer. Ses confesseurs exigèrent d’elle qu’elle offrît à son mari de rentrer sous son autorité, et de lui consacrer les restes de sa vie : elle obéit ; mais elle fut assez heureuse pour que le marquis de Montespan dédaignât de la punir et refusât de la reprendre.

En 1707 elle tomba malade à Bourbon-l’Archambault, où elle allait tous les ans prendre les eaux pour sa santé. Une saignée faite mal-à-propos la mit bientôt en grand danger : on avertit le marquis, depuis duc d’Antin, son fils. Il arrive en poste ; et sans descendre de sa chaise, sans s’informer comment sa mère se porte, il demande sa cassette. On la lui donne ; on lui dit que madame de Montespan n’en confie la clef à personne, et la porte toujours sur elle. Il monte vite dans son appartement, cherche la clef dans le sein de sa mère agonisante, vide la cassette, la referme, et part sans donner aucun ordre, sans témoigner ni curiosité, ni surprise, ni regret, ni pitié ; quelques heures après madame de Montespan expira, dans la nuit du 27 au 28 mai.

Son testament ordonnait que ses entrailles fussent portées à la communauté de Saint-Joseph, à Paris ; mais cette disposition ne put être exécutée : l’excessive chaleur les avait rendues si fétides, que le porteur revint sur ses pas et les remit aux Capucins de Bourbon-l’Archambault. Le père gardien ne pouvant tenir à l’excès de l’infection, les fit jeter aux chiens. Quand on sut à Versailles ce qu’étaient devenues les entrailles de madame de Montespan, un de ses amis dit : « Est-ce qu’elle en avait ? »

Ainsi mourut cette femme célèbre par sa beauté, par son esprit, par les passions qu’elle sentit et qu’elle inspira, par l’empire qu’elle exerça sur le plus imposant des rois, dans un temps de gloire et de prospérité, dans les plus beaux jours de la monarchie. Elle eut de ce prince huit enfants, postérité brillante, comblée de tous les dons de la nature et de la fortune, et qui s’éteignit en 1795 par la mort du duc de Penthièvre.




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