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Coutumes et traditions. Pentecôte : origine, jeûne, cérémonies particulières et fête des Kyriolés - Histoire de France et Patrimoine


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Coutumes, Traditions

Origine, histoire des coutumes, traditions populaires et régionales, fêtes locales, jeux d’antan, moeurs, art de vivre de nos ancêtres


Pentecôte : origine, jeûne, cérémonies
particulières et fête des Kyriolés
(D’après « Les fêtes chrétiennes en Occident », paru en 2003
et « Essai sur les fêtes religieuses et
les traditions qui s’y rattachent », paru en 1867)
Publié / Mis à jour le samedi 14 mai 2016, par LA RÉDACTION



 
 
 
La Pentecôte (du grec pentecosté, cinquantième), que l’on appelait autrefois Pâques des Roses — sans doute parce qu’elle a lieu à l’époque des roses —, est destinée à rappeler aux chrétiens la descente du Saint-Esprit sur les apôtres, qui eut lieu cinquante jours après la résurrection de Jésus-Christ. Elle donna souvent lieu à de singulières pratiques.

Le mot Pentecôte, d’origine grecque, signifie cinquantaine, et désigne à la fois la période de cinquante jours qui suit Pâques, et le dimanche qui marque et solennise l’achèvement de cette période. Sous le nom de Pentecôte, les Juifs contemporains de Jésus célébraient à la fois une fête de la moisson et l’anniversaire (supposé) du don de la Loi au Sinaï. Dans les Actes des Apôtres (2, 1-4), il est dit explicitement que « le jour de la Pentecôte étant arrivé », l’Esprit-Saint descend sur les Apôtres sous forme de langues de feu.

Ce serait cependant une erreur d’imaginer que, dès les origines, les chrétiens ont célébré cinquante jours après Pâques une fête de la Pentecôte ayant pour objet cette venue spectaculaire de l’Esprit-Saint. Les chrétiens des premières générations n’ont pas de calendrier liturgique, et c’est seulement au début du IIe siècle qu’ils choisissent un dimanche de printemps pour célébrer Pâques comme fête annuelle de la Résurrection du Christ. Très rapidement, cette unique fête du calendrier se prolonge pendant les cinquante jours qui la suivent. Le prêtre Tertullien de Carthage, vers l’an 200, parle de ce temps de Pentecôte (spatium Pentecostes) tout empreint de la joie pascale.

Il faut du souffle cependant pour faire la fête pendant cinquante jours, pour vivre une aussi longue période dans le dynamisme de la Résurrection et l’inspiration de l’Esprit-Saint. Peu à peu, c’est donc le dernier jour de la Cinquantaine, qui tombe obligatoirement un dimanche, qui est solennisé comme dimanche de la Pentecôte, célébrant la venue de l’Esprit-Saint. La fête est attestée à Rome et à Milan vers 380, et peut-être était-elle déjà connue en Espagne dès le début du IVe siècle.

La Pentecôte : tapisserie de l'abbatiale Saint-Robert (église paroissiale de La Chaise-Dieu)
La Pentecôte : tapisserie de l’abbatiale Saint-Robert
(église paroissiale de La Chaise-Dieu)

La Pentecôte est donc liée à la fête de Pâques, qu’elle prolonge et achève : le don de l’Esprit est présenté comme un fruit et une conséquence de la résurrection du Christ, de son passage du monde terrestre à une condition toute spirituelle. Par la suite, la fête de la Pentecôte sera pourvue d’une veillée, qui constitue une sorte de seconde édition de la Veillée pascale : on peut baptiser à ce moment-là les candidats qui n’auraient pu l’être dans la nuit de Pâques, et l’on compose une messe qui figure toujours dans le Missel et qui vient enrichir notre florilège de textes liturgiques sur le mystère de la Pentecôte.

Dans l’Église primitive, ce jour était particulièrement choisi pour donner le baptême aux adultes et faire l’onction du chrême. Les néophytes se présentaient à l’église vêtus de blanc, avec un cierge allumé et étaient reçus par un parrain.

L’écrivain et compilateur François-Alexandre de La Chesnaye-Aubert (1699-1784) nous apprend que longtemps on s’est fait un scrupule de jeûner la veille de la Pentecôte, « parce que l’espace entre Pâques et la Pentecôte était regardé comme une suite de fêtes, auxquelles il était défendu de jeûner et plier le genoux. » Cet usage dura jusqu’au Ve siècle.

Cette fête était célébrée autrefois avec des cérémonies particulières qui avaient pour but de rappeler la descente du Saint-Esprit. Ainsi, lorsqu’on entonnait le Veni Creator, des gens, placés à la voûte de l’église, faisaient descendre sur le peuple des étoupes enflammées, et lui jetaient en même temps des nieules, espèce de pâtisseries légères en usage au Moyen Age.

Si nous pénétrons dans le domaine de l’histoire, nous y voyons que la Pentecôte donna lieu, le 31 décembre 1578, à la création d’un ordre de chevalerie qui subsista longtemps sous le nom d’Ordre du Saint-Esprit. Cet ordre fut institué par Henri III, en mémoire de ce qu’il était parvenu au trône de Pologne (1573) et à la couronne de France (1574) le jour de la Pentecôte. Le nombre des chevaliers fut limité à cent, dont neuf ecclésiastiques. Les insignes étaient une croix portant une figure du Saint-Esprit et suspendue à un large cordon bleu. On ne pouvait être fait chevalier du Saint-Esprit sans avoir déjà reçu l’ordre de Saint-Michel, créé par Louis XI. L’ordre du Saint-Esprit fut aboli lors de la tourmente révolutionnaire de 1789. Il ne reparut que sous la Restauration pour disparaître de nouveau en 1830.

Les Vosges pittoresques nous apprennent quels usages étaient pratiqués autrefois dans cette contrée lors de la Pentecôte. A Remiremont, l’abbaye avait institué de sa propre autorité une fête annuelle qui se célébrait le lendemain de la Pentecôte, sous le nom de Kyriolés (nom dérivé de Kyrie eleison).

Dans cette fête, la religion et la féodalité faisaient éclater aux yeux des fidèles et des vassaux toute leur pompe et leur suprématie. L’abbesse, ce jour-là, trônant majestueusement au milieu des dignitaires et des dames de son chapitre, de son clergé, de ses grands officiers, des autorités de la ville, ayant devant elle les rangs serrés de la population, recevait les hommages et les félicitations de plusieurs de ses paroisses qui venaient processionnellement lui offrir les premiers rameaux verts du printemps.

L'église de Remiremont (Vosges)
L’église de Remiremont (Vosges)

Saint-Nabord lui présentait des branches de rosier sauvage ; Dommartin, des branches de genièvre ; Raon-aux Bois, des branches de genêt ; Saint-Amé, des branches de lilas ; Saint-Étienne, des branches de cerisier ; Saulxures, des branches de saule ; Vagney, des branches de sureau. Chaque procession, bannière en tête, défilait devant l’abbesse et sa cour, en chantant un Kyriolé où les populations appelaient, sur le chapitre, sur le duc de Lorraine, sur le roi de France, sur elles et leurs biens, la protection de Dieu, de la Vierge, de saint Amé, de saint Romaric, de saint Urbain et des autres saints qu’ils invoquaient ordinairement. Voici un des couplets qu’a recueilli Charton :

Kyrie, sire saint Pierre,
Qu’à Rome sied en chaire,
De céans êtes le patron.
A vous nous nous présentons
Kyrie, chanter devons
Par bonne dévotion.

Un autre impôt, non moins singulier, était exigé le même jour, du village de Saint-Maurice. Il consistait dans deux rochelles (espèce de hottes faites d’écorce de sapin) qu’on remplissait de neige et que le marguillier du lieu était obligé d’apporter au chapitre, au nom des habitants. Lorsque la neige faisait défaut, ce tribut était remplacé par deux bœufs blancs. Mais cette substitution se faisait très rarement, paraît-il ; elle ne s’opéra même que deux fois dans l’espace d’un siècle et demi. Les deux rochelles étaient présentées à la grand’messe par le lieutenant du grand sénéchal qui, avant le Graduel, entrait au chœur et déposait la première rochelle devant la stalle de l’abbesse et la seconde devant celle de la doyenne. Le chapitre, en échange de cette redevance, payait le dîner du marguillier et lui donnait en outre dix-huit deniers et un petit picotin d’avoine pour son cheval.

Dès 1570, cet hommage féodal était déjà remarqué, et un procès intenté par le chapitre de Remiremont aux habitants de Saint-Maurice qui avaient négligé ou refusé cet hommage en 1732, prouve que cet usage était encore en vigueur au XVIIIe siècle. Les habitants de Saint-Maurice furent condamnés par la cour souveraine de Nancy, le 9 mars 1733, à verser au trésor de l’abbaye, pour l’année 1732, cent francs de Lorraine représentant la valeur des deux bœufs blancs. On leur appliquait ici le tribut extraordinaire à cause de leur mauvais vouloir ; ils durent en outre payer une forte amende et les frais de procédure.




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