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Cinéma au service de la justice et de la police. Enquêtes, interrogatoires, instruction - Histoire de France et Patrimoine


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L’Histoire éclaire l’Actu

L’actualité au prisme de l’Histoire, ou quand l’Histoire éclaire l’actualité. Regard historique sur les événements faisant l’actu


Cinéma au service de la justice
et de la police : premières expériences
en 1932 et projets futurs
(D’après « L’Image », paru en 1932)
Publié / Mis à jour le mercredi 20 mai 2015, par LA RÉDACTION



 
 
 
En 1932, et dans la foulée des premières applications américaines du cinéma au service de la justice, on s’interroge en France sur l’opportunité de généraliser les enregistrements sonores et visuels des interrogatoires d’accusés : de divertissement, le septième art est alors en passe de devenir un allié des enquêtes policières et de l’instruction judiciaire. Quant à la question des conséquences de la diffusion du complet déroulement d’un procès, elle fait déjà débat, oscillant entre voyeurisme et transparence...

On pouvait lire, ces jours-ci, dans les journaux étrangers, l’information suivante, nous rapporte le plusieurs fois récompensé par le prix de l’Académie française l’écrivain Henry de Forge dans le magazine L’Image en 1932 : « Tous les magistrats savent que les dépositions contre un accusé se font moins précises et moins violentes dans la salle du tribunal qu’à l’instruction. Le temps a agi. Une certaine pitié se manifeste. Il n’est pas rare de voir encore les preuves convaincantes se réduire au seul aveu du criminel. Le coupable est enclin à renier son aveu en prétextant qu’il lui fut arraché par la force.

« Dans un pays comme les Etats-Unis où — l’impunité des gangsters l’a prouvé — la police est loin d’être irréprochable, ces reniements peuvent convaincre les jurés. Pour présenter aux audiences la véritable physionomie de l’instruction, les tribunaux du Massachusetts, après un essai qui vient d’avoir lieu à Boston, enregistreront désormais par le microphone et le film toutes les phases de l’enquête et -de l’instruction préalable. Les questions des agents, du juge, les réponses de l’inculpé, des complices, des témoins, seront ainsi reproduites avec toute l’authenticité désirable. »

Le cinéma va, de plus en plus — il est nécessaire de le reconnaître — jouer un rôle, comme témoignage indiscutable des événements susceptibles d’être évoqués en justice, nous explique Henry de Forge. Le record est jusqu’ici tenu par certaine prise de vues, qui se trouva exactement tournée, de l’attentat commis à Bruxelles contre le prince héritier d’Italie. Coïncidence évidemment, doublée de la présence d’esprit d’un opérateur diligent. Mais le résultat fut là, impressionnant, que la censure permit de mettre à l’écran, aux actualités.

Tandis que se déroulaient les cérémonies et que le fiancé de la princesse Marie-José se dirigeait vers le monument aux morts, nous étions prévenus, sur l’écran, d’avoir à écarquiller les yeux davantage et de bien ouvrir les oreilles. En effet, nous assistions complètement, et d’assez près, à l’attentat. Nous entendions très nettement le coup de revolver et nous voyions toutes les phases de la bousculade qui s’ensuivit, notamment l’auteur de l’attentat empoigné par les policiers et se débattant sous la légitime grêle de coups.

Nous admirions ensuite — et ce n’était pas le moins impressionnant — l’attitude calme et souriante de ce grand jeune homme qui venait de manquer d’être assassiné et pour qui rien ne s’était passé. Il poursuivit sa route, il continua ce qu’il était venu faire. Et nous entendîmes les acclamations qui l’accueillaient. Quel formidable document pouvait, en justice, être ce film ?

Le cinéma véritablement judiciaire, et spécialement organisé, entrera quelque jour dans nos mœurs, poursuit notre homme de lettres. Il semble y être arrivé, déjà, en U.R.S.S. Nous ne pouvons être indifférents, en effet, à cette innovation cinématographique inaugurée au pays des Soviets, l’an passé, innovation évidemment osée, mais dont l’application paraît singulièrement significative.

Pour certain retentissant procès contre des industriels, auquel les commissaires du peuple tenaient à faire une grosse publicité, on a officiellement installé, à portée du citoyen-commissaire-accusateur, à portée aussi des accusés, des micros qui recueillaient les paroles prononcées, tandis que le cinéma, en synchronisation parfaite, enregistrait les différentes attitudes des personnages. Il ne s’agissait pas seulement, en effet, que la voix de tous ces gens, à cette heure solennelle, fût répétée par la radio aux quatre coins de la Russie et pénétrât, même, en d’autres pays. Le but était surtout de réaliser un film sonore et parlant, un film de justice, à répandre ensuite parmi les foules, avides d’assister ainsi, à leur tour, au procès fameux.

La justice, en France, aussi doit être publique. On peut même regretter que les prétoires de cette justice soient exigus, au point de ne laisser venir aux débats que quelques douzaines de badauds, déplore de Forge. Rien ne s’opposerait à ce que, pour la morale, la haute morale, la morale souveraine, on enregistrât par l’image et par le son la vision en même temps que l’audition exactes de ces séances, dont, le lendemain, les journaux vont parler, mais forcément en raccourci.

Distraction malsaine, dira-t-on, de même qu’on peut taxer de nuisible l’abus de la littérature criminelle. On répondra peut-être que tout autre est l’impression directe, visuelle et auditive que peuvent donner, même par transmission, les débats de la cour d’assises. Evidemment, la curiosité y a sa part. Mais il y a, dans le déroulement d’une affaire criminelle, généralement, de quoi plutôt faire réfléchir que se distraire.

Les spécialistes des mauvais coups, qui « rigolent » en lisant les feuilles policières, n’auront pas envie de rire, quand ils verront et entendront le sinistre « copain » recevoir en plein « direct » la sentence de mort. Tels sont les arguments présentés du moins par ceux qui voudraient créer une entreprise de cinémas spéciaux des grands procès — entreprise évidemment rémunératrice.

Mais il semble difficile encore daller jusque là, tempère Henry de Forge ; on doit reconnaître que le ciné-constat, cinéma sonore bien entendu, est susceptible de devenir un admirable moyen d’instruction judiciaire. On étudie l’emploi de ce cinéma parlant à la disposition des juges d’instruction et chez les commissaires de police, afin de garder une officielle et irréfutable constatation des déclarations faites par les accusés lors de leur arrestation, dans un état d’esprit qu’ils n’ont pas eu le temps de préparer au mensonge, comme aussi lors de leur comparution devant le magistrat, alors qu’ils ont eu le temps de réfléchir à l’intérêt qu’ils peuvent trouver à être francs.

Ces dépositions seraient projetées et entendues devant le tribunal, quand se déroulerait le procès. Et les jurés, ou les juges correctionnels — de même que l’accusé — se trouveraient en face, non plus de mornes paperasses, mais de déclarations précises, avec les intonations significatives et l’image, plus significative encore, des expressions que l’on eut à ces heures critiques.

Il ne serait pas à dédaigner, non plus, que des vues fussent prises, inopinément, de l’accusé en prévention, alors qu’il n’a plus la crispation des traits des premiers moments et pas encore le visage parfois composé de la comparution à l’audience.

Depuis que le cinéma est parlant, il n’y a pas de raison pour qu’on ne l’utilise pas dans toutes les occasions solennelles où, seules, jusqu’ici, servaient de preuves quelques lignes froides, sur le papier. Tout engagement deviendra plus solennel, plus probant, s’il peut être reproduit avec l’image vivante de celui ou ceux qui se sont engagés.

On songea à aller jusqu’à la prise de vues par le commissaire de police de la situation fâcheuse de ceux qui se laissent pincer en flagrant délit d’adultère. Je me souviens aussi, ajoute Henry de Forge, de la proposition faite — sans succès d’ailleurs — d’une grande firme de cinéma, d’essayer d’obtenir des pouvoirs publics que, dans les mairies, soient enregistrés au cinéma — à bien plus forte raison au cinéma parlant — les paroles sacramentelles avec les attitudes adéquates, des jeunes époux, à l’instant où ils se lient officiellement pour fonder une famille.

Outre la vente de la pellicule aux intéressés, qui couvrirait les frais d’exploitation, des archives seraient constituées, afin que — au cas où ces mêmes époux voudraient divorcer — le juge qui essaierait la conciliation, puisse faire passer sous leurs yeux cette photographie vivante de leur mariage, et jusqu’au son de leur voix, alors qu’ils se sont engagés.

La Chambre des Notaires parisiens aurait même été saisie d’une demande dont elle aurait pu s’émouvoir, mais trop moderne pour cette institution d’un autre âge : il s’agit d’autoriser le cinéma, comme auxiliaire témoin des notaires, pour les legs et pour les testaments. Déjà, il avait été précisé, dans un jugement qui aurait pu être le point de départ d’une importante réforme, qu’un testament, aussi bien qu’un legs, enregistré sur un disque phonographique est valable, à condition que les droits de timbre soient en même temps payés. L’apposition de la petite vignette fiscale de 3 francs 60 centimes est facile sur la cire noire et, ainsi présenté, le testament est reconnu parfaitement authentique.

Mais voici mieux : aujourd’hui, que le film parlant est dans nos mœurs, il serait tout à fait admissible que l’on adoptât, comme légal, le testament filmé et parlé, estime notre chroniqueur. Avantage certain : la voix même du testateur, ainsi recueillie, ne permet aucune équivoque et elle s’accompagne de l’image vivante de celui qui a parlé, image expressive qui n’est pas du tout négligeable. Le temps n’est peut-être pas loin où les notaires auront annexé à leur bureau, un studio en miniature. Des appareils facilement maniables seront inventés et mis à leur disposition.

Les grandes firmes auront vite fait d’organiser tout ce qu’il faudra pour prendre des vues et une audition particulièrement soignées et même pour se rendre à domicile, avec tous les éclairages portatifs qu’il faudra, recueillir les dernières volontés des mourants. Evidemment, l’ironie est facile. On nous montrera les héritiers insidieux entraînant la vieille tante à héritage ou le vieil oncle déliquescent. L’émotion semble plus indiquée. Lorsque, à l’ouverture du ciné-testament, les héritiers verront et entendront l’aïeul dictant ses dernières volontés, il y aura peut-être un peu plus de respect ou d’attendrissement dans la façon dont elles seront acceptées par les intéressés.

Nous n’en sommes pas encore là. Mais soyons sûrs que, quelque jour, nous y arriverons.




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