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« Hâtons-nous de raconter les délicieuses histoires du
peuple avant qu'il ne les ait oubliées » (C. Nodier, 1840)



Noël pendant le siège de Paris en 1870-1871. Jour de l'An. Disette durant les fêtes - Histoire de France et Patrimoine


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Événements marquants

Evénements ayant marqué le passé et la petite ou la grande Histoire de France. Faits marquants d’autrefois.


Noël et le Jour de l’An
pendant le siège de Paris de 1870-1871
(Extrait de « Le Voleur illustré », paru en 1894)
Publié / Mis à jour le lundi 26 décembre 2016, par LA RÉDACTION



 
 
 
Au lendemain de la guerre de 1870-1871, l’écrivain et journaliste Francisque Sarcey publie Le Siège de Paris, où il décrit avec force détails concrets l’âpreté de la Noël 1870 et la tristesse d’une semaine d’ordinaire égayée par les festivités dont Paris n’était pas avare. Des propos poignants et des impressions saisissantes.

La nuit de Noël pendant le siège
Nous atteignîmes les derniers jours de décembre. Qu’ils furent tristes, ces jours, qui sont d’ordinaire consacrés à la joie ! II est vrai que nous eûmes une pâle consolation de vengeance satisfaite, en songeant que les Allemands, retenus sous Paris, ne fêteraient point leur Noël en famille, et que l’arbre traditionnel de la Christmas ne verrait autour de lui que des visages mélancoliques et des yeux en pleurs. Mais, nous-mêmes, que cette huit de Noël fut différente pour nous de ces nuits de bombances solennelles qui jadis éclataient gaiement dans tout Paris en l’honneur de cet anniversaire !

La plupart des églises avaient fermé leurs portes ; par les rues éclairées au pétrole et plongées dans une demi-obscurité, sonnait le pas rare de quelque passant tardif. Un petit nombre de restaurants étaient restés ouverts, soit au centre ordinaire des plaisirs parisiens, du boulevard des Italiens au boulevard Montmartre, soit dans les quartiers populeux, à Montmartre, à Ménilmontant et à Belleville. Ici, on buvait du vin bleu. Là, on s’était, par dilettantisme, réuni pour souper autour de menus extravagants et bizarres. Les côtelettes de loup chasseur y figuraient côté de la trompe d’éléphant rôtie et du kangourou en capilotade, le tout arrosé du champagne classique. C’était se chatouiller pour se faire rire. Personne n’avait le cœur à s’amuser.

Avec quelle mélancolique amertume on se rappelait la physionomie toute pétillante de Paris, de notre Paris, en ces jours qui précédaient le premier janvier. Quelle animation sur nos boulevards et dans nos rues ! Comme les voitures roulaient joyeusement par milliers sur le macadam ! Quelle gaieté de lumières aux vitrines des grands magasins qui s’étaient parés pour cette fête ! On ne rencontrait que gens qui couraient tout effarés, les poches de leurs paletots gonflées de paquets, de poupées ou de boîtes de bonbons sur les bras et dans les mains.

Le siège de Paris durant l'hiver 1870-1871. Illustration parue dans Le Siège de Paris de Francisque Sarcey (1871)
Le siège de Paris durant l’hiver 1870-1871. Illustration parue
dans Le Siège de Paris de Francisque Sarcey (1871)

Et cette longue, cette interminable file de petites baraques qui imprimaient à tous nos boulevards un caractère si charmant de joie populaire ! Hélas ! Hélas ! que tout cela était loin ! Un ciel gris, tout chargé de neige, pesant sur une ville morne ! des magasins à demi plongés dans l’ombre ; et, sur le seuil, des boutiquiers interrogeant l’horizon avec ennui ; quelques rares omnibus qui accomplissaient, presque à vide, leur trajet réglementaire ; un petit nombre de voitures flânant inoccupées sur la chaussée à peu près déserte.

Le 31 décembre seulement, quelques quartiers privilégiés semblèrent vouloir secouer cette torpeur ; la foule se pressa autour de deux ou trois confiseurs en renom ; ils débitaient des marrons glacés, comme à l’ordinaire. Des marrons de l’an dernier ! car l’hiver ne nous avait pas ramené cette fois ces honnêtes enfants de l’Auvergne qui s’installent au coin de nos rues et tracassent sur la poêle en plein vent les marrons qui s’entr’ouvrent et se dorent.

Et le matin du premier janvier ! Non, je n’oublierai jamais ce premier matin de l’année 1871 ; quand la domestique m’apporta sur un guéridon le déjeuner, et qu’en ce jour de fête, où toute la famille réunie se comble joyeusement de souhaits et de baisers, je me vis tout seul, au coin de mon feu, vis-à-vis d’un morceau de cheval, qui fumait dans l’assiette, je sentis tout mon être défaillir et fondis en larmes ! Ah ! ces larmes, que d’autres les ont versées en cette heure cruelle ! Songez que tous ou presque tous, nous avions envoyé au loin nos mères, nos femmes et nos enfants, et que depuis trois mois nous vivions sans nouvelles d’aucune sorte ! Il était aisé, en temps ordinaire, de s’étourdir sur cette solitude ; les affaires, les conversations, les gardes à monter, le train accoutumé de la vie, et puis aussi cette insouciante philosophie, qui est le fond de notre caractère national, tout contribuait à écarter de la mémoire de ces images si chères ; les bruits du dehors nous détournaient de leur pensée.

La solennité de ce jour nous les ramena toutes et comme elles nous regardaient, avec des yeux tristes, et, nous tendant les bras, semblaient nous dire : Rappelle-nous ! cette maudite guerre ne sera-t elle pas bientôt finie !... Non, je ne puis songer à tout cela sans que mon cœur ne se soulève de rage. Misérables ! fils des Huns ! barbares ! vous nous avez tout pris, nous sommes ruinés par vous, affamés par vous, et tout à l’heure nous allons être bombardés par vous, et nous avons certes le droit de nous haïr d’une haine cordiale.

Eh bien ! oui, toutes ces misères, et vos rapines et vos meurtres, et le saccagement de nos villes, et vos trahisons infâmes, et vos lourdes plaisanteries, nous vous les aurions pardonnés peut-être un jour. Elle est si bonne enfant, cette race française, et d’humeur si facile qu’elle eût peut-être oublié de si justes ressentiments. Ce qui ne sortira jamais de notre souvenir, c’est ce Jour de l’An, passé sans famille et sans nouvelles, ce jour désolé, ce jour à qui manqua le baiser de la femme et le rire du bébé à la tête blonde !

La disette
Tout ce mois de décembre fut terriblement dur à traverser. Les privations allaient croissant, à mesure que diminuait le stock de nos approvisionnements. Toutes les denrées qui accompagnent le pain et la viande étaient montées à des prix exorbitants, qui s’élevaient tous les jours. La livre d’huile coûtait couramment de six à sept francs ! le beurre, il n’en fallait point parler ; c’étaient des prix de fantaisies, 40 ou 50 francs le kilo ; le gruyère ne se vendait pas ; il eût coûté trop cher ; il se donnait en cadeau. Je sais telle jolie femme qui, au Jour de l’An, a reçu, au lieu des bonbons accoutumés, un sac de pommes de terre, ou un morceau de fromage. Un morceau de fromage est un présent royal ; les pommes de terre valaient 25 francs le boisseau ; elles revenaient bien plus cher aux petits ménages qui les achetaient au litre ou bien au tas. Un chou était coté six francs ; il se débitait feuille à feuille et telle, qu’on eût à peine jadis osé offrir à ses lapins, figurait noblement dans le pot-au feu de cheval.

Abattage de l'éléphant du Jardin des Plantes lors du siège de Paris
Abattage de l’éléphant du Jardin des Plantes lors du siège de Paris.
Depuis plusieurs mois, il n’était pas entré de vivres dans Paris cerné par
les Prussiens. L’éléphant, en raison de sa masse volumineuse, fut sacrifié l’un
des premiers, et servit de pâture aux plus affamés.

L’oignon, le poireau et la carotte étaient introuvables. II n’y avait pas de mercuriale pour ces articles, et la fantaisie seule de l’acheteur en déterminait le prix. Les graisses les plus immondes talent mises en vente et trouvaient acheteurs à des taux insensés. Les journaux donnaient tous les jours des recettes merveilleuses pour les purifier et leur enlever toute mauvaise odeur. Il y avait encore à Paris des quantités énormes de lapins et de volailles, mais tout cela était hors de prix. J’ai vu, aux environs du Jour de l’An, la foule des badauds attroupée autour d’une dinde, comme autrefois devant les grands joailliers de la rue de la Paix. On s’étonnait qu’un morceau aussi tentant affrontât, derrière le simple rempart d’une vitrine, la voracité des regards alléchés.

Beaucoup avaient acheté des lapins, qu’ils nourrissaient d’épluchures, en attendant que la famine les forçât à en faire des pâtés en terrine. Le pâté fait plus de profit que la gibelotte. Au moment où j’écris ces lignes, j’ai près de moi, dans mon cabinet, deux frères lapins, tapis dans un angle de la chambre, et qui me regardent de leur gros air effaré. La ménagère me les a apportés, prétendant qu’ils s’ennuyaient tout seuls dans leur niche, qu’ils y avaient froid et ne voulaient plus manger. Cette dernière considération m’a décidé ; je les ai reçus, et je tâche de les distraire. Je me garderai bien de leur lire ce chapitre, où leur sentence est prononcée ; ils n’auraient qu’à maigrir de chagrin.

Funeste présage ! je possède également deux poulets, ,que j’entoure de prévenances. Ils n’aiment pas le millet. Je suis affreusement perplexe sur la nourriture dont il faut les gaver. J’ai eu sur ce point important plusieurs conférences avec la cuisinière. Si je présente ainsi mes hôtes au lecteur, ce n’est pas du tout par fatuité, pour faire montre de la bonne compagnie que je reçois à la maison ; c’est par amour du renseignement exact. Cep petits détails en diront bien plus que de grandes phrases sur la vie intérieure du Parisien à cette époque du siège, et sur la bonne humeur spirituelle avec laquelle s’en amusaient ceux qui avaient encore assez d’argent pour rire quelquefois.

Le nombre s’en faisait de jour en jour plus rare. La bourgeoisie commençait à voir la fin de ses réserves. J’avais suivi avec un intérêt curieux les progrès de cet épuisement. Je faisais partie d’une petite société où l’on se réunissait pour jouer, soit le whist, soit la bouillotte. Le taux des mises et la façon de pousser le jeu ne changèrent pas sensiblement le premier mois ; dès le second, la fiche tomba de moitié, puis de trois quarts, et enfin vers la fin des derniers jours du blocus, il fut convenu qu’on ne jouerait plus d’argent.

Nous étions tous à sec, et n’avions plus à peine que de quoi attendre des jours meilleurs. Que dire de ceux qui ne possédaient point d’avances ? C’était l’immense majorité des Parisiens, il faut bien l’avouer. Non, je ne saurais trop répéter à nos frères de province avec quel indomptable courage, avec quelle touchante résignation, avec quel invincible sentiment de patriotisme toute cette population supporta les rigueurs de cette longue misère. Les femmes surtout furent admirables.

Je ne plains pas trop les hommes ; la plupart avaient leurs trente sous par jour, que beaucoup d’entre eux buvaient sans vergogne. Mais les femmes ! les pauvres femmes ! par ces abominables froids de décembre, elles faisaient la queue toute la journée, chez le boulanger, chez le boucher, chez l’épicier, chez le marchand de bois, à la mairie. Aucune ne murmurait ; jamais je n’ai entendu sortir d’une seule de ces bouches, accoutumées aux dures paroles, un mot impie contre la France ; c’étaient elles les plus enragées pour que l’on tînt jusqu’au dernier morceau de pain.




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