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Pas de Roland à Itxassou au coeur du pays basque. Dragon de la Nive (Cambo, Bayonne) - Histoire de France et Patrimoine


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Lieux d’Histoire

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Pas de Roland dans le pays basque :
ancien repaire du dragon de la Nive ?
(D’après « Le Journal de la jeunesse », paru en 1883)
Publié / Mis à jour le mardi 16 août 2016, par LA RÉDACTION



 
 
 
Après avoir passé Itxassou, village typique du pays basque, le défilé rocheux où coule la Nive est aride, serti seulement, à de certaines époques, par les petites bruyères vertes à clochettes rouges. Au milieu de la gorge le chemin passe à travers un rocher qui la barre comme une porte de pierre, le Pas de Roland : si la légende qui l’entoure est célèbre — le paladin l’aurait ouverte d’un coup de pied pour continuer sa route —, on connaît moins le dragon qui aurait élu domicile au creux de la rivière...

Si vous avez vécu quelques mois d’hiver sur la falaise de Biarritz, au-dessus des flots changeants de la baie de Biscaye, ou passé quelques semaines seulement, à la saison des bains de mer, sur le sable fin de ses plages, vous avez certainement fait ou tout au moins projeté de faire une promenade en voiture dans la vallée de la Nive, à Cambo et au Pas de Roland.

Vous aviez exploré déjà cette merveilleuse côte du pays basque, que longe de si près le chemin de fer de France en Espagne ; visité Saint-Jean-de-Luz, son palais de l’Infante et sa baie circulaire, où la vague déferle d’un choc intermittent ; salué en passant Ciboure et ses maisons peintes ; lu l’inscription fameuse sur le cadran de l’horloge de l’église d’Urrugne : Vulnerant omnes, Ultima necat (Toutes blessent, la dernière tue) ; poussé jusqu’à la Bidassoa, jusqu’à Hendaye et Fontarabie plantée comme un décor de féerie sur la rive espagnole, comme une apparition fantastique au seuil du pays des rêves ; sur la côte landaise vous aviez admiré la barre de l’Adour, le flot de mer dressant ses lames heurtées à la rencontre du courant du fleuve, et cette mêlée éperdue des vagues emplissant la bouche fluviale d’écume blanche, de sourdes rumeurs et de hoquets sonores.

Le Pas de Roland
Le Pas de Roland
Vous vous étiez retourné du côté de la montagne, et, décidé à changer pour un jour les horizons illimités de l’Océan, votre plage de sable et votre falaise d’argile pour les versants adoucis et les horizons prochains des collines, vos tamaris et vos platanes pour les chênes et les châtaigniers sauvages, le miroitement éblouissant de la baie pour le courant limpide, de la rivière et la verdure apaisante de la vallée, vous vous étiez donné ce but de voir le Pas de Roland.

A peine au sortir de Rayonne, par la roule d’Espelette et de Pampelune, on découvre les mamelons et les collines qui animent tout le pays jusqu’aux montagnes de la frontière et, dans le fond, la Rhune française et les Trois-Couronnes espagnoles, fières citadelles de l’horizon. La route remonte la rive gauche de la Nive, en coupant d’abord à travers taillis sur les versants boisés de chênes, puis descend au bord de la rivière, sur le joli bourg d’Ustaritz, ancienne capitale du vicomté de Labourd.

On atteint bientôt le séminaire de Larressore, et le village du haut Cambo qui groupe ses maisons sur une terrasse escarpée à une quarantaine de mètres au-dessus de la Nive et d’une plaine coupée de prairies et de cultures, étendue au ras de la rive droite. Au lieu de descendre à l’établissement thermal, caché sous de beaux ombrages, qui sert de station hivernale à une colonie anglaise chaque année plus importante, captivée par le calme, le charme intime et champêtre des bains de Cambo, on prend, au sortir du village, le chemin d’Itxassou, « le Montmorency de Bayonne », au dire d’un Parisien qui aime les similitudes et sans doute aussi les cerises.

Quelques minutes après avoir dépassé les cerisiers d’Itxassou, au pied du cône régulier du Mondarrain (750 mètres) couronné de ruines, on entre dans le défilé rocheux où coule la Nive. De belles châtaigneraies en ombragent les abords ; mais bientôt toute végétation arborescente disparaît ; le roc aride et triste se montre à nu. Au milieu de la gorge le chemin passe à travers un rocher qui la barre comme une porte de pierre : cette porte s’appelle le Pas de Roland.

Tout auprès, les eaux vertes de la rivière roulent bruyamment sur un lit de roches noirâtres. Comme l’imagination des anciens Hellènes avait personnifié les brouillards d’hiver que dissipent les rayons printaniers dans le Python delphien auquel Phébus Apollon décoche des flèches brûlantes, de même le peuple de Soule et de Navarre a personnifié en un dragon la vive rivière pyrénéenne dans une légende que l’on raconte encore au pays basque. Que cette légende s’applique, suivant les variantes, à la Nive ou bien au gave de Mauléon, la voici telle qu’elle a été transcrite par Bordachar, de Sauguis, dans le canton de Tardets :

« Sur le versant d’Açaléguy est creusée une caverne où les bergers de Soule abritent leurs troupeaux pendant les orages. Les touristes la connaissent bien. Dans les temps anciens, un dragon monstrueux en avait fait son repaire, et de là répandait ses ravages sur les environs. Il faut savoir que toute la montagne, du sommet à la base, est tapissée d’un gazon toujours vert, où les vaches, les juments et les brebis trouvent une nourriture abondante.

« Le dragon épiait les imprudents animaux. Tout autant qu’il en arrivait à sa portée, il les attirait par sa seule aspiration et les engloutissait d’une bouchée. Quand il avait besoin de boire, il descendait au ruisseau d’Aphoua qui coule au tond de la vallée, à quatre jets de pierre, et sa taille était telle que, pendant que la tête était à l’eau, le corps et la queue restaient enroulés au fond de la caverne. Les habitants du voisinage venaient souvent l’épier du haut de la montagne opposée et restaient stupéfaits de sa grosseur et de sa voracité.

« Les dégâts qu’il renouvelait tons les jours parmi les troupeaux devenaient intolérables, et les hommes les plus résolus et les plus téméraires du voisinage se consultèrent sur les moyens d’en débarrasser la contrée. Mais comment approcher d’un monstre qui, à deux cents pas de distance, attire et engloutit bêtes et gens ?

Le Pas de Roland et la Nive au XVIIIe siècle
Le Pas de Roland et la Nive au XVIIIe siècle

« Or en ce moment le chevalier de Caro venait de terminer son temps de service à la guerre et était rentré dans ses foyers. Les paysans se rendirent chez lui et le prièrent de les aider de ses conseils. Le chevalier le leur promit de grand cœur : Vous êtes de braves gens, leur dit-il, mais vos jambes agiles et vos makhilas (bâton basque) sont de faibles armes contre le dragon. Depuis peu on a inventé une certaine poudre qui prend feu tout à coup et qui tue à grande distance. C’est l’arme qu’il faut ici.

« Le chevalier de Caro ne fut pas long à prendre ses dispositions. Il bourra de poudre une outre de veau, y adapta une mèche d’une certaine longueur, mit l’engin sur son cheval, derrière lui, comme une valise, et le posta devant l’entrée de la caverne. Il avait appris que le dragon, bien repu, dormait à cette heure et restait inoffensif.

« Il mit donc le feu à la mèche, sauta sur son cheval et, le lançant à toute vitesse, remonta le versant opposé. Alors, d’un coup de mousqueton, il réveilla le monstre. Le dragon, réveillé, mit la tête à l’entrée de la caverne et, apercevant l’outre, l’aspira et l’engloutit. Une minute après, une formidable détonation retentit et le dragon, s’élançant hors de sa caverne, déploya ses ailes et s’éleva dans les airs en vomissant du feu.

« Sa longue queue, battant furieusement le sol, renversait les hêtres. Il dirigea son vol du côté de Bayonne et se jeta dans la mer pour y éteindre le feu qui le dévorait ; mais il y creva. Le chevalier de Caro, à la vue du dragon gigantesque, fut pris d’un tel saisissement, qu’il se mit au lit en rentrant chez lui et mourut. Mais il avait délivré les Basques du maudit dragon. »




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