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Lieux d'histoire. Désert de Retz (Chambourcy) à la lisière de la forêt de Marly - Histoire de France et Patrimoine


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Lieux d’Histoire

Origine, histoire de nos villes, villages, bourgs, régions, châteaux, chapelles, moulins, abbayes, églises. Richesses historiques de France


Désert de Retz à
la lisière de la forêt de Marly
(D’après « Lectures pour tous », paru en 1936)
Publié / Mis à jour le lundi 29 août 2016, par LA RÉDACTION



 
 
 
En 1936, Suzanne Normand, chroniqueuse de Lectures pour tous, rapporte la joie qui a été la sienne de découvrir aux environs de Paris, bordant la forêt de Marly, le Désert de Retz, jardin anglo-chinois créé à la fin du XVIIIe siècle par François Racine, baron de Monville. Etabli dans un domaine de 40 hectares, il est émaillé d’essences rares provenant du monde entier et de « fabriques » — constructions à vocation ornementale — et se distingue par sa célèbre Colonne détruite, tour singulière érigée en 1781 dont le baron avait fait sa demeure...

L’auto roule sur les routes de la banlieue parisienne : Nanterre, le Vésinet, Saint-Germain. A gauche de Chambourcy, patrie des choux-fleurs, elle s’engage dans un mauvais chemin bordé de maisons. Puis les demeures s’espacent. Les arbres, à chaque tour de roue plus nombreux, dressent leurs hauts bouquets de verdures, futaies serrées, fourrés touffus. Le chemin se rétrécit, d’épais buissons griffent la voiture au passage. Parviendra-t-on à passer ? Tout à coup, un large portail apparaît parmi l’indocile verdure forestière.

L’entrée d’un domaine ? Quel domaine ? Ne sommes-nous pas en pleine forêt de Marly ? s’interroge Suzanne Normand. La voiture arrive à tourner, franchit le porche, s’engage sous les voûtes arborescentes. Et voici, sur la gauche — vision imprévue —, un pavillon chinois qui dresse, au bord d’un étang dormant, ses toits en pagode et ses façades de chêne peint sculpté. L’auto roule au ralenti. Soudain, du fouillis luxuriant des grands arbres émerge une tour de pierres jaunâtres frottées de teintes roses, drapée de verdures légères et de vives corolles. Une tour construite à la façon d’une énorme colonne dorique avec de larges cannelures, et terminée à son faîte par des déchiquetures de pierres, comme un fût brisé, A l’entour, le parc s’étend, morceau de forêt aux vastes étendues herbeuses, aux clairières noyées de soleil, aux hautes cimes feuillues.

Là, une vieille ferme basse cache ses murs vétustés sous un ruissellement de claires verdures. Des enclos grillagés enferment de blanches volailles. Voici des moutons, à ta laine blonde, frisés et propres comme les bêtes d’une toile de Boucher. On a envie de leur nouer au col un ruban bleu. Et où sont les bergères en paniers, à la houlette parée de guirlandes fleuries ? Où donc les seigneurs aux perruques bouclées et poudrées ?

Devant la tour, un chien jappe. Et au bruit, quelqu’un paraît sur le seuil. Une femme en cheveux blancs, vêtue de noir. Derrière elle, des enfants. Il y a donc des gens qui vivent ici ? Cette tour de conte de fée, ocrée et rose sous les vieux arbres de la forêt, n’est pas habitée seulement par ces esprits qui viennent, dans les vieilles légendes, danser au clair de lune sur les ruines ? Encore une fois, où sommes-nous ? Au lieu dit : le désert de Retz, dans la forêt de Marly, aux portes de Paris. Et les hôtes de cette étrange demeure sont les descendants directs du grand économiste français : Frédéric Passy.

Colonne détruite du Désert de Retz
Colonne détruite du Désert de Retz

Vers la fin du XVIIIe siècle, quelque quinze années avant la Révolution, François Racine de Monville, petit-fils d’un fermier général de Normandie, fort bel homme, fort galant et fort riche, s’ennuyait à périr de n’avoir plus rien à désirer. Nul doute qu’il ait fortement subi l’influence des théories et des goûts de Jean-Jacques Rousseau. Un jour, il achète, sur la lisière de la forêt de Marly, tout un village : Saint-Jacques de Retz, le fait évacuer et démolir, et y construit, en remplacement, une tour ocre et rose, en fût de colonne.

Cette colonne a 15 mètres de diamètre, compris l’épaisseur du mur. La hauteur de la base comprend deux étages souterrains destinés aux cuisines, aux caves et autres pièces de service ; le premier, le deuxième et le troisième sont composés de plusieurs petits appartements au centre desquels est un escalier circulaire qui monte du fond et qui est éclairé par un vitrage dans le comble. La circonférence extérieure de la colonne est divisée en seize cannelures, séparées par une large côte, et dans chaque cannelure est une croisée.

François Racine de Monville ne se donnait pas pour un architecte, mais il avait des idées neuves, à lui, et toujours agréables. Certes, et c’est pourquoi, ayant les moyens pécuniaires de réaliser ses belles idées, il édifie au bord d’un étang un pavillon chinois, pur joyau de bois sculpté, adorné d’un jardin chinois aussi et qui, à lui seul, coûta la somme, à l’époque considérable, de cent mille francs. Non loin de la porte de la forêt, il fait élever un temple de l’Amour : quelle demeure, alors, pour peu qu’elle appartienne à un homme de goût, n’a pas son temple de l’Amour ?

Un théâtre de plein air, une glacière en forme de pyramide funéraire viennent compléter ce qu’au XVIIIe siècle on nomme aimablement la « folie » de M. de Monville. De l’ancien village il n’a conservé que la chapelle, seul asile de ferveur et de silence, sur ce domaine où se succèdent des fêtes, fastueuses et charmantes. La comédienne Sophie Arnould, de sa voix émouvante, éveille des échos au cœur de la forêt profonde. Au retour d’une chasse dans le bois de Marly, la reine Marie-Antoinette ne dédaigne pas de venir se reposer au Désert et d’y boire, sur les marches du petit temple païen, un bol de lait frais tiré.

Mais la fortune du baron de Monville ne résiste pas au cyclone révolutionnaire. Après lui, la tour rose de la forêt passe en des mains diverses. En 1856, le grand humanitaire français, Frédéric Passy, séduit par l’originalité et la grâce de cette résidence, l’achète et s’y installe avec sa famille. Celle qui vient de paraître au seuil de la tour est Mme Pierre Passy, belle-fille du célèbre sénateur et dont le mari fut, jusqu’à l’année dernière où il prit sa retraite, professeur à l’Ecole d’agronomie de Grignon.

« Mais oui, nous vivons ici toute l’année. Mon beau-père y a élevé ses enfants. Mon mari, Pierre Passy, y est né, n’a jamais quitté cette demeure qu’il adore, dont il connaît chaque arbre, chaque pierre, et qu’il fait valoir depuis des années. Au retour de la guerre, mes fils y ont établi un grand élevage de volailles, perfectionné : six mille poules blanches, et leur ponderie est devenue l’une des plus importantes de France. »

Mme Pierre Passy, très aimable figure aux cheveux blancs, avec une bonne grâce charmante, m’invite à visiter sa tour. Il est curieux de trouver, dans la base et dans une partie du fût d’une colonne ruinée, une maison utile et agréable. Oui, et le goût de M. et de Mme Pierre Passy non seulement a respecté l’originalité du cadre, mais s’est complu à y allier celle de l’arrangement intérieur. L’escalier tourne en spirale au centre de la tour. Aux étages, un couloir circulaire dessert les chambres dont les fenêtres s’ouvrent dans la concavité des cannelures. Des cheminées aux vastes manteaux de marbre blanc sculpté subsistent intactes, et le plus souvent au nombre de deux dans chaque pièce. Celle du salon, au rez-de-chaussée, est admirable, une pièce unique.

Temple au dieu Pan du Désert de Retz
Temple au dieu Pan du Désert de Retz

A travers le grand parc feuillu, tout mouillé encore de récentes averses, et que le soleil parsème d’or mouvant, Mme Passy me mène vers les vestiges des âges passés. Ici s’élevait l’église de Saint-Jacques de Retz. Il n’en subsiste qu’une arche moussue où apparaissent, sous une touffe de lierre noir, auquel on les dirait accrochées les nervures d’une rosace à demi brisée. Là, sur un soubassement de pierre percé d’une étroite ouverture, un cône tout tapissé, tout velouté de lierre, se dresse, réduction des pyramides funéraires de l’ancienne Egypte : la glacière de M. de Monville !

Dans un fouillis de verdures, parmi les buissons hérissés, sous les branches qui caressent son toit et ses murs, et dans l’ombre verte des feuilles, surgit le petit temple qu’on dédia à l’Amour. Mi-carré, mi-circulaire, avec son péristyle de colonnes toscanes, il est là, clair asile de pierres blanches désormais inutile. Le temps et les saisons ont un peu dégradé, hélas, l’édifice charmant où la reine de France venait boire le lait crémeux des fermes du baron de Monville.

« On nous a demandé à plusieurs reprises, dit Mme Passy, de le déclarer comme propriété historique. Ainsi l’entretien en serait assuré. Mon mari hésite : nous ne serions plus tout à fait chez nous. »

La porte de la forêt est tout près, ornée de rocailles et enfermant dans son cadre une perspective de bois chevelus où tremblent dans une lumière aquatique des taches de soleil et des larmes de rosée. Plus près de la tour, vers laquelle nous revenons, on voit encore, au bord d’une esplanade dont les propriétaires actuels ont fait un tennis, une balustrade de pierres verdies, qu’orne, à chaque extrémité, un beau vase sculpté. C’est tout ce qui reste de la scène en plein air où M. de Monville offrait à ses hôtes des spectacles de choix.

Désert ? Certes, par la grande solitude du lieu — le plus proche village est à trois kilomètres et la forêt enterre le domaine de ses frondaisons pressées — mais désert combien fertile, admirablement entretenu et d’une auguste beauté, où le passé a laissé, avec de vieilles pierres, la grâce et le faste d’une époque plus que toute autre charmante.

En un temps que trouble la plus fiévreuse des courses au plaisir, il est curieux de voir que des gens ont fixé leur vie au cœur de la forêt paisible, et vivent, en travaillant leurs terres, dans une tour de légende.




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