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Personnages : biographies

Vie, oeuvre, biographies de personnages ayant marqué l’Histoire de France (écrivains, hommes politiques, inventeurs, scientifiques...)


Callot (Jacques)
(D’après un article paru en 1833)
Publié le mercredi 13 janvier 2010, par LA RÉDACTION

 
 

Si, d’après cet adage, on invitait un physionomiste, qui n’aurait jamais vu le portrait de Jacques ou Jacob Callot, à donner une idée de ce que devait être la figure de cet étrange artiste, dont le crayon fantastique a bien créé les diables les plus laids, les plus poétiques, les plus divertissants de l’enfer, les masques les plus fous, les plus grotesques, les plus ridicules du carnaval de Rome, les mendiants les plus déguenillés, les plus piteux, les plus fainéants et les plus rusés d’Espagne, de Navarre et de France ; sans aucun doute le disciple d’Adamantius et de Lavater imaginerait aussitôt un de ces visages caractéristiques, singulièrement grimés, au regard plein de feu, au front et aux joues fortement ridés par les veilles et la misère, peut-être même à la trogne bourgeonnée, comme l’était vraisemblablement celle de Lantara ; en un mot, un de ces visages bizarres d’hommes qui ont sué sang et eau à chevaucher toute leur pauvre vie sur cette pauvre monture Pégase, qui sont nés dans un grenier, se sont inspirés au cabaret, et sont morts à l’hôpital, laissant pour tout héritage un nom que les habiles révèrent, et qui réjouit tout le monde.


Mais le physionomiste serait en défaut. Callot n’avait, dans sa tournure, rien de commun avec cette race souffreteuse, insouciante, mal logée, mal vêtue, mal venue, de poètes, de musiciens et de peintres, à laquelle nous avons fait allusion. C’était un gentilhomme de bon ton, de bonne mine, portant avec grâce une fine moustache, d’amples et de fraîches dentelles au col et au poignet, un brave pourpoint bien taillé, et aussi prompt et habile à se servir de la pointe de son épée que de la pointe de son burin.

Il est né à Nancy, en 1594, et aucun de ses biographes n’oublie de dire qu’il était de condition noble. Une grande partie de sa vie s’est passée dans les palais des princes. Il fut tour à tour en faveur près du grand-duc de Florence, de l’Infante des Pays-Bas, de Louis XIII, et de son souverain légitime le duc de Lorraine. Il parvint à perfectionner, à un très haut degré, la gravure à l’eau forte ; et quand il se fut rendu parfaitement maître de ce mode d’expression, il donna à sa verve un libre cours, et déversa à flots tout ce qu’il y avait en lui de richesse, de goût et d’imagination, de vives saillies et d’observations comiques. Il a composé et gravé plus de six cents pièces.

On pourrait diviser ses compositions en trois classes :

1. Les sujets historiques, remarquables par la sagesse du dessin et la pureté de l’exécution : tels sont les portraits de Gaston de France et de Louis XIII, plusieurs batailles, les sièges de Breda, de La Rochelle et de l’île de Ré.

L'allégorie de la " PARESSE "
L’allégorie de la " PARESSE "
2. Les sujets religieux, qui sont en général traités avec une délicatesse admirable dans toutes leurs parties. Nous ne connaissons point de gravures à l’eau forte qui nous paraissent préférables aux douze petites pièces de la Passion ; on doit citer encore, comme oeuvres principales dans cette catégorie, l’Histoire de l’enfant prodigue en dix pièces, des saints et des saintes, les plans des édifices de la Palestine, la Genèse en vingt-trois pièces, les sept péchés capitaux, etc. Nous avons cherché à reproduire l’allégorie de la paresse, qui nous a semblé propre à donner une idée de la finesse et de la flexibilité du burin de Callot.

3. Les fantaisies, caprices, diableries, mascarades, danses, gueuseries, etc.

C’est surtout dans cet ordre de travaux que Callot a déployé une incroyable originalité : il a prodigué sous mille formes variées cette vive et subtile gaieté satirique de l’esprit national, qui a inspiré la longue suite de nos chansonniers, conteurs, rimeurs, romanciers, auteurs comiques, tous enfants de la même famille, que l’Europe nous envie.

" UN GUEUX "
" UN GUEUX "
Il faut reconnaître toutefois que les oeuvres de Callot, quelque empreintes qu’elles soient dans leur conception intime du caractère français, n’ont point échappé à l’influence des mouvements de l’art en Italie et en Espagne. Il est aisé d’y découvrir les traces de cette action si puissante qu’ont exercée pendant plusieurs siècles, non seulement sur nos arts, mais encore sur notre civilisation et sur nos moeurs, ces deux grandes nations aujourd’hui éteintes : l’Italie, foyer des croyances de nos pères ; l’Espagne, phare des mondes inconnus, qui nous a conduits vers les merveilles de l’Asie et des Amériques.

Les amateurs de gravures entreprennent presque tous des collections de Callot ; on les voit sur les quais, dans les magasins d’estampes, dans les ventes, cherchant à les compléter, sans y parvenir jamais entièrement, bien qu’il y ait un nombre infini d’épreuves originales en circulation, et un plus grand nombre de copies. Tout le monde connaît la belle planche de la Tentation de saint Antoine, et c’est sans contredit l’oeuvre de Callot qu’on admire le plus, toute défectueuse qu’elle est par suite du manque d’unité. Il est, à notre avis, une composition supérieure, la place publique, ou la foire de Florence ; une bonne épreuve se vend un louis.

" Franca-Trippa e Fritellino "
" Franca-Trippa e Fritellino "
Au même degré de mérite, on doit placer les charmants tableaux des misères et des malheurs de la guerre, en dix-huit pièces ; les pauvres, en vingt-six pièces, les bohémiens en voyage, et les fantaisies ou nains grotesques, qui peuvent rappeler les songes drôlatiques. Ensuite viennent i balli di Sfessania, en vingt-trois pièces ; la bataglia del rè Tessi e del rè Tinta, la fête d’esprits, dédiée à Ferdinand II, duc d’Etrurie ; les exercices militaires, les cavaliers et dames, les allégories, les supplices.

Parmi les oeuvres qui sortent tout à fait des trois classes que nous avons indiquées, il en est une que nous recommandons à la curiosité denos lecteurs : c’est un livre de fleurs et de feuilles pour l’orfèvrerie. Il parut en 1635, l’année même où mourut Callot, à l’âge de quarante-deux ans. Il est difficile d’imaginer de combien de délicieuses gravures cette mort prématurée a arrêté l’exécution.

 

 


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